Le delphinarium de Bruges et le Dolphin Fund

dauphins échoués
Le Boudewijn Seapark de Bruges aide les dauphins libres ! Vraiment ?

On peut lire sur le site du delphinarium flamand une page intitulée : « Un coup de coeœur pour les dauphins !« .
Que son rédacteur nous en excuse, mais nous pensons utile de soumettre le contenu de cette page à une rapide analyse sémiotique, d’autant qu’en sa conclusion, une nouvelle vient nous frapper comme la foudre : le Boudewijn Seapark viendrait en aide aux dauphins libres ! Voilà qui est extraordinaire !
Mais commençons par le commencement et relisons le texte du site en y apportant (en italique) les corrections nécessaires.


 

«Bonjour, je suis Roxanne !
(Et j’ai été capturée en mer quand j’étais petite. Ma maman , mes frères, mes cousins, ma grand-mère, toute ma famille me manquent beaucoup et j’’ignore ce qu’’ils sont devenus. Quelques uns se sont noyés au moment de ma capture, je m’’en souviens comme si c’était hier, car les gens de mon espèce ont un gros cerveau et beaucoup de mémoire…)

Je suis un dauphin souffleur (arrivé de Floride jusqu’en Belgique, où je n’ai strictement rien à faire, car il existe des dauphins de la même espèce que moi dans tout l’’Atlantique Nord), et je vis avec 6 (7 en 20165 mais la page n’a pas été mise à jour) autres dauphins (avec qui je n’’ai pas choisi de cohabiter. Tous mes enfants sont partis. Je me souviens que mon petit Simo est mort peu de temps après sa naissance, comme mon petit Iggy. Quant à ma fille Luna et à son frère Marco, j’’ignore bien sûr qu’’ils ont été déportés au Portugal et en Espagne ou qu’Océan, mon dernier fils, est aujourd’hui en France).

Nos soigneurs sont là jour et nuit pour nous dorloter. (Enfin, pas toujours. Flo est morte seule, sans surveillance, dans la nuit du 5 au 6 janvier 2012. On avait beau appeler, personne n’est venu pour l’aider).  Ils préparent nos repas bien à temps (mais pas trop, parce que autrement, nous n’’aurions plus très envie de faire des shows. Une bonne partie de nos repas, nous devons la gagner en obéissant à leurs ordres et coups de sifflets, en échange d’’un bout de poisson. Jamais dresseur ne va sans son seau…).

Ils inventent de chouettes jeux pour nous (en mer, nous chassions, nos parlions, nous élevions nos enfants, nous faisions des voyages et nous socialisions avec des centaines d’autres dauphins des tribus voisines mais ici, vu qu’on est que 7 dans un petit espace et qu’on n’a rien à faire, il faut bien nous occuper)  et ils n’’hésitent pas à se mouiller pour nous lorsque nous ne nous sentons pas bien. (Allons bon, ça commence ! Attendez la suite…)

Bref, nos soigneurs et nous formons une vraie équipe. Chaque jour, 365 jours par an. (Pas le choix. Si nos dresseurs peuvent aller se balader et retrouver leur famille, il est par contre impossible pour nous de quitter ce bassin et d’’aller nous promener dehors, dans un bel océan plein de vagues et de courants)

Avec mes petits copains et copines, (notons l’infantilisation marquée d’une femelle adulte) nous te donnons l’opportunité de te faire un nouvel ami très spécial : un dauphin.
Car soyons honnêtes, qui peut dire qu’’il compte un dauphin comme meilleur ami ? Nous sommes des animaux très sociaux (tellement sociaux même que nous devrions normalement vivre au sein de groupes comptant en moyenne 150 individus. Pas 6 ou 7 !) et nous créons avec vous en un minimum de temps un lien très spécial que vous n’’oublierez jamais. (Du moment que le dresseur se tient derrière vous avec son seau à poissons, pas de souci !)

Nous avons peut-être du mal à le dire avec des mots, (et hop ! Oublions que les scientifiques ont découvert que nous utilisons un vrai langage avec syntaxe et vocabulaire, toujours incompris des Humains jusqu’’ici…) mais nous pouvons l’’exprimer très clairement avec notre langage corporel.
Nos soigneurs accordent beaucoup d’’importance au bien-être de notre groupe. (Lequel groupe comptait encore 11 dauphins en 1999… et plus de 21 morts depuis 1972)

Ils le font chaque jour avec beaucoup de conviction. Leur objectif est clair : nous garantir à mes compagnons et moi une vie saine et agréable (malgré les conditions de vie aberrantes qui nous sont imposées. Trois bassins principaux, un dôme, de l’’eau chlorée, pompée, filtrée, salée, chimiquement modifiée qui n’en pue pas moins la merde, des poissons morts coupés en tranches, aucune ’exposition directe au vent, aux vagues, à la pluie ni aux rayons directs du soleil.)

