L’Inde veut sauver les dauphins du Gange

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L’Inde lance un vaste programme d’observation de ses dauphins du Gange

L’Inde veut sauver les dauphins du Gange

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La déesse du Gange et sa monture, le « makara ».

 

28 mai 2016
Times of India

Alors que le Gouvernement de l’Union Indienne déclarait devant le Parlement que les dauphins du Gange étaient « au bord de l’extinction », le Wildlife Institute of India (WII) a lancé un programme de conservation pour ce mammifère aquatique.
L’Union internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) avait inscrit le dauphin du Gange dans la catégorie des espèces en voie de disparition dès 1996 et sa population n’a cessé de décroître. Le WII va procéder à un suivi sur le long terme des individus survivants, élaborer un protocole de protection et restaurer l’habitat essentiel des dauphins dans le pays.

« Le dauphin du Gange est l’animal aquatique national de l’Inde depuis 2009, a déclaré Qamar Qureshi, scientifique WII. « Son habitat se limite principalement aux deux rivières sacrées du pays le Gange et le Brahmapoutre. Les perturbations anthropiques sont les principales causes de la baisse de sa population. Les barrages, la pollution, le meurtre délibéré pour l’huile de son melon et les accidents mortels dus aux filets de pêche déciment à vive allure cette espèce fragile. Le dauphin du Gange est aussi le meilleur indicateur de l’état de santé du fleuve lui-même ».

« Notre plan vise donc à rétablir leurs habitats et leur population en Inde. Il vise également à développer le monitoring du Gange et du Brahmapoutre, en prenant les dauphins de rivière comme espèce phare. Il s’agira d’obtenir l’engagement des habitants qui dépendent de la rivière, spécifiquement les pêcheurs. Notre campagne de sensibilisation sera aussi diffusée grâce à des artistes locaux. Outre la restauration des habitats critiques, les centres de secours pour les animaux en difficulté seront également développées, » a déclaré Qamar Qureshi.
Des instituts spécialisés situés à Chennai, Delhi et en Australie travaillent sur une technologie capables de capter finement les sons des dauphins d’eau douce. Avec cela, nous serons en mesure de les suivre facilement dans la rivière», a conclu Qureshi.

 

Ravinder Kumar Sinha, le chef du département de zoologie à l’Université de Patna, qui a été honoré pour son combat acharné en faveur des dauphins de rivière depuis 3 décennies, a déclaré pour sa part : «La plus grande menace sur la survie des dauphins du Gange en Inde est la baisse du niveau de l’eau dans les rivières du au changement climatique. C’est le premier problème avec les ruissellements toxiques des usines et le programme de protection devra en tenir compte». 
On chasse également le « susu » pour la «médecine traditionnelle», l’huile de son melon étant réputée aphrodisiaque.

L’espèce était déjà protégée en Inde depuis 1972 mais la population n’a cessé de diminuer de 10% chaque année. Il n’existe qu’une région réellement protégée en Inde actuellement, le sanctuaire de Vikramshila dans le Bihar.


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Le « susu » ou dauphin du Gange

 

Le dauphin du Gange fait rarement parler de lui et pour cause…
C’est le plus timide et le plus discret de tous les dauphins du monde.  Presque aveugle, ce cétacé au long bec vit dans les eaux ocres du fleuve le plus sacré de l’Inde depuis des millions d’années.
La taille de son melon est impressionnante. Comme tous les odontocètes, le « susu » utilise ses clics pour trouver sa nourriture, mais il est le seul à vivre sa vie entière dans un environnement très sombre. Ses yeux se sont réduits à des piqûres d’aiguille et ne perçoivent rien d’autre que le contraste entre l’obscurité et la lumière. Son écholocation sophistiquée lui permet en revanche se passer de la vue, dans cet univers d’eaux limoneuses où de toutes façons, l’on ne voit rien.  Le cou à angle droit, il nage sur le côté et scanne les fonds boueux de ses ultrasons pour découvrir ses proies.

Durant la mousson, quand le fleuve est en crue, le « susu » remonte le Gange vers des affluents secondaires et retourne dans des eaux plus profondes à la saison sèche. Seule sa tête émerge de l’eau lorsqu’il se déplace, ce qui le rend presque indétectable pour les observateurs. En dépit de leur apparence primitive, le « susu » est une partie intégrante de l’écosystème des rivières où il demeure . Il reste moins de 4000 individus à l’état sauvage, et aucun n’a jamais survécu en captivité.

On ne sait donc presque rien de sa vie sociale et culturelle.
Il semble que ce dauphin se déplace par petits groupes ou en en solitaire. On voit le plus souvent une mère et son enfant voyager de concert. Les delphineaux sont bruns chocolat à la naissance et les femelles sont plus grandes que les mâles.
Mais à part ça ? Nous ignorons s’ils ont des dialectes ou non, s’il existe chez eux des clans largement dispersés et quelles sont leurs techniques de chasse sous l’eau. Observer des dauphins du Gange hors de l’eau relève déjà de l’exploit, à moins bien sûr de se contenter d’en compter les cadavres. Quant à communiquer avec eux, à sonder les mystères de leur identité profonde, voilà bien un rêve qui ne se réalisera sans doute jamais…

 

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