Le delphinarium de Bruges hors-la-loi ?

 

Le delphinarium de Bruges enferme aujourd’hui 9 dauphins.
Il nous revient en effet que la jeune Indy vient de donner naissance à son premier enfant le 7 septembre 2015, par la magie du Regumate.
Cela nous fait donc deux nouveaux nés en quelques mois.
Or, 9 dauphins, c’est 2 de trop au regard des normes fixées par la loi belge.
En outre, les conditions de vie de ses détenus ne se sont guère améliorées depuis la reconstruction du delphinarium en 1988. Un incendie avait réduit en cendres le précédent bâtiment en bois, engloutissant dans le même temps 3 dauphins dans les flammes.  La nouvelle installation couverte n’a connu aucun changement majeur à partir de cette date.
L’enrichissement environnemental des détenus y est toujours délibérément appauvri, les bassins y sont toujours aussi vides et peu profonds, le but étant de forcer les dauphins à rester en surface et à ne pouvoir se distraire que par les shows et les dressages pour de « nouveaux » tours. Le reste du temps, ils dorment ou poussent mollement quelques balles.

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Le bébé d’Indy. L’espace disponible devient rare au Boudewijn Seapark. Où va-t-on mettre au calme les deux mères allaitantes ? Avec les otaries, dans un bassin arrière déjà surpeuplé ?

C’est donc sous cette cloche à fromage,  inchangée depuis 1988, que plus de 21 dauphins sont morts et que quelques rares ont réussi à survivre.
C’est sous ce dôme  que des bébés sont nés puis se sont éteints presque aussitôt.

C’est contre tout cela qu’un collectif s’indigne, réunissant Sea Shepherd BelgiumBlue Shark ConservationBite Back, Sea First Foundation, Dauphins Libres et Planète Vie. Les sympathiques « bekende vlaamingen » Tom Waes, Axel Daeseleire, Chris Dusauchoit, Pol Goossen, Guy Swinnen et Maarten Forceville ont appuyé leur lettre ouverte.
Un dossier très argumenté y était joint (Open brief aan Sociale Dienst Vlaamse Overheid ivm Boudewijnpark) qui a suscité une réaction immédiate : la commune de Herent a décidé de ne plus envoyer les enfants des écoles voir des dauphins captifs.

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Le Boudewijn Seapark, excédé, a répondu sur sa page web avec les mêmes arguments rabâchés depuis des lunes. Recherches scientifiques inutiles datant de 2008, agrément de l’EAAM (dont le delphinarium ne respecte cependant pas les normes) et bien sûr, le fameux « compromis honorable » signé avec Gaia, etc…
Le collectif a aussitôt écrit au Ministre BenWeyts, en charge de la protection animale en Flandre, et celui-ci a répondu en des termes également très attendus. On lira avec intérêt la réponse de Katrien Vandervelde au nom du collectif.

Pour conclure, je tiens à m’excuser de ne pouvoir illustrer cet article avec des photos récentes des dauphins de Bruges. Début septembre, le directeur du Boudewijn Seapark est venu en personne nous expulser, JM Stasse et moi, alors que nous nous apprêtions simplement à filmer et à photographier le spectacle de dauphins, ce que font tous les spectateurs.
Il est heureux que nous n’ayons pas demandé de filmer les coulisses ou exigé d’obtenir la publication régulière des bulletins de santé de nos malheureux dauphins. La réaction du delphinarium est réjouissante : elle nous indique que la peur règne dans ce delphinarium déjà condamné, devant lequel chaque mois une manifestation se tient à l’initiative de Bite Back.

 

 


Réponse du Ministère du Bien-être Animal à la lettre ouverte du collectif

Septembre 2015

Chère Mme Vandevelde,

Comme vous le savez, le problème des dauphins a été examiné au Boudewijn Seapark par le Conseil du Bien-être animal. Le Conseil lui-même s’est fondé basé sur la littérature disponible à propos du bien-être des dauphins, à la fois en milieu naturel et en captivité. Ce problème n’a pas été résolu du jour au lendemain. Un travail solide a été fait, ce que prouve le fait que les assocations de défense animales, impliquées dans sa rédaction, ont prouvé la décision finale.

La politique du bien-être animal envisage en outre d’examiner les normes minimales actuellement requises pour la détention des mammifères en captivité. L’avis du Conseil du Bien-être animal sera de nouveau requis pour mettre en place une nouvelle réglementation et ancré. D’autres ajustements nécessaires au delphinarium sont également surveillées par le Conseil. Si quelque manquement était  constaté, il n’hésiterait pas à agir. De cette manière, le bien-être des animaux concernés est garantie.

Cordialement,
Els Vanautryve
Conseillère au Bien-être animal
Cabinet du Ministre flamand de la Mobilité, des Travaux publics, de la périphérie flamande, du Tourisme et du bien-être animal.


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Réponse à la réponse du Ministre Ben Weyts

Cher Mr. Weyts et Mme Vanautryve,

Merci pour votre message.
Cependant, nous avons plusieurs réserves au sujet de votre discours.

