L’intelligence des orques

 

L’intelligence des orques et la captivité

Les orques possèdent le deuxième plus grand cerveau parmi tous les mammifères marins, avec un poids de près de 7 kilos. Il n’est pas encore établi que leur encéphale soit doté des mêmes cellules mémorielles que chez les humains, mais les scientifiques ont découvert que celui-ci était à tout le moins incroyablement riches en câblages nerveux destinés à la détection et à l’analyse des objets présents dans leur environnement marin tridimensionnel.

Des recherches sont toujours menées pour mieux comprendre comment les orques  apprennent leurs dialectes locaux, enseignent les uns aux autres des méthodes de chasse sophistiquées et se transmettent de génération à génération des comportements culturels stables sur des très longues durées, une caractéristique qu’ils partagent avec l’être humain.

Ces chercheurs n’ont pas non plus trouvé la moindre preuve qu’une orque sauvage ait jamais tué un être humain.
Mais ils ne sont guère surpris que le prédateur marin le plus grand, le puissant et sans doute le plus intelligent au monde puisse s’attaquer à un humain, dès lorsqu’il a été capturé, gardé en captivité dans un bassin pendant des années et privé de tout contact social avec sa vaste famille d’origine.

Les interactions humaines avec des orques en captivité ont été étudiées avec beaucoup d’attention depuis le 24 février 2010, lorsque un énorme épaulard mâle du nom de Tilikum, qui possédait déjà un passé «criminel», a tué sa dresseuse en l’entraînant au fond de son bassin.

« Je n’essaie pas de deviner ce qui s’est passé dans l’esprit de cette orque en particulier », a déclaré le Dr Lori Marino, membre du Neuroscience and Behavioral Biology Program à l’Emory University d’Atlanta, « Mais en revanche, à la question de savoir si les épaulards ont les capacité cognitives nécessaires pour s’en prendre à quelqu’un de manière intentionnelle, ou de se mettre en colère ou de prendre pleinement conscience de chacun de leurs actes, alors la réponse est certainement : oui ! »

Tilikum peu avant sa mort

Des années de recherches fastidieuses et difficiles a pu sans doute apporter aux scientifiques une certaine compréhension des orques, mais elles nous ont aussi amené à reconnaître que finalement, nous en savons très peu sur eux.  Pour commencer, nous ne savons plus exactement comment les catégoriser.
Certes, ces prédateurs nagent dans tous les océans du monde – ils y sont bien plus largement répartis que n’importe quelle espèce de baleine, de dauphin ou de marsouin et se répartissent à première vue en trois types – au moins – de populations distinctes.

Il y a les orques piscivores qui demeurent dans un territoire donné (residents), les orques mangeurs de chair qui errent le long des côtes plus au large (transients) et enfin un troisième groupe qui circule loin en mer dans les eaux bleues profondes (hauturières).

Les trois groupes se distinguent par des régimes alimentaires radicalement différents, mais aussi par leurs langues, leurs techniques de chasse et leurs façons de se comporter à l’égard de la vie marine. En outre, ils ne semblent pas interagir souvent les uns avec les autres. « S’ils n’avaient pas le même aspect physique, vous pourriez carrément les considérer comme trois espèces distinctes » a déclaré Brad Hanson, biologiste à Seattle attaché à la NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration).

Pourtant, l’ADN des orques raconte une histoire différente.
Au lieu des diverses populations mondiales dont la génétique se déploie vers l’extérieur comme un arbre à plusieurs branches, la leur ne dispose que d’un seul génome, comme un seul tronc presque droit, à l’exception de menues différences ça et là.
« C’est très très étrange », a déclaré Hanson, qui a participé à la recherche portant sur la classification des orques en voie de disparition au large du nord-ouest des États-Unis.

Si ce n’est pas la variété génétique qui rend ces groupes d’orques si distincts, les scientifiques soupçonnent que leurs cerveaux énormes pourraient être le facteur déterminant de cette variété.
Les plus grands animaux possèdent généralement des quantités plus importantes de cellules dans le cerveau.
Mais les scientifiques ne considèrent plus le quotient encéphalique (rapport entre le poids du corps et le poids du cerveau) comme une mesure fiable de l’intelligence.
En utilisant ce critère, les cerveaux humains, par comparaison, se situent sur l’échelle 7.
Le cerveau des orques n’atteint que le quotient 2, 5 en moyenne – soit l’équivalent de celui des chimpanzés. Mais ce rapport entre la masse du cerveau et celle du corps sous-estime gravement la capacité de réflexion des grands mammifères marins.

