Paroles d'orques
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D'après
un texte extrait du livre"Apetalk & Whalespeak : The Quest of Interspecies Communication"
de Ted Crail. Contemporary Books inc. Chicago Editions.1983
Le saga de Namu
commence lors d'une nuit de tempête en juin 1961, au large des côtes de la Colombie Britannique.
A cause d'un violent orage, deux pêcheurs doivent d'urgence rejoindre la côte et se mettre à l'abri, en
laissant tout leur matériel sur place, bien accroché à un récif.
Le lendemain matin, ils reviennent
pour récupérer leurs affaires et découvrent alors qu'un épaulard adulte de
sexe mâle rôde autour des restes de leurs filets. Une autre orque en bas âge
s'y trouve empêtrée.
L'épaulard adulte, qu'on nommera plus tard "Namu", peut quant à lui aller et venir
où bon lui semble. Il n'est pas prisonnier, mais sensible à une sorte de code éthique,
il se refuse à abandonner le petit .
Les pêcheurs se rendent compte aussitôt qu'ils peuvent se faire pas mal d'argent
avec cette prise de taille.
Ils savent qu'Edward "Ted" Griffin, alors propriétaire et directeur de l'Aquarium public de
Seattle, mène depuis des lunes une quête presque désespérée pour acquérir un épaulard
vivant....
Griffin
essayait en effet depuis des années de capturer
ces fameuses "baleines tueuses" à l'égard desquelles il nourrissait, selon ses
propres mots, une "passion dévorante ".
Passion nourrie par la curiosité scientifique ou par l'intérêt bien compris d'un organisateur de spectacles soucieux de fournir le show le plus impressionnant ? Grifin seul pourrait répondre à cette question mais on peut supposer que
la science et le profit étaient à part égale deux motivations puissantes pour
cet homme.
A d'innombrables reprises, Griffin était parti en chasse avec "bateaux, hélicoptères et
pistolets tranquillisants" en vue de capturer une orque dans la baie de Pudget Sound mais
jamais il n'y était parvenu.
Or voici que d'un coup, on lui livre son rêve dans un filet !
Ted
Griffin
rassemble alors à toute vitesse la somme de 69.000 dollars afin de mettre en place ce qu'il
appelle "la flottille de
Tinkertoy", toute une installation flottante destinée à ramener l'orque
vivante et en bonne santé jusqu'aux rivages de Seattle.
Au départ, Namu est simplement placé dans un enclos temporaire, un filet circulaire
vulnérable et fragile, en attendant que soit construite la "cage
flottante" qu'on lui prépare.
Mais à peine l'a-t-on installé dans cet enclos de fortune que quarante orques
féroces se précipitent vers lui d'un seul élan et l'entourent, attirées par ses
cris de détresse.
Il faut bien se rendre compte à quel point une attaque menée par une troupe d'orques
peut être impressionnante, bien plus encore qu'une attaque de requins.
Même si les épaulards n'ont pas la réputation de s'en prendre aux humains, on sait qu'ils peuvent
arracher sa langue à une baleine pour s'en nourrir ensuite. Ces orques-ci
pourraient ne faire qu'une bouchée de l'installation mise en place par Griffin et libérer
Namu.
Mais bizarrement, ils ne le font pas.
Et l'orque prisonnière, qui pourrait elle-même bondir aisément par-dessus le filet,
ne le fait pas non plus.
A de nombreuses reprises les orques libres chargent le filet... mais à
chaque fois, elles s'arrêtent net, repartent vers le large et ré-attaquent
ensuite, sans cesse, sans raison.
Griffin dira plus tard que si Namu avait été prisonnier d'un sac en papier, cela n'aurait fait aucune différence. L'obstacle paraissait absolu aux cétacés !
Pourquoi ?
Selon Griffin, c'est parce que les orques dépendent entièrement de leur sonar pour s'orienter et que celui-ci ne
leur donne aucune information sur la nature réelle d'un obstacle tel qu'un filet de cordage.
Malgré leur haut niveau d'encéphalisation, les orques ne semblent pas capables de mesurer la résistance réelle d'un système construit par des mains d'hommes.
