Nos bonobos frappés par la maladie

décembre 2010

Bonobos : panique à Planckendael !



Les grands singes : nos frères  

Le Parc de Planckendael a ceci de sympathique qu’il ne pratique pas la langue de bois et révèle en toute sincérité des informations à même de nuire à son image de marque.
Voici le message que nous pouvons lire sur son site officiel, suivi de nos remarques.     

"Nos bonobos frappés par la maladie
Ce qui n’était de prime abord qu’un petit refroidissement a eu des conséquences néfastes.
Jasiri, une femelle de notre groupe de bonobos, était malade depuis le début du mois de décembre (dimanche 5 décembre). Elle toussait, était sans force et avait un nez bien chargé. Malgré tous nos efforts, le traitement médical n’a pas fonctionné et Jasiri est décédée jeudi matin.

Deux autres bonobos ont présenté le même genre de symptômes peu après Jasiri : Djanoa (?) et Vifijo (?).  Mercredi dernier, leur état s’était apparemment sensiblement amélioré. L’appétit revenait et le petit
groupe semblait plus vivace. Jeudi, les deux femelles ont rechuté et gisaient sans force dans leur lit de paille. Jasiri est décédée en fin de matinée.

En outre, un bébé prématuré a été découvert dans l’enclos. Il n’est pas encore établi laquelle des deux femelles est la maman.
Des recherches complémentaires devraient le déterminer. L’important aujourd’hui est l’état de santé de Djanoa qui demeure préoccupant.
Notre vétérinaire fait le maximum pour la sauver.

Vifijo semble, lui, avoir vaincu la maladie dont l’origine demeure à ce jour inconnue.
Les cinq autres bonobos du groupe sont suivis avec une extrême attention et traités médicalement suivant le principe de précaution. Pour cette
raison, ils sont actuellement placés dans un enclos intérieur non accessible au public.

Le décès de Jasiri et de son probable petit (ou celui de Djanoa) est une perte sérieuse pour le groupe de bonobos, pour Planckendael et pour le programme d’élevage.
Jasiri n’a malheureusement pas pu transmettre son bagage génétique unique.
Planckendael  pleure cette perte et espère une guérison complète et rapide du groupe des bonobos".
http://www.planckendael.be/?page=news&nid=862

Analysons ce message :

Voilà des Grands Singes, si proches de l’Homme que l’on pourrait se reproduire avec eux, dotés de cultures et d’une intelligence supérieure dignes d’un Australopithèque, mais qui se trouvent confinés de force dans un espace clos, comprenant une petite île où ils peuvent prendre le soleil durant l’été et d’une sorte de cave aux vitres embuées où ils passent leur hiver, lequel fut rude cette année.

Leur vie de captifs y est extrêmement pauvre en stimulations, lorsqu’on sait à quel point les Bonobos sont
curieux de tout, socialement évolués et capables d’exploits cognitifs à faire frémir un fermier de l’Arkansas ! Mais voilà ! Ce sont des choses qu’il ne faut pas dire !

L’article ne nous parle ici que de "bagage génétique", et non point de ce que ces merveilleux Primates pourraient nous apporter de plus précieux : leur mode de pensée, leur langage, leurs moeurs, leurs inventivité.

Ainsi que le rappelait le paléoanthropologue Pascal Picq, du Collège de France  "On pourra conserver leur patrimoine génétique, mais tout ce qui concerne le comportement et l’écologie va disparaître".  En enfermant – c’est à dire en acculturant de façon radicale – nos frères
Hominidés, nous perdons de ce fait d’importantes informations sur notre propre nature d’Homme.

Plus étrange encore est cette phrase : "Le décès de Jasiri et de son probable petit (ou celui de Djanoa)…."

