Panama City Beach
A la rencontre des dauphins libres
Des dauphins et des Hommes
Un texte de Denis Richard
Mars avril 2004
Une nouvelle "Marée rouge"
Plus de 105 dauphins Tursiops déjà ont été retrouvés morts depuis le 10 mars dernier le long du rivage de la Baie de St Joseph, non loin de Panama City Beach, dans la région dite du "Panhandle" au nord-ouest de la Floride.
"Des autopsies seront menées d'ici peu afin de connaître la cause exacte de ces décès" a déclaré Thomas Pitchford, un biologiste attaché au laboratoire de pathologie des mammifères marins du "Florida Fish and Wildlife Conservation Commission" à St Petersburg, Floride.
Un premier corps a été découvert mercredi et les autres jeudi, aux alentours du Parc St Joseph (Cap San Blas) à quelques 80 milles au sud-ouest de Tallahassee.
"Ce genre de dauphins n'a pas l'habitude de s'échouer de cette manière " a encore ajouté T. Pitchford.
Certains cadavres flottaient encore en pleine mer tandis que d'autres étaient dispersés le long du rivage, ce qui indique que les mammifères marins ne se sont pas échoués d'eux-mêmes.
Pour l'instant, la Commission de conservation utilise un avion pour déterminer si d'autres cadavres de mammifères marins se trouvent encore dans le secteur.Des nombreux poissons morts et cadavres de limules (horseshoe crabs) ont également été découverts au même endroit, ce qui laisse supposer la présence d'une biotoxine paralysante dans l'eau, comme cela s'est déjà passé à l'époque de la dernière "marée rouge" de 1997, qui massacra d'un coup 62 dauphins de la région.
Aux dernières nouvelles (fin mars 2003) l'existence d'une marée rouge serait désormais prouvée : "Il s'agit bien de biotoxines", a déclaré Jane Whaley, une responsable du NMFS.
Cette responsable omet cependant de préciser que s'il y a marée rouge, c'est qu'il y a pollution : les déversements incessants d'engrais dans les eaux marines provoquent, on le sait, le développement sauvage d'algues toxiques.
Sans parler de l'usine à papier et des autres fabriques qui garnissent la côte, la présence de stations touristiques très fréquentées au printemps, etc.
Enfin, notons que la "marée rouge" rend le dauphin malade.
Lorsqu'il est malade, il cesse de manger et vit alors sur ses réserves de graisse... lesquelles sont imbibées au plus haut degré de PCB, DDT et autres poisons chimiques d'origine humaine. Le fait de jeûner aggrave donc encore davantage l'état de santé de ces malheureux..Nous ignorons jusqu'à présent dans quelle mesure et selon quelle proportion la petite colonie de dauphins de Panama City Beach a pu être été touchée par ce drame. D'après la presse locale, un seul cadavre aurait été découvert à cet endroit, sur la célèbre plage de Shell Island.
Selon Denis Richard, la population locale ne semble pas encore avoir été affectée de manière importante.
Par ailleurs, deux dauphins récupérés vivants seraient morts au delphinarium de Gulfworld.
Pour en savoir plus :
http://www.palmbeachpost.com/hp/content/gen/ap/FL_Dolphin_Deaths.html"L'intoxication par phytotoxine paralysante (IPM) est également connue sous le nom de "marée rouge" en raison de la coloration des pigments dans les organismes qui en sont la cause. Les dinoflagellés monocellulaires microscopiques peuvent causer l'IPM.
Lorsque ces organismes se retrouvent en grand nombre (fortes densités ou efflorescence), ils peuvent changer la couleur de l'eau. Certaines espèces de dinoflagellés sont inoffensives, certaines causent la mort d'organismes marins alors que d'autres affectent les mammifères sans affecter les organismes marins.Les deux espèces suivantes se manifestent souvent en efflorescence sur la côte ouest: Gymnodium splendors et Noctiluca scintillans, qui est inoffensive. La Protogonyaulax acatenella et la Protogonyaulax cantenella sont deux espèces toxiques qui se manifestent surtout en petites quantités. Les efflorescences d'espèces toxiques peuvent être causées par un facteur biologique, hydrologique ou météorologique, surtout en été."
