Daisy et Tina quittent le Zoo d’Anvers pour Maubeuge

Le dernier adieu à Dumbo

Les deux détenues sont parties pour Maubeuge

Le zoo d’Anvers va-t-il renoncer un jour à enfermer des éléphants ?


18/4/06

C’est ce mardi 18 avril 2006 que deux des trois dernières éléphantes du Zoo d’Anvers rejoindront leur nouvel enclos du  Zoo de Maubeuge, construit sur d’anciens remparts édifiés par Vauban.
Rappelons que la précédente occupante des lieux, Birma la solitaire, est partie se faire engrosser par les éléphants mâles du Zoo de Chester.  Il semble qu’elle y ait déjà rencontré une âme soeur, si tant est que les éléphants captifs aient le choix de leur partenaire…

Soulevées à l’aide d’une grue, embarquées dans un container, Daisy et Dina, les deux amies inséparables, devraient trouver en France un enclos aménagé (enfin) de manière correcte pour les recevoir.

Agées toutes deux d’une trentaine d’années et désormais stériles, elles y finiront sans doute leurs mornes jours, sans enfants, sans famille, mais ensemble, ce qui n’est déjà pas si mal.

On sait que les choses ne s’étaient pas bien passées avec Bombay, l’une des deux femelles dominantes, avec Jana, du petit groupe d’éléphants captifs à Anvers. Bombay est morte faute de soins adéquats d’une infection du pied au Zoo d’Amiens, où, selon toute apparence, Jana vivrait encore, seule à en crever pourtant, mais toujours là, toujours debout.

Daisy et Dina auront-elles plus de chances qu’elle à Maubeuge ? Qui peut le dire ?
On l’espère de tout coeur, en tous cas, comme sûrement leurs anciens soigneurs du Zoo d’Anvers, qui doivent penser à elles très souvent, en écrasant une larme, ainsi que nous le montrait récemment le reportage d’une chaîne de télé néerlandophone.

Dumbo reste donc aujourd’hui l’ultime éléphante du zoo, après son « escapade » à Amsterdam où elle a perdu son bébé Siam avant de revenir en 2005.

Dumbo, Daisy, Dina. Photo YG

On regrettera tout de même que le Zoo d’Anvers n’ait pas saisi cette occasion historique pour devenir le premier «zoo belge sans éléphants» dont rêvent tant d’activistes, convaincus de ce que les modes actuels de détention ne correspondent en rien aux besoins physiologiques, psychiques et sociaux de ces sympathiques pachydermes.

Il n’en sera rien.
En termes commercial, un zoo sans éléphant, c’est comme une soupe sans sel.
Les familles humaines paient pour y voir leur lion, leur girafe, leur rhinocéros, leur grand singe et leur éléphant, incontournables «Big Five» de toute visite au zoo digne de ce nom.
Après le départ de ses derniers dauphins, le Zoo d’Anvers avait déjà frisé la banqueroute.
Pas question de renoncer à Dumbo, surtout s’il fait des bébés, gage certain d’un accroissement des entrées.

Officiellement, bien sûr, la Société Royale du Zoo d’Anvers affiche évidement sa volonté de développer un programme de reproduction, en construisant un «espace familial» approprié pour accueillir des éléphants mâles et femelles.

Trois nouveaux spécimens sont donc attendus à court terme dans la métropole anversoise, dont le rôle sera de produire des éléphanteaux et de conserver le génome si précieux de l’une de ces espèces connues sous le nom d’Elephas Maximus, Loxodonta africana et Loxodonta cyclotis, toujours utiles quand l s’agit de reconstituer un mammouth vivant…

Certes, le Zoo d’Anvers a raison de déclarer que les éléphants sont désormais une espèce gravement menacée.

Mais celle-ci serait déjà moins menacée si l’on renonçait d’abord à acheter à bas prix des éléphanteaux survivants de chasses massives comme au Parc Kruger, ou d’attentats terroristes comme à Ceylan, où les mines antipersonnelles posées par les «Tigres tamouls» dans les forêts font de graves dégâts mais aussi beaucoup d’orphelins éléphants très rentables à la vente.

Elle le serait encore moins si les cirques ne se débarrassaient pas de leurs éléphants-esclaves épuisés, dévorés d’arthrite au terme d’une sinistre carrière à faire les guignols sous un chapiteau.

