Le Parc Astérix et le dressage des chiens

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Février 2016

Bahia va bien, mais qui se souvient d’Aloha ?

« Bahia est une petite femelle très dynamique, elle nage souvent avec sa maman Baily.
Mais aussi avec Aya et Beauty, sa grand-mère. Elle adore passer du temps avec son grand
frère Naska, qui lui apprend déjà les bêtises à faire.
Très joueuse et très curieuse, elle n’a jamais eu peur de s’éloigner de sa maman pour nager seule entre les différents bassins.
Elle tète toujours sa maman mais commence à prendre des petits poissons pour jouer avec. Aujourd’hui c’est un jeu mais quand elle y prendra goût elle mangera très vite
jusqu’à un kilo par jour. Vers l’âge de 1 an, elle commencera à apprendre des comportements en imitant les dauphins adultes. Si elle le souhaite, nous lui apprendrons quelques petits exercices qu’elle pourra faire lors des entraînements et spectacles. Venez observer son évolution dès le mois d’Avril 2016 au delphinarium ».

N’est-ce pas merveilleux ? Le problème, c’est que le parc Astérix souffre d’amnésie.
Le 23 juillet 2015, «Aloa, l’un des petits dauphins nés début juillet au Parc Astérix est mort ce mercredi. La jeune femelle est décédée lors d’une dispute entre les femelles adultes, au cours de laquelle elle a reçu accidentellement un coup, provoquant son décès immédiat. L’équipe du delphinarium, présente en continu, n’a rien pu faire. L’autre delphineau — Bahia, une petite femelle née le 3 juillet — se porte quant à elle très bien ».
En mer, jamais une femelle ne tuerait le bébé d’une autre.  Il n’y a qu’au delphinarium que de telles choses adviennent et adviendront encore.
Mais l’incident a froidement disparu de la page « Actus » du site.
C’est ça, l »information selon les delphinariums.

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Bahia et Aloha avec leurs mamans


2013

Le Parc Astérix et le dressage des chiens

Le Parc Astérix, près de Paris, dispose désormais d’un petit coin «dialogue » , ou plutôt de « défouloir », sur sa page Facebook où vous pouvez protester tout à loisir loin des regards et de la page officielle. L’intro est amusante :
« La santé et le bien-être des dauphins du Delphinarium sont notre priorité. Nous y veillons quotidiennement. Nous respectons les opinions de tous, y compris des opposants au Delphinarium, mais nous ne pouvons laisser passer des images qui ne correspondent pas à la réalité. Les liens postés aujourd’hui sur Facebook datent de plusieurs années. Ils ne sont pas conformes aux locaux de soins que nous avons aujourd’hui au Parc Astérix et que nous vous montrons ci-dessous ».

En effet ! Récemment, une photo d’un dauphin échoué  (pour examen médical, avant qu’on ne le dresse à s’y prêter sans vider leur bassin) a circulé sur le web, extraite du « Dauphins Libres » et réalisée par Julien Marchal en …1997 ! D’autres photos du site «Dauphins Libres» ont été réalisées par Pamela Carzon, il y a près de 10 ans. Il serait donc utile qu’une nouvelle enquête soit menée par une association française.

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Parc Astérix 1997. Photo d’archive Julien Marchal


Mieux encore, il serait intéressant de démonter le discours du Parc qui prend sans doute soin de ses captifs mais dans quel but ?

Pour désinformer le public sur la vraie vie des cétacés ?  Pour leur imposer des shows rythmée par la musique techno, que les dauphins exècrent ?
Car au-delà des sornettes constamment répétées à propos du bien-être de ces prisonniers qui se reproduisent avec tant de fougue et puis tuent leurs bébés, c’est la pertinence même des delphinariums qui pose question.
Est-il légitime d’enfermer en bassin des êtres conscients d’eux-mêmes, dotés de cultures et de langages et dont le corps est conçu pour vivre dans l’océan ? Est-il légitime de maintenir ce type d’attractions en Europe, alors que l’Inde ou le Brésil l’ont interdite car jugée trop cruelle ? Est-il éthique de promouvoir ces spectacles de cirque alors qu’ils encouragent des centaines de delphinariums dans le monde à aller acheter leurs prisonniers à Taiji dans une mer de sang, en Russie ou aux Iles Salomon ?

