L’enrichissement environnemental des éléphants captifs

Photo  JP Vonderbeecke

Zoo de Duisburg : la moindre feuille morte devient intéressante dans un contexte de vie aussi pauvre

D’après un article de P.A. REES
« ARE ELEPHANT ENRICHMENT STUDIES MISSING THE POINT? »

2005

Depuis quelques années, les éléphants des zoos ont fait l’objet de nombreuses tentatives d’enrichissement environnemental. La plupart de ces recherches, rapportées dans la littérature spécialisée, impliquent généralement l’utilisation de dispositifs de distribution de la nourriture, afin de rendre plus complexe leur processus d’alimentation.

Au Zoo de San Diego, par exemple, des blocs de glace contenant des fruits ont été produits à l’aide d’une
poubelle à ordures utilisée comme moule (Hartnett, 1995).

Au Metro Washington Park Zoo (Portland, Orégon), du beurre d’arachide a été répandu parmi les racines des
troncs d’arbre, tandis qu’au Zoo de Zurich, des arachides ont été cachées sous des pierres afin de d’amener les éléphants à fouiller la terre comme ils le font en milieu naturel. (Wiedenmayer, 1998).

D’autres projets d’enrichissement utilisent des boules de nourriture, des  bûches, des pneus, des potirons,
des brosses, de la terre et du sable, ou encore des carottes cachées sous le sol. (Green, 1993 ; Haight, 1993 ; Gilbert, 1994).

Certaines de ces techniques alimentaires sont certes parvenues à augmenter l’activité globale des captifs et
à réduire pour un temps leurs comportements stéréotypés. Mais sont-elles adaptées aux vrais besoins des éléphants ?

 

Elephants du Zoo d’Anvers en 2005. Photo YG 2005

 

Les éléphants sont, on le sait, des créatures profondément sociales.
Or, pour ces pachydermes cloîtrés dans les zoos et dont la plupart ont été arrachés de force à leurs sociétés d’origine, l’enrichissement environnemental le plus efficace semble être tout simplement….la présence d’autres éléphants !

L’importance des contacts sociaux chez les éléphants est une évidence scientifique bien connue.
En milieu naturel, la «société éléphant» est essentiellement dominée par les rapports très forts noués entre les femelles (Douglas-Hamilton and Douglas-Hamilton, 1978; Moss, 1988; Sukumar, 1994).

 

On a observé des relations semblables et de très forte intensité parmi les éléphants captifs.
Schmid (1994) a souligné l’extrême importance pour les éléphants de pouvoir choisir leurs partenaires sociaux.

Elle a constaté que 16 éléphants de cirque sur 23 maintenus dans des enclos ont échangé aussitôt des contacts sociaux fréquents avec un autre animal qu’ils n’auraient pu atteindre lorsqu’ils étaient entravés dans leurs chaînes.

Lors d’une étude menée sur trois groupes différents d’éléphants de zoo, Garai (1992) a observé l’existence de rapports spéciaux entre plusieurs femelles éléphants originaires d’Asie, en se basant sur une analyse de leur proximité spatiale, sur leurs réactions spécifiques au moment du réveil, sur leurs vocalisations particulières et surtout sur l’absence de comportement agonistique.

 Ces études démontrent, s’il en était besoin, que non seulement que les éléphants se doivent d’interagir les
uns avec les autres pour se sentir heureux mais qu’ils créent aussi entre eux des liens très intenses,
d’authentiques relations de «personne à personne».
Les éléphants qui sont en relation d’amitié très étroite peuvent exécuter de longues cérémonies de
salutation et de retrouvailles, même s’ils n’ont été séparés que pendant peu de temps.

Ce type de cérémonies peut se produire chez certains éléphants captifs plusieurs fois par jour, même
lorsque leur compagnon n’a été perdu de vue que pendant quelques heures.

Cérémonie de salutation entre deux éléphantes du Zoo d’Anvers. Phot YG 2005

 

Les naissances de bébés au zoo constituent sans doute l’enrichissement comportemental le plus significatif pour des éléphants en captivité.
Ces heureux événements fournissent aux adultes des occasions de déployer une gamme infinie de comportements
étonnants, parmi lesquels le maternage intensif, les punitions pour mauvaise conduite et les jeux avec l’enfant.
(Lee, 1987; Rapaport and Haight, 1987; Rees, in press).