Pour y parvenir, le vétérinaire (spécialisé en nouveaux animaux de compagnie et nullement formé à la cétologie) vient régulièrement nous rendre visite pour voir comment nous allons. S’’il y a un jour un problème plus sérieux, le vétérinaire s’’affaire avec nos soigneurs pour nous apporter les meilleurs soins.
(Mais enfin, comment peut-on tomber malade si souvent en captivité ? En principe, nous sommes à l’’abri des parasites marins, des pollutions, des attaques de requins, des filets dérivants, des marées noires et rouges, et de tout ce qui rend la nature hostile et
dangereuse, comme le Boudewijn Seapark le répète à tout le monde. Alors, pourquoi sommes-nous tout le temps malades ? Pourquoi nos accouchements se passent-ils de façon si atroce ? Je pense à mon amie Yotta, qui en a salement bavé, et à mes deux enfants morts nés. En mer, les gens de mon peuple n’’ont jamais de jumeaux. Comment ça se fait que moi, j’en ai eu ? )

Saviez-vous que vous pouvez contribuer aux soins médicaux prodigués par notre delphinarium ? (Apparemment, les profits engrangés par les seuls spectacles ne suffisent pas à payer notre gentil vétérinaire. Il doit demander des prix pas possible ! Ou alors notre santé est-elle jugée à ce point fragile et sans cesse menacée ? )

J’AI UN COUP DE CŒOEUR POUR LES DAUPHINS
C’’est à travers ce slogan que l’’équipe du delphinarium vous offre la possibilité d’œ’oeuvrer aux meilleures conditions de vie possibles pour les dauphins.
(Chouette ! On achète tous ensemble une belle grande baie fermée en Grèce et en Croatie et on y met tous nos dauphins, c’’est ça ? )

Que vous offre le Boudewijn Seapark en tant qu’’ami(e) de CŒUR ?

* Le privilège de collaborer à un projet exclusif, avec tous les dauphins de Belgique. (De qui parle-t-on ? Des 7 malheureux maintenus sous dôme en Flandre ou de tous les dauphins de Belgique, en ce compris Rudolf, le dauphin ambassadeur d’’Ostende et des centaines d’’odontocètes qui croisent le long de nos côtes ? )

* Le lien social avec un animal sympathique et gentil, qui fait fondre les cœoeurs de milliers d’’enfants et d’’adultes. (Mais surtout gagner beaucoup d’’argent à ceux qui le détiennent en esclavage ! En mer, les dauphins ne sont pas si pressés que ça de venir se coller aux nageurs. Ils aimeraient juste qu’’on leur foute la paix !)

* La liberté de vous lier d’amitié avec l’’un des dauphins en particulier. (Le dauphin, lui, n’a pas le choix et encore moins de liberté…)

* Un certificat original avec une photo de vous-même et de votre dauphin de cœoeur, pour votre utilisation personnelle ou pour mettre dans un cadre.

* Quelques photos exclusives avec votre dauphin préféré
* 1 abonnement d’’un an à votre nom.

* Visite guidée du delphinarium, en compagnie d’autres ami(e)s de cœoeur: visite des coulisses et discussion avec les entraîneurs. Vous recevrez une invitation personnelle.

Comment devenir ami(e) de ŒCOEUR d’’un dauphin ?
* Remplissez le formulaire d’’adoption et renvoyez-le nous ! Une fois que vous aurez versé les € 150 euros, vous serez officiellement ami(e) de COEŒUR ! (Crénom ! C’est pas donné !)

Bon à savoir : 10% du montant de l’’inscription va au Dolphin Fund. Ce fonds vient en aide aux dauphins partout dans le monde et votre soutien est toujours le bienvenu ».

Boudewijn Seaprk où les dauphins sont si souvent malades. On le comprend...

« Bon à savoir : 10% du montant de l’inscription va au Dolphin Fund. Ce fonds vient en aide aux dauphins partout dans le monde et votre soutien est toujours le bienvenu ».

Au terme de cette prose qui infantilise totalement les dauphins du dôme  et les transforme en adorables petites mascottes sympathiques et gentilles, nous apprenons que 90% des fonds recueillis auprès des enfants serviront à payer les antibiotiques, vitamines, Valium et autres soins vétérinaires indispensables pour garder en vie des dauphins majoritairement nés captifs – et donc affaiblis et en mauvaise
santé – tandis que les 10% résiduels iront en principe aux dauphins sauvages par l’’intermédiaire du Dolphin Fund. Ce n’’est pas beaucoup, mais c’’est déjà ça !

Pourtant, aucun lien n’’est donné ni d’explications qui puissent nous permettre d’’en savoir plus sur ce mystérieux Dolphin Fund.
Allons voir par nous-mêmes….

bruges2011-accueil.jpg

Le seul film pédagogique projeté au delphinarium de Bruges nous parle des.. baleines !

