Mon film Blackfish a plongé Seaworld dans la crise

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Mon film Blackfish a plongé Seaworld dans la crise,
mais ce ne sont pas seulement les orques que nous devons protéger

 

Gabriela Cowperthwaite :
Quand j’ai commencé à travailler sur Blackfish, je n’aurais pas pu imaginer l’effet qu’il aurait sur SeaWorld. Soyons honnêtes. Peu de gens vont voir les documentaires. Et moins encore veulent voir un film qui démolit une icône culturelle bien-aimée. Mais il semble que le film ait en effet changé la vision que nous avons de ce parc.

Au cours des deux dernières années, les nombre de visiteurs de SeaWorld a chuté, ses actions ont chuté, des poursuites judiciaires ont été menées contre ses pratiques commerciales, la législation a contesté ce qui se passait au Shamu Stadium et les profits sont en baisse de 84% par rapport à l’année précédente.

Les gens me demandent si cela est une victoire. Je peux seulement dire que c’était inévitable et qu’il ne s’agit, je l’espère, que d’un début. Les enfants d’aujourd’hui sont de plus en plus portés à penser : « Je ne peux pas croire que nous ayons pu faire une chose pareille ! »
Ils savent désormais que les orques ne sont pas adaptées à la captivité.

Au lieu de reconnaître cela, SeaWorld a décidé de traverser la crise à sa manière. Par le biais d’une  campagne de relations publiques « brillante » et prolongée, il continue à prétendre qu’il est confronté à un problème d’image. Pourtant, je ne vois pas de changement significatif. Je suppose que c’est le genre de choses qui arrive quand une société fonctionne essentiellement sans politique précise depuis 45 ans.

Mais je sais que beaucoup d’entre nous gardent l’espoir que SeaWorld va faire quelque chose de radicalement progressiste, tel que l’arrêt de leur programme d’élevage. Cela signifierait qu’il n’y aurait plus de nouveaux bébés Shamu à SeaWorld. Cela voudrait dire que les cétacés actuellement captifs à SeaWorld seraient les derniers et qu’il n’y en aurait plus jamais d’autres en captivité. Après cela, SeaWorld pourrait jouer presque à lui seul le rôle d’un pionnier en aménageant un sanctuaire marin où ses dernièrs orques pourraient se reposer enfin. Peu d’entre elles savent comment chasser pour leur propre nourriture.

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Le sanctuaire marin destiné à recevoir l’orque Morgan en Norvège. Hardewijk l’a revendue à Loro Parque.

On leur donne des antibiotiques et elles mourraient si elles n’étaient pas prises en charge par les humains. Ils ne peuvent pas être simplement jetés dans l’océan. Mais un sanctuaire pour les orques leur fournirait une baie fermée où ils pourraient vivre leur vie de manière plus saine et plus digne.

Dans un sanctuaire marin, ils pourraient utiliser leur écholocation sur des objets nouveaux tous les jours. Ils pourraient ressentir les rythmes naturels de l’océan. Ils pourraient avoir plus de contrôle sur leur vie et faire des choix. Et cela pourrait même être une affaire rentable pour SeaWorld, avec des frais d’admission, un centre pour les visiteurs, une zone d’observation sous-marine, etc.
Il est difficile d’imaginer que les gens ne viendraient pas en masse pour voir ces magnifiques animaux en train de faire ce qu’ils font en milieu naturel. C’est un spectacle infiniment plus satisfaisant que de les voir malades, en deuil, ou flottant à la surface comme des bouées.

Il existe des refuges pour beaucoup d’animaux, tels que les chimpanzés, les éléphants et les tigres. En les plaçant dans un cadre qui se rapproche de leur habitat naturel aussi étroitement que possible, nous ferions la meilleure chose que des humains puissent faire pour des animaux qu’ils ont rendu incapables de retrouver la vie libre. Mais jusqu’ici, il n’y a pas de sanctuaire pour les orques.

Une telle démarche entreprise par SeaWorld serait non seulement un exemple mais aussi un tournant dans notre culture.
L’opinion publique ne faiblira pas et sans un projet sérieux pour faire évoluer son modèle d’entreprise désuet, j’imagine mal que SeaWorld puisse encore rebondir. Il risque désormais de devenir une relique embarrassante, témoin d’un temps où les gens étaient moins informés.

Le public a cessé de se rendre à SeaWorld, non pas parce qu’un film lui aurait dit le faire, mais parce que nous voyons aujourd’hui les animaux sous un angle éthique. Nous nous soucions de leur bien-être. En nous indignant des révélations dérangeantes sur les violences faites aux orques, nous nous rapprochons davantage de ce que veut dire  le  mot « humain ».
Nous le voyons aussi dans nos discussions  à propos de l’élevage industriel ou des chasses aux dauphins. Nous le voyons reflété dans le tollé qui a suivi la mort du dernier rhinocéros blanc ou l’histoire de Cecil le lion.
Nous nous sentons porté par un mouvement collectif d’empathie, et je pense que c’est là que nous sommes les meilleurs et les plus raisonnables.
J’espère que ce mouvement se développe au-delà du cas de SeaWorld. Peut-être que si nous continuons à examiner comment d’autres êtres subissent notre empreinte, nous allons ralentir le pas de manière générale. Ce serait là une victoire pour la planète.

Gabriela Cowperthwaite


Blackfish

« Un thriller psychologique intense avec une orque en vedette, qui illustre comment la nature peut se venger lorsque l’homme la pousse dans ses derniers retranchements.  Blackfish, c’est l’histoire de Tilikum, un orque condamné à devenir une bête de spectacle. Durant ses 30 années de captivité,  Tilikum a tué et blessé plusieurs personnes.
Gabriela Cowperthwaite, la réalisatrice du film, a interviewé des témoins directs. Elle dresse un portrait hallucinant de la manière dont ces animaux particulièrement intelligents sont maintenus en détention par l’industrie des parcs de loisir, avec pour seul objectif l’appât du gain.
Cette histoire interpellante pose une question cruciale : ces animaux peuvent-ils être détenus de la sorte ?»


L’effet Blackfish aux USA

L’effet Blackfish en France

Remous dans les parcs aquatiques (FR2)


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