Elle ne le serait pas du tout si une volonté réelle animait les gouvernements internationaux d’abolir totalement le commerce de l’ivoire et de réserver (avec le dixième du budget militaire le plus étriqué ou le millième du budget quotidien de M. Bill Gates) aux derniers géants du tertiaire des espaces de liberté ou de semi-liberté «in situ», dans leur région d’origine.

C’est là, et là seulement, que les éléphants pourraient se reproduire de manière normale, dans le contexte environnemental et culturel qui est le leur, et ceci pour le plus grand bénéfice de l’écotourisme et des populations locales.

Le Zoo d’Anvers est tout petit, coincé entre une gare de chemins de fer et une grande ville très animée, très polluée aussi.
On se demande vraiment comment, dans ce mouchoir de poche dont chaque millimètre est déjà exploité, les gestionnaires de la SRZA (2.867.858.70 euros de bénéfice en 2005, youpie ! ) vont pouvoir dégager l’espace nécessaire à l’accueil de trois éléphants et de leurs éventuels rejetons.

Nous apprenons avec plaisir qu’un tapis de mousse a déjà été installé dans le temple égyptien qui sert d’étable à éléphants, réduisant ainsi les risques d’arthrite ou d’infections des pieds.
Ne serait-il pas mieux venu de déplacer ces futurs reproducteurs vers le seul parc de Planckendael, où ils disposeraient à tout le moins d’un peu plus d’espace, de bains de boue et de gazon ?
(Note 2015 : ce fut fait peu après la naisssance de Kai-Mook)

Et qu’en est-il de leurs activités ?
Qu’a-t-on prévu pour ces malheureux ne souffrent pas d’un ennui pesant comme tous leurs homologues coincés dans un petit enclos ? Des jeux, des menus travaux d’entretien, des promenades, des séances de dessins ou de peinture ont-ils été envisagés ?

A quoi va-t-on les occuper ?
Il est assez paradoxal de constater que les delphinariums prétendent au statut de zoos tout en imposant à leurs dauphins des numéros de cirque, au prétexte que ces mammifères marins sont trop intelligents pour ne rien faire.
Sans shows, ils mourraient d’ennui, paraît-il. (Il serait plus juste de dire qu’ils sont expressément soumis au pire ennui pour les forcer à faire des shows, mais bon.. )
Et les éléphants ? Les tigres ? Les chimpanzés ? Sont-ils stupides au point de pouvoir ne rien faire tout au long de la journée, comme des poissons rouges en bocal ?

Si les éléphants doivent vraiment être gardés sous cloche et protégés de l’expansion humaine par les pays occidentaux, que ce soit alors dans des refuges dignes de les recevoir, tel ce vaste sanctuaire du Tennessee.
Ce n’est en effet qu’en de tels lieux que ces mammifères dotés d’une extrême intelligence peuvent vivre une vraie vie d’éléphants, non pas comme des images d’Épinal figées derrière le mur d’un enclos, non pas comme des réservoirs de génomes intéressants qu’il convient de préserver dans une sorte d’herbier
des espèces disparues, mais bien comme des PERSONNES, des êtres conscients, intelligents, doux, drôles et bons, qui ont parfaitement le droit d’élever leurs enfants dans le respect de leurs propres traditions et de leurs cultures multimillénaires.

Est-ce ainsi que les éléphants devront vivre à l’avenir, loin de leur pays natal dans un enclos à se balancer d’une patte sur l’autre ?

 

Le zoo assure qu’’il va se lancer dans un “programme d’’élevage en vue de la conservation.
Ces prétentions sont insoutenables et contre-productives et ne sauveront pas l’’espèce menacée qu’’est l’’éléphant d’Asie.  Aucun éléphant élevé sous couvert de ce programme de “conservation” ne sera jamais remis en liberté.
Le projet des zoos est uniquement de créer une population « indépendante » d’’éléphants nés captifs afin de peupler les zoos.
Les taux de natalité des éléphants d’Asie dans les zoos sont dix fois inférieurs aux taux de natalité dans la nature.
Les éléphants d’Asie sauvages ont donné naissance à une moyenne de six petits.
Ce chiffre est généralement réduit à un seul petit pour les éléphants des zoos et de nombreux petits sont morts-nés ou meurent en bas âge par rejet ou infanticide.

