Parc Astérix : le « Théâtre de Poséidon »

Parc Astérix

Un trou d’eau sous le soleil. Photo YG 2006


2006

 «Le Théâtre de Poséidon» !
Que voilà une dénomination adéquate !
Dans cet univers de carton pâte, tout dévolu aux attractions les plus ringardes sous le regard d’’un Astérix géant perché au sommet d’une montagne en béton, dans le tumulte infernal des roller-coasters et autres balançoires mécaniques en tous genres, baigné par le parfum du pop-corn, englouti par une foule abrutie et ventripotente, ce petit delphinarium parisien n’’en porte même plus le nom.

Il s’agit bien là que d’’un Théâtre.

Ou, mieux encore, d’un cirque, car ’on voit mal la différence entre ces spectacles aquatiques qui s’’enchaînent à une cadence infernale et les exhibitions de rapaces, d’’ours, de lions ou même des bonobos, comme au cirque Kinos avec cette obscénité toute particulière que constitue une « prison pour dauphins ».

Ici se déroule toujours la même scénographie, grotesquement semblable d’un continent à l’autre, accompagnée du même discours, de ce même catéchisme vantant la vie heureuse des dauphins captifs, dont sans doute les prolégomènes de base ont été rédigés puis transmis aux delphinariums du monde entier par leur maison mère, la compagnie Sea World, elle-même soutenue discrètement par la US Navy. 

Quel ennui si un spectateur devait par hasard subir deux ou trois shows de suite !
Quel ennui pire encore pour les dresseurs comme pour les dauphins, que de refaire ce même show débile cinq fois de suite, à des intervalles rapprochés, question de remplir les gradins d’une foule lucrative à 30 euros l’’entrée…

Si le volume sonore assourdissant mis par des baffles énormes posés à même le pourtour du bassin – merci, les vibrations ! – équivaut à celui du Boudewijn Seapark, le discours «pédagogique» n’’est pas ici préenregistré ni diffusé par des hauts-parleurs crachotants et totalement inaudibles , comme à Bruges.

Il est au contraire déclamé en voix live par une pauvre greluche affublée d’un micro, debout sur le côté de la scène et qui récite cinq fois par jour la merveilleuse amitié liant l’’homme au dauphin, ou mieux encore, l’’enfant et le dauphin.

Car ce charmant Tursiops, tel le Nègre du temps des Colonies, n’est finalement qu’’un «grand enfant», n’est-ce pas ?

« Depuis l’’antiquité», déclame cette petite oratrice à la voix vibrante de pathos sur fond de musique pour grand magasin, «le goût du jeu et l’’amitié ont réuni l’’enfant et le dauphin».

Son discours anthropomorphiste se poursuit de plus bel :

«Et voici le jeu de football ! Qui gagnera  la compétition ? Tous sont avides de gagner ! Les jeunes ne sont pas moins déterminés que les autres à lancer leur balle aussi loin que possible !»

Et la foule, ravie, d’’acclamer le jet de ballon bleu dans les gradins par un coup de caudale encore un peu maladroit, ignorant que chez les dauphins libres, les jeux d’’algues ou tout autre genre de sport collectif ne comprennent ni gagnant ni perdant.

Photo YG juin 06

Le Parc Astérix en juin 2006. A gauche, la « diseuse » munie de son micro. Photo YG

 

Mais que l’’on ne s’’y trompe pas, rappelle notre diseuse de bonnes nouvelles payée par l’’Industrie, «le dauphin ne peut être contraint à aucun dressage, c’’est un être libre, personne ne peut les forcer à faire ce qu’il ne veut pas faire… »

Oh, vraiment ? Personne ne peut le contraindre ? 
Sauf le jour où on l’a capturé avec une violence extrême dans les eaux cubaines ou lorsqu’on a programmé sa naissance tel un poulet de batterie, parfois à l’aide d’une insémination artificielle, afin de maintenir les stocks d’esclaves performants en relatif état d’équilibre. Aucun dauphin n’est jamais entré dans un delphinarium de sa propre initiative !

Personne ne peut le contraindre, sauf que durant toute sa vie, la faim, l’’ennui, le besoin de contacts sociaux et d’évènements nouveaux qui le tenaille en permanence dans un univers réduit aux parois d’’un bassin ridicule obligeront sans problème ce dauphin à obéir ! Car la méthode de privation de nourriture ou l’’isolement en guise punition, sont les meilleurs moyens de contraindre le dauphin à répéter des gestes absents de son répertoire naturel. Il est plutôt rare en effet que les dauphins libres se laissent chevaucher spontanément par un être humain comme dans un rodéo…

Ces rostres ouverts bien grands comme des oisillons dans leur nid :
signe évident que ces dauphins sont affamés

La méthode des delphinariums, c’est exactement celle goulags chinois, où les détenus sont simplement maintenus dans un état de sous-nutrition permanente. Que ne ferait-on pas pour un bout de pain quand on a faim toute la journée ! A quelle bassesse ne se livrerait-on pas ?

Il est vrai que des récits de dauphins mâles battus ont été rapportés, notamment aux USA ou en Italie, il y eut même des condamnations, mais ces techniques ne sont pas  les plus courantes.