Le Grand Bleu

Urban
dolphins...
Panama City Beach est une station balnéaire située au nord de la Floride, dans la région dite « Panhandle», entre Thalahassee à l'ouest et Pensacola à l'est. La légende veut qu'il s'agisse d'un vieux port de crevettiers où des Tursiops auraient leurs habitudes depuis bientôt cinquante ans. On peut penser aussi ces dauphins habitaient déjà la région plusieurs milliers d'années avant l'homme et que leurs rapports avec les Indiens Séminoles de la côte devaient être excellents.
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Aujourd'hui, Panama City Beach est réputée pour ses plages de sable fin, d'une blancheur éclatante, ses eaux vertes qui
lui valent le nom de «Côte
d'Emeraude », ses hôtels gigantesques plantés le long des plages et surtout sa vie nocturne trépidante et ses étudiants déchaînés lors
des célèbres Spring Breaks. |
Les dauphins résidents
Malgré une présence humaine sans cesse croissante au fil des années, malgré les centaines de jets-skis, hors-bord et autres embarcations à moteur qui vont et viennent sur leur territoire, les dauphins résidents ne semblent pas en
trop mauvaise forme, à juger par les apparences. Nous n'avons observé en fait que des
Tursiops en bonne santé, peu marqués de cicatrices, se déplaçant par groupes parfois impressionnants.
Les bébés nous ont paru nombreux et les mères suffisamment tranquilles, en ce mois de mai 2000, que pour mener à bien leurs activités d'éducation et de chasse-cueillette à divers moments de la journée.
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Le whale watching à Panama
City Beach
En haute saison, Panama City devient une station balnéaire vraiment très fréquentée.
Depuis les plages, les discothèques vocifèrent jour et nuit. On tire au
canon chaque soir et à ce moment de l'année, les vacanciers, trop nombreux et mal informés, ne montrent plus
alors aucun égard quant à la tranquillité des dauphins.
On les dérange quand ils dorment, on les interrompt quand ils chassent, des jets-skis crachant fort leur gaz d'échappement et soulevant force remous leur coupent la route quand ils se déplacent. Nombreux sont par
ailleurs les américains qui continuent à nourrir les dauphins de manière plus ou moins
clandestine, en distribuant le poisson sous l'eau.
C'est le cas de certaines entreprises
de Dolphin Encountering fort soucieuses de garder leur gagne-pain dans la baie….mais
le plus souvent
trahies par des vols de mouettes !
Dès lors, même si, jusqu'à présent, les dégâts sont mineurs et les
dauphins toujours en bonne santé, il serait sans doute temps de s'inquiéter davantage des conséquences à
long terme d'une telle pression humaine.
Il est faux de dire que ces dauphins
peuvent s'en aller s'ils ne se plaisent pas là où ils sont : les plages de
Floride ne sont pas si nombreuses à pouvoir les accueillir en toute
tranquillité, de nombreuses usines et d'innombrables marinas ont été bâties
tout au long des côtes et enfin, les autres "nations dauphins" qui
existent ailleurs, à Sarasota ou dans les Keys, n'accepteraient pas
nécessairement de gaieté de coeur cet afflux de populations affamées, à
l'heure où les ressources en poissons diminuent.
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Les activités de whale-watching sont effectuées hors de tout contrôle, à l'exception des lois pénales relatives au harassement des mammifères marins. |
Nous avons pu personnellement observer ce genre de manœuvre : une bande de jets-skis suivait de trop près et même coupait la route à un « pod » en déplacement.
Des deux côtés de la formation, se sont alors détachés quelques adultes qui sont partis mendier du poisson auprès des jets-skis, en exhibant l'attitude rituelle pour ce genre de demande : corps dressé droit dans l'eau avec le rostre ouvert.
Pendant ce temps, bien entendu, la troupe de dauphins avec enfants continuait tranquillement sa route.
Le manège a duré quelque minutes, le temps de retarder les humains puis les « mendiants » sont repartis rejoindre leur famille.
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La protection des dauphins locaux
Pour leur part, les autorités locales ont fin par comprendre compris que le dauphin était une "ressource touristique" et tentent
aujourd'hui de faire appliquer la loi avec plus de rigueur qu'autrefois.
