Les bélugas et leur marchandisation

Les bélugas et leur marchandisation

ARTE Mardi 18 juillet 2017 à 20h 50


Born To Be Free
, le Blackfish des bélugas, est diffusé le 18 juillet en version française sur ARTE sous le titre : Les bélugas et leur marchandisation – La souffrance pour seul avenir

« Une plongée dans les coulisses sordides du commerce mondial des bélugas. Au fil de cette enquête, on découvre les méthodes impitoyables employées pour capturer les cétacés, et les conséquences des mauvais traitements qui leur sont infligés tout au long de leur détention.

Les trois journalistes et plongeuses russes Gaya, Tanya et Julia ont une passion commune : nager en apnée aux côtés de baleines et de dauphins en liberté. Émues par une lettre ouverte adressée par Kim Basinger au président Vladimir Poutine condamnant l’importation de bélugas vivants aux États-Unis, toutes trois décident de se pencher sur la question controversée du commerce international des cétacés.

Au fil de leur enquête, elles dévoilent les coulisses sordides d’un marché lucratif, à mille lieues de ce qui est montré au public lors des spectacles aquatiques.
Des images inédites exposent les impitoyables méthodes employées pour capturer les animaux, et les conséquences des mauvais traitements qui leur sont infligés tout au long de leur détention. Anciens trafiquants de cétacés, scientifiques et employés de delphinariums prennent la parole, démontrant l’urgence de considérer les bélugas comme des individus dotés de droits et non comme de simples marchandises ».

De jeunes bélugas pleurent pour avoir à manger dans ce delphinarium de l’Est de la Russie.

 

Il n’y a évidemment pas qu’en Russie que des bélugas esclaves meurent pour nous amuser.
Comme toujours, la mode est partie des Etats-Unis, et c’est le cirque Barnum qui a exhibé le tout premier béluga captif de l’histoire à New York en 1861.

Pendant une bonne partie du 20e siècle, le Canada fut le principal pourvoyeur en bélugas esclaves. Jusqu’aux années 1960, on les capturait dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent, et à partir de 1967 , dans l’estuaire du fleuve Churchill.  Les captures ont continué jusqu’en 1992, puis la pratique en a été interdite. Dès le moment où le Canada a cessé d’être le fournisseur de baleines blanches, la Russie s’est chargée d’assurer le relais.

Aujourd’hui, les bélugas destinés à la vie captive sont capturés dans le delta de la rivière Amur et dans les mers froides à l’Est du pays. Une fois amenés aux aquariums de Moscou, Saint-Pétersbourg ou Sotchi, ils sont exportés dans des conditions abominables vers les pays étrangers, principalement la Chine, mais aussi le Canada. Ceux qui restent en Russie sont destinés aux cirques ambulants, toujours très actifs dans le pays.


Un seul béluga adulte en bonne santé peut valoir jusqu’à 100 000 $ US sur le marché.

La popularité du béluga tient à sa couleur blanche qui le fait ressembler à Casper, le petit fantôme.
Sa gamme étonnante d’expressions faciales, la flexibilité de son cou, ses capacités à émettre des « sons rigolos » et à cracher de l’eau en font la vedette toute particulière des aquarium japonais et chinois, où on le trouve « trop mignon ».
Rappelons à ce propos que le béluga n’est pas un dauphin, mais qu’il s’agit d’un cétacé odontocète appartenant à la famille des Monodontidae, au même titre que le narval, et au genre Delphinapterus  en raison de l’absence d’aileron dorsal.

Béluga russe livré à la Chine. On en tue autant qu’on en importe.


Aujourd’hui, plusieurs dizaines de bélugas sont toujours la propriété de Sea World, Sea Life, Georgia Aquarium, Mystic Aquarium, Shedd AquariumMarineland Canada et Aquarium de Vancouver – où tous les bélugas sont morts, sauf ceux loués à Sea World.

