Les techniques de dressage des éléphants de zoo

Les petites « fenêtres » dans la grille sont destinées aux soins en Protected contact

 

Il convient de revenir ici sur l’envers du décor. En rappelant d’abord que Kai-Mook et ses compagnes, comme tous les éléphants, ont du subir un dressage.Même dans son pays d’origine, l’Asie, l’éléphant n’a jamais été un animal domestique. Et son élevage a toujours été hasardeux.

« La relation unique entre l’homme et l’éléphant en Asie remonte à 5 000 ans quand les éléphants commencèrent à être capturés et dressés pour être utilisés dans des cérémonies religieuses, les guerres, et comme animal de trait ou de somme.  Aucun autre animal n’a connu une telle relation avec l’homme tout en restant effectivement une espèce sauvage puisque l’élevage des éléphants en captivité est toujours resté sans réel succès ». La Nation des Elephants

L’animal est potentiellement très dangereux, il faut donc le dompter et ceci dès le début de son existence.
Dans tous les cas de figure, il s’agit d’abord de faire comprendre à l’éléphant que c’est l’Humain qui domine, que c’est lui le chef et personne d’autre. Dans un second temps, il faut l’habituer à se laisser manipuler pour les soins médicaux en tous genres, dont le plus important est la séance de pédicure.

Le contact libre implique l’usage du « hook » (qui ensanglante ici l’oreille de l’animal) et de la soumission absolue

 

Pédicure ? Les éléphants libres ont-ils besoin de cela en forêt ? Non. Les soins que l’on apporte aux pattes des captifs tiennent au fait qu’ils ne marchent pas assez et que le plus souvent, la mort vient par les pieds ou par les jambes.
Arthrose aiguë menant à l’euthanasie, comme ce fut le cas pour une ancienne prisonnière du Zoo d’Anvers, Bombay, ongles fendus pour les travailleurs forcés, ou inflammations des coussinets. Donc, séances de domptage pour Kai-Mook et toute sa famille !

A noter que la méthode de dressage et de gestion quotidienne dont nos éléphants bénéficient actuellement s’appelle en jargon du métier le «Protected contact».
On se doute que les plus anciennes, à l’exception sans doute de Kai-Mook, ont du subir d’autres traitements plus musclés dans un passé très récent. Mais enfin, aujourd’hui, à Planckendael, on les traite selon les normes du «PC».

Il existe globalement deux techniques pour soumettre un animal aussi énorme et puissant que l’éléphant.


 

Photo Nadi

Eléphant de bât puni en Thaïlande, attaché à un arbre, sous le soleil écrasant et chargé d’un fardeau très lourd : les techniques de dressage « free contact » sont loin d’être tendres en Asie

Le contact libre

Le Contact libre est bien connu  et suscite, comme on s’en doute, l’indignation des protecteurs des animaux. Utilisé par les cirques et bon nombre de zoos dans le monde,  cette approche implique un rapport de force direct entre le dresseur et son éléphant, avec usage de crochets de guidage (hook), de coups, d’enchaînements prolongés, de matraque électriques et d’autres punitions.

Lors d’un contact libre, l’éléphant et son « gestionnaire » interagissent directement.
Le dresseur utilise un crochet en métal – ou d’autres modes d’injonction forcée plus cruelles encore, comme la matraque électrique – pour indiquer à l’éléphant ce qu’il attend de lui. Le comportement du pachyderme sera ensuite renforcé par des récompenses positives, telles que nourriture, louanges verbales ou contacts sociaux.
Peu à peu, l’éléphant finira par se fier simplement à la voix de son dresseur et la douleur physique sera de moins en moins utilisée, sauf lorsqu’il s’agira de créer de nouveaux comportements.

Le dressage en «Free-Contact» essaye de parvenir à une totale obéissance de l’éléphant, pour permettre des interactions entre l’homme et l’animal aussi sûres que possible. La méthode n’en demeure pas moins risquée pour le dresseur et de nombreux accidents sont déjà survenus tant dans les zoos qu’au cirque ou lors de parades publiques en Asie.

