L’histoire secrète des dauphins de Bruges

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Puck au Dolfirama

L’HISTOIRE SECRETE DES DAUPHINS DE BRUGES

Contrairement au zoo d’Anvers qui ne fait pas mystère de ses archives, le Boudewijn Seapark n’évoque jamais la période 1972-1988, durant laquelle il commandita avec ses comparses hollandais les captures d’un très grand nombre de dauphins, contribuant ainsi au dépeuplement du Golfe du Mexique.
Le Parc met même tout en œuvre pour gommer son passé. Ainsi, sur les panneaux désignant les 6 dauphins captifs à l’entrée du Dôme, le nom de Tex n’apparaît jamais. Yotta et Indy n’ont simplement pas de père.

De nombreuses recherches s’avèrent donc nécessaires pour retracer le parcours des cétacés de Bruges. Et encore celui reste-t-il incomplet, fragmentaire, censuré par endroits.
Plus on découvre d’indices sur l’histoire des dauphins de Bruges, plus l’écheveau des transactions incessantes entre les 6 delphinariums hollandais et les 4 delphinariums belges, sous la houlette de Hardewijk, devient difficile à dénouer. C’est une histoire très agitée, très dramatique et très confuse  que celle de Puck, Linda et Roxanne, nos 3 derniers dauphins fondateurs à Bruges.
Mais c’est une histoire très actuelle, hélas…


 

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Iris et Ivo au delphinarium du Zoo d’Anvers, peu avant sa fermeture en 1999. Photo YG

QUATRE DELPHINARIUMS BELGES

Le Boudewijn Park est inauguré à Bruges en 1972.
A l’époque, les delphinariums sont perçus comme une nouvelle attraction américaine qui rapporte très vite beaucoup d’argent. Il s’en ouvre dans toute l’Europe.
Harderwijk est le premier à creuser des bassins dès 1962. Tandis que le Marineland Antibes passe commande de ses orques à SeaWorld, que l’Angleterre multiplie les petits établissements bourrés de cétacés juvéniles et malades et que le Zoo de Duisburg entame son sinistre massacre, la Belgique ne tarde pas à suivre le mouvement.

En 1968, le premier delphinarium naît à Mellen en Flandres.
Le parc Maupertuus – c’est son nom – fait venir 5 dauphins de Floride. Il n’en reste plus que 2 à la sortie de l’avion, une mère et son enfant, qui ne tardent pas à mourir.

Le 17 décembre 1969, le Zoo d’Anvers inaugure ses installations, cette fois à « titre scientifique ». Il commande ses premières victimes en Floride. Jerry Mitchell et James Tiebor sont ses « fournisseurs de dauphins » attitrés, qu’ils capturent dans le Golfe du Mexique. Dès le début, c’est une hécatombe. 30 victimes au moins y laisseront leur peau.

On ouvre aussi un delphinarium dans la Plaine de la Sarte à Huy, en 1977. Il s’agit là, comme Bruges, d’une sorte de succursale wallonne de Harderwijk. 2 dauphins de la compagnie sont envoyés dans ces bassins sommaires, long de dix mètres et profond d’1 mètre 50. Mais le succès commercial ne suit pas. Harderwijk rapatrie donc Jaspérina, le dernier dauphin survivant, dans ses installations de Bruges en 1978. Le site s’appelle aujourd’hui le « Mont Mosan» et n’exhibe plus que des otaries et des perroquets.

Entre 1976 et 1984, des dauphins furent enfin exhibés dans une eau à 6° C au parc Walibi de Wavre. Il s’agissait de Boy, Léo, Missy, Kiki, Niky, Némo et Girl.  Certains d’entre eux furent capturés lors d’une pêche au rabattage à Taiwan. Ils périrent tous misérablement.

Puis la frénésie retombe.
La mode des delphinariums perd peu à peu de son attrait dans le courant des années 90, avec la fermeture de tous les établissements anglais et celle du delphinarium du Zoo d’Anvers en 1999, sous la pression des activistes.

 


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L’ancien delphinarium de Bruges était en bois et en toile. Il ne comportait pas e parois vitrées.

LES PREMIERS DAUPHINS DE BRUGES


En 1972, le Dr W.H.Dudok Van Heel, délégué par la société Harderwijk B.V, mène une enquête scientifique sur les décès si fréquents et précoces des dauphins que sa société importe, dresse, garde ou redistribue.