Les
jours passent.
Namu est maintenant déplacé dans un autre "enclos de mer", plus solide mais toujours provisoire, qui
doit l'amener jusqu'à Seattle en longeant la ligne des côtes.
Où
sont les orques ?
Toujours là.
Toujours en troupe d'une quarantaine d'individus, ils suivent de près la construction
flottante.
Toute l'armada des orques libres continuent à tenir son siège. Namu
lance toujours des appels à l'aide et personne chez les orques n'envisage de
l'abandonner.
Ce n'est plus une troupe agressive, à présent, mais c'est à tout le moins une troupe bruyante,
une véritable fanfare ambulante de cétacés, dont les vocalisations auraient fait le bonheur d'un animateur de delphinarium. Une
jeune femelle et son bébé accompagne le groupe. La presse, qui commence à suivre l'événement et s'intéresse à cet étrange
convoi aquatique, a beau jeu de raconter que la petite famille de Namu ne
supporte pas de voir leur Papa enlevé par les méchants hommes.
Et c'est sans doute la vérité...
Namu
arrive enfin, sain et sauf, à Seattle. Il va passer l'hiver dans une baie de Rich Passage, fermée elle aussi par un simple
filet.
C'est à ce moment qu'un acousticien du nom de Thomas Poulter a l'idée soudaine
d'enregistrer les vocalisations de Namu.
De nuit comme de jour, le chercheur accumule les bandes magnétiques, sans trop savoir où cela
va le mener.
Quelques mois plus tard, Griffin et son équipe parviennent à capturer une
orque femelle baptisée Shamu - un nom qui fera
date !
On la place dans l'enclos aquatique où s'ennuie Namu.
En écoutant attentivement leurs échanges vocaux, se dit Poulter, il sera sans
doute possible de déterminer s'il existe ou non une communication significative
entre ces deux animaux.
Il s'apprête donc à enregistrer les dialogues entre Shamu et Namu mais
à sa grande surprise, il réalise que toutes les orques des environs se sont
invitées sur les bandes magnétiques .
Depuis
le début, des échanges vocaux n'ont en effet cessé de se poursuivre entre les
deux captifs et leurs amis restés libres - les quarante orques de garde ! - parfois depuis
une distance de plus de sept miles marins.
Poulter en déduit aussitôt que quelque chose d'extrêmement complexe se cache dans ces
échanges de sons qui vont et viennent d'un coin à l'autre de la mer, émis et
reçus par des êtres qui ont de toute évidence un intense désir de rester en
contact !
C'est avant tout la prodigieuse complexité des sons, et leur formidable
diversité, qui amènent le chercheur à envisager les vocalisations des orques sous un angle
nouveau : il ne peut raisonnablement s'agir cette fois de cris poussés de
manière instinctive, comme le font la plupart des mammifères marins que
Poulter a déjà eu l'occasion d'étudier, de l'otarie au narval.
Alors qu'en temps normal, il aurait simplement été amené à comparer les
cris des orques aux aboiements des coyotes dialoguant d'une colline à l'autre, Poulter
prend peu à peu conscience, avec une excitation croissante, que quelque chose de
bien plus profond est impliqué dans ces enregistrements.
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Décrivant
les signaux émis par chaque individu, d'une durée d'une demi-seconde à cinq secondes en moyenne et s'étendant sur deux octaves, Poulter suggère : |
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Poulter conclut qu'au regard des analyses statistiques du contenu de ces bandes magnétiques, on
peut selon toute vraisemblance parler d'un authentique langage chez
Namu.
La manière dont le chercheur insiste sur cet ensemble de modifications sémantiques (ponctuation, "syllabification", préfixation,
etc.) révèle à quel point il estime se trouver en présence d'une forme de communication
extrêmement sophistiquée.
Mais
comment se fait-il, dès lors, que ces enregistrements de dialogues entre Shamu et Namu ne soient pas devenus une nouvelle "Pierre de Rosette",
une clé nous ouvrant les portes du mystérieux "langage des orques"
?
