Le parc Paradisio en 2010

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En 2015, le parc Pairi Daïza est devenu une industrie comme les autres, en plus esthétique.
On y annonce désormais des ours blancs, des morses et qui sait, un jour, des bélugas. La société de M. Domb, désormais locataire de pandas, s’est lancé dans une course en avant à la « nouveauté »,  concept nocif qui exige que chaque zoo, chaque année, exhibe le plus grand nombre d’animaux possible et une nouvelle espèce hors du commun.
Mais qui fournit les animaux de plus en plus exotiques aux zoos en concurrence ? D’autres zoos, en Asie ? En Russie ? Oui, mais ceux-là, qui les fournit ?
L’exemple à suivre aurait été celui du Bioparc Zoo de Doué la Fontaine , qui tend à être ce que devrait être le moins mauvais des zoos possibles.

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Eric Domb devant les pandas, en présence du roi et de la reine des Belges, du premier ministre, du ministre des affaires étrangères et bien sûr du Maître de la Chine.

 

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Le parc Paradisio en 2010

Voici peu, à l’occasion de l’arrivée de sept otaries du nom de Ziggy, Boomer, Wendy, Frida, Peggy, Babelutte et Desmond (soit six femelles et un mâle) dans l’enceinte du Parc Paradisio, un article particulièrement agressif était publié sur ce site.
Loin de s’en fâcher, le directeur du Parc, M.Eric Domb, a choisi de rencontrer son contradicteur et d’ouvrir le dialogue avec lui.  A son aimable invitation, j’ai donc pu visiter longuement cette abbaye cistercienne habilement réaménagée et en inspecter les coulisses jusqu’au moindre recoin.

Cette attitude est à souligner : on souhaiterait pouvoir obtenir de semblables échanges, critiques mais constructifs et francs, avec les responsables des delphinariums belges ou étrangers.
La qualité de l’information y gagnerait à tout niveau, et pour tout le monde !

Mon intention n’est pas de cautionner ici l’enfermement d’animaux libres à des fins de loisirs ou d’éducation – je rêve toujours d’un monde merveilleusement préservé où il suffirait de se promener en forêt pour voir tous les oiseaux et les mammifères sauvages que l’on veut – mais force est de reconnaître que plusieurs points positifs sont à mettre au crédit du Parc Paradisio, dont la démarche, originale en Wallonie, n’est pas ni celle d’un zoo ni celle d’un parc d’attractions classique….

 

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Le lagon des otaries en 2015 Photo RM

MAUVAIS POINTS 
Première conclusion : contrairement à ce qui se passe dans nombre d’autres parcs animaliers et pour autant qu’il est possible d’en juger, on ne rencontre à Paradisio que peu ou pas d’animaux manifestement malheureux ou malades.

Certes, certains reptiles confiés au parc par des particuliers sont un peu à l’étroit dans leur terrarium.
Certes, les poissons exotiques présents dans l’aquarium central (Le Nautilus) ont été, pour leur part, enlevés à leur récifs de coraux d’origine au détriment des équilibres écologiques locaux. Il est dommage à cet égard que le Parc ne soit pas concentré simplement sur les poissons d’eau douce qui vivent ou vivaient dans nos rivières plutôt que de faire le choix d’animaux exotiques et marins, plus spectaculaires mais qui ne reproduisent pas ou peu en captivité.

De la même manière, on regrettera que ne soient exposés au Parc que des lémuriens, des saïmiris et autres grues couronnées, tous venus de fort loin et forcés de s’adapter à notre climat, alors que la Wallonie compte un grand nombre de petits mammifères ou d’oiseaux indigènes, les uns encore florissants – et donc réputés «nuisibles» ( !) – les autres en voie de disparition totale, qu’il serait de toutes façons urgent de faire mieux connaître au public.

Aujourd’hui, la plupart de nos concitoyens ignorent tout du castor, de la belette, de l’hermine, de la martre, de la loutre d’Europe, du blaireau, de la genette, de la musaraigne bicolore ou pygmée, du Petit Rhinolophe, du Grand hamster, du Lérot, du Loir gris ou du muscardin, de l’autour des palombes, du martin-pêcheur, de la gélinotte des bois, de l’alouette lulu, du pic cendré ou du tétras lyre qui pourtant sont tous « belges » et ont le plus grand besoin de plus de protection.