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Les aimer libres et les garder captifs  
Le paradoxe Fabienne Delfour


Certes, le Parc Astérix a bien évolué depuis le temps où son ancien directeur (un Belge !) nous confiait en riant : « La pédagogie, c’est de la blague. Nous sommes ici pour faire de l’argent ! ».

Mme Fabienne Delfour y  travaille désormais en tant que « directrice de projets» et le parc développe à ce titre des recherches particulièrement pointues pour un cirque aquatique.
« L’équipe du Delphinarium participe à la conception, la mise en place et la réalisation de projets scientifiques menés par des chercheurs français et étrangers. Les études s’intéressent à la biologie, la physiologie, la cognition et à l’éthologie des dauphins et des otaries, mais aussi aux questions de bien-être (études relatives à l’enrichissement de leur milieu de vie) et à l’acoustique de ces animaux ». Chose rare dans le milieu, il faut l’admettre.

Certes, il s’agit toujours de ces mêmes expériences mille fois menées depuis des années aux États-unis et qui ne jettent qu’une très faible lueur sur la véritable complexité mentale de cétacés soumis à des conditions de vie complètement aberrantes.
Mais enfin, il y en a et à ce niveau, le Parc Astérix satisfait donc au moins à l’une des 3 exigences de la Directive européenne 1999/22/CE.  Ce qui est loin d’être le cas pour la majorité des prisons aquatiques en Europe.

Force est d’admettre que Mme Fabienne Delfour n’est pas n’importe qui.
Diplômée en Biologie du Comportement et Neurosciences Cognitives (DEA, univ. Toulouse III), en Recherche Clinique en Psychomotricité (univ. Paris VI), elle est également Dr ès Ethologie Cognitive, qualifiée aux fonctions de Maître de conférence en Neurosciences et en Biologie des Populations. En 1992, Mme Delfour mettait en place, une formation aux méthodes et aux techniques de l’éthologie, pour 50 bénévoles au Vancouver Public Aquarium (Canada). Juste à l’époque où cet aquarium massacrait en toute impunité un nombre conséquent de bélugas et d’orques captives. Ce qu’il n’a pas vraiment cessé de faire depuis.

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Le corps de Kavna à l’Aquarium de Vancouver


Fabienne Delfour a également participé, en compagnie de Birgitta Mercera, la directrice du delphinarium parisien, à un stage d’observation organisé par le Wild Dolphin Project.

Ce fait d’armes sert désormais à vanter les mérites du parc d’attractions qui l’emploie. Denise Herzing, responsable du Wild Dolphin Project, nous a confirmé cette visite et déclaré dans un courrier privé « qu’elle acceptait ce type de personnes dans la mesure où le contact avec les dauphins libres pouvaient les amener à renforcer encore l’amélioration des conditions de vie des captifs ».  On peut rêver.

Mme Delfour s’est également rendue à l’Île Maurice pour y rencontrer Jacqueline Sauzier (MMCS),  qui s’était opposée en sont temps à la construction d’un delphinarium à Bellemare.
On se demande pourtant comment il est possible d’aller voir des dauphins tachetés libres aux Bahamas ou des sténelles à Maurice  puis de revenir, le coeur léger, vers un trou d’eau chloré où marinent des individus capturés à Cuba et en Floride, ainsi que leurs enfants.

Car en dépit de ces beaux voyages, les propos de Mme Delfour semblent réduire volontairement l’ampleur des capacités cognitives mais surtout culturelles et sociales des dauphins, en les mettant sur le même pied que celles de tout autre animal. Elle ne parlera jamais de « personnes non-humaines ».

Bodie, a U.S. Army military working dog (MWD), is lovingly hugged by U.S. Army Specialist Richard Rivera after a training session. Both are from the 554th MP-K9 unit stationed in Stuttgart, Germany. The K9 unit is a special division of the military police. The dog and handler remain together until the dog or the handler retires. (U.S. Army photo by Angie Hoffmann/Released)

Bodie, a U.S. Army military working dog (MWD), is lovingly hugged by U.S. Army Specialist Richard Rivera after a training session.