Néanmoins, les adeptes du « Contact Libre » mettent en avant le bénéfice de disposer d’un animal très docile, qui peut être facilement déplacé, soumis à de nouveaux exercices, soigné ou faire l’objet de recherches vétérinaires, sans avoir besoin de faire usage pour cela de contention physique étroite ou de méthodes chimiques (anesthésies).

Photo Nadi

L’oreille de cet éléphant thaï indique qu’il a subi de longues années de « hook »

 

Tous les éléphants ne sont pas adaptés au dressage en contact libre. C’est tout particulièrement vrai dans le cas des éléphants mâles adultes, extrêmement dangereux, pour lesquels le contact protégé s’impose.
Dans leur précédente «demeure anglaise», nos trois éléphantes birmanes enfermées à Planckendael eurent sans doute droit à une forme de contact libre particulièrement avancé. Tout comme Dumbo avant Planckendael. Cela laisse des traces sur le psychisme…

 

Voir la vidéo du dressage d’un bébé éléphant en contact libre

Le Contact protégé se fonde sur d’autres bases.
De toute évidence, plus humaines.
Ce n’est pourtant pas l’avis des dresseurs eux-mêmes. Ceux-ci considèrent le plus souvent que cette méthode se développe aujourd »hui de manière inconsidérée sous la pression d’activistes ignares qui n »y connaissent rien. Un peu comme si des amateurs expliquaient à un commandant de bord comment piloter son avion de ligne… Le danger serait le même !

Le «contact protégé» a été intensivement développé avec des éléphants dangereux dès le début du 20ième siècle et s’imposa rapidement par la suite, mais il était déjà utilisé en Asie depuis longtemps.

De nombreux éléphants sauvages fraîchement capturés, notamment dans le sud de l’Inde ou à Ceylan, ont subi ce traitement.
On les gardait d’abord dans des cages appelées «Kraal » juste après leur capture. Les dresseurs les approchaient progressivement et présentaient aux captifs de la nourriture ou des friandises, afin de gagner la confiance des éléphants (ou plus exactement de créer chez eux une dépendance alimentaire à l’égard de l’homme).

 

Le contact protégé est parfois considéré comme une méthode plus humaine pour manipuler les éléphants en captivité, puisque le système sans contact s’appuie sur le fait que l’éléphant est obligé d’accepter d’être dominé par le dresseur, comme il le serait par un autre dominant de rang élevé dans un groupe d’éléphants libres.
Pour les profanes, il semble peu probable, voire impossible, qu’un éléphant puisse accepter d’envisager un être humain comme étant supérieur à lui, à moins d’avoir recours à la brutalité et à la peur.  Ce n’est cependant pas exact.
Le terme «Contact protégé» n’est pas vraiment adéquat pour décrire la situation réelle lors du dressage.
La différence la plus importante entre le contact protégé et le contact libre n’est pas que les éléphants ou les dresseurs se protègent l’un de l’autre dans le premier cas.
Plus d’un gardien a couru de gros risques et plus d’un éléphant a été harcelé par les autres éléphants, sans qu’un dresseur intervienne, dans le contexte du contact protégé. Qui peut ne pas l’être du tout, du moins pour les éléphants.

Le Contact protégé ne protège en rien les éléphants des autres éléphants.
Personne ne peut interrompre l’agressivité, le tabassage ou tout autre comportement anormal qui surviendrait entre deux pachydermes (comme ce fut le cas entre Jana, l’amie de Bombay, et Dumbo).

Les gardiens et les dresseurs ont seulement le droit de tenter d’attirer l’attention des captifs sur un autre point d’intérêt durant le conflit, mais ne peuvent s’interposer comme cela se passe durant le contact libre. Autrement dit, bonjour les dégâts lorsqu’une dominante ou un dominant voudra prendre la tête du troupeau…

Video d’un dressage en contact protégé

Techniques de dressage

 Les accidents de dressage

Le dressage en contact libre à Anvers en 2006

 

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