Marineland d’Antibes : Valentin n’est pas mort d’une torsion de l’intestin

Valentin-Orca-JPEG

La mort de Val semble avoir davantage choqué les activistes anglophones que le public français.

Valentin n’est pas mort d’une torsion de l’intestin

« Selon la direction de Marineland, le premier examen visuel pratiqué lors de l’autopsie de l’orque Valentin, décédé il y a quelques jours, révélerait une « torsion de l’intestin ». Selon Jon Kershaw, directeur animalier de Marineland, il faudra encore trois semaines avant d’avoir les résultats complets et les analyses toxicologiques. « Cette torsion de l’intestin, un phénomène connu chez les chiens et les chevaux, pourrait être la cause de la mort. »
Nice-Matin

C’est donc avec un cynisme froid que le soigneur en chef du Marineland d’Antibes nous assène un diagnostic invérifiable et pour cette fois, ultra-rapide. 
La mère meurt d’une « crise cardiaque » (on vient de l’apprendre !), son fils d’une « torsion de l’intestin » tirée d’une panoplie bien rôdée de maladies de delphinariums.
Surtout ne jamais admettre que les orques sont des êtres pensants et sensibles qui meurent d’abord de désespoir, au terme d’une chute de leurs défenses immunitaires ou par suicide pur et simple.

On peut fouiller la littérature des delphinariums depuis les années 60 : aucun décès n’est lié à des causes psychologiques.
Aucun. C’est comme si les orques ou les dauphins étaient privés de cerveau  alors qu’ils en possèdent le plus puissant du monde, avec celui de l’homme. Mais les orques n’ont pas de mental, selon l’Industrie :  autant il faut vendre l’idée qu’il s’agit des créatures exceptionnelles, autant il est interdit de leur accorder trop de sentiments, si ce n’est qu’elles aiment « jouer » avec leur dresseur. De bons chiens pas toujours dociles qui meurent parfois de « torsions de l’intestin » ou de « leucémies dues à l’âge » très inventives (M. Hartmann est très fort à ce jeu-là) mais qui, jamais, jamais, ne pourraient souffrir de traumatismes aussi complexes que le deuil ou le désespoir. Ou que celui de la captivité, bien sûr !

 

lastiris.jpg

Iris mourut à Duisburg d’une étrange « leucémie due à l’âge » inconnue des services vétérinaires.

Ce qui est troublant, par contre,  c’est que ce diagnostic de « torsion de l’intestin et ou de l’estomac » – même la bonne presse s’y trompe ! –  a été utilisé de la même manière pour expliquer la mort de Sumar en 2010 à SeaWorld :
« On September 7, 2010, Sumar was given antibiotics after appearing ill. Unfortunately, he passed away later that day from gastric tortion. This type of illness happens in many different species, from large breed dogs to horses »
(Orca Pod Wiki) 

« Almost two months after killer whale Sumar died suddenly at Sea World, the whale’s cause of death was released. In an e-mail statement on Monday, Sea World announced that Sumar died of intestinal volvulus or a twisted intestinal tract, which Sea World said is in « no way related to the fact that he lived in a zoological environment. » The e-mail said Sumar was « healthy and thriving » prior to his death on Sept. 7. « Sometimes we know there’s a cause. It’s caused by parasites [or] it’s caused by an infection process or something in the diet ».

Comme pour Valentin, c’est avec le même enthousiasme que les journalistes du Nice matin local parrainé par SeaWorld ont repris les propos de la maison-mère en affirmant que non, cette mort n’avait absolument rien à voir avec la captivité. Et qu’ils l’ont illustré en tordant un tuyau d’arrosage !
Comme pour Valentin, mieux valait ne pas s’appesantir davantage, en effet, sur l’état psychologique du malheureux Sumar, qui fut séparé très tôt d’une mère captive devenue folle qui voulait le tuer…
Mais enfin, tout de même, sachant que le « volvulus intestinal » est la torsion d’une anse intestinale aboutissant à une interruption de la vascularisation,  qui entraîne l’apparition d’une occlusion ou une sub-occlusion et un risque de nécrose de n’importe quelle partie du tube digestif, s’agissait-il, dans le cas de Valentin, d’un volvulus de l’ angle colique gauche, du caecum, du côlon, de l’intestin grêle ou du sigmoïde ? Et sans aucun symptôme préliminaire ?
Bizarre !


Mais nerveux ? Inquiets ? Troublés ? Emus ? Oh non, pas les orques du Marineland !
Pourtant, c’est le bien le désespoir qui a tué Valentin, comme il a tué tant d’autres orques avant lui et comme il en tuera d’autres encore, si ce n’est déjà fait.
Après la tempête, Valentin se tapait la tête contre les murs et supportait très mal le décès de sa mère et le confinement avec les autres orques dans une sorte de sorte de cachot d’eau puante.
Il a fini par craquer.
Le soir même de la mort de Freya, les shows avaient repris. Aucun deuil, aucun temps de silence n’ont été accordé aux orphelins de la matriarche.
Les liens qui unissent les orques mâles et leur mère, en liberté comme en prison, sont d’une extrême intensité. Ils ne se quittent pas de toute leur vie.
En bassin, c’est souvent la mère qui protège son fils dans l’enfer de cette société promiscuitaire et violente que les humains ont créé pour eux.