Comment le pourrait-elle ?
Outre son activité de « comportementaliste privée »,  Fabienne Delfour organise également des stages destinés aux éleveurs de chiens.
Elle défend de ce fait une approche scientifique bien précise  :
« Le comportementaliste animalier est le spécialiste de la relation et de l’influence que l’Homme exerce sur l’animal (et inversement), et des conséquences de cette influence en terme de comportement de l’animal. Pour parler plus simplement, on peut comparer le comportementaliste à un psychologue qui viendrait analyser la relation entre l’animal et son ou ses maîtres. Son objectif est de venir arranger une situation qui s’est détériorée et il cherche à rétablir une relation harmonieuse dans le respect de la nature de chacun. Le comportementaliste animalier intervient principalement pour des animaux de compagnie, et majoritaire pour des chiens, puis des chats ».

Voilà qui a le mérite d’être clair : les dauphins captif seront nos prochains toutous !
C’était le rêve de la US Navy aussi, mais hélas, on ne domestique pas un animal aussi vite et les États-unis envisagent d’en revenir aux robots sous-marins, plus dociles.
Aujourd’hui encore, éléphants, chameaux, dromadaires ou chevaux doivent encore être « débourrés » même s’ils naissent parmi les hommes. Ce sont pourtant des espèces dites «semi domestiquées», depuis quelques millénaires. Le dauphin, qui ne fut dressé qu’à la fin des années 40. Qu’on le veuille ou non, il s’agit encore et toujours d’un animal sauvage, même s’il est né captif.

Et peu importe à Mme Delfour si les révélations sur l’ampleur inouïe de la conscience dauphin s’accumulent.
Peu lui importe que des organisations traînent d’ores et déjà les esclavagistes cétacéens devant les tribunaux – voyez PETA et les orques de SeaWorld,  Morgan et le procès pour sa libération à Amsterdam, mais aussi la naissance d’une association tout entière dévolue à ce combat juridique -, la logique de Mme Delfour reste imperturbable.

Les dauphins se dressent comme des chiens, il convient de leur donner les meilleurs soins et l’environnement le plus adéquat, de les entourer des meilleurs dresseurs, mais en nulle manière, ils n’ont à jouir d’un statut exceptionnel du fait de leurs capacités cognitives et sociales hors du commun.

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le cerveau d’un dauphin

 

Dès lors, les recherches de Mme Delfour s’orientent selon deux axes :
– approfondir l’étude des mécanismes mentaux d’individus nés captifs pour une bonne part d’entre eux et dont le psychisme a été formaté dès la naissance. Etude donc sans valeur pour les dauphins libres.
– améliorer la vie de ces prisonniers, en leur fournissant davantage de stimulations et un meilleur cadre de vie, en affinant les techniques de dressage et en formant les dresseurs à mieux comprendre leurs animaux.

Ce discours « scientifique », marqué au sceau de l’anthropocentrisme, est parfois consternant.
Dans une étude sur la personnalité des dauphins, les traits de caractère sont subdivisés en 5 catégories qui elles-mêmes sont subdivisées en catégories négatives et positives, dont aucun psychologue sérieux ne voudrait.  On y apprend, après moultes recherches, que les femelles aiment bien rester ensemble, que les jeunes jouent et que le mâle sub-adulte manifeste de l’agressivité. Stupéfiant ! Et il faut enfermer ces malheureux pour découvrir cela ?
Mais oui , car  « l’analyse et la catégorisation des comportements émis par les animaux combinées à l’étude des interactions sociales se révèlent efficaces pour mieux comprendre les animaux, leurs comportements et leurs besoins individuels. Ce travail pourra ainsi être utilisé pour donner une meilleure perspective aux programmes d’enrichissement du milieu, pour aider soigneurs animaliers et vétérinaires dans leurs tâches quotidiennes, pour discuter le management du groupe social, l’introduction ou le retrait de certains individus, etc.. ».

Les recherches proposées en 2016 ne valent guère mieux, car elles reproduisent sur un mode mineur ce qui a déjà été fait  dans les années soixante. L’étude sur les jouets préférés des captifs ne manquera cependant pas d’être une grande utilité pour protéger les populations sauvages.

