Le Marineland d’Antibes vous ment

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Le seau de poisson se trouve à gauche de la dresseuse. La récompense par la nourriture est un renforcement positif primaire, indispensable à tous les shows.

Le Marineland d’Antibes vous ment

Il y a deux ans, jamais le Marineland d’Antibes n’aurait songé à se justifier auprès de son public.
C’est aujourd’hui chose faite : au fil de courtes vidéos publiées sur Marineland TV, Jon Kershaw etManuel Garcia Hartmann viennent froidement nous mentir face caméras.
Sans sourciller et même sans rire, ils nous débitent les pires énormités, celles que SeaWorld assène déjà depuis des mois sur les écrans publicitaires pour tenter survivre à l’Effet Blackfish.

 


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Jon Kershaw est directeur animalier au parc depuis bien longtemps.
Il a travaillé avec Mike Ridell et porte donc la responsabilité de la mort de nombreux cétacés, mais aussi de la séparation déchirante de Shouka d’avec sa mère Sharkan ou de l’envoi vers la mort deTanouk aux Japon, aux côtés de la petite orque Asuka capturée à Taiji. Ses propos peu scientifiques dénigrant l’intelligence des cétacés sont bien connus du grand public.

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Le vétérinaire allemand Manuel Garcia Hartmann est un expert européen du « dolphin husbandry ».
Il a d’abord travaillé au delphinarium de Duisburg (plus de 60 cétacés morts) avant d’être engagé par l’Oceanografic de Valence. Curieusement, cet épisode de sa carrière ne figure pas dans son CV en ligne, sans doute parce qu’il  a été licencié du parc espagnol de manière peu glorieuse. Le Marineland d’Antibes a engagé ensuite cet amateur de bon vin comme vétérinaire à demeure. Une bonne chose quand on sait que jusqu’il y a peu, l’ancien médecin des orques et des dauphins du Marineland vivait encore en Angleterre…
Hartmann est également responsable du Studbook européen des dauphins captifs, dont la version 2014 reste confidentielle.  Il fit enfin partie des deux  Commission fédérales sur les dauphins de Bruges.

Nos deux « experts » abordent donc ici des questions «difficiles ».
Capture-t-on encore ? Pourquoi les ailerons des orques sont-ils flasques et leurs dents ravagées ? Ou, plus récemment, comme en réponse à un article intitué «La petite pharmacie du Marineland d’Antibes», la vidéo Marineland TV N05  titré «Les médicaments et le chantage à la nourriture», nous explique ce qu’il faut en croire.


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Rien que des vitamines ?

Hartmann nous parle d’abord des vitamines.
Car on ne donne que des vitamines, bien sûr.
Et c’est normal : le poisson congelé  « premier choix » a été  vidé de ses vitamines, comme de son eau,  lors du processus de congélation. On compense ce déficit alimentaire avec de la thiamine ou «Benerva».  M.Hartmann néglige malheureusement de s’expliquer sur le Valium, le Regumate, le Sérénin, l’Amoxicilline, la Speciafoldine, l’Itraconazole ou sur les autres drogues qui servent à soigner les captifs des dommages psychophysiologiques créés …. par la captivité ! Ils sont pourtant d’usage courant chez SeaWorld aussi bien qu’à Nuremberg.  On trouverait étonnant qu’il n’en soit pas de même à Marineland.


 

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Sans contrôle de la nourriture, pas de dressage possible

Quant à la privation de nourriture, Mr Hartmann s’égare d’abord un peu dans son exposé.
Il compare le chien (30.000 ans de domestication à partir du loup Taïmyr impliquant une évolution divergente du chien sous influence humaine) avec les dauphins (enfermés en bassin au début des années 40) et avec les orques (première orque brièvement captive en 1962). On ne comprend pas trop où il veut en venir.

Puis il affirme sans rire que le contrôle de la nourriture n’est pas indispensable au dressage et qu’aucune faim programmée ne lui est imposée.
On sait pourtant que le dressage des cétacés est fondé sur la doctrine Comportementaliste (Behaviorisme) qui réduit l’être pensant à une machine. Son arme fatale, l’apprentissage skinnerien, repose sur deux principes complémentaires, le renforcement et la punition.
Un renforcement/punition peut être soit :
* Positif : par l’ajout d’un stimulus agissant sur l’organisme.
* Négatif : par le retrait d’un stimulus agissant sur l’organisme.

Selon tous les manuels de dressage, le renforcement positif primaire chez le cétacé captif est la nourriture (« primary reinforcer »).
Si l’ordre donné par le dresseur n’est pas exécuté, le cétacé ne reçoit pas son bout de poisson. Quand un VIP annonce sa présence au delphinarium, les orques sont affamées un jour ou deux avant l’évènement, nous explique John Hargrove. Quand un dauphin déprimé ne mange plus, il ne veut plus participer aux shows, ce qui est très gênant. On lui donne donc des médicaments stimulant l’appétit, dont le Valium à Duisburg ou le Déanxit à Antibes.
La mise en confiance, les caresses, les jouets, la complicité amicale, le «coup de sifflet qui dit que c’est bien» (« Bridge »), sont des «secondary reinforcers», très importants eux aussi, comme l’explique en détails John Hargrove dans son livre « Beneath the surface ».

Mais ils ne fonctionneraient jamais s’il n’y avait pas à la base cette faim lancinante qui finit par donner des ulcères aux captifs.
L’orque DOIT savoir que la nourriture ne peut venir que d’une main humaine et qu’elle DOIT soumettre ses six tonnes d’énergie à la volonté de son dresseur pour en obtenir.

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Tous ces détails ne sont pas seulement disponibles sur les sites de dangereux activistes extrémistes ignorants ou dans les élucubrations (dixit John Kershaw) de John Hargrove, Senior Trainer de SeaWorld qui fut pourtant invité en son temps par le Marineland d’Antibes pour apprendre aux dresseurs français comment nager avec les orques.

La renforcement primaire par la nourriture est également largement cité dans la littérature vétérinaire consacrée aux cétacés captifs, dont le célèbre CRC Handbook of Marine Mammal Medicine: Health, Disease, and Rehabilitation. Mais de toutes façons, l’évidence saute aux yeux :
Qui a jamais vu, en effet, un seul show au delphinarium sans que des seaux de poissons ne soient posés sur le bord de la piscine et que le dresseur n’alterne les coups de sifflet avec les  récompenses en harengs ?

Nous pourrions nous amuser à déconstruire ainsi chaque vidéo que le Marineland poste, tant la propagande du parc est élémentaire et prévisible.  Ce sont les mêmes mensonges que tous les delphinariums nous récitent depuis les années 60 et tous s’inspirent du même corps de doctrine dicté par l’entreprise SeaWorld Parks & Entertainment™.


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Les orques d’Antibes meurent les unes après les autres

Le dressage par la faim 

Marineland TV N05

Food Deprivation is Alive and Well at SeaWorld,’ says Former Trainer

Dolphin Training

CRC Handbook of Marine Mammal Medicine: Health, Disease, and Rehabilitation

Manuel Garcia Hartmann

Behavioural needs of Aquatic Mammals