L’orque est un éléphant de mer

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L’orque est un éléphant de mer. Et l’éléphant, une orque de terre.
Tous deux partagent la même intelligence, la même conscience de soi, le même amour de la famille que le grand singe humain, toutes facultés cognitives merveilleusement adaptées à leur environnement. Tous deux ont besoin de grands espaces et vivent au sein de paisibles sociétés matriarcales.
Tous deux aussi sont capturés, vendus comme esclaves, exhibés, revendus, détenus leur vie entière dans des enclos toujours trop petits et ils en meurent avant l’âge, fous de stress et d’ennui.
Leur grande taille leur rende la vie captive plus insoutenable encore.

Le 1er mars 2014, la prestigieuse revue Scientific American consacrait un vigoureux éditorial à ce scandale contemporain…

 


1er Mars 2014

Editorial du « Scientific American»

Free the Elephants and Orcas in Captivity

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Afrique, l’éléphant du Monde Sauvage d’Aywaille

 

Après avoir enfin rejoint le reste des pays civilisés qui limitent sévèrement les tests médicaux sur les Grands Singes, les États-Unis procèdent actuellement au transfert de centaines de chimpanzés de laboratoire vers des sanctuaires de retraite gérés par le gouvernement.
L’une des raisons de ce changement d’attitude est que les animaux ne sont plus aussi essentiels à la recherche biomédicale qu’ils pouvaient l’être auparavant. Les chercheurs ont appris à utiliser des souris génétiquement modifiées ou des cultures cellulaires à la place.
Pour beaucoup de gens, le fait que des tests médicaux inhumains soient menés sur les chimpanzés suffit à justifier l’interdiction de ces pratiques.  Comme nous, en effet, les singes anthropoïdes sont très intelligents, sujets aux émotions et parfaitement conscients d’eux-mêmes et de leurs décisions.

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Expériences sur la respiration


Comme celle des chimpanzés, l’intelligence des orques et des éléphants est indéniable.

Dotés des cerveaux parmi les plus complexes du monde animal, ces trois espèces se  reconnaissent dans les miroirs, indiquant qu’eux aussi disposent d’une conscience de soi.
Tous trois résolvent leurs problèmes en coopérant.
Des équipes d’orques chassent ainsi de front en soulevant une masse d’eau qui fait basculer l’iceberg et tomber dans l’eau le phoque  qui s’y réfugiait.

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Orques de l’Antarctique

 

 Les éléphants sont également des adeptes de l’outillage.
Ils se fabriquent des chasse-mouches et mâchent de l’écorce pour en faire des balles. Ils en recouvrent ensuite les petits trous d’eau potable, ce qui empêche l’évaporation.

Les chimpanzés, les orques et les éléphants sont tout aussi attachés à leurs relations sociales que nous le sommes. Une maman orque reste avec la plupart de ses descendants tout au long de sa vie, guidant parfois jusqu’à quatre générations. Des lignées matrilinéaires connexes, dont chacune a son propre dialecte, se réunissent au sein de «pods», qui s’associent en clans et qui s’assemblent in fine en de vastes collectivités, semblables à des tribus et à des nations.

De même, les mères éléphants liés et leur progéniture forment des clans soudés au sein desquels les fonctions parentales se partagent, afin d’assurer une protection constante des enfants contre les prédateurs. Lorsqu’un membre de leur tribu s’éteint, les éléphants pleurent, il n’y a pas d’autre mot.

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Une éléphante rend hommage à son amie morte

 

À la réserve nationale de Samburu au Kenya, le zoologiste Iain Douglas-Hamilton et son équipe ont observé des éléphants issus de différentes familles qui tous, venaient en aide à une matriarche malade nommée Eleanor.
Une autre cheffe de famille a utilisé ses défenses pour soulever Eleanor et la remettre sur ses pattes quand elle s’est effondrée.

Lorsque l’Ancienne est morte, les éléphants se sont rendus à plusieurs reprises auprès de son corps pour le caresser une dernière fois. Cynthia Moss et d’autres chercheurs ont également signalé que les éléphants recouvraient le corps de leurs défunts avec de la terre, du feuillage et des branches.

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Eleanor soulevée par une amie

 

Un certain nombre d’autres espèces partagent des traits similaires à ceux des humains, parmi lesquelles les gorilles, les orangs-outans, les dauphins ou les marsouins.
Ce qui distingue les orques et les éléphants de ces autres espèces et rend leur captivité si pénible, c’est également ce qui leur vaut d’être si appréciés par les visiteurs des zoos : leur taille immense.

Les éléphants d’Afrique peuvent peser jusqu’à 7 tonnes et voyagent  constamment d’un point d’eau ou d’un site d’alimentation à l’autre, situés à des centaines de kilomètres de distance. Les éléphants captifs passent le plus clair de leur temps debout dans un lieu exigu.

Les orques atteignent une longueur de près de 10 mètres et un poids de 9 tonnes. Les quelques 54 orques actuellement captives dans le monde sont obligées d’échanger l’océan contre une baignoire.  Au Miami Seaquarium, l’orque Lolita vieillit dans un réservoir qui n’est pas même deux fois plus large qu’elle n’est longue.

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Lolita-Tokitae. Depuis 45 ans dans ce trou d’eau.

 

Ces conditions de vie cruelles infligent des dommages physiques et psychologiques graves à des animaux aussi sensibles et intelligents.
Les éléphants du zoo meurent jeunes, souvent après qu’ils soient devenus obèses et stériles. Ils développent des troubles comportementaux, tels que le balancement de la tête ou du corps.
Pour des  raisons éthiques, plusieurs grands zoos aux Etats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et en Inde, ont d’ailleurs renoncé à exhiber des éléphants.

Les orques captives se montrent inhabituellement agressives.
Elles se mordent et se bousculent entre elles ou attaquent leurs dresseurs.
Beaucoup de chercheurs pensent qu’elles se comportent ainsi à cause d’un stress intense et que l’isolement de longue durée rendait les cétacés psychopathes. En février 2010, l’orque Tilikum a tué Dawn Brancheau, chief-trainer à SeaWorld. Il l’a entraîné sous l’eau, l’a secoué violemment, lui a arraché le cuir chevelu et brisé la colonne vertébrale. C’était la deuxième fois qu’il tuait un dresseur.
En mer, les orques sauvages ne tuent jamais d’humain.

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Tilikum près du cadavre de Dawn Brancheau

 

Les orques et les éléphants ne sont certainement pas les seules espèces intelligentes qui méritent notre respect et notre attention.
Mais ils font face à des difficultés uniques en captivité. Même si de nombreux zoos et parcs de marins prétendent sensibiliser leur public aux dangers qui menacent ces espèces à l’état sauvage, la souffrance toute particulière des orques et des éléphants en captivité jette une ombre sur ce noble objectif.

Certains des individus actuellement enfermés pourraient ne pas survivre s’ils étaient libérés.
En revanche, ceux qui peuvent l’être doivent l’être et les programmes d’élevage en bassin doivent être arrêtés.

 

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Planckendael : un stade de foot n’y change rien…

 

 

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Plongée dans la conscience d’une orque

 

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