Marineland d’Antibes : courrier à Nice-Matin

antibes-marinelan-orques

Les orques d’Antibes

Marineland d’Antibes :
Courrier adressé au journal Nice Matin

Bonjour

Permettez-moi d’émettre quelques commentaires à propos d’’un article de votre journal daté du 30/8/05, publié sous le titre de « Marineland Antibes : ce qui se cache derrière le show « , et signé par votre journaliste Sophie Rambure.
Celle-ci s’’y livre en effet à un éloge appuyé du Marineland d’Antibes et vante avec un enthousiasme non-feint les soins jaloux que les dresseurs de cette entreprise commerciale voueraient à leurs cétacés détenus de force.

On peut lire par exemple dans ce panégyrique qu’une quarantaine de «soigneurs» se tiendraient en permanence sur le pont pour veiller au moral de leurs «résidents ». Quel beau mot déjà pour ne pas dire «capturés et captifs ou nés dans une geôle sous contrôle humain» ! Notons au passage que, comme au Delphinarium de Bruges, il n’’y a pas à Antibes de « vétérinaires résidents », vu que ceux-ci se trouvent en Angleterre.
Et au chômage sans doute, puisque le Royaume Uni a fermé tous ses delphinariums depuis les années 90.
Ces dresseurs donc – appelons-les par leur nom – ne feraient pas « qu’accompagner » les mammifères marins lors des shows.
Non, ils font mieux encore : « Nous effectuons énormément de contrôles dans un souci préventif. Nos animaux sont mieux suivis que Chirac ! ».
Plus loin dans l’article, vous évoquez le sort de certains vieux « résidents », puisque apparemment, il en existe !
Là, votre journaliste se livre à un exercice littéraire proche du surréalisme :

«Normalement dans la nature, il n’y a pas de problème de gériatrie. Ceux qui sont trop faibles meurent. Mais ici dès qu’un animal perd ses dents (dauphins) ou devient aveugle (otaries), on sait qu’il vieillit. On s’attache alors à lui augmenter son apport en vitamines. On varie la nourriture pour qu’il ait plus de peps et qu’il conserve son poids », précise Jon Kershaw.
L’équipe des soigneurs veille à son bien-être pour prolonger sa vie au maximum. Les animaux sont tout simplement laissés dans les bassins. On les associe à des plus jeunes pour qu’ils ne se laissent pas aller. C’est un peu comme quand on amène des enfants dans les maisons de retraite. »
Les orques, dauphins et otaries qui participent aux spectacles bénéficient-ils d’une retraite justement ?
«Non surtout pas, il ne faut pas les priver de leur gymnastique intellectuelle quotidienne. Une exclusion et une mise à l’écart seraient terribles. Ils restent dans les spectacles, mais on leur demande des choses à leur niveau. »

Oh que c’’est touchant ! Nous avons tous les larmes aux yeux devant tant de dévouement et de soins jaloux mais tout de même, Madame Sophie Rambure, tout de même… Restons sérieux !

* Savez-vous que la plupart des orques et dauphins captifs au Marineland meurent bien avant l’âge légal ?

* Savez-vous qu’en Colombie Britannique, nagent encore en liberté des arrière-grand mères orques de plus de 90 ans ?
Je vous conseille à ce propos la lecture du remarquable ouvrage d’Eric Hoyt : «The Whale called Killer» qu’aucun « diteur ne s’est risqué à traduire en français.

Vous comprendrez alors que votre image préconçue d’’une Nature sauvage et sans pitié pour les plus faibles est totalement erronée. Les cétacés sont des gens solidaires, au contraire des humains, et ils accompagnent leurs petits vieux jusqu’à leur dernier souffle. Mieux même, ils rendent hommage à leurs morts, comme font d’ailleurs les éléphants et les dauphins.

* Savez-vous que des dauphins libres de 60 ans sont régulièrement observés au  large de Sarasota, dans le Golfe du Mexique ? Et que la US Navy fait usage aujourd’hui de plus de 60 dauphins militaires, âgés pour la plupart de 30 à 40 ans ?

