Pour en finir avec la captivité animale

Planckendael bonobo en hiver

Bonobo en hiver à Planckendael

 

1. L’expérience mentale 

L’éthologie cognitive, qui fut fondée par un spécialiste de l’écholocation chez les chauve-souris, le Dr Donald Griffin, a pour la première fois postulé en termes scientifiques une évidence bien connue de tous les propriétaires d’animaux familiers :
C’est en admettant l’existence d’une réalité psychique effective chez les animaux non-humains, en reconnaissant chez eux l’action d’une pensée propre, d’un monde mental intérieur plutôt que le seul moteur d’instincts automatiques, que l’on se trouve le mieux à même d’expliquer la plasticité extraordinaire de leurs comportements et de leurs stratégies d’existence, seules à même de répondre aux aléas du monde par des solutions neuves.

« Il n’est pas plus anthropomorphique au sens strict du terme » insiste Donald Griffin «de postuler l’existence d’expériences mentales chez d’autres espèces animales, que de comparer leurs structures osseuses, leurs systèmes nerveux ou leurs anticorps avec ceux des humains « . 

De telles expériences mentales varient bien évidemment en qualité et en nature selon le niveau de développement neuronal et de l’équipement sensoriel, puisque les structures du cerveau et le fonctionnement de la conscience se trouvent étroitement corrélés.

Charles Darwin, le tout premier, a reconnu que l’évolution des capacités cognitives, tout autant que celle des caractères physiologiques, se modifiaient par degré. 
Pour lui comme pour ses continuateurs, il n’y a aucune solution de continuité ou rupture ontologique quelconque entre le psychisme de la méduse et celui de l’être humain mais simplement, «ajout de complexité».


 

2. Les cinq niveaux de conscience 

Niveau 1
Chez les plantes, les éponges, les amibes, les méduses, les coraux et de manière générale, chez tous les organismes dépourvus de système nerveux central, on peut dire que la vie psychique se résume à celle d’un ordinateur ultra-perfectionné. La sensation y engendre l’action, par le biais de schémas génétiquement inscrits, sans qu’il y ait prise de conscience de cet acte ni de la personne qui la pose. La souffrance est donc absente de ce monde : si l’on pique une éponge de la pointe d’une aiguille, il faut plusieurs minutes avant que l’influx nerveux ne se répande dans tout le corps de proche en proche et personne, c’est à dire aucun sujet, ne prend réception du message «in fine».

 

http://fran.cornu.free.fr/affichage/affichage_nom.php?id_espece=237&num_visu=4

Spongiaire.

 

Niveau 2
Dès lors pourtant qu’un être vivant se trouve doté d’un cerveau central ou de son équivalent – les ganglions cérébroïdes sub-oesophagiens des hyménoptères, par exemple – il dispose par là-même d’une « conscience de soi » au moins élémentaire. Celle-ci représente simplement le « noyau éprouvant » vers lequel convergent les données diffuses du monde externe ou interne mais aussi ce qui leur donne sens en les associant.

Les insectes, les mollusques et les arachnides, possèdent ce type de cerveau centralisateur à différents niveaux de complexité. Les vagues prémisses d’une mémoire et d’un sens du futur apparaissent timidement, un début de libre– arbitre s’ébauche chez la fourmi, certains apprentissages sont possibles chez les diptères et les guêpes maçonnes. Rappelons tout de même que d’aussi simples outils mentaux, multipliés en millions d’exemplaires, ont permis l’éclosion de cultures tout à fait remarquables chez les insectes sociaux. Avant l’homme, la fourmi fut la première à
pratiquer l’agriculture, l’élevage, l’esclavage et la guerre !

A ce stade, la souffrance est ressentie.
S’il y a lésion, le message de douleur est transmis vers un sujet central. Il y a aussi fuite, agonie, résistance, combat, il y a une volonté de vivre intense chevillée au cœur de l’animal mais il semble que ces états mentaux soient vécus «comme en sommeil», sans vraie prise de conscience.

La plupart des actes posés par un insecte proviennent directement d’encodages génétiques, qui déroulent tout au long de l’existence une série d’éthogrammes obligés. Dans ses «Souvenirs entomologiques» Jean-Henri Fabre a bien montré comment certains coléoptères pouvaient continuer à nourrir leurs petits même si ceux–ci leur étaient enlevés.

En revanche, la pieuvre, qui n’est qu’un simple mollusque, a développé son intellect de manière inouïe et s’est dotée d’une vraie pensée, proche de celle des mammifères. Mais il est vrai que ses structures neuronales se sont
développées à l’extrême.

