Loups scandinaves : une espèce fragile


2014

Les grands carnivores d’Europe reprennent du poil de la bête


 Décembre 2011

Nouvel appel pour sauver les loups !


L’Union européenne critique la chasse au loup en Suède

En janvier 2010, une élimination de loups avait été officiellement décidée et organisée en Suède pour enrayer la très grande consanguinité des populations de loups. Nous avions alors écrit l’’article ci-dessous : « Loups scandinaves : une espèce fragile» pour expliquer la situation des loups dans ce pays.

A présent, un an après, le ministère de l’’environnement a autorisé une nouvelle chasse aux loups !
Un quota de 20 loups pouvant être abattus a été fixé par les autorités suédoises. Nous sommes profondément indignés et attristés par cette action injustifiée qui n’’a pas de fondement biologique sérieux et qui ne résoudra certainement pas le problème de la consanguinité, bien au contraire.
De son côté, l’’unité juridique de la Commission européenne examine en ce moment ce qu’elle pourra faire dans le cadre de la Directive Habitats pour interdire à l’avenir ces chasses ne respectant pas le statut du loup comme espèce strictement protégée.

Si la Suède a vraiment la volonté de protéger les loups sur son immense territoire et faire progressivement disparaître la consanguinité existant actuellement, il nous semble que la seule solution serait de procéder à une réintroduction en capturant des individus localisés au nord-est, près de la Finlande pour les relâcher ensuite au sud du pays, procédé analogue à celui qui fut utilisé avec succès par les Américains à Yellowstone, au départ de loups prélevés au Canada.

Nous attendons la réponse du gouvernement suédois à la plainte que nous leur avons adressée.


2010

Loups scandinaves : la survie d’’une espèce fragile

Loups Suède

Le ministère suédois de l’environnement a délivré 4500 permis de chasse aux loups pour la période débutant le 2 janvier 2010 et s’’achevant le 15 février. L’’objectif était d’éliminer 27 loups sur le territoire suédois, sur un total estimé à 127. Ce quota a été atteint après quelques jours seulement.
Les 27 dépouilles ont été autopsiées au National Veterinary Institute (SVA), à Uppsala.

Elles se répartissaient en 15 femelles et 12 mâles, dont l’âge variait de moins d’un an à dix ans et dont le poids était compris entre 24 et 53,5 kg.
Douze loups présentaient des malformations dentaires pouvant résulter de problèmes de consanguinité. D’’autres animaux avaient des fractures osseuses, de l’’arthrose et de l’’arthrite ou des infections rénales.
Les analyses génétiques qui ont été faites dans un autre laboratoire officiel, ont démontré avec certitude que la consanguinité de ces loups était très élevée.

Qu’’est-ce qui a motivé une telle battue mortelle ?
De nombreux spécialistes scandinaves sont très préoccupés car, d’une part, la Scandinavie est un immense territoire propice à un repeuplement de loups, mais d’autre part, deux facteurs assombrissent le potentiel des loups à se maintenir sur un long terme.
Le facteur le plus important concerne la génétique : au cours des vingt-cinq dernières années, les biologistes ont pu établir l’origine de beaucoup d’individus et les résultats ont montré clairement que la population actuelle est issue seulement de trois individus dont deux étaient présents en 1983 et le troisième en 1991.
Le fait que la population actuelle ait été fondée sur une base génétique aussi étroite, a conduit à un degré de consanguinité particulièrement élevé. Ce qui est plus inquiétant, c’est qu’une corrélation négative a été mise en évidence entre le niveau de consanguinité et le nombre de louveteaux survivant à l’hiver. De plus, de nombreuses tares physiques ont été constatées au niveau du squelette et du cœoeur. Des spécialistes estiment qu’’il faut un à deux individus migrants tous les cinq ans pour maintenir une base génétiquement saine.
Le problème de la migration est que la population de loups la plus proche se situe à plus de 1000 km, à l’est de la Finlande et à l’ouest de la Russie.

Le pire scénario pour la population des loups suédois était de ne rien faire ! Continuer à ignorer la nécessité de renforcer la situation génétique constituerait une profonde erreur qui pèserait lourd sur l’avenir des loups.
Pour la première fois, le gouvernement suédois a voulu initier des mesures pour renforcer génétiquement la population des loups. Il est prévu d’’intégrer vingt loups au cours des cinq prochaines années, d’’abord en facilitant, grâce à une protection efficace, la migration naturelle de Finlande/Russie passant dans les aires des troupeaux de rennes élevés par les Sami, pour atteindre les contrées du sud. Cette migration doit donc se faire en parcourant une route très dangereuse à cause des conflits violents entre les éleveurs de rennes et les loups.

