Nés libres ou captifs, les dauphins sont des prisonniers .

Mars 2012
Lettre à une jeune personne qui aimait voir les cétacés captifs au Marineland d’Antibes

Bonjour Anaïs,

Je lis sur la page Facebook  de la Dolphin Connection que tu apprécies vivement le Marineland d’Antibes et que tu y as même travaillé comme stagiaire.

« Le souci, dis-tu, c‘est que j’ai passé des semaines entière à Marineland, de l’ouverture à la fermeture pendant 15 jours, après une semaine, et encore une autre semaine. Donc je pense être en meilleur mesure de comprendre ce que vous avez vu, puisque vous ne vous basez que sur des observations d’une journée !« .

Sans doute, bien qu’en un seul regard, on peut juger si oui ou non un dauphin est désespéré. Il ne faut pas quinze jours pour cela.
Mais soit.
Ensuite, tu es repartie chez toi, n’est-ce pas ?
Tu as retrouvé ta famille, tes amis, tu as pris des vacances, tu as voyagé, tu as peut-être fait quelques petits jobs pour payer tes études ?
C’est bien.

Les dauphins de Marineland n’ont pas ta chance.
Ils ne peuvent pas quitter ce lieu où ils sont nés et où ils mourront.
Ils ne peuvent pas voyager, ils ne peuvent fréquenter que ceux qu’on leur impose.
Ils n’ont pas d’autre liberté que celle d’obéir aux ordres.
Ils ne peuvent pas chasser ni ressentir la caresse des vagues sur leur peau.
Ils ne peuvent pas créer de vastes alliances ou choisir librement leurs amis et compagnons.
Ils ne plongeront jamais sous 500 mètres de profondeur.
Ils ne fileront jamais à la vitesse du vent sur des dizaines de kilomètres, ils n’attraperont jamais de poisson vivant, ils ne croiseront jamais de baleines, ils ne ressentiront pas la peur, la vraie, celle qui vous électrice face un requin ni le bonheur de vaincre le squale ensuite à grands coups de tirs sonar lancés en groupe.
Ils ne s’amuseront jamais avec des crabes ou des holothuries, ils ne frôleront jamais du ventre les douces prairies d’algues.
Ils ne verront autour d’eux que du béton, des humains hilares assis sur des gradins et ils sauteront au coup de sifflet, comme des robots bien huilés, sans fin, jusqu’à leur mort.

Qu’ils soient nés libres ou captifs, le constat est le même.
Ces détenus survivent dans des conditions aberrantes, indignes de leur intelligence et de leurs cultures complexes qui font l’admiration de tous les scientifiques aujourd’hui.

Ces détenus ont été réduits en clowns, en esclaves, ils doivent se battre entre eux pour obtenir leur pitance et se livrer à des shows humiliants et anthropocentristes privés de sens pour eux.

Libres !

Tout ça pour quoi ?
Pour apprendre aux enfants ce que sont vraiment les dauphins ?
Pour leur montrer qu’ils disposent d’un langage, d’un nom, qu’ils vivent en tribus élargies et qu’ils ont le plus grand cerveau du monde et le plus sophistiqué, avec celui de l’Homme ?

Mais non !
Ils sont là parce que leur présence permet à la succursale de Parques Reunidos qu’est Marineland d’engranger de juteux bénéfices, d’offrir des emplois aux gros bras de la région et de faire tourner le tourisme local.
Ils ne sont là que pour enrichir des hommes d’affaires avisés, Anaïs, comme autrefois on faisait turbiner les esclaves dans les champs de coton. (Cela n’a pas été facile non plus de convaincre les planteurs que les Noirs étaient des humains. Trop d’argent était en jeu…)

Et leur pauvre vie sera brève, médiocre et angoissante, parce que sans cesse, ils auront peur de mal faire, de ne pas plaire à leurs maîtres et seigneurs, ces dresseurs qui menacent tout quiconque ose critiquer le parc.
Parce que sans cesse, on décidera pour eux de qui doit partir et de qui peut rester, et on modifiera la structure des groupes selon la volonté des Maîtres.
Parce que sans cesse, ils devront partager leur territoire ridiculement étroit au regard des vastes étendues qu’un vrai dauphin occupe en mer, avec d’autres prisonniers, stressés et agressifs.

Les dauphins sont le symbole même de la liberté, du simple bonheur de vivre, d’aimer et de jouer. Marineland en fait des zombies, des chiens, des mendiants.

Et à ce titre, de tels établissements ne devraient pas exister.

La seule place qui convienne aux dauphins, c’est la mer. Tout le reste n’est que propagande et lavage de crânes.  Au fait, tes amis dresseurs t’ont-ils raconté comment ils ont choisi de faire le bonheur de Shouka en l’envoyant aux USA pour un mariage arrangé ?
En parlent-ils encore aujourd’hui ?
Non ? Dommage. C’est plus facile d’oublier.

Shouka, elle, n’oublie pas. Elle doit penser souvent à sa maman.
Dans le vrai monde des orques, les filles ne quittent jamais bien longtemps leurs mères.  Mais Sharkan est morte, non ?
Le 3 janvier 2009, d’une infection bactérienne, à l’âge de 27 ans.
27 ans, tu as bien lu ! Alors que les orques femelles peuvent atteindre 90 ans ! Qui parle encore de Sharkan aujourd’hui ?
Shouka, elle, s’en souvient.
Même si elle est née captive, elle passe des heures entières à penser à elle, à Inouk et à Valentin, face au mur, immobile. Comme ce dauphin filmé à Antibes en décembre 2012.

Ont-ils dit au public que Moana était né grâce à une insémination artificielle, tes amis dresseurs ? Wikie a du se demander d’où lui venait ce bébé ! Ce n’est pas ainsi que cela passe en liberté, tu sais. Les orques se connaissent depuis l’enfance et leurs unions sont le
fruit d’un choix personnel.

Ni les orques ni les dauphins ne sont des poulets de batterie.
Ce sont des GENS, de vraies personnes, comme toi et moi...

Alors, quand tu iras encore prêter main-forte à ceux qui infligent la prison à vie des cétacés innocents, essaye un peu de réfléchir à tout ça, de faire fonctionner ton cerveau.
Il paraît qu’il est presque aussi performant que celui d’une orque !

J’aime les dauphins et je les aime donc libres !
(Dossier Réseau Cétacés)

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