Les villages de dauphins de l’Indian River Lagoon

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Indian River Lagoon, face à l’Atlantique

 

Les villages de dauphins de l’Indian River Lagoon

Ils ne sont peut-être pas sur Facebook ou sur Twitter, mais cela n’empêche pas les dauphins de tisser des réseaux très dynamiques et complexes de parents et d’amis.
C’est ce que nous confirme une récente étude menée par des scientifiques du Harbor Branch Oceanographic Institute (HBOI) de la Florida Atlantic University.
Les dauphins sont naturellement connus pour être des animaux très sociaux, mais une équipe de chercheurs a voulu se pencher de plus près sur les interactions entre les Grands Dauphins résidents de l’Indian River Lagoon (IRL).

A cette occasion, l’équipe a découvert comment les cétacés se déplacent d’une groupe à l’autre, et avec qui ils choisissent de passer leur temps.
Les  chercheurs de l’HBOI ont étudié les interactions entre les dauphins sur une période de 6 ans et demi. A cette fin, ils ont fait usage des techniques les plus sophistiquées en matière de photo-identification. Ils ont ainsi pu en apprendre davantage sur les divers schémas d’associations entre dauphins, mais aussi sur leurs déplacements et sur leurs lieux de résidence préférés.

 

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Indian River Lagoon

 

L’Indian River Lagoon regroupe en fait trois lagons :  le Mosquito Lagoon, la Banana River et l’Indian River, le long de la côte Atlantique de la Floride. 
En 1990, la US Environmental Protection Agency l’a désigné comme un «estuaire d’importance nationale », afin de tenter de préserver l’étroite voie d’eau, qui est l’un des estuaires les plus riches en biodiversité en Amérique du Nord. Il présente cinq entrées depuis la mer et rejoint l’océan à Cap Canaveral.
Le lagon peut varier en largeur de 3 mètres à 9 kilomètres. Sa profondeur moyenne de 1,5 mètres, avec une profondeur maximale de 4 mètres. C’est pourquoi les delphinariums sont venus y capturer nombre de leurs victimes, car elles se montraient plus aptes à survivre dans l’espace confiné des bassins que les espèces de haute mer.

Les scientifiques du Harbor Branch Oceanographic Institute ont étudié 200 individus sur une population de quelque 1.700 dauphins observés dans la voie navigable de l’Indian River lagoon depuis 1996. Et il est apparu que tout comme nous, ces dauphins présentent des comportements de préférence et d’évitement social, c’est à dire qu’ils s’associent avec ceux qu’ils aiment bien et se tiennent à distance des personnes qu’ils n’aiment pas.

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Le lagon et la mer

 

Les dauphins du Lagon de la Rivière Indienne se regroupent en communautés de cétacés associés dans une région particulière du système lagunaire, comme des petits villages. 
«Notre étude est unique en ce qu’elle démontre que la configuration physique de leur habitat, ce lagon long et étroit semé de petites îles et d’anses innombrables, ont influencé les dynamiques spatiales et temporelles de ces associations des dauphins » déclare Elizabeth Murdoch  Titcomb, chercheuse en biologie à l’HBOI qui a travaillé sur l’étude.
Par exemple, les communautés qui occupent les tronçons les plus étroits de l’Indian River Lagoon ont les réseaux sociaux les plus compacts. C’est un peu comme les humains qui vivent dans des petites villes et connaissent donc moins de personnes avec lesquelles elles peuvent interagir.

Cartographier l’architecture sociale des dauphins consiste essentiellement à dresser leurs « listes d’amis » et le calendriers des événements de leur vie quotidienne. Cela permet de comprendre comment les cétacés de cette région précise perçoivent et utilisent les ressources de leur environnement et comment leurs réseaux sociaux influencent le transfert de l’information, mais aussi la transmission de maladies éventuelles ».

En 2011 et 2013, plusieurs dizaines de dauphins du Lagon de la Rivière Indienne sont morts en raison de causes controversées.
Morbillivirus, algues toxiques, dérèglements écologiques provoqués par l’homme ? Les herbes marines du lagon et leur faune ont en tous cas été gravement touchées. Heureusement, il semble que les populations de dauphins aient survécu à ces drames.

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Dauphin échoué lors de la grande crise écologique de 2013.

La recherche a été publiée dans le numéro d’Avril 2015 de la revue Marine Mammal Science.
Social communities and spatiotemporal dynamics of association patterns in estuarine bottlenose dolphins
« L’analyse des réseaux a été récemment utilisée pour plonger dans la dynamique des sociétés cétacés. Peu d’études ont toutefois abordé la façon dont la configuration de l’habitat influe sur la socialité, précisément comment des masses d’eau linéaires limitent l’espace où les individus interagissent entre eux.
Nous avons utilisé les analyses spatio-temporelles des réseaux pour enquêter sur les modèles d’associations et structures de la communauté dans une population de grands dauphins dans un système estuarien linéaire, l’Indian River Lagoon (IRL), en Floride.
En utilisant les données d’une étude de photo-identification pluriannuelle, nous avons examiné les modèles d’association pour 185 individus collectés sur une période de 6,5 ans (2002-2008).
La population était alors fortement différenciée et organisé en 6 entités sociales distinctes, se chevauchant tout au long du lagon.
L’organisation sociale différait entre les communautés, avec certains réseaux fortement interconnectés et d’autres ne comprenant que quelques individus vaguement associés dans des configurations plus éphémères. Les associations à court terme constituaient un élément important de la dynamique fission-fusion de cette population ».

 

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D’après l’article
Aquatic Facebook junkees: Dolphins have complex social networks & communities


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Les dauphins de l’IRL ont des cultures de chasse bien à eux

D’autres cultures, d’autres villages…

Il va de soi que le modèle social des dauphins de l’Indian River ne vaut que pour eux-mêmes.
En d’autres lieux, l’organisation est bien différente et entraîne avec elle la naissance d’autres dialectes locaux, d’autres modes de chasse, d’autres cultures.
Les dauphins de la Swan River ne vivent pas comme leurs homologues de Sarasota Bay, des Thousand Islands ou des Bhamas ni moins encore comme nos solides Tursiops de l’Atlantique Nord.
Pas plus que la vie dans un village papou ne ressemble à celle d’une Longue Maison Jivaro ou d’un campement aborigène en Australie.
En revanche, la subculture de la soumission et de l’ennui imposée aux captifs est bien partout la même dans tous les delphinariums du monde.
Il n’est plus question ici de choisir ses amis ni de faire des rencontres…

 

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Société dauphins dans l’Indian River Lagoon

 


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Beachie au Boudewijn Seapark de Bruges