La Wallonie chasse le castor !

 Castors, le grand retour


 

Novembre 2011

La Wallonie chasse le castor !

La Wallonie délivre désormais à tout va des permis de tuer le castor, un animal bien sympathique protégé par la Convention de Berne (Annexe 3).
Ce rongeur génial est pourtant le plus grand promoteur immobilier en réserves naturelles des deux hémisphères ! Il crée des zones humides et assure pleinement le service après-vente en les gérant (coupes d’arbres). Son rôle en faveur de la biodiversité est remarquable, qui lui a valu le surnom d’architecte des rivières et d’ingénieur des écosystèmes !

Autrefois répandu partout en Europe, le castor a vu ses effectifs diminuer dès l’Antiquité.
Ce n’e’st cependant qu’à la fin du 19ème siècle qu’’il fut complètement éradiqué. Il était en effet ardemment chassé pour son castoréum, cette substance grasse utilisée à des fins thérapeutiques et de parfumerie que l’animal vaporise à l’aide de certaines glandes de son pseudo-cloaque pour marquer son territoire.
Il fut aussi décimé pour sa viande, que l’on pouvait manger le vendredi, puisqu’il était aquatique !
Sa fourrure servait enfin à faire des bonnets chauds et de jolis chapeaux.
Bref, il n’en restait plus un seul en Belgique.

Or, le voici revenu ! Après une brève apparition en 1991 de quelques individus à l’est du pays en provenance d’Allemagne, l’espèce a été réintroduit volontairement dans toute la Wallonie entre 1998 et 1999 à l’initiative d’associations privées et tout particulièrement des Rangers.
Il s’agissait de 101 individus également amenés d’Allemagne. En 2009, la population de castors était estimée entre 800 et 1000 individus. À la faveur des nombreux lieux de lâcher, l’espèce s’est solidement réimplantée et re-colonise progressivement tout son territoire historique, tant en Ardenne que dans les zones à forte population humaine. On peut l’apercevoir jusqu’en en ville, comme à Liège. Le castor est en effet peu sensible à la pollution et peut s’installer là où il dispose d’une forêt riveraine ou  « ripisylve« .

Si le castor peut à l’occasion causer quelques dégâts mineurs en aménageant son territoire (inondations ponctuelles, creusement de chenaux, coupes d’arbres non protégés et plantés trop près des berges, …), les spécialistes de l’environnement s’accordent sur le rôle essentiel de l’espèce dans la préservation et surtout la restauration de la biodiversité des zones humides recolonisées.

Enfin, depuis 2005, le castor fait l’objet d’une activité touristique en plein essor.
Des excursions à la découverte des colonies de castors les plus spectaculaires sont proposées dans tout le pays.

A l’heure où l’économie wallonne s’accroche encore à la sidérurgie ou aux aéroports régionaux bruyants et polluants pour assurer son développement économique plutôt poussif et mal géré, il est affligeant de constater que ce potentiel éco-touristique n’est nullement pris en en compte par nos édiles. Il est vrai qu’il y a peu, le Ministre de l’Environnement wallon préconisait encore l’extermination généralisée des renards, fouines et autres belettes, afin de protéger les poules de ses électeurs !

José Happart

Les choses n’ont guère évolué depuis, semble-t-il.
Tout récemment,  l’’inspecteur général du Département de la Nature et des Forêts, M. Philippe Blerot a pris la douteuse décision de massacrer pas moins de douze (12 !)  familles de castors d’un coup, sans doute pour complaire à certains de ses riches administrés ne supportant guère que l’on abîme les ruisseaux des parcs de leurs châteaux. Depuis les nouvelles dispositions légales dérogatoires de 2003 – qui permettent de fouler au pied la Convention de Berne, donc – Philippe Blerot a désormais le droit de signer les autorisations de destructions de sites d’’animaux et mieux encore, les animaux eux-mêmes !

Non sans fureur, la Coalition Nature, une fédération qui regroupe plusieurs ASBL (dont les Rangers Castors), a réalisé que depuis cet été, des huttes et des barrages de castors avaient été sauvagement détruits et que les animaux qui y demeuraient avaient été abattus par des chasseurs.
Ces crimes eurent lieu à Liège, Beffe (Rendeux), à Halconreux (Vielsalm), à Regné (Vielsalm), à Mabompré (Houffalize), etc.
Jean-Pierre Facon, passionné de castors sans cesse présent sur le terrain, a ainsi recensé une douzaine de « dérogations » sanglantes….

D’ores et déjà, la Coalition et son avocat Me Alain Lebrun estiment que ces massacres sont abusifs, car les dommages sont de peu d’importance et des alternatives existent. Ils ont donc décidé de contester l’initiative de M. Philippe Blerot au Conseil d’État et réclament en outre des dommages à l’’inspecteur général sur le plan civil ainsi qu’une mesure disciplinaire à son égard sur le plan administratif .
La Coalition exige aussi plus de transparence et de concertation quant à ces décisions de destruction, en privilégiant les mesures alternatives et les déplacements d’’animaux.

Quant à ceux qui prétendent que le castors se multiplient trop, faute de prédateurs naturels en Belgique, il convient de leur rappeler que le loup et le lynx, ses ennemis jurés, tentent eux aussi de rentrer au pays, mais que les chasseurs soucieux de l’exclusivité de leur « license to kill », ne les y aident pas beaucoup…

En tout état de cause, le gestionnaire du site « Dauphins Libres »  a d’ores et déjà interpellé  le Ministre des Travaux publics, de l’Agriculture, de la Ruralité, de la Nature, de la Forêt et du Patrimoine de la Région wallonne, M.Benoît Lutgen sur ces pratiques barbares, comme il l’avait fait naguère à propos de la chasse à l’arc.
benoit.lutgen@gov.wallonie.be
Réponse toujours en attente…

Pour en savoir plus

« Massacre de castors »

Le pays des castors

Culture castor

L’intelligence du castor

Le grand retour du castor

Retour Belgique