Opposée à la captivité des dauphins

 

Le Marineland d’Antibes : séance pédagogique

Opposée à la captivité des dauphins

Une interview du Dr. Lori Marino

Article original « In Opposition to Dolphin Captivity »

Le Dr. Lori Marino est neurobiologiste et “Senior Lecturer” au Département de Psychologie de l’’Université d’Empory ainsi que «Faculty affiliate» au Centre pour l’Éthique de cette même université. Le Dr. Marino a décroché son diplôme en 1995 à l’Université d’État de New York (Albany) où elle mena une recherche sur l’intelligence des cétacés et des grands singes et sur l’évolution de leurs cerveaux.
Ses intérêts spécifiques sont les relations entre le cerveau et le comportement, l’’évolution de l’’intelligence, la conscience de soi chez les autres espèces et plus récemment, les relations entre les animaux humains et non-humains.

En 2001, elle publia, aux côtés de sa collègue Diana Reiss la première preuve scientifique de la réussite du test du miroir chez les dauphins, dans la revue «Proceedings of the National Academy of Sciences». Le Dr Lori Marino a rédigé de nombreux articles scientifiques, parmi lesquels une étude critique démontrant qu’il n’’y avait aucune preuve évidente que les zoos et les delphinariums puissent produire chez leurs visiteurs un changement d’’attitude en termes de sensibilisation à la préservation des espèces.

Enfin, selon le Dr Lori Marino : « Nous sommes passés d’’une vision du cerveau des cétacés comme un énorme bulbe amorphe qui ne permet pas beaucoup d’’intelligence et de complexité, à un cerveau non seulement énorme mais également extrêmement complexe, au point de rivaliser avec nous»
Lire l’’article complet sur La Dolphin Connection.

 Pour en savoir plus sur le Dr. Marino, lire ici sa biographie.


 Certains experts disent que les dauphins captifs se comportent comme des dauphins en milieu naturel, ou presque. Quelle est votre opinion à ce propos ?  

Je n’’ai pas besoin de vous livrer mon opinion, dans la mesure où il existe une abondance de preuves qui montrent que les cétacés captifs manifestent un grand nombre de comportements anormaux, du même type que ceux qui affectent la plupart des animaux en cage.

Ces comportements incluent par exemple les stéréotypies, où l’’animal répète sans cesse le même mouvement,  l’’automutilation, et fondamentalement, tous les autres comportements liés à un psychisme perturbé. Plusieurs études scientifiques prouvent par ailleurs que le taux d’hormones du stress est élevé chez les dauphins et autres cétacés captifs.

En fait, il n’y a réellement aucun moyen de parvenir à ce qu’’un environnement artificiel puisse fournir aux dauphins les conditions nécessaires pour qu’ils déploient les comportements qui sont les leurs en milieu naturel, ne serait-ce que du seul point de vie physique.

Le plus grand bassin du monde ne représentera jamais que moins du 1/1000ième d’’un pourcent de ce qui constitue l’’espace naturel de la plupart des cétacés sauvages. 

Donc, il n’’y a physiquement aucune possibilité pour que ces animaux soient capables de montrer des comportements naturels en captivité.

Je sais que certains membres de l’’Industrie de la Captivité ont déclaré que les dauphins captifs étaient nourris de poissons quotidiennement et qu’’ils n’’avaient donc pas à affronter le stress de capturer leurs propres proies.
Mais en réalité, le fait d’’être nourri avec du poisson mort peut être un facteur de stress.
En liberté, les dauphins prennent réellement plaisir à trouver l’’occasion de collaborer les uns avec les autres pour chasser, voyager avec leurs compagnons, et fondamentalement, pour travailler à se nourrir. En captivité, toutes ces stimulations sont enlevées.
De telle sorte qu’’il existe un grand nombre de preuves scientifiques attestant que les cétacés, capturés en mer ou nés en bassin, présentent un ensemble d’anomalies psychologiques en captivité.

Diriez-vous que les dauphins des aquariums et parcs marins sont bien traités aux USA ?