A plusieurs reprises, nous avons vu les "Marine Patrols" réprimer réellement le nourrissage
(dolphin feeding) qui se poursuit cependant de façon
clandestine. On les a vu aussi interrompre à propos certains actes de harassement mais leurs interventions sont souvent sans nuance et l'on peut regretter que l'un ou l'autre de ces agents de l'état ne soit pas spécialement formé à la connaissance des cétacés résidents et à leur protection.
Leur seule base de travail sont les mesures très restrictives du Marine
Mammal Protection Act, telles que réglementées par la NOAA.
Ces mesures, modifiées en 1994, concernent essentiellement la protection
des dauphins sauvages contre le "harassement" des touristes baigneurs
et impose, par exemple, que l'on ne s'approche pas d'un dauphin à moins de 50
yards.
Le National Marine Fisheries Service (un département de la NOAA) vient d'ailleurs de rappeler en termes francs
sa politique
"d'apartheid interespèces" dans un communiqué
daté du 20 janvier 2002 et entend bien la faire respecter sur l'ensemble
des Etats-Unis:
"Interagir avec des dauphins est une forme de harassement dans tous les cas
de figure, déclarent en substance le NMFS, et ceci inclut toute les tentatives de
nager avec eux, de les toucher ou de susciter une réaction chez l'animal
!"
Advance Notice of Proposed
Rulemaking (ANPR) to solicit the publics' input on ways to address close human
interactions with wild marine mammals.
http://www.nmfs.noaa.gov/prot_res/MMWatch/MMViewing.html#policy
"Interacting with wild marine mammals should not be attempted and viewing marine mammals must be conducted in a manner that does not harass the animals. NMFS cannot support, condone, approve or authorize activities that involve closely approaching, interacting or attempting to interact with whales, dolphins, porpoises, seals or sea lions in the wild. This includes attempting to swim with, pet, touch or elicit a reaction from the animals. NMFS believes that such activities constitute "harassment" as defined in the MMPA since they involve acts of pursuit, torment or annoyance that have the potential to injure or disrupt the behavioral patterns of wild marine mammals."
En d'autres termes, et même si nous admettons volontiers que ces contacts doivent être sévèrement réglementés - le NMFS pousse ici le bouchon au maximum : plus aucun contact inter-espèce ne sera plus toléré... à part, bien entendu, et tout le monde l'aura aisément compris, celui qui se tient dans l'enceinte d'un delphinarium !
Il faut savoir en effet que le NMFS est infiniment
moins regardant à l'égard du bien-être des dauphins quand il s'agit
d'individus captifs et ne voit aucune objection à ce que des firmes
américaines en importent à tour de bras depuis les eaux cubaines ou
japonaises.
Les rencontres en pleine mer sont la bête noire de ces industriels de la
captivité et comme d'habitude, le législateur américain favorisent les lois
du profit et non celles de l'éthique.
Dauphins captifs en bord de mer !
La volonté publiquement affichée des Marine Mammal Fisheries d'écarter les humains de toute rencontre avec les
dauphins libres va bien évidemment - on est tout de même en Amérique ! - dans
le sens des intérêts de la Grande Industrie.
Tandis que sur toutes les plages du Panhandle, des panneaux indiquent aux visiteurs : " Look from a distance... but don't feed them, harm them, or swim with them". des structures commerciales sont mises en place pour satisfaire les besoins du public et faire tourner l'économie locale.
On
ne s'étonnera donc pas de
voir s'élever à Panama City Beach comme en de nombreux autres points de la
côte de Floride, à quelques mètres des plages et des tribus libres de
dauphins libres... un authentique delphinarium !
Voir
notre article en page "Gulf-World"
Ce qui pourrait être fait
En dépit des informations très insuffisantes dont nous disposons sur les
dauphins locaux, il semble évident que quelques aménagements de base, pris en
concertation avec les autorités locales, pourraient changer grandement les
choses.
La première mesure à prendre de toute urgence serait d'interdire la côte arrière de l'île
de Shell Island – celle donnant sur la ville même de Panama City - à tous les véhicules à moteur.