De la même manière, à chaque instant du show, les dauphins sont soigneusement regroupés par groupes de trois ou quatre, afin de recevoir leur obole alimentaire de la main de leur dresseur.

C’’est que ça se bagarre ferme, sous l’’eau bleue de ce bassin à ciel ouvert sans l’’ombre d’’un auvent, sans protection contre un soleil caniculaire…

Sans doute le dauphins peuvent-ils se protéger des coups de soleil dans cette mini-piscine sous les gradins… Photo YG Juin 06

Quand on reste 80% de son temps en surface et 20% sous l’eau, et non l’inverse, comme cela se passe en mer chez les dauphins libres,  les rayons UV peuvent brûler la peau.

Annexés au bassin principal de 45m de long, 17m50 de large pour une profondeur variant de 2m50 à 4m50, existent aussi un «hôpital» ou une zone d’’isolement selon le point de vue, cachée sous les gradins, ce qui constitue globalement une surface totale de 1044.5m² et contenant 3.4 millions de litres d’eau de mer artificielle
dont la température varie entre 14 et 26°C.

Des vitres d’observation permettent d’observer les dauphins évoluer sous l’eau. On peut donc y voir les heurts, les affrontements, les rostres qui claquent  et les luttes. Les dominés n’’ont aucune possibilité de fuir la loi féroce des  dominants. Leur peau est d’’ailleurs striée de coups de rostre et de cicatrices. Ce type de violences causées par le confinement n’existe qu’en bassin.

Mais qui le voit ? Qui le sait ? Si le Dr Toni Frohoff, spécialiste su stress chez le dauphin,tant libre que captif, devait un jour se rendre ici et mener son enquête, comme elle le fit à Bruges à notre demande, ses conclusions seraient sans doute plus terrifiantes encore que celles qu’elle a pu tirer de sa visite en Belgique : promiscuité, «pecking order», violence, stress, domination du plus fort…

Les dauphins peu à peu s’’adaptent au « modèle chimpanzé », c’’est à dire humain : agressif, compétiteur, concentré sans répit vers la recherche du pouvoir.
On se souviendra pourtant que lorsque les dauphins libres encerclent un banc de poissons et créent ensemble une «meat ball» bien serrée, chacun vient y picorer à son tour, en toute convivialité, pendant que les autres tournent en permanence et continuent à émettre des sons perçants qui tétanisent leurs proies et maintiennent ainsi la «boule de viande» bien ronde et consommable.

Ce qui ne constitue qu’une infime partie des innombrables techniques de chasse propres aux divers peuples cétacés, culturellement transmises de tribu en tribu, de génération en génération.

«Libres de choisir…» disait la petite madame au micro……
De qui se moque-t-elle ?
S’il venait à l’’idée de l’un de ces captifs de choisir de s’’en aller, si l’’un ou l’’autre adolescent parmi ces cétacés avait envie de faire un balade, loin de sa famille, à la recherche de petites amies ou de foncer à travers les vagues de tempête puis et de plonger sous 500 mètres de fond, eh bien, qu’’il essaye !

Nos amis dauphins sont bel et bien prisonniers pour toujours sur une «île d’’eau» minuscule qu’’entoure un Océan de Terre Sèche hostile et infranchissable.

Après la prestation, le paiement…. Parc Astérix. Juin 2006. Photo YG

 

Rien ne se fait sans récompense alimentaire. Il en est de même dans les centres de delphinothérapie où le dauphin est sensé « aimer les enfants » et les guérir…

 

«Le second delphinarium français » nous expliquent en substance Brigitte Sifaoui et Hugo Verlomme dans leur remarquable Livre des dauphins et des baleines  » a été inauguré en 1989 non loin de l’’autoroute du Nord.

Deux delphines, Beila et Elizabeth, toutes deux capturées à Cuba, étaient sur le point de mettre bas. Elles en sont mortes dans le plus grand silence, en juin 1993, et leurs petits perdus.
Une autre delphine du nom de Laura, également prise dans les eaux cubaines, est morte tout aussi discrètement en 1995, de «vieillesse» selon le Dr David Taylor, vétérinaire spécialisé dans les « soins » aux dauphins captifs.
Comment un dauphin arrivé juvénile (moins de 8 ans) au Parc Astérix en 1989 a-t-il pu mourir de vieillesse en 1985 ? Laura avait tout au plus quinze ans lorsqu’’elle est morte, c’est-à-dire l’’âge d’’une jeune adulte ? »

Et puis tant d’autres encore :

Cindy (1982-2001) capturée dans le golfe du Mexique à la même époque – par la même équipe de trafiquants, sans doute – que Iris et Ivo puis transférée depuis Hassloch et morte, comme Skippy et Terry à Bruges, d’’une atroce candidose qui transforme le dauphin en «chou-fleur» vivant, la peau dévorée par les champignons…

Il y eut aussi le bébé d’’Amaya (mort 15 minutes après sa naissance), Byos, un petit mâle né en juin 2003, mort classiquement, comme tant d’’autres bébés de l’’ancien delphinarium d’’Anvers, lors d’une bagarre entre deux mamans stressées et devenues à demi folles .