Bon, ce que je pourrais dire, c’est que les techniques modernes d’’élevage sont très sophistiquées, mais cela ne signifie pas pour autant que les dauphins soient bien traités. Cela ne réduit  en rien non plus le fait que ces animaux ne peuvent s’’épanouir en captivité.
Survivre durant un certain laps de temps n’’est pas la même chose que de vivre pleinement, et les statistiques de mortalité le démontrent à suffisance. Les dauphins et autres cétacés ne vivent qu’’une fraction de leur durée de vie normale en captivité.

Donc, s’ils sont si «bien traités», qu’’est-ce qui les tue, dès lors ?
C’’est une question à laquelle il faudrait répondre….

 Ric O’Barry déclare que la meilleure façon d’aider les dauphins, c’est de ne pas acheter de ticket pour un show au delphinarium. Etes-vous d’’accord avec cela ?

Oui, je suis d’’accord.
L’’Industrie de la Captivité porte la responsabilité de transformer les dauphins et autres cétacés en marchandises pour faire de l’’argent. Et cela porte vraiment à penser que c’’est la seule raison pour laquelle ces animaux sont contrôlés par nous.
Je dirais même, de manière plus pragmatique encore, que les parcs marins sont tirées par la demande.
Il s’agit d’’une industrie de loisirs et la demande du public pousse ces parcs à garder de plus en plus d’’animaux confinés. Cela signifie souvent – pas toujours, mais souvent – que ‘on va en chercher encore davantage en milieu naturel, y compris au cours de ces monstrueux massacres au Japon.
Le public a le pouvoir de mettre fin à tout cela : n’achetez pas de ticket !

Un show de dauphins constitue-t-il un outil utile pour aider à sensibiliser le public à propos de la préservation des cétacés ?

Votre question est un sujet qui a suscité bien des réflexions récemment.  En avril dernier, j’ai participé à un congrès à ce propos où j’ai pu certifier que les prétentions éducatives de l’’industrie de la captivité étaient absolument dépourvues de tout fondement.  Il n’’existe pas  la moindre preuve incontestable que le fait de visiter un delphinarium et de regarder un show de dauphins ou d’’autres cétacés soit pédagogique.  J’’ai mené un grand nombre de recherches dans ce domaine et j’ai publié des articles scientifiques qui montre que les soi-disant “vertus éducatives” des shows ne reposent sur rien.

En fait, ce que la plupart des gens ignorent, c’est que le “Marine Mammal Protection Act” (Loi fondamentale américaine supposée protéger les cétacés) exigent des shows de dauphins qu’ils soient éducatifs afin précisément de pouvoir maintenir les exhibitions de dauphins. Et pourtant, les parcs marins du monde entier continuent à présenter des spectacles de dauphins sans que ce critère soit même rencontré.

Sea Paradise, Japon. Un enfer pour les cétacés !

Sea Paradise, Japon. Un enfer pour les cétacés !

 En outre, j’ai fait de nombreuses recherches sur les sites de l’’AZA ou sur les ceux des delphinariums reconnus par l’AZA et j’’ai pu constater que plein d’informations étaient incorrectes au niveau des faits.

Je voudrais vous demander, comment cela peut-il être pédagogique, si c’est faux ?

Le public ne devrait pas confondre les attractions avec l’’éducation. Donc, non, vraiment, il n’’y aucune preuve pour affirmer que ces shows sont éducatifs.

Les scientifiques ont appris pas mal de choses en étudiant les dauphins en captivité.
Vu sous cet angle, est-ce que vous approuvez ou vous désapprouvez l’’enfermement des dauphins dans des bassins de recherches ?

 Je reconnais que nous avons appris beaucoup à propos des dauphins grâce à des études menées sur des dauphins captifs. Mais je ne pense pas qu’on devrait poursuivre celles-ci dans le même contexte.
J’’ai moi-même fait des recherches avec des dauphins captifs.

Lors de l’’une d’elles, menée avec une collègue, nous avons pu démontrer que les dauphins étaient conscients d’eux-mêmes, qu’ils se reconnaissaient dans les miroirs.
Mais les dauphins ont payé un prix très élevé pour satisfaire notre curiosité.
Par exemple, les deux dauphins avec lesquels j’’ai travaillé au New York Aquarium lors de mes recherches sur la reconnaissance de soi sont morts aujourd’’hui.  Et en fait, beaucoup d’’individus qui firent l’objet de ce type de recherches révolutionnaires sont morts prématurément. C’est le genre de choses qui vous frappent….

