Message d’un européen à ses amis japonais à propos de Taiji

Extrait des 10 Tableaux du Dressage de la Vache , une parabole du bouddhisme zen révélatrice du respect que les Japonais portent aux non-humains.

« Quand elle a faim, elle broute, quand elle a soif, elle boit à longs traits et le temps s’écoule lentement ». Extrait des 10 Tableaux du Dressage de la Vache

2005

Message d’un européen à ses amis japonais
à propos des chasses aux dauphins à Taiji

Comme l’Angleterre, le Japon est une île, habitée par un peuple fier, autonome, qui n’aime guère recevoir de leçons de ses voisins occidentaux.

A raison, car sa culture est d’une richesse inouïe : la littérature, la philosophie, la peinture, la calligraphie, la musique, la cuisine, le design, les bandes dessinées et la haute technologie japonaises forcent l’admiration et fascinent nombre d’Européens au point que certains d’entre eux mangent, méditent, arrangent leurs fleurs ou décorent leur maison selon les traditions nippones.
Par ailleurs, les citoyens japonais qui visitent l’Europe ou ceux qui y résident pour leur travail sont eux aussi extrêmement appréciés pour leur politesse exquise et leur parfaite éducation.
A tous niveaux, donc, l’image du Japon est positive et même flatteuse en Europe et c’est une chose que les citoyens japonais doivent savoir.

En revanche, le fait de tuer une espèce animale aussi fragile, ancienne et menacée que le sont les cétacés, le fait d’en capturer ou d’en égorger près de 20.000 chaque année de manière extraordinairement cruelle  pour alimenter les delphinariums ou les étals des bouchers, le fait de persister à tuer des cachalots ou des baleines
en voie de disparition sous le fallacieux prétexte de chasses scientifiques, est un comportement qui nous choque et nous paraît contradictoire avec la sophistication subtile de la pensée de ce pays.

Le fait est d’autant plus dommage que peu de Japonais mangent de la viande de baleine.
Il s’agit là d’une industrie marginale, qui ne concerne qu’un petit nombre de personnes, mais qui fait un mal énorme à l’image du pays et pourrait même mener à terme à un boycott général de ses produits – téléphone portable, voiture, denrées alimentaires – et à une attitude hostile à l’égard des touristes japonais.

Il est paradoxal de noter que les Japonais comptent dans leurs rangs les meilleurs éthologistes au monde et les plus fins connaisseurs des cultures animales, notamment celles des grands singes bonobos mais aussi des dauphins et que dans le même temps, ils se refusent à admettre que les cétacés ne sont pas des poissons mais bien une espèce de mammifères marins tout à fait particulière, dotée de cerveaux énormes et de capacités cognitives et sociales similaires à celles de l’être humain et qu’à ce titre, ils devraient être respectés, protégés et étudiés de manière non-intrusive.

A défaut de pouvoir les en convaincre, permettons-nous au moins de rappeler à nos amis japonais les quelques faits suivants :

* Le Japon est une île et il dépend de la mer.
La mer, de son côté, dépend des cétacés, qui sont au sommet de la chaîne alimentaire marine et en
constituent les meilleurs indicateurs de santé. Sans baleine, sans dauphins, de graves dysfonctionnements risquent de se produire au niveau des équilibres écologiques marins.

* Du fait de l’extrême pollution des eaux côtières, la chair des dauphins est chargée d’éléments toxiques. Sa consommation est donc néfaste à la santé humaine.

* La pêche au dauphin à l’usage des delphinariums ou de la boucherie, est certes rentable mais le whale-watching l’est plus encore. En tant qu’île et au même titre que la Nouvelle Zélande qui exploite ce créneau commercial depuis longtemps, le Japon dispose en effet d’un potentiel touristique énorme au niveau de l’écotourisme marin, du fait du grand nombre de cétacés qui vivent dans ses eaux. Les citoyens japonais eux-mêmes apprécient beaucoup de voir vivre les cétacés libres en pleine mer et sont nombreux à visiter les dauphins tachetés libres aux Bahamas ou d’autres hauts lieux du whale-watching.

* Même si tous les Japonais ne sont pas bouddhistes, pas plus que les occidentaux ne sont tous chrétiens, cette philosophie imprègne pourtant en profondeur la culture japonaise. Or, nous savons que la mise à mort des animaux est contraire aux principes les plus fondamentaux du bouddhisme. N’est-il pas dit en effet dans les textes sacrés que : « Tous les êtres vivants tremblent devant le danger, tous craignent la mort. Lorsqu’un homme considère cela, il ne tue pas et ne cause pas la mort, même de manière indirecte ».  (Dhammapada, 129-130.)