Comment ?
Les soigneurs de Planckendael n’arrivent pas décider qui la mère de qui ?
Chez ces Grands Singes, pourtant, les choses sont claires : une mère et son enfant gardent des liens affectifs étroits leur vie entière et il n’y a pas maman plus attentive qu’une femme Bonobo.
Comment est-il possible de ne pas savoir si c’est Jasiri ou Djona la mère de ce bébé? L’une d’elles n’avaient-elle pas été enceinte de façon apparente ?
Les décès
auraient-ils donc été si subits qu’on ne les aient pas vu donner le sein à leur enfant ? 

Avec tout le respect que nous devons aux efforts des soigneurs pour maintenir leur cheptel de singes captifs en vie, une inexorable conclusion s’impose : les bonobos n’ont pas à être enfermés. Selon les principes fondamentaux du Great Ape Project, ils devraient au contraire pouvoir jouir  de droits élémentaires, notamment celui de vivre libre en toute autonomie, comme n’importe quel humain, une espèce dont ils font quasiment partie, à 99 % de génomes près… 
 


Nous avons massacré tous les Hominidés de cette planète, depuis l’Homo Ergaster jusqu’à l’Homo Neanderthelensis.

Alors, s’il vous plaît, arrêtons de les mettre en cage comme des "animaux" privés de conscience, eux qui sont capables de regarder la télévision, de feuilleter des journaux illustrés ou de se servir du clavier d’un ordinateur.

La vraie place des bonobos est en forêt, parmi les leurs, et c’est vers ce but, et vers ce but seulement, que tous nos efforts se doivent de converger.  
Au lieu de graisser la patte au puissant néo-colonialiste
Georges Forrest  ou aux Chinois qui détruisent à tout va le Bassin du Congo, le Gouvernement belge ferait mieux d’investir ses fonds à la protection intensive de nos deniers frères de race, en ce compris les gorilles, les chimpanzés des plaines, les gibbons ou les ourang-outans d’Indonésie !

Rappelons enfin que les décès de Bonobos captifs – encore nommés "chimpanzés nains" en ce temps-là – furent innombrables au Zoo d’Anvers par le passé, essentiellement pour causes de pneumonie, mais que, manifestement, les choses ne s’arrangent pas non plus à Planckendael !



Quelques mètres carrés en pleine air et des arbres morts en guise de distraction.
Voilà ce dont disposaient les bonobos d’Anvers, il y a peu, exposés à toutes les maladies humaines… 

Bonobos au printemps (Mars 2011)

Mars 2011


Une dépêche publiée cet hiver sur le site du Parc de Planckendael, à Muizen, nous avait inquiété…. 
Il fallait donc y aller voir… Hurricane Warrior  et moi-même payèrent donc leur entrée et firent leur petite enquête..
On reviendra plus tard sur le Parc lui-même, ses lions d’Asie, ses guépards, ses castors, son renard solitaire et ses futurs éléphants, mais concentrons-nous aujourd’hui sur les seuls bonobos.

Planckendael bonobo en hiver

La "salle de bains" n’a pas changé depuis des lustres.
Voilà où vivent les bonobos une bonne partie de l’année, quand la température ne leur permet pas de sortir.  

Franchissant une foule de poussettes et d’enfants braillards, nous parvenons en matinée à atteindre les vitres de l’enclos des bonobos.
Ils sont sous terre, dans une fosse carrelée comme une salle de bains – les déjections tombent d’en haut –  toujours équipée des mêmes agrès, filets et cordages que nous avions déjà vu bien des années auparavant.

A ce niveau, l’enrichissement environnemental n’a pas beaucoup progressé .
Ces singes, dont il faut rappeler la stupéfiante intelligence et les liens génétiques étroits qui nous unissent à eux -nous pourrions aisément nous reproduire ensemble, car il y a moins de différences entre eux et nous qu’entre une Mésange charbonnière
et une Mésange bleue- doivent les connaître par coeur.

Seuls les enfants bonobos paraissent s’amuser.
Des gosses tout noirs et tout velus, mignons comme des coeurs, jouent avec un bout de tissu, se l’arrachent, se le fourrent sur la tête et ne semblent guère souffrir de la captivité.