En d’autres termes, les orques pourraient être encore beaucoup plus intelligentes que ce que la taille de leur cerveau nous suggère. Hal Whitehead, professeur de biologie à l’Université de Dalhousie en Nouvelle-Écosse, a secoué le monde de la recherche sur les cétacés en 2001 lorsqu’il a co-écrit un article controversé suggérant qu’une espèce autre que celle des humains pourrait être «culturelle», comme le seraient les orques. «La culture, c’est apprendre des autres », a déclaré Whitehead. «Une espèce culturelle présente des comportements différents de celles où tout est déterminé génétiquement. »

Un exemple de culture orque, a-t-il précisé, est par exemple l’enseignement d’une technique de chasse particulièrement difficile et dangereuse observée autour des îles de l’Antarctique.
Les chercheurs ont observé que les mères poussaient leurs petits sur les plages à plusieurs reprises afin d’y saisir des phoques et qu’elles ont du quelque fois se charger de traîner leur enfant vers la mer lorsqu’il ratait son coup et s’échouait pour de bon.

« Ils ont leur façon de faire les choses, selon ce qu’ils ont appris de leur mère et de leurs autres parents » ajoutait Whitehead. « Car les orques sont aussi des animaux très attachés aux traditions. Si c’est leur manière d’agir ainsi, ils se montreront fort réticents à se comporter autrement. Ce dernier point est important à prendre en compte quand il s’agit d’orques en captivité. La vie en bassin ou derrière les barreaux est difficile pour tous les animaux dotés de culture, mais c’est particulièrement vrais pour des populations aussi conservatrices que les orques« .

Tout aussi remarquable aux yeux des scientifiques est la capacité des orques à communiquer entre elles par le biais de sifflements ou de sons pulsés et de « voir » les objets qui les entourent par le biais de leur sonar. De nombreux cétacés – baleines, dauphins et marsouins inclus – partagent à divers degrés les mêmes capacités. Cependant il apparaît désormais évident que les orques apprennent des langues locales complexes, qui se perpétuent durant de nombreuses générations.

Par ailleurs, leurs compétences à utiliser le bio-sonar, ou écholocation, ont également de quoi étonner les chercheurs.
Le professeur Whitlow Au, chargé du Programme de Recherches sur les Mammifères Marins à l’Université d’Hawaï , a récemment terminé une étude prouvant que les orques peuvent utiliser leur bio-sonar non seulement pour trouver du poisson dans l’eau trouble mais aussi pour distinguer parmi tous les saumons leur repas préférée : le saumon quinnat (Chinook).

« Ils peuvent reconnaître le saumon chinook à de très longues distances, c’est à dire à peu près celle d’un terrain de football ! » a déclaré le Pr. Au. «Leur bio-sonar sert à détecter ces proies précises mais aussi les attraper ».

Sam Ridgway, neurobiologiste et chercheur vétérinaire à la San Diego Marine Mammal Foundation, qui travaille également pour la US Navy, affirme que si le cortex cérébral des orques est moins riche en matière grise – ensemble de cellules impliquées dans la mémoire, l’attention et la pensée – que celui des humains, en revanche, ses axones myélinisés, dont le rôle est de transmettre les impulsions nerveuses, présentent un diamètre plus large.

« C’est un peu comme si vous aviez un computer qui dispose de moins de mémoire mais de meilleurs connexions » a conclu Sam Ridgway, dont on sait cependant qu’il est très favorable à la recherche sur des animaux captifs. « Plus large est l’axone, plus rapide est l’influx nerveux ».

Patrick Hof, vice-président du département des neurosciences à l’École de médecine Mount Sinai (New York) a résumé la question en affirmant que le cerveau des orques est vraiment très gros, très puissant et qu’il dispose de capacités de calcul énormes.
« Cela dit, le fait que de telles compétences mentales puissent amener une orque à tuer un humain intentionnellement ne peut être prouvée scientifiquement. Il s’agit d’un animal sauvage, dotés de comportements prédateurs bien connus. Il est donc possible que, dans une situation de stress lié à la captivité, une partie de ce comportement naturel se soit exprimé. »

Pour sa part, Le Dr Lori Marino se demande à quel degré s’élève la frustration d’une orque captive tout à la fois privée des richesses culturelles que procure la vie au sein d’une société familiale élargie – associant grands-parents, parents et petits-enfants -ais des veaux – mais aussi des stimulations infiniment variées d’un environnement océanique où l’on peut nager d’un coin du monde à l’autre.
«Vivre dans un bassin étroit et se voir obligé d’éclabousser les gens avec votre caudale tous les jours pendant 27 ans rendrait n’importe qui fou furieux» a-t-elle conclu.

