Les tigres blancs du Zooparc de Beauval

Tigre blanc victime de la consanguinité imposée par les zoos.

Tigre blanc victime de la consanguinité imposée par les zoos.

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L’antithese de la conservation : les tigres blancs !
Génétiquement dégénérés par la grâce des zoos..


En 2013, France 5 a  consacré un documentaire complaisant, pour ne pas dire promotionnel, mais qui, sous prétexte de nous vanter les mérites du  Zooparc de Beauval, en révèle en fait la véritable finalité : faire de l’argent avec du sauvage !

Alors que la voix enjouée de la commentatrice annonce que les animaux disposent d’enclos immenses et verdoyants (habilement décorés de rochers, de plantes de cascades, à l’usage du regard humain) on y voit la gérante, Mme Priscille Lacoste, une ancienne Miss France en fin de carrière, tapoter gentiment la vitre de la cage d’une hyène
qu’elle a élevée au biberon mais dont elle ne s’approche plus désormais.
Pauvre hyène, frottant son museau contre une paroi griffée….

Les primates subissent le même sort : les vitres permettent aux innombrables visiteurs de les regarder droit dans les yeux, ce que détestent les Grands Singes. Certains d’entre eux disposent d’une île.
Mais que font-ils en hiver ?
Pas beaucoup d’espace, de toutes façons, par rapport aux besoins éthologiques réels de ces grands singes. Et toujours les mêmes outils d’enrichissement environnemental : pneus, cordes, passerelles, mais ni TV, ni journaux illustrés ni ordinateur pour les occuper ! Cela choquerait les gens, pensez ! Un chimpanzé qui feuillette une revue ! Ce ne serait donc pas un « animal » ?

En revanche, une révélation insidieuse : à un moment du reportage, un enfant demande à la gérante pourquoi le singe mange son caca.
Réponse évasive de Miss Priscilla. « Euh…Eh bien…euh… Oui, ils font ça parfois… »

La réalité est que les chimpanzés ne se livrent à la coprophagie que lorsqu’ils vont mal. Un indice manifeste de leur zoopsychose, qui était fréquent au Zoo d’Anvers dans les années soixante, mais semble avoir disparu. Qu’est ce qui ne va pas au Zoo de Beauval ?

Ce qui est clair, c’est qu’à la première occasion, ils tenteront de s’enfuir de cet enfer de promiscuité et d’ennui !
Ainsi que le rappelait le paléoanthropologue Pascal Picq, du Collège de France :  « On pourra conserver leur patrimoine génétique, mais tout ce qui concerne le comportement et l’écologie va disparaître« .

Mais qu’importe ! Le parc dispose de deux boutiques et d’un hôtel intégré.
Le chiffre d’affaires annule est impressionnant car il se fonde sur une politique bien connue : attirer le plus de touristes possible avec des espèces toujours plus rares, plus « glamour » et donc plus rentables.

Le tigre blanc, par exemple (qui n’existe plus en liberté depuis la mort de Mohan, père tous les tigres blancs captifs et dont les descendants souffrent dès lors de diverses malformations dues à la consanguinité) ou les incontournables koalas d’Australie.  Ces derniers ont déjà provoqué l’afflux de 50.0000 visiteurs supplémentaires depuis leur arrivée. On se frotte les mains d’avance au Zoo de Beauval : le premier bébé koala qui naîtra risque bien de faire grimper ce chiffre de 5 à 10 % !

Koala

L’Australie n’a-t-elle pas les moyens financiers nécessaires pour assurer la sauvegarde de ses propres koalas,
elle qui les a presque tous massacré à la belle époque, où on les tirait dans les arbres comme des pipes à la foire ?

Bref, une belle entreprise qui ne connaît pas la crise, à ceci près que pèse sur cet établissement de contention, comme sur tous les autres, le terrible spectre de l’appauvrissement génétique.

Hélas, la CITES interdit désormais – malgré de nombreuses exceptions près et en toute ignorance des trafics illégaux incessants – de capturer des animaux rares en liberté, comme on le faisait naguère à tour de bras.

Reste donc LA solution, pratiquée tant par les delphinariums que par les zoos : échanger leurs spécimens avec d’autres entreprises similaires.
Le but n’est donc pas ici la préservation de l’espèce, mais bien le maintien en respiration artificielle d’une population de diverses espèces exotiques – et sexy, si possible, car vous ne trouverez pas ici de rongeur voalavo (Voalavo antsahabensis) ou de varan de Panay (Varanus mabitang) ni moins encore des espèces gravement menacées en France, tel que le Rhinolophe de Méhely , bref, des bestioles qui ne ne suscitent pas vraiment l’enthousiasme des foules !

Voavlo

Notons par ailleurs que les animaux captifs, pour la plupart intelligents, socialisés et sensibles, se voient totalement acculturées par leur contact précoce avec l’Homme et donc inaptes à retrouver jamais la vie sauvage.

Cela signifie aussi de douloureuses séparations qui ne tiennent aucun compte des liens familiaux ou d’amitié que peuvent entretenir entre eux ces captifs : éléphants, grands singes, félins sociaux comme le lion, etc.
Mais qu’importe ! Ces échanges entre zoos qui permettent d’offrir aux badauds des « carnets roses » flatteurs et juteux….

Plus rares sont les zoos ou les parcs de ce genre qui évoquent l’euthanasie des jeunes en surplus, les suicides, les castrations, ou les décès précoces dus à l’ennui profond que suscite le fait de vivre sa vie toute entière en réclusion…

Birma ne veut plus quitter sa cage au Zoo de Maubeuge. Elle a trop peur de tout.

 

Mais soit ! A quoi bon répéter sans fin cette évidence, puisque personne n’écoute ?
La Nature se fait rare.
Or, ce qui est rare est cher.

Et donc, en vendant du « sauvage » aux visiteurs d’un jour, en proposant ce triste spectacle aux enfants, (car il y a des spectacles aussi, celui des rapaces et des otaries… en attendant les dauphins, sans doute), c’est toute la logique capitaliste qui se déploie : brûlons les forêts de Bornéo, ravageons l’Amazonie, scions les arbres rares du Bassin du Congo et la faune qu’elle abrite, tuons tous les animaux libres mais gardons-en tout de même quelques uns pour
faire plus de profit, toujours et encore, et encore, et encore, jusqu’à la fin programmée de l’espèce humaine qui dominera le monde infiniment moins longtemps – selon les meilleurs experts scientifiques – que les trilobites ou les dinosaures !

Stupéfiant paradoxe : ces zoos qui ramassent d’une main ce que l’autre pille, se vantent par ailleurs de soutenir les associations installées in situ qui tentent de sauvegarder les dernières espèces libres. Le Zooparc de Beauval n’y fait pas exception, mais dans ce domaine, la palme revient au Vanilla Park de Maurice : tout en vendant des singes macaques aux laboratoires du monde entier à des fins de vivisection et en écoulant ses peaux de crocodiles à Paris  pour faire de jolis sacs à main, il prétend sauver aussi la faune de Madagascar.

Un monde totalement schizophrène, décidemment….

Lui aussi fut le maître du monde, un jour…

 


 

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