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Les coulisses du spectacle des rapaces à Paradisio

BONS POINTS 
Le fait est, cependant, que la plupart des animaux captifs disposent ici de larges espaces de vie. Paradisio ne propose pas à ses visiteurs une exposition d’animaux entassés les uns à côtés des autres dans des cages minuscules, comme le font la plupart des zoos classiques.
Seules quelques espèces particulièrement attractives, lémuriens, petits singes saïmiris, suricates ont été mises en exergue ainsi que nombre d’oiseaux exotiques- la raison même du Parc – qui volent à tire d’aile d’un bout à l’autre d’une volière vraiment géante !

Ces animaux, du fait de leur petite taille et de leur nombre restreint, semblent donc pouvoir disposer d’une vie sociale à peu près complète et normale, même si l’être humain y est omniprésent. Certaines activités propres à leur espèce en milieu naturel leur sont même possibles.
Les lémuriens se livrent ainsi à la chasse aux insectes au sein des hautes herbes, où ils vont et viennent sans autres contraintes que les limites physiques de leur petite île.

Il est clair qu’à leur niveau d’évolution psychique, ces oiseaux et petits mammifères pourraient sans doute être réhabilités sans trop de difficultés d’ici une génération ou deux : les cultures ne se perdent pas, les gestes sont appris et l’animal continue donc à rester lui-même jusqu’au jour béni où, selon le Mythe de l’Arche chère aux zoos, on le réintroduira chez lui. Ou pas.

Rappelons à cet égard que les tentatives de réinsertion d’animaux nés captifs se concluent le plus souvent par des échecs ou ne font l’objet d’aucun programme parce que l’animal n’est pas assez attractif pour les visiteurs du zoo. (Mieux vaut un petit singe tout mignon qu’un crapaud buffle répugnant…)
Sur les 5.926 espèces de mammifères, oiseaux et reptiles  mentionnées sur la liste des espèces gravement menacées ou en voie de disparition par l’IUCN (International Union for the Conservation of Nature)  seules 120 d’entre elles se retrouvent impliquées dans les programmes internationaux de reproduction en captivité initiés par les Zoos. De ces 12 espèces, 16 seulement ont pu être remises en liberté dans leur biotope d’origine avec des taux de réussite hélas très mitigés.

Le Parc Paradisio veut garder pour sa part une vision optimiste du processus, puisqu’il élève notamment des Grues de Sibérie et des Pyrargues à queue blanche afin de les réhabiliter in fine dans leur biotope d’origine. Ainsi les oeufs des grues pondus à Paradisio sont transportés jusqu’en Sibérie. Lorsque les jeunes éclosent, leurs soigneurs locaux sont déguisés en grues pour éviter toute imprégnation humaine !

LES OTARIES AU COEUR DU DÉBAT…
Quant aux otaries, objet premier de notre courroux, que peut-on en dire après les avoir vues de tout près et visité leurs installations ?
Nul doute qu’elles ne soient certainement mieux accueillies dans leur bassin actuel qu’elles ne pouvaient l’être à Anvers !  Plaques chauffantes pour se chauffer le derrière au bord du bassin en hiver, volume important d’eau de mer naturelle légèrement chlorée, l’Algoa Bay n’est pourtant pas encore l’idéal et ne ressemble que peu à une « falaise géante » mais c’est un « plus » par rapport au passé.

Notons surtout qu’aucun spectacle dégradant n’est imposé aux otaries – ni twist en musique ni ballon sur le nez ! – hormis les « dressages » nécessaires pour obtenir la coopération des animaux lors des examens médicaux. Tout ce petit monde a l’air en bonne santé : la nage est vive et joyeuse, les gros yeux noirs brillants, l’attitude dynamique. Ici encore, il s’agit d’animaux qui, en dépit d’une présence humaine à tous les niveaux de leur existence, disposent d’un semblant de vie sociale, réduite mais apparemment suffisante.

A la question de savoir ce que deviendront les bébés qui naîtraient en surnombre, il nous a cependant été répondu selon la logique classique des échanges entre zoos et des programmes de reproduction également appliqués, rappelons-le, à une espèce qui n’est pas en danger : le dauphin Tursiops. Mais que dire d’autre ? Les animaux captifs sont comme les plantes d’un jardin : on les plante, les taille, les coupe et les jette.