D’après l’article « How smart are killer whales? Orcas have 2nd-biggest brains of all marine mammals »
March 8, 2010 By Kevin Spear


L’intelligence des orques en liberté

 

CERVEAU ET INTELLIGENCE


Les orques font preuve de beaucoup de qualités humaines, y compris l’intelligence, l’usage d’une langue et d’une sensibilité émotionnelle exacerbée.
Ces odontocètes aux dents puissantes sont partout chez elle dans le monde : dans les eaux froides de l’Atlantique Nord, du Pacifique Nord et de l’Antarctique, mais aussi en Indonésie, à Gibraltar ou au Japon. Les orques vivent au sein d’étendues immenses où elles nagent des centaines de kilomètres par jour. (…) « Des études IRM post-mortem du cerveau d’une orque ont montré que cet organe est chez lui de 3,5 à 6,5 fois plus massif que chez le dauphin commun. Ce cerveau est replié en un nombre étonnant de circonvolutions, ce qui indique une capacité élevée de traiter des données.

Trois zones particulières du cerveau sont nettement plus développées chez les orques que chez les humains. Il s’agit du cortex insulaire, de l’opercule qui l’entoure et du lobe limbique.
L’opercule frontal est corrélé avec l’usage de la parole chez l’homme, tandis que le cortex insulaire est impliqué dans l’audition, c’est-à-dire dans la capacité d’entendre et de traiter les ons. Ces zones se trouvent sur la surface supérieure du cortex temporal.
Il semble qu’une partie de l’opercule chez les orques innervait également les voies respiratoires nasales, qui permettent à l’orque de vocaliser. Cette zone remplirait donc des fonctions similaires à l’opercule chez les humains, c’est à dire à la production de la parole. Les schémas sonores émis par les orques démontrent en effet des niveaux de communication qui vont bien au-delà de simples sons instinctifs.
La troisième structure d’importance particulière chez l’orque est le lobe limbique élargi, situé sur la face médiane entre les deux hémisphères, directement au-dessus du corps calleux. Chez l’homme, le système limbique est associé à la vie émotionnelle ainsi qu’à la formation des souvenirs. Les humains ne dispose que d’un gyrus cingulaire, situé au-dessus du corps calleux associé au système limbique. Le gyrus cingulaire des orques, ou lobe limbique, est pour sa part largement agrandi et composé de trois lobes distincts séparés par deux fentes: les fentes limbique et paralimbique.

Au-delà de l’expansion toute particulière de ces zones, l’architecture cellulaire fournit aussi des indices sur l’étendue de l’aptitude des orques à l’expression émotionnelle.
Les cellules en fuseau, associées au traitement de l’organisation sociale et de l’empathie par le système limbique, étaient autrefois considérées comme seulement présentes chez les humains et les grands singes. On les a retrouvées depuis chez plusieurs espèces de cétacés, en ce compris l’orque et le dauphin. En fait, le nombre relatif de cellules en fuseau chez les orques est largement plus important que chez l’humain
L’expression par les orques d’un comportement de groupe extrêmement coordonné et d’interactions sociales comprenant des indices vocaux et non vocaux, sont sans doute corrélée à cette extension des zones corticales mentionnées ci-dessus.
Il est évident qu’en observant des orques, qu’elles soient libres ou captives, on peut voir qu’elles présentent une gamme d’émotions variées, qui vont de la joie à la peur, passant par la frustration, la jalousie, le désespoir ou la colère, et qu’elles sont conscients d’elles-mêmes. A ce titre, un nouvel ensemble de questions éthiques surgit quant à notre façon d’interagir avec les orques et les autres cétacés en les gardant en captivité ou en les tuant pour s’en nourrir. (1)


 

LES SOCIÉTÉS DES ORQUES

On distingue souvent les orques en trois catégories : les orques résidentes, les orques « transient » ou vagabondes et les orques hauturières. Des recherches récentes nous montrent que ces catégories sont en réalité bien plus complexes à définir et qu’elles se fondent davantage sur un type de culture particulière que sur un mode d’alimentation relativement flexible selon les circonstances.
La communauté d’orques la plus étudiée est celle de la Salish Sea, près de Vancouver.
Cette famille élargie était composée à la fin de 2006 de seulement 86 membres. Elles ne sont plus que 80 en 2016, toujours incapables de reprendre pied après les captures de SeaWorld qui les a décimé dans les années 70.