En  2006, 30 bélugas étaient détenus au Canada et 28 aux USA.
Plus de 42 décès ont été enregistré depuis cette date !

En Europe, nous n’avons plus que deux bélugas captifs.  
Yulka et Kairo survivent toujours – par quel miracle ? – dans les geôles sinistres de l’Oceanografic de Valence en Espagne.
Quant à Fredi, détenu en Allemagne il a pu quitter la solitude du Zoo de Duisburg à l’automne 2004.
Grâce à la pression des activistes, le malheureux a pu rejoindre quelques uns de ses semblables dans des conditions un peu moins cruelles au Sea World de San Diego, bien que la chaleur doive lui peser. Son compagnon d’infortune, le petit dauphin de Commerson Yogi, est mort à son arrivée aux Etats-Unis.

En Belgique, des rumeurs avaient laissé entendre que le Parc Pairi Daiza abriterait des bélugas.
Fort heureusement, il semble que ce ne soit là que de méchantes rumeurs lancées par des personnes animées de mauvaises intentions.

Mais c’est évidemment en Russie et en Chine que le sort des bélugas est le plus atroce.
Les cétacés captifs survient peu de temps dans ces pays et ne reproduisent pas. Dès lors, c’est désormais une noria de bélugas qui partent de Russie vers la Chine, sous le regard gourmand des aquariums américains et européens qui en piqueraient bien un au passage.

A vrai dire, le Marineland d’Antibes, qui réclame aujourd’hui de pouvoir faire se reproduire ses esclaves jusqu’à la fin des temps, devrait peut-être songer à se renouveler un peu.
Nul doute que des bélugas tout blancs auraient fier allure dans ses bassins, aux côtés des ours polaires !  Ils auraient fort chaud, certes, mais après tout, certains bélugas ont réussi à survivre sous le soleil d’Egypte. Et après tout, ce qui compte, n’est-ce pas de faire du fric ?


Une jolie anecdote pour terminer :

Un béluga sauve une plongeuse chinoise en détresse !

Le 30 juillet 2009

Mlle Yang Yun participait à un concours de plongée en apnée dans la région de Harbin, en Chine du nord-est.
Cette compétition impliquait notamment que les participants descendent sous 7 mètres de fond dans une piscine et qu’il y restent aussi longtemps que possible sans l’aide d’aucun équipement de respiration.

Mlle Yun, âgée de 26 ans, a pensé qu’elle allait mourir parmi les bélugas captifs qui partageaient cette «piscine arctique». Après avoir tenté, à bout de force, de mouvoir ses jambes paralysées par le froid polaire régnant au fond de cette curieuse piscine, elle se rendit compte qu’elle était incapable de donner même un ultime coup de pied pour remonter à la surface.

«J’ai commencé à suffoquer et je suis redescendue à un niveau encore plus bas, raconte-t-elle. Là, j’ai pensé que c’en était fini pour moi et que j’allais mourir. Lorsque tout à coup, j’ai senti une force incroyable qui m’a remonté à l’air libre ! ».

Cette «force incroyable» était celle de Mila, une béluga femelle qui avait remarqué la détresse de la plongeuse et avait saisi sa jambe entre ses mâchoires.

Utilisant son sonar hyper-sensible, Mila a conduit Mlle Yun avec douceur sur le bord du bassin, à la stupéfaction des spectateurs et d’un photographe sous-marin qui a filmé la scène.

« Mila s’est aperçue du drame en cours avant même que nous l’ayons remarqué » a déclaré un organisateur du concours. « Il s’agit d’un cétacé extrêmement sensible, qui a l’habitude de travailler avec des humains. Et c’est grâce à elle que cette plongeuse a pu être sauvée! »

Son compagnon Mila, que l’article ne mentionne pas, a sans doute également perçu la peur de la plongeuse et tenté de l’aider.

 


Un nouveau « Blackfish » pour les bélugas russes


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