L’auteur de l’étude n’attribue évidemment pas cette mortalité galopante au désespoir du confinement – les dauphins arrivent rapidement après leur capture, encore choqués – mais à un taux de mercure trop élevé dans leur sang. Van Heel évoque notamment certains dauphins présents en Belgique.

« Durant l’hiver 1970-1971, dit-il en substance, nous avons aidé à construire le Boudewijn Park.  Afin de garnir les bassins d’exemplaires propres à éduquer le public, nous avons fait venir 4 dauphins fraîchement capturés : Allan, un jeune mâle adulte, Yogi, un mâle juvénile en mauvaise santé, Kiana, une jeune femelle adulte et Sherry, une femelle juvénile ».
Un tableau suit, qui donne la répartition de cet achat global de 22 dauphins pour 4 delphinariums (Bruges, Harderwijk, Rotterdam et Zandvoort).

Tous ces dauphins ont été capturés par des fournisseurs bien connus sur la place.
M. Milton Santini à Marco Islands, au sud-ouest de la Floride, s’est chargé du plus gros dans son vivier de Marco Islands, mais  4 d’entre eux ont capturés par James Tiebor. Les animaux livrés au delphinarium de Kolmarden, en Suède, ont été prélevés pour leur part par Jerry Mitchell à Key Largo. Ce dernier fournissait déjà le Zoo d’Anvers. On le condamna par la suite pour captures illégales aux Bahamas.

 

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Les exercices étaient très simples. Ici, en 1976

En plus des «exemplaires propres à éduquer le public », à savoir Kiana, Allan et les autres, il y a là aussi Milly et Sanny, deux femelles adultes parfaitement dressées et en bonne santé. Il y a là Georges et James, deux jeunes mâles également pré-dressés et dont «la santé s’améliore». Ces dauphins appartiennent au delphinarium de Harderwijk mais circulent d’un delphinarium à l’autre à un rythme rapide. On les déplace beaucoup à cette époque. Les cirques aquatiques ambulants parcourent d’ailleurs l’Europe, mais Van Heel s’y oppose. Il plaide pour un habitat stable, qui augmente le temps de vie.

 

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Un show en 1976

 

« Les dauphins de Bruges ne nous ont pas causé de problèmes », poursuit le docteur, «jusque à la conclusion de ce manuscrit en mai 1972. Désormais, Georges et James ont commencé à perdre leur vitalité. Kiana et Allan, pourtant préparés à Harderwijk, ne supportaient plus la pression du dressage. Nous avons du le diminuer et retirer Allan des shows des spectacles pour prendre du repos en Hollande. Les problèmes de santé des animaux et la situation inconfortable du delphinarium de Rotterdam au cœur de la cité nous ont amené à ne plus renouveler le contrat avec cet établissement. Nous avons transféré Hazel de Rotterdam à Bruges en octobre 1971.
En mai 1972, son état s’était un peu amélioré tandis que celui de Doris et Kiana s’était dégradé au point qu’il fallut les réexpédier une nouvelle fois vers Harderwijk pour y reprendre des forces. Georges et James se portaient bien ».
Et l’affaire s’arrête là.

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Comment s’appelait ce dauphin ? Georges, Yogi, Hazel ? Tous sont morts aujourd’hui…


De Sherry, Yogi, Georges, Hazel ou James, nous ne saurons rien de plus.
Sans doute finirent-ils tous par mourir dans l’enceinte de la maison-mère, à Harderwijk, qui servait d’hôpital. Mais les décès se succédaient si vite que le temps manquait sans doute pour les noter tous.

 


 

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Le Dolfirado de Stein ravagé par les flammes. Puck et Linda ont échappé à la mort. On les envoie à Bruges

LE GRAND INCENDIE

En janvier 1974, le Marine Mammals Inventory Report nous indique que le delphinarium de Bruges reçoit trois dauphins du Dolfinarium de Harderwijk.  Allan et Kiana quittent donc la Hollande pour revenir en Belgique. Jasperina les rejoint en 1978, de retour d’un éprouvant séjour dans la piscine du Monde Mosan à Huy.