Cela dit, en dépit du fait que nous avons appris bien des choses au départ des études menées sur des dauphins captifs, si nous nous estimons intelligents, cela signifie que nous devons adapter notre attitude aux informations que la science nous fournit.  Or, ce que nous avons appris à propos de la véritable nature des dauphins nous indique sans équivoque que ceux-ci n’’ont rien à faire en captivité.

 Je crois qu’’il est vraiment très  important de savoir que ceux d’’entre nous (les scientifiques) qui défendent les dauphins n’’ont rien à gagner mais tout à perdre en agissant de la sorte.

Par exemple, après que j’’ai eu terminé cette étude sur la conscience de soi, j’’ai abandonné toute recherche sur les dauphins captifs, dès lors que j’’avais découvert qu’’ils s’agissaient de deux individus conscients d’eux-mêmes.

J’ai senti qu’’ils auraient du mener une vie digne d’’un être intelligent, conscient de lui-même et social, et ce n’était pas le cas.  En fait, non seulement je n’’avais rien à gagner à adopter cette attitude, mais j’’ai même choisi de renoncer à toute une série d’’opportunités professionnelles dès l’’instant où j’ai pris ma décision. Mais c’’était la bonne.

Etude sur un dauphin vivant à l'INRA mené par le Pr Busnel

Etude sur un dauphin vivant à l’INRA mené par le Pr Busnel

 Qu’’est-ce que les scientifiques ont appris en étudiant les dauphins en liberté ?
Pensez-vous que les études de terrain peuvent remplacer celles menées sur des captifs ?

Je pense que les études sur le terrain sont et peuvent être une alternative à certaines recherches menées en laboratoire.
Durant ces quelques dernières années, nous n’’avons presque plus rien appris à propos des dauphins à partir des recherches effectuées sur des captifs.

D’’un autre côté, certaines des découvertes parmi les plus excitantes que nous avons pu faire à propos des cétacés proviennent de l’’étude d’’individus sauvages. En d’autres termes, d’’études de terrain !

Par exemple, nous savons maintenant que les dauphins et les baleines disposent de traditions culturelles complexes.
Cette découverte est issue de recherches en milieu naturel et ne pourrait en fait être confirmée en captivité, où les dauphins sont privés de leurs relations sociales normales.

Donc, toutes les recherches de pointe relatives à la vie, au comportement et à la psychologie des cétacés sont issues des études en milieu naturel, et non pas de celles menées sur des captifs en laboratoire.

 

Ric O’Barry dit que l’’industrie du dauphin captif dans son ensemble alimentait l’’industrie de la chasse au dauphin. Vous êtes d’’accord avec ça ? 

Il s’’agit ici d’une équation toute simple : l’’industrie de la captivité tire en effet celle de la chasse au dauphin vers le haut puisqu’’elle crée une demande pour des dauphins.

Simple et clair !
S’’il n’’y avait pas de demandes pour voir des dauphins en spectacles, alors l’’industrie de la captivité internationale ne ferait plus se reproduire des dauphins captifs, n’’iraient pas chercher des dauphins sauvages auprès des pêcheurs lors de ces abominables chasses sanglantes, etc.
C’’est une équation très simple.
Alors, oui certainement, l’’Industrie de la captivité “booste” celle de la chasse aux dauphins, de quelque nature qu’’elle soit, partout dans le monde.

Taiji

En énonçant de tels propos, ne devriez-vous pas faire une exception pour l’’AZA (Association des Zoos et Aquariums) et pour les établissements qu’’elle contrôle ?

 Il existe un moratoire aux États-unis qui interdit aujourd’hui de capturer des dauphins en milieu naturel, mais jusque récemment, les parcs marins de ce pays allaient chercher leurs dauphins le long de nos côtes mais aussi auprès des pêcheurs pratiquant la chasse aux dauphins.

Il y a encore des dauphins que vous pouvez voir aujourd’hui dans ces delphinariums qui sont issus de ces captures en milieu naturel.  Et l’’on se réserve le droit, en fonction de certaines circonstances, d’’en capturer encore dans les eaux américaines à l’’avenir. Ce n’’est pas illégal tant qu’il reste des possibilités autorisées par la loi.