En revanche, les adultes s’ennuient.

Ils mâchonnent des bouts de paille, dorment ou regardent par la lucarne au sol cette petite île verdoyante où ils pourront se distraire tout à l’heure, quand les frimas de la matinée cèderont la place à un franc soleil.   L’île est petite, sans doute, mais au moins, ils peuvent monter aux arbres, grignoter des bourgeons, observer la croissance des fleurs. Ces Grands Singes-là ont infiniment plus de chance que ceux du Zoo d ‘Anvers, privés de soleil et d’espace vert à jamais, en dépit de toute réglementation européenne..   

Cela dit, lorsqu’on songe au bonobo
Kanzi
qui joue au Packman, regarde National Geographic à la télévision, feuillette avec extase des journaux illustrés et communique avec les humains par le biais d’un ordinateur et de plus de trois mille mots humains, on peut se demander pourquoi nos sept bonobos belges ne  bénéficient pas de ce traitement.

Kanzi

 Un panneau d’affichage quelque peu défraîchi nous donne les noms des "pensionnaires".
Certains ont été déplacés, d’autres sont morts. Ils sont sept aujourd’hui.
Notons ce qui nous est dit :

– Hermien, femelle, née en 1978 au Congo. Verhuisd ("déménagé, déplacé" en flamand) . 

– Huenda , femelle, née captive. Verhuisd encore. Vers où ?

– Lina, femelle, née le 27 jiollet 1985 au Zoo de Sand Diego, ds oeuvres de Vernon et Loretta. 

– Vifijo , mâle, né captif le 23 juillet 1994 des oeuvres de Kidoga II et d’Hortense, tous deux captifs à Planckendael. (Que sont-ils devenus ?)

– Djanoa, femelle , née au Zoo de Berlin le 27 août 1995, des oeuvres de Santi et Jala.  

– Louisoko, femelle, née captive au Zoo de Stuttgart le 19 avril 1998 , des oeuvres de Nasikini et Lina.

– Lucuma, mâle, également né au Zoo de Stuttgart des oeuvres de Kirembo et de la même Lina.

– Jaisiri, femelle, née à Appenheul  le 6 novembre 2002 des oeuvres de Mwindu et de Lonela,. Elle est aujourd’hui décédée.

– Habari, mâle, né captif à Planckendael le 29 janvier 2006 des oeuvres de Vifijo et de Djanoa.

– Lingoyé, mâle, né captif le 29 novembre 2007 des oeuvres de Kirenbo et de Lina. 

 Bonobos morts

Reprenons : tandis que les bonobos se font joyeusement massacrer dans leur pays d’origine – merci au Prince Laurent de Belgique de se soucier de la biodiversité au Congo alors que nos veules politiques le condamnent avec un bel ensemble – nous assistons ici à une reproduction programmée d’individus nés captifs ou arrachés à leur milieu.

Est-ce vraiment la bonne solution ?
Quand la porte-parole du Parc de Planckendael nous explique que "Jasiri n’a malheureusement pas pu transmettre son bagage génétique unique", j’ai envie de hurler :

"Et vous en faites quoi de leurs cultures inouïes, de leurs savoirs, de leurs relations sociales infiniment complexes, de leurs "long calls", ce langage propre aux bonobos dont nul n’a encore
percé le mystère ? Vous en faites quoi de leur signes de piste, branches brisées selon tel ou tel angle, de leurs tambourinements rythmés sur le tronc des grands arbres pour indiquer aux voyageurs qui les suivent la direction qu’il faut prendre ?".

Rien.

Vous élevez des potiches, des images en trois dimensions propres à faire rire les enfants.
Des choses vivantes, dont la forme est certes bien celle d’un grand singe, mais dont l’esprit d’origine est mort.
Des chimpanzés décérébrés.
Jamais Lingoyé ne reprendra le chemin de la forêt. Il en serait bien incapable !
C’est au Congo qu’il faut agir !

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