Les années passent. En juin 1987, le delphinarium n’enferme toujours que 3 dauphins, Allan, Kiana et Jaspérina. Celle-ci décède en septembre 87 après 2 jours d’agonie. Une étude atteste d’un cas de septicémie chez «une femelle de 13 ans, présente au parc depuis 7 ans avec 2 compagnons ».  Il s’agit bien de Jasperina.
Oshin naît au mois de janvier 1987, des œuvres de Tex, encore en Hollande et d’une mère… inconnue ! C’est le premier bébé dauphin né à Bruges, un succès !  L’enfant prend place au sein du couple. Pas pour longtemps…

Le 11 mai 1988, un terrible incendie ravage les installations tout en bois du delphinarium de Bruges.
Les 3 captifs, Allan, Kiana et le petit Oshin, périssent suffoqués sous les poutres en flammes, dans une terreur et une souffrance indescriptible. Mourir par le feu pour un dauphin, c’est sans doute pire que le pire Enfer, une souffrance inimaginable.

Mais le spectacle doit continuer.
Les cendres fument encore qu’on procède au repeuplement d’un bassin reconstruit sous dôme, qui ne sera officiellement inauguré qu’en 1990.


 

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Puck, Tex et Linda au Dolfirado de Stein

 

PUCK, TEX ET LINDA

Le 24 juin 1988, le premier lot arrive depuis le Dolfirado de Stein (Limbourg) qui vient lui aussi d’être ravagé par les flammes : il s’agit des femelles Puck et Linda, toujours vivantes en 2015 et du mâle Tex, qui se suicidera en 2005 à Antibes.

La présence de Puck est attestée dans un «holding pen» non précisée en 1979, avec départ immédiat vers le Dolfirodam de Rotterdam le 26 juillet 1979. Un lieu pollué et létal où les captifs crèvent comme des mouches.  On la déplace ensuite vers le Dolfirado de Stein en 1981. Elle résiste également à ce delphinarium pourri, hanté de dauphins fous, qui prend feu en 1987.

Heureusement, ni Puck ni les autres n’eurent à subir cet accident très suspect, qui tentait de couvrir une banqueroute annoncée. Les dauphins se trouvaient alors dans l’autre cirque aquatique du propriétaire, le Dolfirama de Zandvoort. Cet établissement  ouvrit ses portes en Hollande au mois d’avril 1969. A l’époque, on le considéra d’abord comme le plus grand d’Europe, avec sa piscine d’un million de litres et ses shows combinés de dauphins et d’otaries. Le bâtiment existe encore aujourd’hui, mais les exhibitions de dauphins ont cessé en 1988. Les conditions de vie y étaient si lamentables que la loi obligea le delphinarium à fermer.

Tex serait né en 1974 et sa capture a eu lieu entre 1978 et 1980 à Rockport, Texas.
Linda serait née en 1976. Sa capture a eu lieu au même moment, sur la côte sud-est  du Texas, sur base du Permit #299 délivré directement au Dolfirado.
Tous deux sont bien mentionnés dans le répertoire du delphinarium de Stein.
Curieusement, Puck n’y est pas citée. Le MMIR ne lui attribue aucune origine. Nul ne sait ce qu’elle a pu faire entre sa naissance en liberté et son arrivée à Rotterdam en juillet 1979.

 

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Marco Island, le pays des dauphins captifs

Comme les premiers dauphins de Bruges, Allan, Yogi, Kiana et Sherry, Puck aurait été capturée à Marco Island près de Grassy Keys par Milton Santini en 1966.
Le Boudewijn Seapark associe cette date à sa naissance, tout en la faisant venir des Caraïbes.

Milton Santini était un pêcheur de maquereaux. Après avoir tué à coups de carabine un premier dauphin qui volait dans ses filets et l’avoir entendu «pleurer comme un bébé» avant de mourir, il en attrape un second. Cette fois, il le garde vivant. L’animal est intelligent, on le dresse sans difficulté et M. Santini lance alors son commerce. Il capture un grand nombre de dauphins, dont Puck sans doute, et leur apprend des tours. Les touristes apprécient, mais aussi un réalisateur du nom de Ivan Tors, qui décide d’en faire un film.
Le feuilleton Flipper vient de naître. Et les affaires de M. Santini se mettent à prospérer jusqu’en 1993. L’entreprise se reconvertit en un «centre de recherches», le Dolphin Research Center, bien connu des touristes qui peuvent y nager avec des captifs.

