Le Paradoxe de l’Ours polaire

ou comment réhabiliter des animaux névrotiques
dans un milieu naturel qui n’existe plus ?

 

 

D'après un article de Zoo Check
 


 

Mercedes est née libre au nord du Canada.
En janvier 1984, alors qu’elle n’était encore qu’une enfant âgée de trois ans à peine, elle fut arrachée à son univers de neige et de glace pour être déportée comme un «cadeau» vers le Royaume Uni.  Depuis 21 ans, elle survit en captivité au Zoo d'Édimbourg et reste aujourd'hui l’ultime ours blanc à être maintenu dans une «prison animale» écossaise.
 


 

Du temps de sa jeunesse, Mercedes fut d’abord considérée comme une nuisance par les autorités de Churchill City, « la capitale mondiale des ours blancs».

Par trois fois, elle fut attrapée au moment où elle allait fouiller les papiers gras et les emballages de hamburgers de la décharge municipale. Trois fois, Mercedes fut anesthésiée, déplacée, remise sur sa banquise désormais vide de tout gibier. Sur sa fourrure immaculée, on a peint en gros caractères le chiffre «39» afin de pouvoir identifier plus facilement cette ourse errante dont le seul crime était d’avoir faim.
 



 


 

 A cette époque, le «programme d'alerte de l'ours blanc à Churchill» stipulait en effet que tout ours blanc qui se présenterait à trois reprises au même endroit afin d’y piller les poubelles, devenait automatiquement un «ours à problèmes», susceptible d’être soit euthanasié sur l’heure, soit envoyé gratuitement vers des zoos hors du Canada.
Cette décision scélérate fut avalisée par un gouvernement que l’on sait peu sensible aux souffrances animales, qu’il s’agisse de bélougas, de phoques ou de loups….

 

Par conséquent, Churchill City est devenu le meilleur endroit pour acquérir des ours blancs gratuits ! N'importe quel zoo souhaitant obtenir un exemplaire de cette magnifique espèce en voie d’extinction rapide n’a qu’à envoyer une lettre dite «d’application" et il en recevra un ! 

 

Nombre d’ours blancs fouilleurs de détritus ont été ainsi distribués à des parcs animaliers en tant que « dons du gouvernement canadien», lequel va jusqu’à payer le transfert de leurs détenus à fourrure blanche.

 

Le Zoo d'Édimbourg a commandé plusieurs ours blancs par cette voie mais ce n’est que le 31 août 1983 qu’il a enfin appris du «Manitoba Department of Natural Ressources» que le numéro 39 était disponible.

 

Malgré l’absence de frais, le Zoo d'Édimbourg ne s’en est pas moins activé pour recueillir des fonds auprès de généreux donateurs.

C’est ainsi qu’il a reçu l’appui plein et entier d’un célèbre fabriquant de voiture – de celles qui polluent notre environnement et contribuent activement au réchauffement du climat et donc à la fonte des glaces des pôles - à savoir la firme Mercedes.

http://www.mercedes-benz.fr/
 



 



On sait pourtant que les ours blancs sont parmi les animaux les plus difficiles à garder en captivité de manière satisfaisante (pour eux). Leur santé s’altère rapidement, leur comportement frise la folie pure, la mortalité infantile est chez eux extrêmement élevée...
Bref, tout cela les rend en outre terriblement féroces et dangereux.
Difficile, par ailleurs, d'aller cajoler un ours blanc en plein délire au fond de sa fosse pour lui remonter le moral..


Aujourd'hui, la pauvre Mercedes manifeste tous les symptômes de la zoopsychose : elle arpente son enclos sans fin, longeant les murs de façon stéréotypée, plaçant ses pattes précisément au même endroit à chacun de ses innombrables  tours de cage, heure après heure, jour après jour, mois après mois, année après année...
Ou bien encore, elle nage en cercle, sans but, pendant des heures, dans sa petite piscine.

 

Un comportement aussi anormal est considéré depuis longtemps comme révélant un stress intense.
Pourtant, Mercedes a tout de même pu donner naissance à deux petits dans ce même Zoo d'Edimbourg.
Ils furent baptisé des noms de «Minty» et «Ohoto», mais tous les deux furent déportés par la suite vers d’autres zoos, loin de leur mère. Ohoto est déjà mort aujourd’hui.
Quant au père de ces enfants, le compagnon de Mercedes, un ours blanc du nom de Barney, il s’est étouffé en avalant un jouet en plastique jeté dans la fosse par un visiteur…. 

 



En 2003, le Zoo d’Edimbourg déclarait  que Mercedes serait, promis juré,  leur dernier ours blanc.
Il semble Pourtant que certains projets visent à construire de nouvelles installations afin d’accueillir encore davantage de ces grands prédateurs polaires.

 

Assez, clame l’association Born Freee, «Nous voulons que le Royaume Uni soit un pays sans ours blancs captifs »

 


 

Ours blanc à Aywaille, Belgique. Photo YG 2005

 


 

Noble idéal. Comment ne pas y adhérer !
Un seul souci : que va-t-on faire de Mercedes ?
La renvoyer chez elle, à Churchill City, dans ces régions polaires en pleine crise climatique, après qu'elle ait vécu plus de vingt ans en cage ? Va-t-elle devoir patauger, comme cet ours tragique du film «Planète Blanche», dans une sorte de mélasse de glace fondante et d’eau ? 

 

Les pôles se meurent.
Les forêts se meurent.
Les océans se meurent. Le drame que vit cette ourse blanche n’est guère différent de celui de milliers animaux non-humains, singes, éléphants, dauphins, orques, grands félins, confinés derrière des barreaux ou dans des réserves trop petites.  
 

A qui la faute ? A personne, bien sûr : les zoos font sans doute aujourd’hui de leur mieux pour améliorer les conditions de vie de leurs détenus et faire en sorte qu’ils se reproduisent.

Mais ils ne produisent en fait que des créatures décérébrées, formatées pour l’usage humain, privées de tout langage, de toute culture, de toute stimulation sensorielle, de tout exercice physique, de tout contexte social digne de ce nom.

 


 

Il est clair que peu à peu, nous allons vers une disparition totale de ce qu’on nomme «la vie sauvage» et qui n'est autre qu'un formidable réservoir de cultures, de savoirs, d’intelligences et d’individualités uniques et émouvantes.

 

Où qu’on porte le regard, en quelque pays que ce soit, il n’existe plus, nulle part, de terre vierge.
L’Homme squatte tous les biotopes, il éradique par sa présence toute autre forme de vie que la sienne ou la transforme à son image en la domestiquant. 

Une Pensée Unique, un Mode Vie Unique, s’impose sur la Planète : la Loi du Grand Singe Tueur des Savanes, le plus féroce, le plus cruel, le plus malin sans doute de tous les animaux ayant jamais vécu sur la surface de cette Terre. Et la seconde créature au monde à se montrer capable d'en modifier l’atmosphère et le climat, après les algues bleues, il y a 3,5 milliards d'années ! 

 

Aujourd'hui, l'Homme détruit d'une main ce qu'il tente de sauver de l'autre, maladroitement et trop souvent de manière commerciale. Quand deviendra-t-il vraiment adulte et comprendra-t-il enfin que tous les êtres vivants qui survivent encore à nos côtés sont, eux aussi, les habitants légitimes de cette planète, indispensables à sa beauté et à son équilibre ?

Qui butinera les fleurs, quand les abeilles seront mortes ? 

 
 


Oran-outang assassiné à Bornéo.

 


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