Puis il y eut Amaya, bien sûr, capturée au large de Cuba en même temps que Pitchi et Guama en avril 1988 et qui s’’est éteinte en toute discrétion à l’’âge de 22 ans en automne 2004.

Ne doutez pas qu’il y en aura bien d’’autres encore, sans cesse, partout dans le monde, de ces femelles à peine matures présentées comme des vieilles, qui n’’atteignent même pas l’’âge adulte avant qu’’on ne les fasse se reproduire en urgence puis crever comme des chiennes d’’élevage dont personne, jamais, n’’est supposé retenir le nom.

Amaya. Copyright Pamela Carzon

Amaya, morte en 2004. Copyright Pamela Carzon

 

Le spectacle du parc Astérix est en tous cas désespérant..
Peu avant l’’arrivée des dresseurs, les prisonniers se livrent à des comportements curieux. Ils s’échouent et roulent sur le flanc loin sur la plate-forme, puis ils y retournent à l’eau au bout d’un long moment.
Ce genre de prestations ne fait pas partie du show – quand ils mangent leur portion de poisson, les dauphins glissent de face sur le ventre vers leur dresseur –   et l’on peut se demander si une telle stéréotypie n’est pas un signe de zoopsychose… ou bien une tentative de fuite hors d’un bassin surpeuplé.

Ce comportement n’est observé que chez les dauphins fous… Photo Pamela Carzon. Juin 2006

Si ce bassin à ciel ouvert – mais sans protection contre les coups de soleil caniculaires – constituent sans doute un plus pour les dauphins captifs, qui voient passer les oiseaux, les nuages et sentent tomber la pluie sur leur peau, au contraire des dauphins sous dôme de Bruges, on notera cependant que le volume sonore imposé à ces fins acousticiens que sont les cétacés est ici proprement intolérable.

Des baffles énormes posés à même le sol à côté du bassin diffuse une musique d’abord sirupeuse, une sorte de mixage mollasson du «Grand Bleu» puis tonitruante et propulsée à plein volume, tandis qu’’à l’arrière de ce trou d’’eau, dans de grands rires et des cris, les «roller-coaster» et autres attractions de foire fonctionnent à plein régime.

La foule ne vient d’’ailleurs ici que pour une vingtaine de minutes.
Une fois le show terminé, tout le monde s’’empresse de se ruer vers d’’autres attractions, négligeant de lire les petits panneaux censés les informer sur la vie des dauphins « résidents ». Notons que le nom d’’Amaya a disparu de ces panneaux, de même qu’à Bruges celui de Tex ou de Flo. Ils n’ont jamais existé.

Ces panneaux pseudo-pédagogiques que la loi impose désormais à tout zoo ou cirque aquatique sont par ailleurs bourrés d’’erreurs, donnant des dauphins l’’image d’animaux sauvages primitifs et négligeant totalement d’’évoquer leur intelligence supérieure, leurs cultures, leurs langages, leurs vies sociales ou leurs méthodes de chasse .

L’Industrie de la captivité – comme celle des zoos, du tabac, du pétrole ou des pesticides – dispose de moyens gigantesques à tous niveaux. Elle constitue un phénomène contemporain issu de la mondialisation.

En tant que « petits activistes » ignorés des grands médias, il nous est difficile de mettre fin à ce mouvement de mode, certes cruel et inutile, mais tellement rentable en termes financiers, et donc vanté à pleine gorge par tous les journaux, écrits ou télévisés.

Shoukha la petite orque va quitter le Marineland d'Antibes. Photo Pierre

Shouka la petite orque va quitter le Marineland d’Antibes. Les dresseurs lui disent adieu pour toujours. Photo Pierre

Il faut cependant souligner le fait que certains dresseurs s’investissent pour que leurs détenus se sentent le mieux possible dans les conditions de vie aberrantes qu’on leur impose. On peut reconnaître l’’amour réel – quoique égoïste et ambigu – que ces gens-là portent aux dauphins, un peu comme le gardien de prison  qui aimait ses condamnés à mort dans le livre de Stephen King : « La ligne verte »…mais les amenait tout de même à la chaise électrique…
Ce n’est pas eux qu’il faut injurier ou condamner, sans doute, mais la machine à fric qui les emploie et leur propre inconscience.

Même si nous avons de source sûre que certains de ces malheureux captifs seront bientôt déportés vers le delphinarium de Planète Sauvage à Port Saint Père (Nantes) ou bien encore vers celui de Harderwijk, puisque le puissant holding La Compagnie des Alpes les chapeaute tous, la surpopulation des dauphins parisiens dans ce trou d’eau bruyant et minuscule, sans protection contre le soleil, constitue aujourd’’hui une illégalité grave et foule aux pieds les droits les plus élémentaires d’’individus dotés de cultures et d’’intelligence.

Il est plus que temps que nos pouvoirs publics prennent conscience de ce problème et ne tolèrent plus que l’’on enferme en cage ou en bocal des êtres innocents aussi conscients qu’eux.

Arrivée des premiers détenus à Avers en 1969. Photo copyright Zoo d’Anvers

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