(d’après un article de l’IFAW)


20/4/06

Trois nouveaux éléphants arrivent à Anvers

Malgré l’absence d’informations fournie par la presse à ce niveau, il faut savoir que le trio d’éléphants annoncé prochainement au Zoo d’Anvers est formé par deux soeurs et une jeune enfant, lesquelles proviennent du Howletts and Port Lympne Wild Animal Parks dans la région du Kent, en Angleterre.

La dominante, Khaing Phyo Phyo, est née libre en Birmanie vers 1981.
Après avoir été confinée pendant des années au Zoo de Rotterdam, elle a été déportée ensuite au Royaume Uni où elle a donné naissance à deux enfants mâles et à la petite May-Tegu âgée aujourd’hui d’un an.
Le papa de celle-ci, du nom de Luka, est resté sur place et semble présenter de graves signes de stéréotypie.
A leurs côtés, enfin, Yu Yu Yin, une femelle née en Asie mais dont nous ne savons rien, pour l’instant, du parcours.  

Sept éléphants sont déjà morts dans ce zoo anglais pourtant relativement bien tenu, et toujours pour les mêmes raisons : herpès, euthanasies mettant fin à des douleurs insupportables aux pattes ou accouchements catastrophiques…

Si le fait de pouvoir exposer en public un adorable éléphanteau est à coup sûr un bel argument de vente pour le Zoo d’Anvers et lui garantit d’avance une foule nombreuse dans ses allées, on est en revanche plus perplexe devant les effets d’annonce de nos « protecteurs de la nature en péril » qui nous parlent ici d’un programme de reproduction.

Les éléphantes seraient-elles à l’image des pucerons, capables de parthénogenèse ?
Ou s’agira-t-il pour ces éléphantes captives de refaire encore et encore le voyage vers le Kent pour s’y faire engrosser et créer à terme, comme en rêve l’industrie, l’éléphant domestique du futur ?


 

Juillet 2006

L’activisme a du bon.
Après avoir dénoncé durant des années la pauvreté environnementale des éléphants captifs maintenus en zoo, après avoir prôné le retour d’un semblant de vie familiale pour ces pachydermes dotés d’une haute  intelligence, le Zoo d’Anvers a entendu le message et fait venir d’Angleterre une vraie petite famille matriarcale (lire ci-dessus) et c’est bien.

C’est bien, parce que comme le rappelait un article publié sur ce site, le seul véritable enrichissement environnemental pour des animaux captifs aussi intelligents que les éléphants, les grands singes ou les dauphins, c’est tout simplement, comme pour nous tous, de pouvoir disposer d’une véritable vie sociale.

Ceci dit, malgré les louanges dithyrambiques que le journal « Le Soir » (si taiseux en général sur la question animale et n’ayant jamais consacré aucun article ni à la CBI, ni au massacre des dauphins au Japon, par exemple) – a cru bon de consacrer à l’arrivée de ce bébé éléphant, de sa maman et de sa tante, sous l’oeil soucieux de la « vieille' » Dumbo (32 ans), une pleine page bourrée de photos sympas et de bonnes nouvelles à propos nos prisonniers à trompe, toujours reclus dans un espace étroit.

Mais les zoos ne sont pas la solution  la perservation des éléphants. Ce quil faut faire, c’est encourager, en Asie du Sud-Est, en Inde ou en Afrique, comme le Gabon vient de le faire, la mise en place de véritables réserves naturelles protégées sur de grands espaces –  pour voir augmenter aussitôt les populations d’éléphants sauvages de manière spectaculaire.

Ce qu’il faut préserver, ce n’est pas tant le capital génétique que les cultures, le savoir propre à ces magnifiques survivants du Tertiaire.

Lire la suite de l’histoire : Kai-mook 2012 : au de-là du conte de fée

L’hiver à Planckendael

Birma la solitaire

Bombay et jana, amiens 2003

Le zoo d’Amiens et ses éléphants

Bombay, souffrance et mort

Espèce en danger ? oh oui, sûrement !

On dresse aussi les éléphants des zoos

Sauvez les éléphants de l’enfer des zoos !

Un pneu pour tina

Induna veut revenir chez lui

retour éléphants captifs