Le vrai Monde de la Mer n’est pas SeaWorld

L’orque Tilikum et le corps de Dawn Brancheau, qu’il vient de tuer

Le vrai Monde de la Mer n’est pas SeaWorld

Un article d’Elizabeth Batt

Si vous vous demandez encore pourquoi les écologistes dénoncent le fait de maintenir des orques dans des environnements artificiels, cette vidéo devrait vous le faire comprendre. Elle met à mal toutes les allégations des entreprises commerciales exhibant ces animaux en captivité, lorsqu’’elles affirment par exemple que les orques qui exécutent des tours dans leurs bassins se livrent à des comportements «naturels».

La vidéo que vient de réaliser la Humane Society des États-Unis (HSUS) donne la parole au Dr Naomi Rose, scientifique spécialisée en mammifères marins, ainsi qu’’à David Kirby, auteur primé du livre Mort à Sea World  et à trois anciens dresseurs de SeaWorld qui se sont rendus en juillet dernier à Puget Sound, dans l’’état de Washington, afin d’’y voir – – pour la première fois de leur vie ! –  – comment y vivaient les orques en liberté.
Ils y retournent désormais chaque année sous le nom de Super Pod !

«Beaucoup de gens ignorent ce que ces mammifères marins sont en réalité», explique Naomi Rose au début de la vidéo, «Ici, c’est le vrai « Monde de la Mer » (Sea world), pas celui que l’’industrie nous propose. Ici, les orques font ce que la Nature les a conçu pour faire ! »

Samantha Berg, une ex-dresseuse de SeaWorld et membre désormais de l’’association La Voix des Orques déclare, profondément émue :
« En comparant ce que je croyais comprendre des orques lorsque je travaillais à SeaWorld, et ce que j’ai saisi aujourd’’hui rien qu’’en regardant quelques uns d’entre eux se déplacer librement dans leur territoire, je me rends compte qu’en vérité, je ne sais vraiment rien d’’eux ! ».

Samantha avoue aussi qu’en tant que dresseuse à SeaWorld, le plus populaire de tous les parcs d’attractions «marins» du monde ne lui avait absolument rien appris à propos des orques.
« SeaWorld ne m’a jamais enseigné quoi que ce soit à leur sujet, précise-t-elle, et moi-même, forcément, je ne pouvais dès lors rien apprendre à qui que ce soit. Pas une fois, je n’ai pu tenir le moindre discours vraiment éducatif aux visiteurs de SeaWorld ».

«Les orques résidentes restent unies autour de leur mère ou de leur grand-–mère durant leur vie entière» explique l’’association Orca Network sur son site Web, «Aucune autre espèce, ni d’’ailleurs toutes les communautés d’orques dont les cultures sont très variées, ne passe ainsi toute son existence autour de matriarches entourées de leur progéniture mâle et femelle, sur plusieurs générations ».

Le Dr Jeffrey Ventre, qui fut lui aussi dresseur à SeaWorld, explique à son tour :
« Je n’’avais jamais réalisé de qui manquait à ce point aux orques captives, jusqu’à ce que j’ai pu les voir évoluer dans leur environnement sauvage »

Une famille d’orques à Puget Sound

Dans son dernier livre Mort à Sea World, David Kirby a investigué sur les pratiques de ce parc d’attractions que le public n’a généralement pas l’’occasion de voir.
Telle que, par exemple, la façon dont l’’énorme mâle Tilikum était traité et son implication dans la mort de trois personnes.

«Quand j’ai entendu parler de Tilikum pour la première fois, je pensais qu’il s’’agissait d’un horrible tueur maniaque assoiffé de sang » déclare Kirby dans la vidéo.
Mais une fois que Kirby s’’est informé sur les conditions de capture et sur l’histoire personnelle de cette orque, son avis a changé. «Je dois dire qu’’aujourd’hui, j’en viens à éprouver une immense sympathie pour Tilikum. »

Tilikum a été arraché à sa mère dans les eaux islandaises avant d’’être jeté dans des «pods» artificiellement composés par la volonté de l’’homme.
Il fut parqué d’’abord au Sealand du Pacifique (Canada) puis déplacé au SeaWorld d’Orlando.
Dans ces deux delphinariums, Tilikum a du affronter les agressions constantes de femelles dominantes et s’est fait copieusement rossé par d’autres orques entassés dans ces bassins sans qu’il puisse s’échapper.

Nombreux sont ceux qui pensent que la séparation brutale d’avec sa famille, associée avec la tension agressive qui règne dans les bassins et la vie monotone imposée aux captifs, ont fait de l’orque Tilikum ce qu’il est aujourd’hui : un tueur d’’homme.
Kirby est catégorique: si on avait laissé Tilikum en mer d’’Islande avec son clan dans son pays d’origine, « Jamais il n’aurait tué, ni une seule personne, ni moins encore deux personnes et certainement pas trois personnes comme il a fini par le faire ! »

 

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Tilikum drogué et puni après son troisième « crime »

 

Naomi Rose exprime également sa propre frustration quand elle considère les conditions vie de de Tilikum:
« Quand je vois ces animaux vivant au sein de leur famille, dans leur habitat naturel, menant une vie naturelle selon des rythmes quotidiens décidés par eux-mêmes, puis quand je pense à Tilikum enfermé dans un réservoir en béton durant l’’essentiel de son existence, je me sens désespéré pour lui ».


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Tilikum avant l’incident Dawn Brancheau

Tilikum mesure près de 7 mètres de long et pèse plus de 5.400 kilos.
C’’est l’’orque la plus puissante de toutes les succursales de SeaWorld. Il fut capturé à Berufjordur au large de la côte est de l’Islande en novembre 1983,  en même temps que le jeune mâle Nandu et la femelle Samoa.  Inutile de préciser que ces deux orques-là sont mortes depuis longtemps.

L’Islande, le pays de Tilikum

http://www.raincoastresearch.org/http://www.dauphinlibre.be/une-orque-libre-visite-le-delphinarium-de-nagoya/