Voyageant au sein d’un groupement de pods multigénérationnels centrés autour des femelles, cette communauté est dirigée par des matriarches âgées, dont la célèbre Granny, 104 ans.
Lorsque les orques résidentes du Sud se retrouvent après une séparation de quelques jours ou de quelques mois, ils s’engagent souvent dans un comportement de «salutation». Les formations rituelles de chaque pod se font face pendant plusieurs minutes, puis se fondent progressivement en groupes actifs, composés chacun de membres des 3 pods, accompagnés de vocalisations sous-marines intenses et d’un comportement spectaculaire de «jeu». (2)

Granny, la matriarche du Pod J. Elle s’est éteinte à 103 ans.

La Communauté des Orques Résidentes du Sud se compose d’un clan vocal (le J) et de trois pods distincts : le J, le K et le L. Le J Pod est le pod le plus susceptible d’être présent toute l’année dans les eaux des îles San Juan et dans le Golfe du sud ou dans le détroit de Georgie. Cette famille de 29 membres fréquente volontiers la côte ouest de l’île de San Juan à la fin du printemps. Le plus vieux membre de J pod est J2 (Granny), d’un age estimé à 103 ans. Les mâles adultes de J pod sont maintenant J26, J27 et J34. Le pod a eu 5 naissances depuis décembre 2014, celles de J50, J51, J52, J53 et J54.
Avec seulement 19 membres, le K Pod est le plus petit des trois pods au sein de Communauté des Orques Résidentes du Sud. Les deux matriarches du K pod sont K12 et K13, nées toutes deux en 1972. Le K pod comprend aussi trois mâles matures, K21 et K26, et K25. L’enfant le plus récent né dans le K pod est K44, un mâle, né en 2011.
Le L Pod est de loin le plus grand des trois groupes. Ses membres sont actuellement au nombre de 36. Les mâles adultes de L pod sont L41, L84, L85, L87 et L88. L87 voyage avec le J pod depuis 2010. Le L pod a eu deux bébés en 2015, L121, L123. (3)

Traversant régulièrement les eaux des Orques Résidentes du Sud, les orques de Bigg sont mieux connues sous le nom de «transients» ou « vagabonds ». Cette population vit tout le long de la côte ouest de l’Amérique du Nord, de la Californie jusqu’à l’Alaska. Ils sont spécialisés dans la chasse aux petits mammifères marins, tels que phoques, lions de mer, marsouins, dauphins et parfois les nouveaux-nés des baleines.
Les orques de Bigg s’organisent selon une structure matrilinéaire, semblable à celle des orques résidentes. Mais ici, les enfants ne restent pas toute leur vie avec leur mère, leur grand-mère ou leur arrière-grand-mère. Ils s’éloignent de leur mère à la maturité, surtout les femelles dès lors qu’elles ont elles-mêmes des enfants. Voyager en petit groupe est une stratégie nécessaire pour chasser efficacement les proies qui sont les leurs et se les partager, ce qui n’empêche pas les liens sociaux d’exister, mais sur de plus vastes distances et à intervalles moins fréquents. Contrairement aux poissons, les phoques et les dauphins entendent très bien sous l’eau, aussi les orques d Bigg restent-elles parfaitement silencieuses lorsqu’elles chassent. On les voit longer le littoral, inspectant une crique après l’autre, utilisant l’écoute passive pour localiser les pinnipèdes et les petits cétacés. Mais dès que la proie est tuée, c’est une cacophonie de cris et d’échanges enthousiastes.
Lorsque des orques résidentes et des orques de Bigg se croisent, elles font mine de ne pas se voir et poursuivent leur chemin sans échanger un seul sifflement.