Nous vous rappelons par exemple qu’il n’y a pas eu de consensus au sein du Conseil du Bien-être animal. Deux des trois organisations de protection des animaux qui ont participé aux réunions du Conseil ont refusé de signer le compromis, car elles n’étaient pas d’accord avec les conclusions et les recommandations finales, jugées totalement inadéquates.
Ces deux organisations figurent d’ailleurs parmi les signataires du présent appel.
Vous affirmez que le Conseil s’est appuyé sur toute la littérature disponible afin de déterminer le niveau de bien-être des dauphins. Veuillez trouver ci-joint le rapport scientifique d’un véritable expert sur le comportement des dauphins du Boudewijn Seapark tel qu’observé en 2005. Il affirme entre autres choses :
Citation 1: « Je suis surprise de voir autant d’incidents dangereux révélant le mal-être des dauphins dans un environnement substandard en un si bref laps de temps d’observation. »
Citation 2: « Ce fut la pire installation que j’ai jamais visité – et à mon avis, il est tout à fait inacceptable et cruelle d’imposer un tel niveau sonore à des animaux connus pour leur extrême sensiblitié acoustique ».
Citation 3: «J’ai observé des cas nombreux de mises en danger physique et de détresse psychologique tels que documentés dans la littérature scientifique. »
Citation 4: « C’est mon opinion personnelle, mais cette installation est inadaptée pour répondre à la fois aux besoins psychologiques et physiologiques des dauphins ».

Ce rapport scientifique a été ignoré par le Groupe de travail du Conseil du Bien-être et n’a jamais été cité dans le rapport final. Au lieu de quoi, le groupe de travail a fondé ses conclusions sur une recherche menée par un jeune étudiant non-spécialiste des cétacés, en collaboration avec le parc marin. Cette étude n’a jamais été publiée dans aucune revue scientifique.  Il est évident qu’une nouvelle enquêtre, objective, indépendante et professionnelle sur le bien-être des dauphins du Boudewijnpark doit être menée.

Selon le décret ministériel du 3 mai 1999, le bassin d’un delphinarium en Belgique doit être d’au moins 550 mètres carrés pour accueillir 7 dauphins maximum. Les bassins de Bruges ne mesurent que 526m². En outre, le bassin arrière est trop peu profond selon la loi belge. Depuis la naissance de bébé Moana il y a quelques semaines, l’espace déjà très restreint doit maintenant être partagé entre 8 dauphins ! (9 aujourd’hui)
Comme vous le mentionnez dans votre réponse, il est prévu qu’une révision des exigences minimales pour la détention des mammifères dans les zoos soit entreprise dans le programme du Ministère du Bien-être animal pour la période s 2014-2019. D’ores et déjà, l’avis du Conseil du Bien-être animal recommande que le Boudewijn Seapark s’aligne sur les normes requises par l’EAAM en ce qui concerne l’élévation des dimensions minimales des bassins. Les exigences minimales de l’EAAM sont notamment un grand bassin d’une superficie de 625 m² et trois autres piscines, dont un bassin d’isolement.

 

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Le delphinarium de Bruges

 

Cependant, alors que les exigences minimales existent sur papier, les dauphins du parc doivent vivre depuis de nombreuses années dans un environnement qui ne répond même pas aux exigences minimales de la législation belge actuelle. Il est donc illogique et totalement inacceptable que cette situation soit encore autorisée aujourd’hui et que l’on continue à fermer les yeux. Le Boudewijn Separk est supposé constuire un lagon extérieur pour les dauphins. Mais le delphinarium a clairement fait comprendre où se trouvent ses priorités.
En 2014 – après la publication de l’avis du Conseil du Bien-être animal –  le parc a décidé d’investir un million d’euros dans un Aquasplash pour les visiteurs ! Alors que leurs dauphins, année après année, ne voient toujours pas la lumière du jour et ne respirent pas de l’air frais !

Nous réitérons donc avec insistance notre demande de lancer une nouvelle enquête sur le bien-être des dauphins du Boudewijn Seapark.
A tout le moins, la mise en œuvre d’ajustements en faveur de ce bien-être, tels que l’amélioration de la qualité de l’air, l’installation d’un système de filtration de l’eau optimale, une solution à l’environnement très bruyant, l’enrichissement environnemental du bassin avec, par exemple, des algues, du sable et des rochers et le démarrage immédiat de la construction d’une lagune extérieure spacieuse s’imposent de toute urgence.

Cordialement

Katrien Vandevelde
Persverantwoordelijke Sea Shepherd Belgium
Oprichter BlueShark Conservation

Au nom de :

Koen Ceuppens – Dossierbeheerder Watertoets, Vlaamse Milieumaatschappij

Anne Van Ingelgem & Tom Engelen – President en bestuurslid Sea Shepherd Belgium

Katrien Vandevelde & Jan Wouters – Oprichters BlueShark Conservation

Benjamin Loison – Voorzitter en Mede Oprichter Bite Back

Dos Winkel – Ondervoorzitter en Oprichter Sea First Foundation

Yvon Godefroid – Oprichter Dauphins Libres

Yvan Beck – Oprichter Planète Vie

 

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Le delphinarium de Bruges