Les peuples de l’Océan

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Nous sommes à l’aube de l’Oligocène, 35 millions d’années avant JC.
Une troupe de squalodons glisse au fil des flots tièdes de l’Océan Téthys.

Curieuses, ces créatures semblables à des dauphins longent les côtes de la toute jeune Europe et regardent s’ébattre sur son rivage les chevaux minuscules, les paresseux géants et le dinotheirum aux défenses inversées. Ils aperçoivent aussi, sautant de branches en branches dans la forêt épaisse, le petit singe aegyptopithèque qui plus tard, bien plus tard, dans 30 millions d’années, donnera naissance à la lignée humaine.

L’évent pompant l’air, le font large et l’œil sombre émergeant de l’écume, ces premiers cétacés échangent déjà des sons sifflés. Ils se parlent, ils essayent de comprendre les choses qui les entourent. Ils donnent du sens au monde. Pour la première fois ans l’histoire du vivant, des millions d’années avant nous, des êtres créent l’intelligence telle que nous la concevons.

A cette époque, ils sont les seuls. Seuls à créer de vraies sociétés, fondées sur l’entraide entre personnes et les liens familiaux, seuls à fonder de vraies cultures, enseignées aux petits, seuls aussi pour l’instant à se lancer dans la course à l’encéphalisation.

La stratégie est nouvelle. Le développement d’un grand cerveau est, on le sait, coûteux en énergie mais très avantageux en terme de survie, car il permet l’émergence de capacités cognitives puissantes et inusitées. L’épaississement du cortex frontal suscite ainsi l’apparition d’une conscience réflexive, nouvel outil mental qui « teste » en imagination les scénarios dangereux ou profitables avant de les mettre en œuvre.

 

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La faune terrestre du Miocène.

Plus tard, nombre d’espèces s’y essayeront à leur tour : corbeaux, perroquets, éléphants, grands singes, et surtout êtres humains développeront peu à peu des cerveaux surpuissants et ils s’en trouveront bien.
Les cétacés, pour leur part, survivront au refroidissement des eaux.
Au début du Miocène, il  y a 22 millions d’années, un grand nombre d’espèces d’odontocètes semblables à des dauphins se sont développées, comme les kentriodons et hadrodelphis. Ils s’organisaient en tribus, consommaient de petits poissons et faisaient usage d’un système d’écholocation parfaitement opérationnel. La morphologie et la distribution de ces fossiles sont très semblables aux odontocètes modernes, dont ils sont les ancêtres.
Rapidement, ils se rendront maîtres de tous les océans en modifiant leurs formes et leurs cultures, allant même jusqu’à remonter le cours des fleuves pour vivre dans l’eau douce ou à produire le super-prédateur absolu, le Livyatan melvillei (Lambert et al. 2010)

 

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« A partir du début du Pléistocène, il y a 2 millions d’années, alors que les brusques changements de climat bouleversaient la flore et la faune terrestres, les espèces purement marines n’évoluent plus que de manière secondaire. A peu de chose près, les baleines et les dauphins tels qu’ils sont de nos jours sillonnent déjà les mers de l’époque. C’est donc sur la terre ferme que va se produire l’événement le plus considérable. Un singe, l’Australopithèque, va commencer à fabriquer des outils rudimentaires« . L’Homo habilis vient de naître.
Et avec lui, l’intelligence humaine.

Homo habilis. L’intelligence de type humain commence à effleurer. Avec un retard de 20 millions d’années par rapport aux dauphins.

 


Dauphins, orques, baleines, cachalots, bélougas, narvals, zyphius, marsouins, tous ces Peuples de l’Océan ne font certes usage que de peu d’outils, ne construisent pas de cathédrales et n’écrivent pas de science-fiction.
Mais que savons-nous vraiment de leur savoir ?
Ils chantent et dansent les merveilles des eaux sombres qu’ils connaissent mieux que personne et ils ne détruisent rien. Leurs luttes ne sont jamais mortelles. Ils gèrent leurs biotopes avec respect et intelligence, ils prennent soin de leurs enfants, de leurs malades, de leurs anciens et des plus faibles d’entre eux, ils font en sorte que chacun puissent manger à sa faim et chaque fois que l’un d’entre eux s’échoue, ses compagnons fidèles l’accompagnent dans la mort.

En de nombreux points du globe, les cétacés collaborent à des chasses collectives en compagnie des pêcheurs humains.  En de nombreux points du globe, le dialogue s’ébauche entre des nageurs humains et des dauphins libres. Innombrables sont les témoignages de ces marins perdus en mer ou de ces nageurs en détresse auxquels des dauphins sont venus spontanément en aide et qui prouvent de manière évidente que les cétacés se soucient de nous et de quelques autres espèces.


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Dauphin captif en Corée. Il sera libéré.

Pourtant, au 21e siècle, certains membres de notre espèce restent sourds à ces informations et agissent à l’égard des peuples de la mer de manière désastreuse, cruelle et inconséquente.

Désastreuse, car la sur-pêche, la chasse à la baleine, les filets dérivants, la pollution des eaux et les prélèvements pour les delphinariums épuisent peu à peu ces populations marines jusqu’à les mener à l’extinction.

Cruelle, car aujourd’hui encore, on scie vivantes des baleines sur le pont des baleiniers, on capture des cétacés libres au prix de massacres odieux, on arrache orques et dauphins à leur famille, pour les confiner dans des fosses en béton et les dresser comme des chiens.

Inconséquente, car en réduisant le dauphin au rang infamant « d’animal », on se prive des informations qu’il pourrait nous transmettre, de la coopération qu’il pourrait nous apporter et du dialogue qu’il est depuis toujours prêt à ouvrir avec nous. Les linguistes, les sociologues et les philosophes préoccupés d’éthique se trouveraient pourtant bien d’étudier ces cultures et de s’ouvrir aux consciences non-humaines dans leur diversité infinie.

D’autres espèces non-humaines mériteraient assurément que l’on soucie de leurs cultures et de leurs savoirs de manière équivalente. Il ne fait aucun doute qu’éléphants et grands singes ont encore beaucoup nous apprendre et que leur futur est lui aussi très gravement menacé.

Mais les Peuples de l’Océan, par le caractère exotique absolu de leur milieu, leur univers sonore plutôt que visuel, leur existence au sein d’un monde tridimensionnel sans frontière ni abri, nous ouvrent les portes d’une Réalité tout à la fois radicalement autre au plan sensoriel et en même temps, infiniment proche de la nôtre au niveau cognitif, moral et émotionnel.

Il est donc grand temps aujourd’hui de changer d’attitude et d’assurer une protection totale non seulement aux baleines, mais également à tous les cétacés. Il est grand temps d’interdire une fois pour toutes les pratiques qui nuisent à ces populations libres et sympathiques et de mettre fin tout particulièrement à l’industrie du dauphin captif.

Les Cétacés sont des personnes à part entière dotées d’un encéphale aussi développé que le nôtre, d’une conscience réflexive et d’un langage élaboré : il n’y a donc aucune raison de les traiter comme des esclaves ou des outils, alors que depuis l’aube des temps, ils n’auraient jamais du cesser d’être nos amis et nos partenaires.

Tel est le propos de ce site et le combat qu’il mène.

Y. G. (2002)

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Les dauphins ont créé des sociétés complexes et harmonieuses