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John Lilly en 1963


En février 2012, près de 50 chercheurs, réunis à l’occasion d’une conférence internationale à Vancouver
, ont déclaré : 

« Les baleines et les dauphins sont si intelligents qu’ils doivent être déclarés comme étant des personnes non humaines et se voir dès lors protégés par une Déclaration des Droits »
Ajoutant : « La complexité intellectuelle, sociale et affective des cétacés atteint un niveau tel qu’il est impossible de ne pas les considérer comme d’authentiques « personnes », au sens juridique du terme. Chaque individu est différent d’un autre et chacun vit dans un contexte culturel et social qui lui est propre. A ce titre, dauphins, marsouins et baleines doivent être considérés désormais comme «non utilisables» par les humains ». Il est, de ce fait, éthiquement indéfendable de tuer, blesser ou de garder ces êtres en captivité pour satisfaire nos besoins, qu’ils soient économiques ou alimentaires ». (In Defense of the Dolphins)

Selon ces scientifiques, l’ensemble des cétacés – dauphins, marsouins, orques, baleines, etc. – sont bien plus sophistiqués au niveau intellectuel et émotionnel qu’on ne le pensait jusqu’alors.
Un nombre croissant de preuves attestent que ces mammifères marins disposent d’un niveau similaire d’intelligence, de conscience de soi et de sensibilité que celui de l’être humain. En conséquence, ces chercheurs ont présenté à nouveau la déjà célèbre Déclaration des droits pour les cétacés, conçue le 22 mai 2011 à l’Université d’Helsinki par des experts et intellectuels internationaux.
Le Dr Lori Marino ne dit pas autre chose, qui se bat désormais pour que les grands mammifères soient reconnus comme des sujets de droit et respectés comme tels. Et qui, avec le Dr Toni Frohoff, suggère d’autres façons d’étudier les dauphins sans les priver de leur liberté.

Cette prise de position ne fait pas l’unanimité, loin s’en faut.
Sur le front adverse, tout dévolu à l’expansion du marché du dauphin esclave, nombre d’universitaires ne semblent pas avoir saisi le message.
Ou bien ne le veulent-ils pas, soit pour des raisons personnelles (l’anthropocentrisme est un sentiment irrationnel aussi férocement enraciné que le racisme ou le sexisme et nourri du dégoût d’être assimilé à un « animal ») soit pour des raisons financières, tant on sait qu’il est néfaste à une brillante carrière scientifique de plaider pour l’égalité des Terriens. Et puis les delphinariums paient bien ! Ils ont tant de moyens, tant de ressources à leur disposition, grâce aux shows stupides qu’ils imposent à leurs prisonniers !

Alors, on se plie aux diktats de l’industrie, on adopte sa logique.
On saisit la moindre occasion pour disqualifier les dauphins ou tout autre animal hautement conscient et le renvoyer vite fait dans le grand sac où notre anthropo-déni les entasse, avec les grenouilles, les insectes et les vers de farine : celui des « animaux » dont l’Homme ne ferait pas tout à fait partie.

Les pays francophones paraissent malheureusement plus affectés que d’autres par cette vision béhavioriste.
Au contraire des États-unis ou du Royaume-Uni, on trouvera difficilement chez nous des «savants» prêts à défendre le droit des cétacés à la liberté. La plupart des spécialistes en océanologie ne voient rien à redire à la captivité et sont chargés, à ce titre «d’experts», d’estimer la qualité du bien-être des cétacés captifs. Jamais ils n’auraient l’audace de remettre cette pratique en cause ou simplement de la questionner.
Et l’on regrette vraiment qu’une personne aussi informée que Fabienne Delfour puisse encore rentrer la tête haute dans la prison aquatique où elle travaille. Ou défendre becs et ongles la captivité des dauphins lors de la commission parlementaire sur le delphinarium de Bruges

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Le corps de ce dauphin est couvert de morsures en râteau, qui signale une vie sociale très tendue dans le bassin.


 

A propos du Parc Astérix

http://www.blog-les-dauphins.com/un-bebe-dauphin-nait-au-parc-asterix/

 

Le Parc Astérix à Paris