Depuis son ouverture en 1970, le Marineland a perdu 8 orques adultes.

Clovis capturé à Penn Cove le 8 août 1970, en même temps que Lolita-Tokitae, décéda en 1973 à l’âge de 4 ans. Le Marineland d’Antibes venait de tuer un enfant..

Calypso, capturée en 1969 aux USA, décéda en décembre 1970 au Marineland d’Antibes. Son décès fut sans doute causé par le traumatisme de la post-capture.

Kim, capturé en Islande en 1976 , mourut à Antibes d’un « abcès aux poumons » le 24 juillet 1982 à l’âge de 14 ans.

Betty, capturée en Islande en octobre 1978, s’éteignit à Antibes le 8 septembre 1987 à l’âge de 13 ans, d’une « pneumonie fulgurante ».

Kim2 capturé en Islande en 1982 fut emporté par une « septicémie et une pneumonie fulgurante » le 23 novembre 2005, à l’age de 27 ans.  Le transfert de sa fille Shouka vers les Etats-Unis, où elle vecut 10 ans seule, le déprima tellement qu’il prit du poids, devint apathique et finit par se laisser mourir. Il aimait beaucoup chacun de ses 3 enfants et ne se remit jamais du départ de l’aînée.

Sharkan, capturée en octobre 1989 à l’âge de 4 ans en Islande, s’éteignit le 3 janvier 2009 d’une « septicémie (Bacille Pyocyanique) ». Elle n’avait que 23 ans. Le départ de sa fille l’avait également beaucoup affectée. Dépressive, elle a fini par laisser tomber ses défenses immunitaires.

Tanouk, capturé avec sa soeur Sharkan en octobre 1989 (Islande), arriva à Antibes le 12 janvier 1990. Mais comme il ne cessait de se battre avec Kim2 dans des bassins encore plus minuscule qu’aujourd’hui, le Marineland le revendit en 1995 à l’Izu-Mito Sea Paradise, Japon. Rebaptisé Yamato, il y vécut un moment avec Asuka, une orque femelle attrapée à Taiji puis mourut le 24 octobre 2000, à l’âge de 14 ans. Le diagnostic japonais n’est pas connu, mais  on peut imaginer l’état d’esprit de ce malheureux, passé d’Islande en France et de France au Japon.

Freya fut capturée en Islande en octobre 1982. Après 4 fausses-couches et une vie de maladies interminables, Freya est morte le 20 juin 2015, d’une simple « crise cardiaque » selon le communiqué officiel du parc.

 

freya

Freya et le point blanc sur son flanc, trace des rayons X à fortes doses.


8 orques adultes depuis 1970, toutes mortes avant 35 ans de maladies parfois fantaisistes mais qui, pour la plupart, ne sont que le symptôme final d’une lente dégradation psychique et mentale dans un environnement profondément inadéquat.
La captivité tue.

 

valentin-dolphin-project

R.I.P, pauvre Valentin !

Le 14 octobre 2015, Nice-Matin écrivait : « Selon la direction de Marineland, le premier examen visuel pratiqué lors de l’autopsie de l’orque Valentin, décédé il y a quelques jours, révélerait une « torsion de l’intestin ». Selon Jon Kershaw, directeur animalier de Marineland, il faudra encore trois semaines avant d’avoir les résultats complets et les analyses toxicologiques. « Cette torsion de l’intestin, un phénomène connu chez les chiens et les chevaux, pourrait être la cause de la mort. »

Cette torsion de l’intestin n’était donc qu’une hypothèse, à confirmer dans les 3 semaines à venir. Or nous sommes déjà le 28 janvier 2016.
Où se trouve le corps de Valentin ?
Toujours dans les frigos de l’usine d’équarrissage SARVAL AZUR à Carnoules ou déjà transformé en farine pour poissons d’élevage ?

carnoules


Il serait vraiment utile d’EXIGER du Marineland le rapport de nécropsie établissant de manière indéniable que Valentin est bien mort d’une torsion de l’intestin
.
La seule allusion à cette cause de mortalité a été émise deux jours après le décès et sans qu’une autopsie sérieuse n’ait encore été pratiquée. Un examen plus approfondi a bien été annoncé, dont plus personne n’a entendu parler. Le décès de Valentin reste toujours une énigme à résoudre, car aucune description des circonstances de sa mort n’a non plus été donnée, ni l’heure précise à laquelle elle est survenue. Que Jon Kershaw mente, c’est normal. C’est son métier.
Mais qu’on le dénonce en train de mentir, ça, c’est NOTRE METIER !

Lire aussi :
Valentin est mort 4 mois après sa maman