Ces otaries ne seront de toutes façons jamais capables de reprendre la mer.
Leur destin est désormais de se répandre de zoo en zoo, pendant des générations et de constituer, finalement, une sorte de nouvelle espèce de pinnipède adaptée à la vie captive et à la présence permanente de l’homme.

Cela dit, Ziggy, Boomer, Wendy, Frida, Peggy, Babelutte et Desmond pourraient à mon sens disposer d’un espace beaucoup plus vaste encore.
On rêve d’un vrai lagon pour eux, avec rocher, plage et poissons vivants, comme celui de Harderwjick.
(En 2015, ce « lagon » leur a été offert, mais la qualité de l’eau, douce et crasseuse, semble avoir affecté leur santé)

Quant aux manchots, ils nous ont paru eux aussi de fort bonne humeur et très actifs, glissés dans leurs petits nids de rochers et disposant d’un enclos de taille satisfaisante, relativement proche des conditions de vie réelle. Là encore des naissances sont attendues.

 

 

UN DELPHINARIUM VIRTUEL EN HAINAUT ?
Au Parc Paradisio le rythme des visiteurs est plus lent que dans un zoo classique, leurs arrêts devant les animaux plus longs et plus attentifs.
On sent là une recherche de savoir, une volonté d’apprendre que le Parc Paradisio se doit de satisfaire plus encore.
D’ores et déjà, son projet est d’offrir aux enfants et aux adultes de la région un encadrement pédagogique de qualité et une sensibilisation accrue aux grands enjeux écologiques de notre temps.
Il est ainsi réjouissant de voir diffuser, par exemple, la vidéo d’une baleine en train d’accoucher dans une salle de l’Aquarium.
Mais pourquoi ne pas aller plus loin encore et installer par exemple une salle multimédia où seraient projetés de beaux documentaires animaliers de manière régulière ?

Pourquoi ne pas user de techniques modernes (imagerie virtuelle, lunettes 3-D, salle holophonique pour les chants de baleine, etc. ) et créer ainsi dans le Hainaut le premier « delphinarium virtuel » dont rêvent tous les activistes du monde et que nous espérions voir construit au Zoo d’Anvers après le départ d‘Iris et d’Ivo : un lieu où les enfants – comme ils ont pu le faire récemment grâce à la technologie IMAX – verraient vraiment comment vivent les cétacés libres dans les océans…

Ce serait faire un terrible pied-de nez à toutes les prisons pour les cétacés du monde – et à celle de Bruges en particulier – et leur fournir la preuve que l’on peut informer sans faire souffrir des êtres intelligents et bons.
On pourra admettre alors la présence de petits lémuriens et autres oiseaux en volière, surtout s’ils sont nés captifs.
Ils répondent en effet à ce besoin « biophilique » décrit par O.Wilson et certes fallacieux, mais très ancien et commercialement incontournable jusqu’ici d’entrer en contact direct avec l’animal plutôt qu’avec son image. Or, tant que ce dernier ne souffre pas de sa captivité et qu’il n’y perd pas sa propre culture, la question éthique ne se pose évidemment pas.

Il semble donc qu’avec tout son lot de maladresses et de tâtonnements, compréhensibles quant il s’agit d’une entreprise de ce type, Paradisio se dirige tout de même vers ce qui sera sans doute le futur des zoos et de tous les parcs animaliers : de moins en moins de cages, de plus en plus d’attention portée aux besoins psycho-socio-éthologiques des animaux accueillis et au respect de leurs cultures propres et surtout, une meilleure sensibilisation du jeune public à la prodigieuse nécessité de maintenir intacte la biodiversité de notre bonne vieille planète Terre !

En revanche, la crainte de voir se multiplier des collections animales de plus en plus diversifiées – la vocation du Parc première du parc étant de faire connaître les oiseaux – reste légitime mais s’avérerait, selon son directeur, sans fondement.
Pas de gorilles ni d’éléphants ni de dauphins prévus dans les années à venir, ni jamais, c’est promis !  

 

Paradisio

 

Février 2016

Il semble donc que lors de notre rencontre en 2010, M. Domb nous mentait.
Les éléphants ont suivi, les gorilles arrivent et l’on craint le pire pour les cétacés.