L'école de voile présente à cet endroit pourrait fournir les voiliers
nécessaires pour des visites limitées. La pratique du kayak de mer, non
intrusive, est également à encourager.
De même, sur la face externe de l'île face au Golfe du Mexique, à l'est du chenal de sortie, il faudrait limiter l'approche des bateaux à moteur à une certaine distance de la côte : les dauphins chassent en effet couramment dans ces zones ou y socialisent entre eux. De la sorte, l'industrie du loisir ne serait que peu lésée dans son
développement, puisqu'il ne s'agit que de quelques miles marins.
Compte tenu de la spécificité des lieux, le contingentement des visiteurs paraît impossible.
Dans l'immédiat, il est urgent de distribuer dans tous les points de location
de bateau, auprès de tous les organisateurs de "dolphin encounters",
un document très simple en 10 ou 20 points, reprenant les consignes de base
pour respecter les dauphins, ne pas les déranger quand ils dorment, mangent ou
socialisent entre eux et reconnaître leurs signaux de communication les plus
simples. Ces recommandations devraient être émises sur un ton convivial, non
contraignant, en insistant surtout sur la prodigieuse originalité des dauphins
au sein du règne animal.
Plus tard, il faudra peut-être envisager la création de petites équipes "Interlock"
soigneusement préparées aux rencontres en milieu naturel et appliquer pour le reste les règles strictes dictées par les
Marine Patrol, en interdisant les baignades «sauvages» et les approches intempestives.
Cette question reste à discuter mais ce qui est clair, c'est que la pression
humaine sur les dauphins de Panama City risque bien un jour de dépasser pour
eux la limite du supportable.
Les mêmes associations et loueurs de bateaux qui vivent aujourd'hui de
l'exploitation commerciale de ces dauphins mais ne leur donnent rien en
retour, n'auront plus alors qu'à se tourner vers les "rencontres
avec les pélicans"... à supposer qu'il en reste !
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Des
dauphins et des hommes à Panama City

Un texte de Denis Richard
Water Planet
Janvier 2002
Ce n'est que depuis environ 20 ans que les dauphins sont devenus très
populaires, particulièrement depuis que la conscience écologique mondiale
a été sensibilisée par les massacres en masse de dauphins dans les filets
des thoniers du Pacifique sud.
Le feuilleton Flipper et les shows des delphinariums contribuèrent aussi à la
popularisation soudaine et démesurée des dauphins, du Tursiops truncatus
en particulier.
Cette demande croissante pour des rencontres avec les dauphins eut pour conséquence
la prolifération d'organisations et de commerces offrants des spectacles
dauphins, des excursions d'observation des dauphins, des programmes de nage
avec les dauphins et des programmes de delphinothérapie.
Même si les massacres dans les filets des thoniers ont grandement diminués, la
pression exercée sur certaines populations côtières de dauphins a
augmenté dû au manque d'éducation avec lequel les « curieux »
approchent les dauphins sauvages. Les dauphins captifs sont soumis à une
pression égale sinon plus importante à cause de la dichotomie existant
dans les lois américaines qui régissent les interactions entre dauphins
et humains. En effet, les dauphins sauvages et les dauphins captifs ont deux
statuts légaux différents. Saisir, toucher, nourrir et utiliser des
dauphins sauvages a quelque fin que ce soit est illégal alors que le même
traitement est autorisé pour des animaux captifs.
Les dauphins sauvages de Panama City ont été un centre d'attention depuis
plusieurs années.
En plus des pêcheurs locaux qui ont une relation privilégiée
avec ces mammifères depuis plusieurs générations, des hommes de science,
des photographes et des touristes viennent des quatre coins du monde pour les
observer et pour interagir avec eux.
Il est vraiment insolite de voir un dauphin sauvage s'attarder autour d'un
nageur pour plus de quelques secondes.