– Savez-vous enfin, de manière plus générale, que les animaux des zoos (singes, éléphants, ours, lions, et même dauphins de rivière à Duisburg) vivent en principe nettement plus longtemps que leurs congénères en liberté ? Il n’en est pas de même pour les cétacés captifs, malgré tous les soins médicaux dont ils feraient l’objet.

Comment expliquer en effet le décès prématuré de la petite delphine Ona à l’âge de 5 ans, dont on attend toujours la nécropsie ?
Comment justifier la mort de Tanouk, l’orque ?
Ou celle enfin du dauphin Tex capturé à Gulfport aux USA dans les années 80 et qui fut longtemps l’étalon principal au Delphinarium de Bruges ?
Tex est mort à Antibes au mois de juillet 2005 à l’âge de 31 ans sans tambour ni trompettes. Certains disent qu’’il s’’est suicidé. Qui en parle à Antibes ? Qu’’en dit M. Kershaw ? Ce dauphin était jusqu’alors vigoureux et en bonne santé. Que s’est-il vraiment passé ?
Tout le monde ne se pose pas la question : le delphinarium de Bruges vient ainsi d’effacer froidement la page qui mentionnait ce dauphin fondateur et montrait sa photo. Un peu comme du temps de Staline, où les images de Trotski disparaissaient des photos officielles…

En conclusion, je voudrais simplement vous rappeler que les delphinariums ne sont pas seulement des lieux de souffrance et d’ennui. Ce sont aussi des puissances financières énormes qui peuvent, quand elles le veulent, faire taire les journalistes d’investigation, comme put le faire naguère l’industrie du tabac.  Vous venez ici d’en donner une nouvelle et sinistre preuve, si cela était encore nécessaire.

Yvon Godefroid
Dauphins Libres
Bruxelles


Le texte de l’article, reçu via Réseau Cétacés

Marineland Antibes :
ce qui se cache derrière le show

Le parc de la mer est une cité à lui tout seul. L’énorme organisation et sa machinerie fonctionnent 24 heures sur 24 Avec 1, 4 million de visiteurs par an, le parc de la mer est épié de toutes parts par les yeux aiguisés des vacanciers. Mais Marineland cache aussi des coulisses insolites derrière des portes interdites d’accès. Des moments surprenants et une activité bien réglée pour que l’intérêt de ce monde vivant soit pris en compte 24 heures/24 et 7 jours/7 par 700 employés en été et 270 en hiver.

Les soins vétérinaires
Une quarantaine de soigneurs sont sur le pont pour veiller en premier lieu au moral des résidents. Ils ne font pas qu’accompagner les mammifères marins pendant les shows.
A leur tête Jon Kershaw. :
«Nous effectuons énormément de contrôles dans un souci préventif. Nos animaux sont mieux suivis que Chirac !»

Un bilan sanguin mensuel est effectué. Les tubes sont déposés à l’hôpital de la Fontonne pour analyses. Après un coup d’Ïil de Jon, les résultats sont ensuite transférés vers les vétérinaires attitrés installés en Angleterre. De vrais spécialistes qui sillonnent tous les parcs européens. La photo haute définition d’une plaie, d’un bouton peut aussi leur être envoyée. En cas de pépin, ils débarquent. « Les soigneurs sentent quand un mammifère ne va pas bien, mais neuf fois sur dix, c’est à cause d’un problème social.»
Tout est dans l’ordinateur. On s’occupe aussi des dents comme pour les orques. Le cétacé vient tranquillement ouvrir la bouche devant le soigneur qui lui arrange une dent avec une fraise. Il est encore plus zen que nous pendant une détestable visite chez le dentiste !

Les repas à heures variables
«Il n’y a surtout pas d’heures de repas fixes pour ne pas tomber dans la monotonie.» (Ndrlr : les repas sont réglés sur les shows. Sans poisson, le cétacé ne « performe » pas ! )
Vingt-deux tonnes de poissons de qualité sont nécessaires tous les deux mois. Les aliments sont congelés et arrivent par semi-remorque depuis la Bretagne. Pour le petit déj’, les pensionnaires ont un bonus vitaminé spécialement conçu pour eux : des algues, des minéraux.