Mais, chose plus importante, le succès des parcs marins de l’’AZA sert ici de modèle pour l’ensemble des autres delphinariums du monde.

Et quand le reste du monde tente de nous imiter, cela signifie qu’’on va chercher les dauphins en mer, et en particulier lors de ces chasses au rabattage, qui constitue l’’une des manières les plus faciles pour remplir votre piscine avec ces animaux.

Les responsables de l’’AZA ont donc pour tâche de contrôler l’’industrie de la captivité et leurs collègues.
La WAZA (World Association for Zoos and Aquariums) a fait très peu dans ce domaine.

En réalité, le Taiji Whale Museum, qui se fournit en dauphins lors des pêches sanglantes annuelles à Taiji,Japon, est un membre parfaitement en règle de l’Association japonaise des Zoos et Aquariums (JAZA) et la JAZA est elle-même
membre de la WAZA. (Note : Ce n’est plus le cas depuis 2015)

Donc, la WAZA pourrait intervenir pour mettre fin à cette situation.  Une autre chose très importante à garder en mémoire aussi, c’est que l’’AZA vous dira qu’’elle fait de son mieux pour arrêter ces chasses au rabattage.

En réalité, ce que cela signifie, c’’est que si vous allez sur le site officiel de l’’association, vous trouverez non sans peine, perdu parmi les pages, un lien qui vous mènera vers une pétition intitulée «Agissez pour les dauphins !»

Et de fait, ma collègue Diana Reiss et moi-même furent les auteurs d’origine de cette pétition contre les pêches sanglantes à Taiji.  Nous en sommes les auteurs, nous avons récolté la plupart des signatures qui apparaissent à l’’écran, etc. La seule chose que l’AZA a pris la peine de faire, c’’est de reprendre ce lien sur leur site web.

Ils parlent aussi du fait qu’’ils ont envoyé une lettre au gouvernement japonais.
La lettre est en ligne sur leur site, vous pouvez cliquer dessus , et vous verrez qu’elle se résume en tout et pour tout à six lignes de texte. Et il ne semble pas que ce site web ait été mis à jour depuis des années.
C’est donc cela que l’Association des Zoos et Aquariums appelle «faire quelque chose » ?

Futo

 Peut-on faire une distinction éthique entre le fait de tuer des dauphins à des fins alimentaires et l’abattage des vaches, des cochons ou des poulets dans le même but ?

C’’est un argument qu’’on lance régulièrement pour distraire l’’attention de la violence des chasses aux dauphins.
Vous voyez, il y a plein de bonnes raisons pour traiter les animaux de manière respectueuse.
Tous les autres animaux, certainement.
Mais le fait que certaines personnes mangent des vaches ou des poulets ne rend pas pour autant la mise à mort des dauphins moins intolérable, cela ne rend pas les autres fautes plus justes !
Franchement, je vois dans ce type de question une tactique de diversion.
Que vous fassiez une distinction éthique ou non, le fait de tuer des dauphins est un mal.


Est-ce de l’’élitisme culturel que de désapprouver ou de condamner publiquement les méthodes traditionnelles de chasse d’’un autre pays ?

Non. Le fin mot de l’’histoire, c’est que la chasse au rabattage n’’est en rien une tradition culturelle japonaise !
Beaucoup de citoyens nippons ignorent que cette pratique existe. Donc, ce ne peut raisonnablement être une composante importante de leur culture, s’’ils n’’en ont jamais entendu parler.

Mais aussi, et c’’est peut-être encore plus important, nous condamnons publiquement toutes les violations faites aux droits humains à travers le monde.
J’’aimerais savoir pourquoi nous devrions nous taire quand il s’agit des violations faites aux droits des non-humains.
Culturelle ou non, je le répète, cette pratique doit être arrêtée au nom de la morale.

C’’est sous l’’aspect d’’élitistes culturels que le gouvernement du Japon essaye de nous montrer, alors qu’’en vérité, nous nous élevons contre toutes les formes de cruauté partout dans le monde, et la chasse au rabattage pratiquée au Japon n’est que l’’une d’entre elles.

Tillikum meurt de désespoir dans son bassin-prison de Sea World.

Tillikum meurt de désespoir dans son bassin-prison de Sea World.

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