Même si les dauphins sont curieux de nature, il est extrêmement rare de les
voir rechercher un contact régulier avec des humains si ce comportement
n'a pas été récompensé par du poisson. Les dauphins se nourrissent de
manière opportuniste et ils suivent souvent les bateaux de pêche afin de récupérer
les poissons et crustacés jetés par-dessus bord. Ils viendront aussi
occasionnellement prendre un poisson dans les mains d'un pêcheur ou d'un
nageur. Bien que cette interaction soit sans doute inoffensive en elle-même, elle
peut représenter des dangers très réels pour les dauphins si elle est pratiquée
d'une manière systématique et à grande échelle pour les attirer.
Jusque il y a quelques années, la plupart des capitaines de bateaux de tourisme
des environs de Panama City employaient de grandes quantités de poisson
congelé pour attirer les dauphins plusieurs fois par jour.
Ce nourrissage commercial, qui fut aussi adopté par les occupants de bateaux de
plaisance et par les touristes sur des bateaux de location, expose les
animaux à des risques variés allant des infections bactériennes du système
digestif à des irritations et lésions du système respiratoire dues à
l'inhalation de gaz d'échappements, aux collisions avec la coque des
bateaux et/ou coupures d'hélices, ainsi qu'à des perturbations de
certains comportements naturels résultant de la poursuite en bateau ou jet ski,
infection de la peau résultant du toucher et perte de l'instinct naturel
de peur exposant les animaux à des abus prémédités.
Le Service US des Ressources Marines Nationales (National Marine Fisheries
Service) s'est occupé de réglementer les interactions entre humains et
dauphins et de faire respecter les lois de l'Acte pour la Protection des
Mammifères Marins de 1972 (Marine Mammal Protection Act) dans les environs de
Panama City depuis plus de 10 ans.
En 1998, le gouvernement fédéral déléguât la Patrouille Marine de Floride
(Florida Marine Patrol) pour arrêter le nourrissage des dauphins sauvages
qui allait en augmentant chaque année avec la croissance du tourisme. Avec
des avertissements et parfois des procès verbaux, ils distribuèrent aux
bateaux et aux nageurs des publications et matériaux éducatifs du genre
frisbee ou tasse à café illustrée qui disaient « Rendez service aux
dauphins, ne les nourrissez pas. Observez-les à distance car ils sont sauvages
et désirent le rester. »
La même année, le Service US des Ressources Marines Nationales organisa un
atelier à Panama City avec l'espoir de susciter un effort commun des
agences fédérales et locales, des sociétés d'exploitation du tourisme
local et des associations pour la protection de l'environnement pour arrêter le
nourrissage et le harcèlement des dauphins sauvages de la région. Ils
invitèrent la Patrouille Marine, les Gardes Cote, la Police locale, les
tour opérateurs, les agents de location de bateaux, les stations de radio et de
TV locales.
Des représentants de chaque groupe présentèrent leurs points de vue et on décida
de former un comité d'action coordonné par la Patrouille Marine. Ce comité
travaillerait à présenter des suggestions et des propositions qui
puissent servir à passer de nouvelles lois et à mettre en place un programme
de protection organisé par la communauté locale.
Malheureusement, il n'y eu pas de suites sérieuse à cette assemblée et le
projet s'estompa.
Le Service des Ressources Marines Nationales, NOAA et la Patrouille Marine
reprirent leur campagne indépendante d'information et d'application de la
loi en distribuant des amendes allant jusqu'à plusieurs milliers de dollars,
ce qui eut comme effet d'au moins diminuer le nourrissage. Le problème de harcèlement
par bateau et par jetski et le nourrissage dissimulé continuèrent, reflétant
le manque de participation et l'absence de motivation de la communauté
locale. D'après nous, ces aspects du harcèlement auraient pu être solutionnés en
encourageant le travail du comité en question et en favorisant les projets
locaux d'éducation et de protection.
Aucune recherche scientifique consistante n'a encore été menée jusqu'à
présent sur les effets et conséquences de l'interaction entre dauphins sauvages
et humains dans la région de Panama City, à l'exception du travail d'une jeune
scientifique américaine sur le point de publier sa thèse de Doctorat. Cette
étude analyse l'écologie du comportement de
tous les dauphins qui on pu être observés dans les baies et dans le Golfe du
Mexique jusqu'à 3 miles des côtes entre le Cap St. Blas et la partie
ouest de la Baie de Choctawhatchee près de Destin. Les observations récoltées
comprennent l'emploi de l'habitat, la distribution de la population et le nombre
de dauphins dans le périmètre d'étude ; les schémas de déplacements,
associations de groupes et expressions de comportements des dauphins habitués
à la présence humaine par rapport à ceux qui ne sont pas habitués ou intéressés
à ce contact. Un tableau et un horaire des types d'activités et comportements
pour les dauphins observés dans le périmètre d'étude a également été
établi.