Ça commence mal……
“« Le Dolphin Fund est une fondation internationale sans aucune direction coûteuse.
Nous n’’avons pas de bureau disposant de sa propre équipe. Le Dolphin Fund est géré par un secrétariat fourni par EUCC à Leiden (NL) pour une somme modique. Le Dolphin Fund offre une plateforme neutre et un partenariat aux ONG, aux gouvernements et à l’’Industrie (?). De nouveaux partenaires, sponsors et donateurs sont donc grandement attendus et accueillis avec plaisir ! »

Bon, en gros, pas de bureau, pas d’équipe, juste un petit secrétariat géré par un autre organisme, apparemment un peu plus consistant, The Coastal & Marine Union (EUCC) et dont les préoccupations touchent essentiellement à la préservation du milieu marin.
Cette institution, qui compte même une branche française, est financée par l’’Union européenne.

Mais bon, nous parlons bien ici du Dolphin Fund, n’’est-ce pas ? Cette association sans bureau ni personnel propre auquel le delphinarium verse une infime partie de ses bénéfices.
A quoi sert-elle ?

Eh bien, notamment à renforcer les contrôles de qualité des delphinariums et informer les touristes sur ceux qui sont «responsables» et «bons à visiter » et sur ceux qui ne le sont pas.
Car “« There is no strict control on the welfare of these animals” ».

Tiens donc ?
Nous pensions que l’’EEAM était là pour ça, d’’autant qu’’il venait d’accorder un satisfecit au Boudewijn Seapark de Bruges. Ce n’’est pas suffisant, sans doute…
Il faudrait qu’on nous explique qui contrôle la qualité de ces geôles aquatiques, finalement. L’’IMATA ? L’’EAZA ? L’’EEAM ? Ou le Dolphin Fund ?

A part ça, le Dolphin Fund soutient les magnifiques remises en mer de marsouins échoués qu’’effectue le Dofinarium de Hardewijck, ainsi que les recherches pour éviter que les cétacés ne se prennent dans les filets dérivants.
Ce serait plus simple d’’exiger la fin de ces filets de 120 km de long qui tuent des tonnes d’’animaux marins chaque jour, mais bon…
Si on travaille avec l’industrie, évidemment…

Dauphin pris dans un filet

Le Dolphin Fund se veut enfin le garde-fou d’’un whale-watching débridé qui nuit aux cétacés bien plus, évidemment, que les captures sauvages dont ils font l’’objet partout dans le monde pour alimenter les delphinariums sauf dans l’’Union européenne (CITES) et aux USA (NOAA) .
Restons fair-play : même si leur guide des opérateurs de whale-watching est un peu dépassé, il est bien fait.
Ce qui est embêtant, c’’est que le delphinarium de Bruges est un féroce adversaire de ce genre de pratique qui vide ses gradins. Mais nous n’’en sommes plus à une contradiction près !

Accrochez-vous tant c’’est émouvant : en 2008, le Dolphin Fund a fait don de la somme fabuleuse de 5000 euros pour co-financer une conférence de l’’ECS « Marine Mammals in Time » qui s’’est tenue à Egmond aan Zee, Pays-Bas. Information was provided about 1) past: palaeontology, archaeology, evolution, 16th-17th century whaling or research (strandings), 2) present: lab and museum basic research, taxonomy, anatomy, 18-20th century whaling and tourism, and 3) future: climate change, effects on populations and food, monitor species. In total about 450 people out of 30 countries exchanged these information to each other).

Pour rappel, l’’European Cetacean Society (ECS) est un troisième organisme dont l’ambition  est de réunir toutes les informations nécessaires sur les cétacés, la mer, la préservation des espèces, etc.

Tout ça est bien sympathique, mais quels sont les résultats CONCRETS de ces sociétés encastrées l’’une dans l’’autre comme des poupées russes ?
En quoi ont-elles aidé réellement les dauphins ?

Bon, l’’ECS s’’est bien préoccupé du dauphin de Baiji. Un peu tard, puisque cette espèce est l’’une des premières à disparaître à jamais parmi les cétacés.
Mais le Dolphin Fund ? Dont l’équipe devient de plus en plus faible et réduite, selon ses propres dires ?

A en juger par les actualités en ligne, il semble que son activité se soit arrêtée – à supposer qu’’elles aient jamais commencé – aux alentours de 2007.
C’est donc à cette fondation fantôme que les 10% des dons versés par les enfants vont servir ?

Et si on les donnait plutôt au Seashepherd ? Ou à la Whale and Dolphin Conservation ? Ou à l’IFAW ? C’est bien l’IFAW, ils n’attaquent pas les delphinariums…
Trois organismes qui agissent sur le terrain et sauvent réellement les cétacés libres !
C’est pas une bonne idée, ça ?

Il n'y a plus de dauphin Baiji...

Il n’y a plus de dauphin Baiji. Cette espèce a disparu.

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