La guerre totale contre les cétacés

 La guerre totale contre les cétacés

Cook-whaling


« S’il était dans le monde un être qu’on dut ménager, c’était la baleine franche, admirable trésor où la Nature a entassé tant de richesses. Etre des plus inoffensifs, qui ne fait la guerre à personne et ne se nourrit point des espèces qui nous alimentent (…)
On ne peut se représenter ce que fut cette guerre, il y a cent ou deux cents ans, lorsque les baleines couvraient tous les rivages. On faisait des massacres immenses, des effusions de sang, telles qu’on en vit jamais dans les plus grandes batailles. On tuait en un jour quinze ou vingt baleines et quinze cents éléphants marins, ! C’est-à-dire qu’on tuait pour tuer.
Car comment profiter de cet abattis de colosses dont un seul a tant d’huile et tant de sang ? Que voulait-on dans ce sanglant déluge ? Rougir la terre ? Souiller la mer ? On voulait le plaisir des bourreaux, des tyrans, de frapper,  servir,
jouir de sa force et de sa fureur, savourer la douleur, la mort.

Souvent, on s’amusait à martyriser, désespérer, faire mourir lentement, des animaux trop lourds ou trop doux pour se revancher. (…) Ces carnages sont une école détestable de férocité qui déprave indignement l’homme. Les plus hideux instincts éclatent dans cette ivresse de bouchers. Honte de la nature. (…)

A la haine de la nature qu’eut le Moyen Age s’est ajoutée l’âpreté mercantile, industrielle, armée de machines terribles qui tuent de loin, tuent sans péril, tuent en masse. A chaque progrès dans l’art, progrès de barbarie féroce,
progrès dans l’extermination.
Exemple : le harpon lancé par une machine foudroyante.
Exemple : la drague, le filet destructeur employé dès 1700, qui traîne immense et lourd, et moissonne jusqu’à l’espérance, a balayé le fond de l’océan. (…)

Il faut un code commun des nations, applicable à toutes les mers, code qui régularise non seulement les rapports de l’homme à l’homme mais également ceux de l’homme aux animaux »

Jules Michelet
La Mer (1861)

 


 

Le massacre continue !

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Baleine en Corée

Près d’un siècle après la mort de Jules Michelet, le massacre continue.
En 2002, la Norvège et le Japon ont fait capoté le projet de sanctuaire pour cétacés dans le Pacifique proposés par Greenpeace. Après avoir acheté les voix de petits Etats des Caraïbes à la dernière Commission Baleinière Internationale d’Adelaïde, ces deux pays s’apprêtent à massacrer leur nouveau quota annuel d’êtres pleinement intelligents et doux, petits rorquals, cachalots et autres globicéphales en ce qui concerne les Vikings des Iles Féroë.
Le Japon continue pour sa part à défier les lois internationales au nom de pseudo-recherches scientifques et traquent les cétacés jusque dans leurs derniers refuges, massacrant ainsi plus de 3767 baleines dans des zones supposées protégées.
Ailleurs, au nom de pseudo-valeurs ancestrales, les tribus Makah de l’Est Pacifique (USA) ont décidé de reprendre leur chasse aux baleines grises selon des méthodes traditionnelles et particulièrement sanglantes.

La Russie se met à commercialiser la viande des petits cétacés – bélougas notamment – à l’intention du marché asiatique, mais elle en garde aussi vivant pour l’industriedes delphinariums.
Enfin, c’est toujours par milliers que les dauphins pélagiques se noient dans les énormes filets dérivants des pêcheries et des globicéphales continuent à mourir sous la hache de tueurs imbéciles.

Mais le pire est encore à venir : les variations climatiques graves que l’homme impose à sa planète, les pollutions constantes qu’il fait subir à ses océans entraîne un appauvrissement des ressources alimentaires et diverses
maladies dues au substances chimiques. Le bruit des plate-forme pétrolière, les essais de super-sonar à des fins militaires commencent à rendre la vie complètement impossible à tous les cétacés du monde, dont les corps pitoyables viennent s’échouer sur nos grèves..

« La guerre aux races de la mer » selon le mot du Comte de Lapérède (in « Histoire naturelle des poissons et des cétacés » 1788) se poursuit plus que jamais. Et cette fois notre victoire pourrait être , hélas, définitive !


3.000 prisonniers de guerre

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L’orque Narnia à Moscou en 2014

Tandis  que sur mer, on traque les tribus libres, sur terre, on traîne des prisonniers : plus de 3000 cétacés captifs tournent aujourd’hui dans des bassins de béton, orques, dauphins, bélugas et même parfois des baleines, comme cela s’est vu aux Etats Unis.
La Mer Noire se dépeuple de ses derniers dauphins, du fait des prélèvements constants qu’y effectuent les trafiquants russes.