Moments de spectacle et hors spectacle
«On ne peut pas les laisser inactifs. » Hors moments de spectacle, les mammifères s’amusent, font des jeux avec les soigneurs,
apprennent, laissent aller « leur curiosité naturelle ». Les  récompenses «ne sont pas seulement du poisson mais aussi des jouets, des gratouilles, des jets d’eau sur la langue»
« Au bout de quelques mois, ils sont capables de présenter des choses pour les spectacles. » La connexion se fait par gestes. Le sifflet n’est là que pour dire : « Ok, tu as fait ce que je voulais ». Ils sont aussi laissés libres pour se gérer et régler « leurs problèmes ».

La qualité de l’eau des bassins
L’eau est gérée par la CGE (Compagnie générale des eaux). Par jour, le volume d’eau brassée est équivalent au besoin de la ville de Nice
(21 000 tonnes). Des kilomètres de tuyaux parcourent le parc.
L’eau est pompée en mer à 40 mètres de fond et est acheminée directement par tuyaux. Puis, un système complet de filtration et
stérilisation s’engage.
La surveillance est assurée 24 heures/24. Au poste de contrôle grâce à des graphiques et des indicateurs de niveaux gérés sur ordinateur, rien ne passe à la trappe. Les filtres sont en mousse, en sable. On chasse les bactéries.
En cas de problème, un système d’alerte par téléphone portable fonctionne la nuit. L’urgence est le maître mot, car « la vie des animaux en dépend ». Des manipulations peuvent même être faites depuis un téléphone.

Une eau de qualité, en effet !

 

Et la nuit ?
La nuit, lorsque les derniers spectateurs sont partis, des rondes sont effectuées jusqu’à 6 h 30 par des employés. Au moindre doute sur un animal, ils appellent Jon. C’est souvent pour rien, mais aucun risque ne doit être pris. « Les naissances arrivent souvent la nuit ». Les cétacés se reposent aussi et s’accouplent.

Un service gériatrie
Les animaux restent ici jusqu’au bout bien sûr. « Nous avons des dauphins sans dent, des otaries qui sont presque aveugles, dans la nature, ils seraient déjà morts. » Ils sont mélangés avec des jeunes.
Les « vieux » ne sont pas mis au rebut.
Le poids des années pèse aussi sur les animaux. Que leur arrive-t-il pour leurs vieux jours ?
«Normalement dans la nature, il n’y a pas de problème de gériatrie. Ceux qui sont trop faibles meurent. Mais ici dès qu’un animal perd ses dents (dauphins) ou devient aveugle (otaries), on sait qu’il vieillit. On s’attache alors à lui augmenter son apport en vitamines. On varie la nourriture pour qu’il ait plus de peps et qu’il conserve son poids », précise Jon Kershaw. L’équipe des soigneurs veille à son bien-être pour prolonger sa vie au maximum.
« Les animaux sont tout simplement laissés dans les bassins. On les
associe à des plus jeunes pour qu’ils ne se laissent pas aller. C’est un peu comme quand on amène des enfants dans les maisons de retraite. »

Orques, dauphins et otaries qui participent aux spectacles bénéficient-ils d’une retraite justement ?
«Non surtout pas, il ne faut pas les priver de leur gymnastique intellectuelle quotidienne. Une exclusion et une mise à l’écart seraient terribles. Ils restent dans les spectacles, mais on leur demande des choses à leur niveau. »

Faire une prise de sang à une orque de 3, 5 tonnes, ça peut paraître impressionnant. Mais l’opération est réussie sans souci, l’animal se prêtant au jeu. On pique dans sa queue.
Greg et Daniel au poste de contrôle de l’eau géré par la CGE.
Une fuite, une rupture de canalisation et c’est le gros coup de stress. La vie des animaux peut être en danger.

Hors temps de spectacle, la relation soigneur-mammifère marin continue. Une complicité particulière.

Rambure Sophie

 

Retour sommaire

Les orques du Marineland d’Antibes

Captivité en France