Garder des éléphants mâles avec des femelles et leur progéniture offre dès lors une occasion unique aux
adultes de s’engager dans une relation affective et sexuelle, sous le regard attentif de leurs enfants qui
participent avec passion à ce pandémonium reproductif. Il s’agit d’un comportement typique chez les éléphants libres !  

 
Les adultes captifs faisant partie d’un «troupeau» au sein duquel des bébés viennent de naître, forment
également des cercles protecteurs autour des bébés, dès lors qu’ils perçoivent des bruits inhabituels ou des événements peu communs, comme ils le font en nature libre. (Douglas-Hamilton et Douglas-Hamilton, 1978 ; Mousse, 1988).

Les appareils à nourriture et autres dispositifs d’enrichissement  (comme celui dont on avait doté
Maggie, l’éléphante africaine gardée solitaire au fin fond de l’ Alaska et qui, pour s’occuper, jouait aussi de l’harmonica et faisait de la peinture ) peuvent sans doute réduire pour un temps des comportements stéréotypés, mais ceux-ci seront souvent remplacés par d’autres comportements également anormaux.

 

Maggie, 23 ans, toute seule en Alaska...  Photo copyright  Anchorage Zoo

Maggie en Alaska

 

Les contacts sociaux, tels que faire la cour à un éléphant de sexe opposé, jouer ou combattre réduisent
quant à eux de manière drastique la fréquence des comportements stéréotypés indésirables.
Mas ils ne sont accessibles qu’aux rares éléphants qui ont la chance de vivre au sein de groupes élargis.
Trop de zoos gardent encore des éléphants solitaires ou en groupes réduits.

Ces animaux sont soit totalement privés de tout contact social avec des gens de leur espèce, ou ne bénéficient
que d’échanges très limités avec eux.

La base de données relative aux éléphants d’Asie (International Species Information System/ISIS) nous apprend qu’en l’an 2000, 481 éléphants étaient maintenus en captivité dans 135 zoos autour du monde.
Un cinquième de ces zoos ne possédaient qu’un seul éléphant et presque un tiers d’entre (31%) n’en détenaient que deux.
Un certain nombre de ces établissements associaient d’ailleurs dans un même enclos des éléphants d’Asie et d’autres venus d’Afrique.

Plus de 80% de ces zoos ne possèdent que de petits troupeaux composés de cinq animaux maximum. Les plus
grands troupeaux relevés par l’ISIS regroupent 15 éléphants.
Ils se trouvent au Zoo d’Emmen (Pays Bas), au zoo de Karl Hagenbeck (Hambourg, Allemagne) et à l’Hawthorn
Corporation (Grayslake, Illinois, Etats-Unis).

 Le meilleur «enrichissement de la captivité» que l’on puisse rêver pour les éléphants est donc …. de leur fournir encore plus d’autres éléphants, des deux sexes et tous les âges !
Hélas, seule une infime partie des zoos qui gardent des éléphants peut leur offrir ce bonheur, en dépit du
fait que nos connaissances à propos de la vie mentale et culturelle des éléphants s’est enrichie de manière phénoménale au cours de ces 20 dernières années.
Il est clair qu’à la lumière des ces nouvelles connaissances relatives au comportement social complexe
de ces pachydermes, les zoos devraient s’entendre pour ne garder des éléphants qu’en petit nombre
mais réunis en grands troupeaux.
Ceci augmenterait assurément le potentiel de reproduction de la population captive, mais permettrait
aussi d’offrir aux éléphants captifs une meilleure qualité de vie mais aussi la conservation minimale de
leurs cultures propres.

Certains osent affirmer que les dressages et autres spectacles de cirque pourraient constituer des modes d’enrichissement environnemental valables pour les éléphants mais aussi pour les dauphins.
Qu’on en juge après avoir vu cette terrible vidéo


Ce texte, daté de 2005, semble avoir inspiré le parc de Planckendael et celui de Pairi Daiza, qui tentent aujourdhui de former de plus grandes hardes dans de plus vastes espaces. Le problème reste celui des naissances. Une seule est advenue en Belgique (Kai-Mook) depuis que les zoos y détiennent des éléphants ! Les autres se sont soldées par des fausses-couches, parfois mortelles pour la mère. (Note 2015)

planckendael-elephant-une-prison-reste-une-prison.jpg

Les éléphants de Planckendael (Belgique)


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