Partout, la demande augmente : une quarantaine de delphinariums  » tournent  » au Japon, dont les captifs sont essentiellement capturés lors de pêches d’une rare barbarie. Tout un clan est échoué de force puis massacré avec un tournevis dans la nuque. Les plus beaux spécimens  sont dresés puis expédiés dans les delphinariums du monde entier.

Là-bas, ce n’est pas moins de 42 delphinariums qui tournent à plein rendement
et attirent chaque année des millions de  visiteurs. Dans le tiers-monde,
la situation est pire encore : des « cirques à dauphins » itinérants
parcourent désormais l’Arabie, des bassins s’ouvrent un peu partout là où
sont les touristes, et puisque la reproduction en captivité ne donne pas les résultats
escomptés, on continue à capturer des dauphins frais puis à les écouler par
des filières plus ou moins légales mais qui rapportent beaucoup d’argent.

Enlevés
à leur famille, jetés dans un cachot, ces dauphins-là, c’est vrai, ne seront
tués qu’à petit feu : ils deviendront, selon nos fantaisies, cobaye de
laboratoire, « chien de guerre » au service de l’armée, animal
domestique, clown pour shows en musique ou support obligé de thérapies
enfantines.
Dans tous les cas, que ce soit en mer ou en bassin, l’homme semble se plaire à
faire souffrir les cétacés, ces êtres pourtant aimables et le plus souvent
inoffensifs ?
Pourquoi ? Qu’est-ce qui nous pousse à agir ainsi ?

Faire
taire, dominer, cacher

Comme
nos frères les chimpanzés, nous sommes issus d’une race violente, parfois
cruelle, et d’une très grande curiosité. Pourtant, dans la mesure où nos
populations se maintenaient à un seuil raisonnable, notre action sur
l’environnement n’était pas plus dévastatrice que le passage d’un troupeau d’éléphant
ou les bambous brisés par les gorilles.

Aujourd’hui,
le problème est différent : nous sommes plus de six milliards d’êtres humains à
couvrir cette planète, à en pomper les moindres ressources.
Nous
pourrions le faire à la rigueur de manière raisonnée, globale, écologique,
bien que le problème de la surpopulation soit difficilement contrôlable.

Mais
ce n’est même pas le cas : aujourd’hui, ce sont les forces de profit les plus
élémentaires, les plus aveugles qui mènent le monde. De vastes holdings se
partagent la carcasse fumante de notre terre, en épuise le sang et la sève ,
en massacre toutes les espèces, pour le seul profit d’une poignée de
milliardaires, de maffiosi et d’hommes politiques véreux qui, depuis longtemps,
ne savent plus comment dépenser leur fortune.

Pour
ce qui est de la guerre aux cétacés, il semblerait qu’une autre force encore
intervienne en tant que cause :

Les
cétacés sont un scandale.
En termes philosophiques, ils dérangent : voilà en
effet une créature qui pense, qui parle, qui vit en société, obéit à des
lois morales et qui – horresco referens – n’est pas lui -même un être humain !
Que reste-t-il alors de notre supériorité, de notre  » transcendance divin
« , de notre image à l’image de dieu ?

Pas
grand chose, à vrai dire…

Si
ce n’est, en quelque sorte,  quelques témoins gênants.
Car il ne fait pas bon
être différent au 21ième siècle !
Les cultures amérindiennes papoues,
boschimanes ou aborigènes ont depuis longtemps payé le prix fort à cette
normalisation des cultures, qui veut que l’on consomme, que l’on profite du
progrès et que l’on pollue autant qu’on peut !
Peut-être
est-ce là, finalement, la raison de cette guerre, de ces massacres et de ces
prisonniers que l’on traîne jusqu’au milieu des terres : faire taire, dominer,
cacher l’effrayante supériorité d’une race qui depuis des millions d’années,
ne demande qu’ à nager tranquille, à jouer, à vivre heureuse et s’imagine
peut-être encore, en  toute innocence, pouvoir partager ce bonheur avec nous…

Pour
en savoir plus : 

The
Global War against small cetaceans


publié par
l’Environmental Investigation Agency
208-209 Upper Street, London N1 1RL.
Tel: 071-704-9441
Fax: 071-226-2888

« C’était
un petit cétacé, un marsouin d’environ 8 pieds de long dont les courbes délicates,
ravissantes, luisaient sous la pluie froide. Il avait été mutilé.

Quelqu’un lui avait coupé les nageoires pour les emporter en souvenir.
Deux autres avaient gravé leurs initiales profondément dans ses flancs, et
quelqu’un d’autre avait enfoncé un mégot de cigare dans son évent.

Je retirai le cigare et restai là longtemps, plein de sentiments que je ne peux
décrire ».

Roger S. Payne
New Yorker, 6 août 1973

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