N'aurait-il pas suffi de mettre quelques ordinateurs à l'œuvre sur l'ensemble de ces enregistrements,
d'ajouter à ces données les sons additionnels et la gestuelle des orques et de
confronter enfin ces analyses aux structures du langage humain, jusqu'à ce que des équivalences
soient trouvées et que nous soyons à même de traduire le langage orque ?
Aussi plaisante que cette perspective puisse sembler aux yeux des passionnés des contacts
inter espèces, Poulter estime pourtant qu'elle n'était pas pertinente.
Non seulement les signaux sifflés et autres émissions sonores produites par les orques sont complexes, mais leur complexité est telle que Poulter ne
conçoit pas que l'on puisse jamais mettre le vocabulaire des orques en parallèle avec le vocabulaire humain ou que l'on puisse comparer les syntaxes humaines et
cétacéennes.
"Si même nous parvenions à mettre en équivalence un mot anglais pour chaque signal émis par les orques,
affirme Poulter,
nous ne serions
pas plus avancés, car il faudrait encore comprendre dans quel ordre et selon quelles combinaisons ces phonèmes sont organisés pour faire sens aux
oreilles des orques "
Au terme d'une longue réflexion attentive et raisonnée à propos des résultats de ses recherches, Poulter conclut par ces mots, qui
résonnent presque comme
un cri de triomphe :
"Oui, déclare-t-il tout de go, nous pensons que les cétacés parlent et que
ce dont ils parlent a un sens pour les mammifères marins de la même espèce".
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Car
il y avait encore, tout juste après le massacre, quelque rares lettrés mayas
qui auraient pu lire les codex et en livrer les clés. Par la suite, tous
moururent et plus
personne ne fut à même de comprendre les hiéroglyphes.
Fort heureusement, les orques ne figurent que rarement sur le tableau de chasse des
baleiniers. Nombre d'entre eux vivent encore en liberté dans toutes les mers du monde.
Dès lors, si nous échouons à comprendre par nous -même les enregistrements des dialogues entre Namu et
Shamu, il nous reste encore la possibilité de rejoindre l'océan et de
soumettre aux orques libres une version simplifiée de notre propre langage.
Et celles-ci , en échange, pourraient ensuite nous éclairer sur
la signification des échanges entre Namu et Shamu et nous donner les clés de
leur langage. La situation n'est donc pas aussi désespérée que dans le cas des
Codex
maya..."
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La fin de l'histoire de Namu Griffin a tenté de dresser Namu et de lui faire exécuter des shows pendant près d'un an, jusqu'à ce que l'orque contracte une infection bactérienne qui attaqua son système nerveux. Quelques jours avant sa mort, le malheureux cétacé refusait de répondre aux injonctions humaines. En juin, il se jeta à toute vitesse, tête la première, contre les mailles métalliques du filet de son enclos, s'y débattit violemment pendant quelques minutes puis mourut. Griffin était à ce point avide de renommée et d'argent qu'il ne tint aucun compte de son expérience pourtant profonde avec cette orque intelligente et amicale. Il poursuivit les captures en mer pour alimenter divers delphinariums et dès 1965, s'associa avec Dan Goldsberry afin d'aller chercher de nouvelles orques sauvages dans le Nord-ouest du Pacifique... Shamu, la femelle orque capturée dans un second temps, demeura un moment dans les piscines de l'Aquarium de Seattle, après la mort de son compagnon Namu. De là, en décembre 1965, elle fut expédiée vers les bassins du "Sea World" en Californie. Elle y mourut le 23 août 1971, après avoir survécu cinq ans et dix mois à l'horreur de la captivité. |
Pour en savoir plus
:
Le langage des dauphins
introlangue.htm
Orcas of the Salish Sea
http://www.orcanetwork.org/nathist/salishorcas2.html
La capture des orques : toutes les photos sur le site "The Whales
behind the tank glass"
http://www.geocities.com/RainForest/Andes/3843/capt.html
L'histoire
des premières orques captives : le grand massacre !
http://tursi.yiffco.com/dolphins/cc_orcas.htm
Music with whales
http://www.interspecies.com/pages/whalmusi.html