Ou encore : « Quelles sont les personnes qui tourmentent les autres et persistent dans la pratique de torturer les autres ? Ici une personne exerce le métier de boucher des moutons, une autre celui de boucher des porcs, une autre chasse les oiseaux, une autre piège les bêtes sauvages , une autre est chasseur, pêcheur, voleur, bourreau, garde-chiourme, une autre encore exerce un métier sanglant du même genre.
Voilà le genre de personnes qui tourmentent les autres et persistent dans la pratique de torturer les autres. »
(Majjhima Nikaya 51)

L’éthique du Shintoïsme, religion des « kamis » restée très proche de la nature, s’accorde également mal avec ce type de massacre.
En conclusion, nous demandons donc aux autorités japonaises de prendre en compte les analyses et les revendications des groupes de citoyens japonais, telle
l’association IKAN, qui se préoccupent de la santé des océans et de la sauvegarde
de la faune sauvage.
Ces associations courageuses doivent être davantage entendues et consultées, dans l’intérêt même du
Japon, qui est et restera un pays que nous aimons et respectons profondément … juste à un détail près : ces massacres insensés de dauphins et de baleines qui doivent cesser au plus vite.

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Bouddha de Kamakura

« Tous les êtres vivants tremblent devant le danger, tous craignent la mort. Lorsqu’un homme considère cela, il ne tue pas et ne cause pas la mort, même de manière indirecte ». (Dhammapada, 129-130.)

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Temple shinto dans la forêt à Kasuga

Pour en savoir plus

Bouddhisme et protection animale

Les réflexions de Jim Nollman sur la question japonaise


Un message de l’associaton japonaise IKAN

On trouvera ci-dessous un e-mail récemment reçu de l’association IKAN.
Celle-ci insiste à raison sur le fait que plus que jamais, les associations locales japonaises, qui se battent depuis 1976 contre ces horreurs, devraient être placées en première ligne et non pas considérées comme des forces d’appoint.
L’erreur américaine actuelle est de négliger la spécificité japonaise.
Nous pensons nous aussi que le groupe IKAN devrait être systématiquement associé à toute action sur place et son avis sollicité en permanence, car seuls les Japonais savent vraiment ce que les Japonais pensent. Et ce sont de toutes façons les Japonais qui mettront fin à ces massacres, quoiqu’il arrive.
(Note 2015 : c’est chose faite depuis que Ric O’Barry travaille en étroite collaboration avec Sakae Hemmi, responsable de Elsa Nature Conservancy et d’autres groupes japonais)

Message de l’association IKAN

« Cher Yvon

Un grand merci pour votre aimable appui. Et pour votre ouverture et votre respect à l’égard de l’opinion des gens des autres pays.
Je ne suis pas la seule au Japon à vouloir mettre fin à ces chasses aux dauphins. De nombreuses autres Japonais partagent mon avis mais en même temps, ils détestent toute action agressive, même menée de manière non-violente.

Du fait de la contre-campagne orchestrée par les partisans de la chasse aux cétacés, de nombreuses personnes sont convaincues que ce sont les Occidentaux, totalement ignorants de notre situation réelle, qui menacent aujourd’hui l’avenir des pêcheries au Japon.

Certains croient même que les pêcheurs sont en train de se battre pour défendre non seulement leurs moyens d’existence mais aussi la culture japonaise elle-même.
Je suis bien sûr en désaccord avec cette opinion mais je me rends que lorsque je travaille avec les Américains, ceux-ci négligent cet aspect des choses et ne tiennent aucun compte de notre avis ni de notre expertise.

Ils arrivent ici et séjournent un bref moment, juste pour prendre quelques images à sensation, mais ils ne soucient guère de la situation globale ou des activités que nous menons, nous autres activistes japonais, pour mettre fin à cette situation.

En fait, on peut même dire que l’action de Blue Voice a interrompu notre propre travail à Taiji en 2001. En outre, depuis que les USA ont attaqué l’Irak, nombre de nos concitoyens sont irrités par toute forme d’intrusion américaine dans la vie japonaise.

Je travaille pour ma part avec beaucoup d’associations locales afin de mettre en œuvre une nouvelle loi sur la conservation de la vie sauvage et je constate que de nombreux japonais sont parfaitement conscients de la situation terrible que subissent aujourd’hui les mammifères marins.

J’ai bien peur que la présence des Américains à Taiji pourrait amener ces même personnes à se retirer de ce combat en faveur des dauphins.
Il me faudrait aussi sans doute travailler plus dur encore pour dire aux gens hors du Japon ce qui se passe réellement ici. Je suis désolée cet égard de ne pas pouvoir traduire davantage d’articles japonais en anglais. J’essayerai de la faire bientôt.

Nanami
IRUKA & KUJIRA (Dolphin & Whale) ACTION NETWORK
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