En Antarctique, la société des orques piscivores est basée sur une première unité matrilinéaire constituée de la matriarche, de ses enfants et de ses petits-enfants, c’est-à-dire a minimum de 5 à 6 individus. Du fait que les femelles peuvent atteindre 90 ans en liberté, il n’est pas rare de voir 4 générations qui se déplacent ensemble. Ces groupes matrilinéaires sont très stables. Ses membres ne se séparent que quelques heures par jour, pour aller s’accoupler ailleurs ou se nourrir. A un deuxième degré, de 2 à 4 unités matrilinéaires se regroupent pour former un pod, composé d’une vingtaine de personnes. Ces pods peuvent se diviser et se séparer durant plusieurs semaines avant de se retrouver.
Le troisième niveau de la structure sociale des orques est le clan. Il regroupe un ensemble de pods, qui partagent tout à la fois le même dialecte et une lointaine ancêtre commune.

Le dernier stade de l’organisation des orques est appelé une « communauté ».  
Il s’agit d’un vaste ensemble de clans qui socialisent et se retrouvent régulièrement, mais ne partagent ni le même  dialecte ni d’ancêtres communs. Les groupes de troisième degré communiquent donc entre eux à l’aide d’un dialecte commun particulier. De nombreux autres communautés d’orques, vivant selon des moeurs différentes, vivent également en Antarctique, dont certaines se nourrissent de manchots et d’autres de poissons de grands fonds. (4)


DIALECTES ET CULTURES

Les orques émettent 3 types de vocalisations: les clics, les sifflements et les appels pulsés. Les clics font partie du système sonar de l’orque et sont utilisés pour l’écholocalisation. Ils permettent de voir dans l’obscurité, de localiser des sources de nourriture même cachée par le sable, de définir la forme des objets dans l’océan et de se localiser par rapport au paysage. Les sifflements sont généralement des émissions de tonalité continue pouvant durer plusieurs secondes.

Les signaux pulsés sont des appels particuliers, qui peuvent être par le spectrogramme.
Ils sont la composante principale du répertoire de communication de l’orque. Le Dr John Ford a classé les types d’appels distincts des orques de l’État de Washington et de celles de Colombie-Britannique. Il a découvert que chaque pod avait sa propre collection d’appels, qu’il a nommé son «dialecte». Il a ensuite été en mesure de définir de plus grands groupes acoustiques, ou «clans», en regroupant des pods qui partageaient certains appels en commun. La communauté des résidents du Nord compte trois clans, alors que la communauté résidente du sud n’a qu’un seul clan,le J, composés des pods J, K et L, de même que les orques transient vivant sur cette côte.
Ces appels ont été utilisés pour identifier les pods et les communautés parmi les orques capturés dans les années 1960 et 70.
Les différences entre les types d’appels vocaux de clans à clans n’empêchent pas les différents groupes de se réunir et de fraterniser au sein d’une même communauté. Le rôle de ces appels n’est pas connu avec précision. Ils servent à garder contact avec les autres sur de grandes distances, dans l’obscurité, ou lorsque de grandes congrégations se réunissent avec grand tapage. Bien que cela n’ait pas encore été démontré, il existe certainement un potentiel de communication d’informations spécifiques complexes dans les appels. Parfois, les groupes sont extrêmement bavards, à d’autres moments ils restent parfaitement silencieux. (5) (6)

Contrairement aux dauphins, les orques ont peu fait l’objet de recherches sur la communication en laboratoire.
Lorsque l’une des premières orques fut capturée, Ted Griffin et le Prof. Poulter s’y essayèrent pourtant, en étudiant les échanges sonores entre deux orques récemment capturées, Namu et la femelle Shamu.
Décrivant les signaux émis par chaque individu, d’une durée d’une demi seconde à cinq secondes en moyenne et s’étendant sur deux octaves, le Dr Thomas Poulter suggère : « L’épaulard mâle semble donc organiser ses signaux sonores selon une structure extrêmement complexe, immédiatement reconnaissable sur n’importe quel fond sonore et qu’il peut modifier en accentuant les signaux, en les abrégeant, les ponctuant, les transformant en syllabes, préfixes, suffixes, et en leur conférant toutes sortes d’inflexions sans que l’on cesse de reconnaître l’auteur de l’émission. Je soupçonne que ces signaux font sens pour les autres orques. Il est aussi frappant de constater que Namu multiplie davantage la variété de ses signaux lorsqu’il s’adresse à la femelle que lorsque il le fait avec les autres orques libres qui tournent à l’extérieur de l’enclos où il détenu».
Poulter conclut qu’au regard des analyses statistiques du contenu de ces bandes magnétiques, on peut selon toute vraisemblance parler d’un authentique langage chez Namu. La manière dont le chercheur insiste sur cet ensemble de modifications sémantiques (ponctuation, « syllabification », préfixation, etc.) révèle à quel point il estime se trouver en présence d’une forme de communication extrêmement sophistiquée. (7)