Water Planet est une société américaine qui s'occupe de la création et du développement
de programmes éducatifs et éco-touristiques de rencontres avec les
dauphins sauvages de la région de Panama City en Floride. Water Planet
offre également des programmes de motivation pour enfants fragilisés.
Le personnel de Water Planet est établi à Panama City Beach depuis 1996. Bien
que Water Planet ne poursuive pas de recherche scientifique proprement
dite, son équipe a accumulé des années d'expérience d'observation
directe et d'interaction sous-marine avec la population locale de dauphins
sauvages. Ces contacts ont été documentés par la photo et la vidéo.
Bien qu'ils n'aient pas été traités et analysés d'une manière
scientifique, cette expérience et ce métrage représentent tout de même une
source d'information précieuse étant donné que la majorité des
observations et données recoltees jusqu'à présent par les scientifiques
dans la région de Panama City ont été récoltées de la surface.
L'équipe de Water Planet a près de 1000 heures d'observations sous marine des
dauphins sauvages qui, combinées aux documents photographiques et vidéo,
peuvent être employés pour complémenter et corroborer les conclusions de
la recherche scientifique courante. Water Planet est passionné par les relations
humains/dauphins. Sensible à l'équilibre délicat du système écologique
marin local notre organisation désire participer à la protection et à la
conservation des dauphins Tursiops truncatus sauvages des environs de
Panama City en mettant sur pied un programme adéquat de gérance des ressources naturelles
qui saurait inclure et solutionner les problèmes controversés inhérents à la
« nage avec les
dauphins » dans leur milieu naturel.
Un des buts de Water Planet est de soumettre aux autorités d'état et du conté
de Bay un projet de zone protégée qui s'étendrait de la pointe de la jetée
Est pour plusieurs miles vers l'Est, le long de Shell Island et de la
pointe de la jetée Ouest jusqu'à l'extrémité Ouest du State Park. La plus
haute incidence des interactions entre humains et dauphins arrivent dans
ces deux zones. Le type de ces interactions peut être divisé en deux catégories
:
1. Interactions accidentelles ayant lieu dans les zones de friction d'activités
humaines (trafic maritime commerciale et récréatif) et d'activités
propres aux dauphins (activités de chasse, activités dictées par la
topographie des lieux et par leur besoin d'abri.)
2. Interactions intentionnelles initiées par les humains et interactions
intentionnelles initiées par les dauphins.
Si Water Planet promeut une approche informée des dauphins sauvages en temps
qu'outil de conservation, il est important de souligner que tous ses
clients reçoivent des instructions précises quant aux directives
d'interaction et quant à l'attitude appropriée pour approcher des dauphins
sauvages.
Ils sont également informés sur les rudiments de la
physiologie, l'organisation sociale et le système de communication des
dauphins. Les lois fédérales régissant l'interaction avec les mammifères
marins leurs sont également expliquées.
Le personnel de Water Planet est persuadé que l'éducation et les contacts
contrôlés avec les dauphins sauvages peuvent pallier à la plupart des idées
préconçues qui peuvent pousser au harcèlement.
Water Planet désire continuer cette collaboration et aussi rendre possible des
échanges entre les scientifiques locaux et la VUB (Free University of
Brussels). Le professeur Joiris, qui enseigne au sein de cette univsersité
bruxelloise, considère d'ailleurs Panama City comme un lieu idéal pour la
recherche et l'occasion d'établir une base d'observation et d'étude pour
des élèves en biologie de la VUB préparant leur travail de licence ou de
doctorat. Claude Joiris, Gérard Lippert et Denis Richard (président de Water Planet)
sont restés en contact dans l'optique de mettre sur place ce projet avec
la collaboration de Wanda Jones et si possible de « Gulf Specimens » à
Panacea et «Mote Laboratories» à St. Petersburg.