 


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Le Boudewijn Park dans les années 80

ROXANNE, TERRY ET RINGO/WILLIAM

Le 11 juillet 1988, le delphinarium de Bruges réceptionne un second lot, le numéro #620, comprenant Kim (Gulfport), Roxanne (Gulfport), Terry (Gulfport) et William (Gulfport). Cette commande est directement adressée par le Boudewin Seapark à M. Mobi Solangi, Gulport.

Kim meurt dès l’année suivante et William (Ringo) disparaît à une date inconnue. Terry décédera dévorée par les champignons.
De cette livraison #620, Roxanne est aujourd’hui la seule à avoir survécu.

Roxanne a été enlevée très jeune à sa maman. Elle n’avait que 3 ans quand on l’a capturée le 6 mai 1988. Moins de deux mois plus tard, elle prend l’avion jusqu’en Belgique et se retrouve à jamais enfermée sous la coupole du delphinarium de Bruges en juillet 1988. Le point intéressant est que cette fois, le lieu de sa capture est connu. Gulport, Mississipi.

C’est de là qu’opère Mobi Solangi, directeur de l’entreprise de capture «Marine Marine Productions».
Et même un super-production, car  cette société captura plus de 200 dauphins dans l’embouchure du Mississippi entre 1956 et 1989. Ces animaux ont été vendus à l’USA Navy, qui lançait son programme de dauphins soldats, mais surtout à l’Europe.

Solangi louait également ses prises. Pour un prix forfaitaire payé chaque mois, le client recevait un «pack» comprenant plusieurs dauphins et otaries dressées, les services d’un vétérinaire et d’un dresseur ainsi que la nourriture pour les mammifères marins. Si un animal tombait malade ou décédait, Marine Mammal Productions, fondée en 1965, s’engageait à le remplacer.

Au moment de la capture, de nombreux dauphins se noyaient à cause du stress.  Un ancien employé de Solangi a ainsi pu assister à la mort de 20 dauphins lors d’une seule opération. A une autre occasion, une mère et son enfant furent pris dans les filets. Le bébé coula au fond.

Un témoin oculaire raconte cette scène terrible :
« Chaque plongeur se saisissait d’un dauphin, mais tous ne pouvaient pas garder leurs évents dessus de l’eau (…) On voyait aux flotteurs des filets qui s’enfonçaient sous l’eau que les dauphins se noyaient. Nous ne pouvions pas les aider, juste regarder jusqu’à ce qu’ils meurent. Il n’a pas fallu longtemps pour que les dauphins commencent à se noyer, probablement en raison de leurs efforts extrêmes et de la panique. (…) Un dauphin avait une corde attachée à la caudale (…) Nous avons continué à retirer le filet des dauphins, et ils ont juste coulé lentement vers le fond ».

Ajoutant :
«Les employés permanents de Marine Life qui avaient pris cette collection furent appelés par Moby plus tard. Il leur dit de ne pas discuter des affaires de Marine Life avec d’autres employés ou quiconque en dehors de l’entreprise (…) J’ai appris par la suite qu’il y avait de bonnes raisons à cela. Marine Animal avait déjà livré au moins 23 dauphins à la US Navy en 1988. La mort de plus de 20 autres lui aurait fait dépasser son quota de capture d’au moins 18 unités ».

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Milton Santini, Jerry Mitchell , James Tiebor, Jay Sweeney et même Ric O’Barry se servaient des mêmes méthodes et tuaient autant de dauphins.
Il faut imaginer ce qu’a pu subir la petite Roxanne quand le hamac l’a soulevé de l’eau et séparé à jamais de ce qu’elle avait de plus cher : sa vraie famille.

 


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Origi et sa maman Roxanne. Un enfant de plus qui mourra au bout d’une semaine, avant que Roxane ne soit à nouveau engrossée

QUE SONT-ILS DEVENUS ?

Une fois à Bruges, Tex et Linda eurent un premier bébé.
Né le 1er juillet 1990, Skippy décéda en septembre 2000 en même temps que Terry et pour la même raison : leur peau et leur évent furent envahis de champignons et ils moururent étouffés dans d’atroces souffrances. ,

Puck donna également naissance à Yotta le 24 août 1998 et à Indy, le 13 juillet 2003.
Tex, leur père, se suicida à 20 ans au Marineland d’Antibes en 2006,  en se suicidant. Puck est toujours vivante en 2015. Agée d’environ 50 ans, elle est sans doute la plus ancienne captive connue au monde. Ses deux filles sont toujurs à ses côtés. Yotta n’a jamais réussi à avoir un enfant viable mais Indy a donné naissance à son premier enfant , Ory.