CULTURES ET MODES DE CHASSE

Grâce à leur intelligence et leur sociabilité, les pods d’épaulards ont développé de nouvelles stratégies de chasse qui sont transmises à travers plusieurs générations, à l’aide d’un apprentissage concerté. Les techniques varient d’une région à l’autre selon les ressources, mais elles sont toutes un témoignage de l’intelligence prédatrice et de l’ingéniosité des orques. Citons notamment :

Le « Wave Wash »
Les phoques sont l’une des proies préférées des orques vivant autour de la plate-forme glaciaire de l’Antarctique. En se perchant sur des blocs de glace, les phoques restent hors de leur portée. Cependant, les orques ont inventé une méthode habile pour les pousser dans l’eau. Ils chargent la banquise en formation serrée, créant un front d’onde énorme. Juste avant d’atteindre la glace, ils plongent par-dessous, en donnant une poussée de dernière seconde à la vague avec leurs caudale. Le mur d’eau qui en résulte s’écrase sur la banquise et balaie le phoque qui tombe dans l’eau et se fait dévorer.

Le « Karaté Chop »
Le grand requin blanc n’a qu’un seul ennemi naturel: l’orque. Mais la chasse aux requins est une activité risquée pour les épaulards. Des rangées de dents pointues peuvent percer même la plus épaisse peau de baleine. En conséquence, l’orque a développé un moyen efficace de chasser ces proies si dangereuses. En se servant de sa large caudale, l’orque pousse le requin à la surface sur un vortex d’eau. Il tourne alors légèrement et soulevant haut sa caudale dans l’air, il l’écrase sur la tête du requin. Ensuite, parfaitement informé de la biologie des requins, l’orque renverse brusquement le squale ventre en l’air, ce qui provoque chez ce dernier une sorte de stupeur hypnotique que les scientifiques appellent «immobilité tonique». Une fois paralysé, le requin peut être consommé sans danger.

Le «Carrousel»
Les petits poissons comme le hareng ne comptent pour rien dans l’estomac d’une orque. Aussi faut-il les chasser en masse pour que l’effort vaille la peine. Les orques qui vivent au large de la côte norvégienne, comme la famille de Morgan, travaillent ensemble pour les rassembler. Elles utilisent à cet effet leur ventre blanc perçu sous l’eau comme des flashs brusques et une vaste émission de bulles. Les bancs de harengs sont guidés ainsi vers la surface en leur adoptant la forme d’une boule serrée. Cette «boule de viande» tourbillonnante devient un carrousel pour les orques qui se tiennent autour et frappent la surface avec leurs caudales, étourdissant les poissons qu’elles peuvent alors avaler par grosses bouchées.

Le « Pod Pin »
Les narvals se rassemblent pour se reproduire au milieu de la banquise arctique. Historiquement, les épaulards n’ont jamais été en mesure d’accéder à leurs lieux de reproduction, mais avec la fonte de la glace de mer, les choses sont en train de changer. Dans un documentaire, on peut voir comment les orques rabattent les narvals le long de la plage puis les amènent dans des eaux de moins en moins profondes avant de les dévorer.

Le « Blowhole Block »
Les orques peuvent s’en prendre à des cétacés bien plus grands qu’eux. Les baleines grises, les baleines à bosse et même les baleines à bosse font partie de leur proie. Comme le loup gris sur terre, ils sélectionnent d’abord les individus les plus jeunes ou les plus faibles. L’attaque suit un schéma familier: les orques se relaient en frappant, mordant et tirant sur les nageoires pectorales de la baleine afin de l’entraîner vers le bas. Puis ils lancent de l’eau sur son dos en essayant de l’empêcher de venir respirer en surface. Après des heures de combat, la baleine épuisée se noie. Les orques dépècent alors leur proie en n’y prenant que la graisse et la langue, laissant le reste de la carcasse aux charognards.