En août 2001, le professeur Joiris envoya à titre d'essai un de ses étudiants
en biologie, Grégoire Germeau, à Water Planet pour faire un stage
pratique de 3 mois dans le cadre de son mémoire de fin d'études. Ce projet
fut financé par une bourse de Delphus (Prix Delphus), par la VUB, par l'étudiant
et par Water Planet.
Le 19 décembre 2001, le professeur Joiris (VUB), Gérard Lippert et Jean-Pierre
von der Beck (Delphus), Denis et Nathalie Richard (Water Planet) se
rencontrèrent à la VUB pour discuter du futur développement de ce
projet, de la nature de leur collaboration et de la répartition de leurs
responsabilités respectives.
Water Planet proposa de fournir la structure pratique aux étudiants :
Orientation, logement, transport local, instruction en matelotage, accès
aux bateaux et directions aux zones d'observation des dauphins sauvages et
contacts avec les scientifiques et les organisations locales. Delphus proposa de
continuer son support financier "Prix Delphus" et d'employer son
pouvoir médiatique pour gagner un support plus important.
Claude Joiris proposa de poursuivre sa correspondance avec les chercheurs
scientifiques locaux, en ce compris Randy Wells du Mote Laboratory et de
faire une demande officielle de permis de recherche à National Marine
Fisheries Service à Washington DC. Il envisage aussi de se rendre en Floride personnellement
pour établir un contact personnel avec Randy Wells et pour rencontrer les
chercheurs scientifiques locaux. Il fut aussi décidé que la poursuite de
ce projet dépendrait en grande partie du rapport de Grégoire Germeau qui
doit être bientôt remis au professeur Joiris et de la qualité de son travail
de licence.
Denis Richard
January 2002
Water Planet
5605 Sunset Ave. B
Panama City Beach, FL 32408
Te/fax: 850 230 5030
e-mail: info@waterplanetusa.com
URL: www.waterplanetusa.com
Juillet
2003 : aucun rapport ne semble avoir été publié par Delphus ou le Professeur
Joiris ni aucune mesure de protection particulière prise depuis que ce texte
nous a été communiqué. Notons également que de sévères réserves doivent
être faites quant au travail de Randy Wells, essentiellement financé par la US
Navy et le lobby des delphinariums. Les méthodes intrusives de ce chercheur ont
d'ailleurs été souvent dénoncées.
(YG)
Première rencontre
Ce témoignage a été rédigé peu de temps après ma toute première rencontre avec un
dauphin libre. Il y en eut bien d'autres par la suite mais celle-ci, qui advint
aux alentours d'octobre 1995, fut sans doute primordiale puisqu'à dater de ce
jour précis, je suis devenu le plus féroce adversaire des delphinariums qui
soit au monde. Ce dauphin m'a-t-il adressé un message que je n'aurais su lire le jour même ?
Ce n'est pas impossible.
Car nous ne savons finalement rien d'eux....
La mer.
Chaude, immense, cristalline, étale sous le soleil d'octobre.
Plus de plage, plus de port, et personne alentours.
Notre bateau erre au hasard.
L'heure est propice, paraît-il, mais qui peut savoir où et quand la rencontre aura lieu ? Alors, bien sûr, tous les regards scrutent l'eau. La tension monte.
Les coeurs battent fort. Puis tout à coup, un passager se redresse, un doigt se
tend , un cri:
-" Là-bas, regardez ! Les voilà ! LES VOILA !"
Rôdant sans doute depuis plusieurs minutes à quelques mètres sous le bateau, ils
surgissent, en effet, un par un, somptueux, avec ce bruit si net et caractéristique du souffle expulsé par l'évent.
Deux, trois, cinq, dix ailerons gris émergent et fendent la surface presque
lisse de l'eau dans notre direction.
On dirait des requins. Mais d'un bond qui révèle le ventre encore rose, un dauphin nous détrompe.
Ce sont bien eux, nos frères, nos cousins de l'océan, véritables torpilles vivantes gainées de satin gris, qui tracent à vive allure et s'approchent de
notre embarcation, comme autant de joyeux indigènes faisant fête à des explorateurs.
