Menaces sur les bélugas de Cook Inlet

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Menaces sur les bélugas

Les derniers groupes de bélugas récemment observés sont de taille réduite, composés de 500 individus ou moins et sont de ce fait très vulnérables à la chasse ou à la détérioration biochimique de leur habitat.

Ils se trouvent pour la plupart dans les eaux canadiennes, du côté de Southeast Baffin, Ungava Bay, St. Lawrence River et Cook Inlet.
Les populations de l’East Hudson Bay et de la James Bay sont également menacées par l’exploitation dont ils font l’objet. Les derniers bélougas d’Ungava sont en voie d’extinction mais continuent à être chassés.

Diverses observations menées en 1990 et 1991 indiquent que les derniers groupes vivant entre le Canada et le Groenland ont diminué de plus de 30 % en moins d’une décennie.

 


Les bélugas de Cook Inlet

7 juillet 2011

L’habitat des bélugas de Cook Inlet (Alaska) est en danger critique.
Cette population «en voie de disparition » depuis 2008, estimée à 320 individus, n’augmente pas depuis l’arrêt de la chasse. Quels sont les facteurs limitant sa reproduction ?

Robert Michaud du GREMM, un spécialiste des bélugas, nous livre ses commentaires.
En attendant le plan de rétablissement, cette désignation freine déjà les projets de développement à Anchorage, capitale de l’Alaska.

La désignation de deux secteurs de Cook Inlet, représentant 7.809 kilomètres carrés, a été annoncée le 11 mai 2011 par le National Marine Fisheries Service (NOAA). Dans cet estuaire, une micro- population d’environ 320 bélugas vit essentiellement dans la partie amont, tout près d’Anchorage.
Génétiquement isolée des autres populations de l’Arctique, elle a été placée en octobre 2008 sous le statut «en voie de disparition» en vertu du Endangered Species Act.

Cet habitat est considéré comme essentiel pour ces bélugas qui s’y nourrissent, s’y reproduisent, socialisent et élèvent leurs jeunes. Le plan de rétablissement est en cours de rédaction, mais cette désignation limite d’ores et déjà les possibilités de développement dans les secteurs visés.

Depuis l’arrêt de la chasse il y a une dizaine d’années, la population de Cook Inlet ne se remet pas.
Les scientifiques se posent des questions sur les facteurs limitant cette augmentation. S’agit-il de la pollution, du dérangement occasionné par les activités humaines, de facteurs cumulés ?

Les activités et la pollution d’une capitale

Anchorage, la capitale de l‘Alaska, est habitée par 360 000 personnes dans son agglomération et où de nombreuses activités humaines ont un impact sur le mode de vie des bélugas: le port et le trafic maritime importants, une vingtaine de plateformes pétrolières et des projets concernant l’extension du port et la construction d’un pont.

Une étude publiée en mai 2011 par le National Institute of Standards and Technology (NIST) a révélé le taux d’une douzaine de polluants organiques persistants, des PFC ou perfluorocarbures, dans le foie des bélugas de l’Arctique, à Cook Inlet et dans la mer de Chuckchi.

Les prélèvements ont été effectués sur 68 individus entre 1989 et 2006.
La quasi-totalité de ces PFC était présente en plus grande concentration chez les bélugas de Cook Inlet, étant donnée leur proximité d’une région urbaine et industrialisée. Ces polluants, stables et d’une longue durée de vie dans l’environnement, sont connus pour être toxiques pour le foie, les organes reproducteurs et le système immunitaire des mammifères de laboratoire. Ils sont utilisés dans la fabrication d’une très large gamme d’objets de la vie courante.
Le sort des bélugas de Cook Inlet et du Saint-Laurent mis en parallèle

Baleines en direct a demandé à Robert Michaud, président fondateur et directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM) à Tadoussac, de commenter cette désignation et de comparer la situation des bélugas de Cook Inlet avec ceux du Saint-Laurent au Canada.
Robert Michaud étudie la population du Saint-Laurent depuis 25 ans et fait partie du comité du plan de rétablissement du béluga du Saint-Laurent ainsi que du Cook Inlet Recovery Team (CIRT).

«Dans ce secteur, on met une série de freins supplémentaires au développement, qui sont aussi des freins réels au développement économique, explique Robert Michaud. « Le conflit de l’espace est dix fois plus important à Cook Inlet que dans le Saint-Laurent, et Anchorage est une capitale. Quant à la pollution, les bélugas du Saint-Laurent sont encore plus contaminés.

Le sort de la population de Cook Inlet est plus critique du point de vue du nombre, les bélugas du Saint-Laurent sont estimés à 1 000 individus. Quand une population est réduite, est-ce qu’un processus naturel fait en sorte qu’elle n’arrive pas à se reproduire, comme si elle avait besoin d’un tissu social plus important pour se reproduire de manière plus fluide? On a les mêmes incertitudes qu’à Cook Inlet. La Loi aux Etats-Unis est plus contraignante que celle au Canada, et les budgets alloués aux scientifiques pour étudier cette population sont faramineux. »