Roxanne, elle, a perdu tous ses enfants.
En avril 2014, son fils Ocean a été envoyé à Planète Sauvage, près de Nantes. Elle a aussi perdu Flo, sa fille bien-aimée, morte d’un « mal de dents ».
Elle vu s’en aller Gorki, Simo, Iggy, ses deux jumeaux  en 2011, Bruce puis Origi, tous deux morts dans la semaine en 2012 et 2013 puis enfin Moana, née en 2015 et toujours vivante.
Marco, le fils de Roxanne est  toujours en Espagne et sa fille Luna a eu deux enfants au Portugal. Roxanne est aujourd’hui grand-mère et elle ne le sait même pas.

Linda, la vieille copine de Puck et de Roxanne, a été froidement déportée en Italie avec son fils Mateo, juste pour faire de la place après 20 ans de vie commune sous le Dôme. On ne tint aucun compte des liens d’amitié qui la reliait au reste de son pod artificiel depuis tant de temps. Elle a vécu parmi des étrangers dans un aquarium surpeuplé à Gènes. Son fils a été envoyé en Espagne, comme étalon reproducteur.  Au printemps 2014, faute de place en Italie, Linda a été rapatriée à Bruges, où elle a retrouvé ses amies et fait s’écrouler le plafond sur la tête de jeunes spectateurs d’un coup de ballon bien ajusté.

Quant à Beachie, arrivé de Harderwijk en 2009, son histoire est un peu différente.
Officiellement, il ne fut pas capturé mais bien «sauvé» d’un double échouage par Sea World. Au mois d’août 2014, drogué, malade, affaibli, il se retrouve en compétition avec son propre fils, le jeune Kite, né à Hardewijk, transporté à Munster puis à Planète Sauvage, avant de remplacer Océan à Bruges.


LES CAPTURES CONTINUENT

Puck et Roxanne se souviennent-elles de ces captures atroces, des cris, des pleurs, des supplications des mères privées de leur enfant ? Se souviennent-elles de tous ces camarades de geôle qui mourraient auprès d’elle, de ces bébés condamnés à ne vivre que quelques jours dans l’eau chloré des bassins ?

Oui. Une récente étude a prouvé que les dauphins disposaient d’une mémoire prodigieuse et pouvaient reconnaître la voix d’anciens amis plus de 20 ans après avoir été séparés d’eux. Les hommes, en revanche, ont la mémoire courte, surtout à Bruges. Pourtant, ces vieilles histoires ne sont pas de l’histoire ancienne !

Des captures massives ont toujours lieu au Japon, en Russie, en Turquie, en Indonésie, aux Iles Salomon, à Cuba, partout dans le monde. Le Georgia Aquarium a commandité la capture de 18 bélugas en Russie et SeaWorld envisage de se délocaliser à Dubaï, où les captures ne sont pas interdites.

A cet égard, le delphinarium de Bruges porte une lourde responsabilité en termes écologiques, car il a été complice d’une véritable traite d’esclaves et continue indirectement à l’encourager . Entre 1960 et 1993, plus de 1.600 mammifères marins ont été arrachés aux eaux américaines pour le marché local et international. Une terrible épidémie décima les dauphins du Golfe au début des années 90 et les USA durent alors interdire toute capture à usage commercial en 1993, tant les prises pour les delphinariums achevaient d’épuiser les populations.

Depuis lors, les cirques aquatiques occidentaux sont contraints de s’en tenir à la reproduction en batterie.
Certains delphinariums y parviennent avec un relatif succès. Mais les naissances sont insuffisantes et les temps de vie trop courts que pour garantir la viabilité d’un cheptel génétiquement sain sur le long terme. L’Europe et les USA devront donc relancer les captures un jour… ou renoncer enfin à ces jeux du cirque d’un autre âge.
Il est temps qu’ils renoncent. La captivité des dauphins est une torture et une obscénité.

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Bruges : malgré tous ces morts, le show continue !