Un jeune jaillit à bâbord, relevant son rostre, orientant vers nous son oeil coquin et replongeant dans une gerbe d'écume.
Un autre survient par tribord, bec béant, découvrant ses dents couleur d'ivoire.
Il se tient un moment, tête bien droite hors des flots, l'air surpris, amusé.
Pourquoi sont-ils ici ? Que viennent faire auprès de nous ces habitants de la Planète Bleue, ces fascinants intraterrestres doués d'une formidable
intelligence ? Et celui-ci, surtout, qui semble patienter non loin de la coque, l'aileron bien immobile sous la surface de l'eau.
Chaussant mes palmes en toute hâte, je me prépare à le rencontrer.
Plongeon. D'abord, les flots tièdes m'aveuglent dans une confusion d'écume.
Puis peu à peu, derrière la vitre du masque, une silhouette blanche se matérialise, tel un ange pâle au sein des ténèbres bleutées.
C'est un grand Tursiops - mâle ou femelle, allez savoir ! - dont la peau est
toute griffée de cicatrices.
Il se tient là, à une distance d'un
mètre à peine.
Un animal sauvage, ne l'oubliez pas !
Et libre, indépendant, venu du fond des mers, dangereux peut-être, avec son rostre percutant et ses dents aiguës, capables d'éventrer les requins d'un coup
d'estoc....
Pourtant, le premier sentiment qui me saisit à cet instant, c'est celui d'une confiance absolue et totale.
Oui, j'ai peur mais de l'eau, des profondeurs obscures, et non pas de ce grand dauphin de quatre mètres qui demeure devant moi, le regard frontal planté dans
mon regard, le corps maintenu à la verticale, mystérieusement serein.
Et puis il parle !
Un coup de sonar me darde de la tête aux pieds et la mer s'emplit de sons étranges: sifflements, claquements légers, modulations suraiguës à la limite de
l'inaudible.
Il me parle et l'on dirait qu'il veut communiquer, me transmettre un message, dans une langue incompréhensible mais qui semble s'accompagner de sensations
profondes, d'images, d'émotions.
De la télépathie ? Je n'en sais rien. Comme dans un conte de Noël, comme dans
une légende, un animal est en train de m'expliquer quelque chose. Mais de quoi parle-t-il ? Qu'essaye-t-il de me dire ?
A mon tour, je lui réponds avec des gestes maladroits, de pauvres sons qui font
des bulles.
Je tente de lui crier, de toute la force de mes pensées, que je le comprends et
que je l'aime et que cela fait des années que je soupçonne sa sagesse.
Sans bouger, il m'écoute.
Puis doucement, tout doucement, il avance son rostre vers ma main, entrouvre son
museau et un geste d'une infinie délicatesse, il me saisit l'extrémité des doigts...
- "Nager ? Veux-tu nager ?" semble-t-il vouloir dire.
Bien sûr, et il m'entraîne. Comme deux vieux amis, nous partons côte à côte,
sans nous quitter des yeux, parallèle l'un à l'autre, à grands coups de caudale
grise et de palmes fluo. Nous nageons, vite et fort, fonçant presque comme des hors-bord et peu m'importe où nous allons.
Ensemble, nous remontons vers la surface en faisant le gros dos, ensemble nous replongeons d'un seul mouvement merveilleusement sychrone, comme s'il y avait
là, non pas un mais deux dauphins...
La mer est sans limite, et le temps n'existe plus. Nager. Toujours plus loin. En
compagnie du meilleur nageur que la terre ait jamais connu. Le plaisir est total.... et s'achève brusquement.
D'un dernier élan sinueux du corps, la formidable masse de muscles et de
neurones prend congé et disparaît dans les grands fonds obscurs tandis que le bruit du sonar s'amenuise, me laissant bientôt seul, ému, heureux.. .et déjà
nostalgique.
Je reviendrai, ami dauphin, sois-en certain.
Je reviendrai dans ton univers bleu.
Et nous nagerons encore, et nous parlerons encore... si toutefois d'autres hommes
ne t'ont pas fait mourir.
Article publié dans le magazine belge INTUITIONS en 95