Des mesures seront également prises pour déplacer des loups traversant la frontière finlandaise, vers les régions centrales de Suède. Si la migration naturelle s’avère insuffisante, une troisième alternative envisagée est de réintroduire des loups provenant d’’autres régions.
Jusqu’’à présent, des données génétiques ont été relevées sur une dizaine de loups migrants, d’’origine finlandaise, dans le nord de la Scandinavie, mais aucun n’’a atteint le sud.
Le second facteur inquiétant concerne la mortalité. Des données précises obtenues lors du suivi de loups équipés de colliers-radio, ont permis de connaître la ou les causes de la mort de ces loups.

Les données indiquent que la moitié de ceux-ci l’’ont été par braconnage, ce qui reflète le fait que la présence des loups est très controversée dans les zones rurales du sud de la Scandinavie. Après avoir vécu pendant des dizaines d’’années sans eux, les habitants locaux ont commencé à percevoir le loup comme une sorte d’’étranger plutôt qu’’un animal faisant partie de la faune locale.

Les loups ont aussi été accablés par le poids de symboles et un large fossé s’’est creusé entre les communautés rurales avec leurs traditions et les citadins avec des valeurs modernes. Ce qui est particulier dans le cas des loups, c’’est que de nombreuses personnes sont disposées à utiliser des armes ou du poison pour manifester leurs désaccords avec les objectifs de la société et de tuer illégalement des loups. Ce qui est plus dérangeant, c’’est que des habitants locaux, favorables à la présence des loups, sont contraints au silence ou sont parfois menacés par des membres de la police locale.

Ni la consanguinité ni le braconnage n’ont arrêté l’’accroissement plus ou moins constant des populations de loups, bien que plus faible cependant que prévu, au cours des seize dernières années, et les prévisions à court terme de leur viabilité sont relativement optimistes. Mais à long terme, ces deux problèmes ont besoin d’’être traités si l’on veut garantir un avenir durable et sécurisé à ces populations.

Cela montre la complexité de la gestion des loups dans la mesure où les solutions à ces problèmes se situent à des échelles très différentes. Le problème de la génétique ne peut être résolu qu’au niveau international.
Les gouvernements de Norvège, de Suède et de Finlande doivent collaborer pour faciliter le déplacement individuel de loups de la population importante finnoise vers celle du sud de la Scandinavie. C’’est d’’autant plus compliqué que la Finlande a peu à y gagner, mais pour les loups norvégiens et suédois, il s’’agit d’une question de survie.
Il est aussi demandé aux gestionnaires locaux de la faune sauvage dans les zones d’’élevage des rennes, d’’être plus tolérants pour le passage des loups qui ne leur causent que quelques troubles alors que c’’est crucial pour la survie des populations établies plus au sud.

Un message clair doit être émis concernant le respect de la loi et l’’ordre car il est tout simplement inadmissible dans une société moderne d’’utiliser du poison, des armes ou des menaces d’’intimidation comme moyens de protestation !

L’’assurance que le retour des loups se poursuive est un incroyable défi dans la gestion de la faune sauvage dans la mesure où il faut traiter simultanément des problèmes très locaux (braconnage) et des problèmes au niveau international.

Dans notre monde moderne où tout est réglé et une carte géographique criblée de frontières, il est ravigotant de savoir que, quelque part, il y a des animaux qui ne respectent pas ces constructions humaines, des animaux qui perçoivent l’Europe telle qu’elle était : un vaste habitat fertile dans lequel la nature constitue les seules limites. Le défi, pour nous humains, est de modifier notre façon de penser en essayant d’’adapter cette réalité et d’être moins arrogants en voulant imposer nos frontières à celles de la nature.

Nous avons besoin de trouver des voies pour des créatures qui ne sont pas toujours coopératives et qui ne savent rien des plans développés pour elles.
Le nord de l’’Europe pourrait être de nos jours la terre idéale pour une survie des loups et des grands carnivores, ours, lynx et gloutons, du fait de l’’immensité des espaces forestiers libres entre les agglomérations urbaines.
Malheureusement, ils continuent en toute impunité à être chassés et braconnés sans répit.

La Finlande, la Suède et la Norvège totalisent 1 113000 km² (Belgique : 31000 km²) et le nombre total des habitants de ces trois états s’élève à 19,1 millions.


 

Sources :
Courrier avec le Ministre de l’’environnement de Suède, Andreas Reinfeldt (février 2010)
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National Veterinary Institute-Pathology and Wildlife Diseases
“The origins of the southern Scandinavian wolf Canis lupus population: potential for natural immigration in relation to dispersal distances, geography and Baltic ice”, de J. Linnell, H. Bröseth, J.Solberg and M. Brainerd (2005).

 

Cultures loups