Le « D-Day”
Les lions de mer qui nagent au large de la côte atlantique de l’Amérique du Sud se sentent plus en sécurité une fois qu’ils sont revenus sur la plage. C’est une erreur car en Argentine, une tribu d’orques a développé la chasse par échouage. Une orque charge vers la rive, s’échoue presque et saisit au passage un jeune lion de mer. Tout le danger est ne pas pouvoir revenir en arrière. C’est pourquoi cette méthode fait l’objet d’un véritable enseignement donné, exemple à l’appui, par les plus experts aux plus jeunes. (8)



ENTRAIDE ET COMPASSION

 

C’est au large des côtes de l’Afrique du Sud que le photographe sous-marin Rainer Schimpf s’est retrouvé face à face avec une jeune orque gravement handicapée. Il lui manque sa nageoire dorsale et sa nageoire pectorale droite. Cela signifie qu’elle ne peut pas nager correctement, ni attraper sa propre nourriture. Mais au lieu d’être laissée à elle-même, cette jeune orque est prise en charge par le reste de la famille. Quand les autres chassent, elle reste à distance pour ne pas les gêner. Mais dès qu’une proie est prise, elle les rejoint pour manger. (9)
Ces dernières années, on a pu voir des baleines à bosse suivre des orques (Orcinus orca) quand elles chassaient le hareng et partager leur repas avec celles-ci.
Ces géants de 18 migrent sur 8 000 km à travers l’Atlantique pour se nourrir pendant quelques semaines, avant de faire leur long voyage de retour vers les Caraïbes. « Nous avons eu plusieurs observations d’orques en train de rassembler le hareng en « boule de viande » à la surface. C’est alors qu’elles commencent à se nourrir que des baleines à bosse arrivent et avalent une partie du butin des orques, lesquelles s’écartent sans protester. (10)


Tilikum, assassiné par la captivité. Ici, peu avant sa mort.


LES DÉGÂTS DE LA CAPTIVITÉ

Sculptées par des millions d’années d’évolution pour vivre dans de vastes espaces marins au sein de sociétés complexes et solidaires, les orques souffrent en captivité qu’elles soient nées libres ou captives. Plusieurs études indépendantes ont mis en lumière les dégâts provoqués par cette attraction commerciale sur la santé physique et mentale des orques. (11)
Les delphinariums prétendent aujourd’hui protéger une espèce qui n’en a guère besoin en la faisant se reproduire à la chaîne, souvent de manière incestueuse, ou à l’aide de prélèvement de spermes et d’ovules prélevés manuellement. Les enfants de plus en plus chétifs nés dans ces conditions meurent pour la plupart avant 30 ans, le plus souvent à l’adolescence, soit au moment où statistiquement, les orques libres ne risquent plus de mourir avant le terme normal, soit 40 ou 50 ans d’âge moyen et 100 ans d’espérance de vie. (12) (13)


RÉFÉRENCES

1.Killer Whales Are Non-Human Persons
2. Orcas of the Salish Sea
3. Southern Resident Killer Whales (SRKW) 
Bigg’s orcas of the Salish Sea
4. Mysteries of Killer Whales uncovered in the Antarctic
5. http://orcalab.org/orcas/orca-communication/
6. http://www.dfo-mpo.gc.ca/fm-gp/mammals-mammiferes/documents/cetacean-research/Ford%201991.pdf

7. Apetalk & Whalespeak : The Quest of Interspecies Communication »
https://www.kirkusreviews.com/book-reviews/ted-crail/apetalk-whalespeak-the-quest-for-interspecies-c/ de Ted Crail. Contemporary Books inc. Chicago Editions.1983
http://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/shows/whales/interviews/griffin.html

8. The Killer Whale’s Killer Weapon — Its Brain
9. Orca Family Cares for Disabled Calf
http://www.nonhumanrightsproject.org/2013/05/23/orca-family-cares-for-disabled-calf/
http://www.takepart.com/article/2013/05/19/killer-whales-take-care-their-own
http://www.dailymail.co.uk/news/article-2326868/Disabled-killer-whale-missing-fins-survives-help-family-hunt-food.html

10. Humpbacks filmed gatecrashing orcas’ fish feast
11. Killer Controversy Why orcas should no longer be kept in captivity
12. Study Shows Captivity Curtails Orca Lifespan
13. The Case Against Marine Mammals in Captivity


Plongée dans la conscience d’une orque