A un niveau encore plus élevé se situent les poissons, les batraciens et les reptiles. Ici encore, un grand nombre de ces espèces ont développé des capacités cognitives supérieures tout à fait extraordinaires. Le mérou, par exemple, est un poisson très intelligent, le crocodile dispose d’une vie sociale complexe et prend soin de ses petits,  l’iguane peut être apprivoisé, etc. Nous avons là affaire à des individus.

fourmi-moissonneuse http://insects.about.com/od/antsbeeswasps/tp/all-kinds-of-ants.htm

Fourmi

 

Niveau 3 
L’oiseau et le mammifère franchissent un nouveau pas : le «Je» diffus immergé dans l’action devient un véritable «moi » social, qualifié par les autres et par son histoire propre. Les liens familiaux et la communication inter-individuelle deviennent de plus en plus intenses, tout autant que la compétence à saisir les choses au-delà de leur immédiateté.

Les stratégies de chasse et les jeux sociaux représentent à cet égard un bel exemple de réflexion intellectuelle simple, fondée sur des raisonnements linéaires du type « si-alors » et sur des chaînes d’icônes mentales non-conceptuelles. La mémoire et les émotions structurent pleinement le champ mental : la compréhension du monde s’affine. Déjà, de véritables «pics d’intelligence» sont atteints, toujours en lien direct avec le volume absolu du cerveau : le perroquet ou le corbeau disposent de capacités cognitives similaires à celles des grands singes, les mangoustes utilisent un proto-langage pour désigner leurs prédateurs et prennent soin de leurs malades, etc.

Quant au ressenti de la souffrance, il est à ce stade identique au nôtre, puisque toute la gamme des émotions qui sont les nôtres – amour, colère, peur, joie, angoisse, tristesse – existent chez ces animaux. La question du sujet ne se pose plus : il y a déjà là une «personne».

 

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Les corbeaux utlisent des outils

Niveau 4 
Avec les grands singes, les éléphants, les félins, les loups et la plupart des autres «grands mammifères», l’encéphalisation continue d’augmenter et le sentiment du « Je » s’individualise davantage encore.
L’animal se dote d’un nom propre (« long calls » chez les bonobos, feulements identificatoires chez la panthère, etc. ) et touchent aux premiers stades du monde mental symbolique.
Les hurlements modulés du loup, les infrasons de l’éléphant, les gestuelles complexes du chimpanzé, les « signes de piste» en branches diversement brisées selon qu’ils indiquent la gauche ou la droite et que posent le bonobo à l’usage de ceux qui le suivent, appartiennent indéniablement à l’ordre du symbolique et véhiculent déjà des concepts abstraits, tels que verbes d’action, injonctions, mises en garde, des instructions pour la chasse, etc.

Ce type de communication peine cependant à relater des événements non-présents. 
On peut attirer l’attention de l’autre et lui enseigner une méthode pour extraire les fourmis avec un bâton, mais il est difficile d’évoquer verbalement un événement qui s’est passé six mois plus tôt ou qui se passera le mois prochain.
Ces limites nous sont apparentes à l’écoute des conversations que mènent les chimpanzés lorsqu’ils s’expriment en Ameslan et qui sont proches de celles d’un enfant de quatre ou cinq ans.

En revanche, l’individu pratique aisément – et souvent mieux que l’être humain – la « lecture de pensée » : il imagine ce que l’autre pense et se comporte en conséquence. Les grands chasseurs, tigres, hyènes, chacals, etc. sont certainement les champions de cette discipline, eux dont le métier consiste précisément à prévoir à l’avance les réactions de leurs victimes et à se mettre «à leur place» en pensée. Le maintien au sein du groupe d’individus âgés, jouant le rôle d’aïeuls, renforce encore le processus et permet le transfert de traditions complexes sur plusieurs générations. On parle ici de « cultures animales ».

Les animaux qui ont atteint ce stade supportent très mal la captivité. Leur monde mental ne se résume certainement plus à la simple satisfaction des besoins immédiats. L’absence des proches, de la famille, du clan, du territoire de naissance, le manque d’espace, l’ennui, le regret du passé et le désespoir face au futur font de leur séjour au zoo un véritable enfer. Et ne parlons pas ici des horreurs de la vivisection ou des expériences médicales menées sur les grands singes…
Chez ces êtres, la pensée fait boucle sur elle-même. Il s’agit là pleinement de « personnes non-humaines ».

 

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Des guerriers chimpanzés patrouilent le long des frontières de leur territoire.

 

Niveau 5 

Au-delà de ces capacités cognitives déjà impressionnantes, certaines espèces animales semblent avoir franchi un pas définitif et accédé à un niveau de conscience de complexité équivalente ou supérieure à celui de l’être humain, qui n’est après tout qu’un grand singe. Cette révolution s’est produite chez l’homme, avec l’apparition d’un vrai langage articulé, susceptible de porter témoignage d’un passé même lointain et d’annoncer l’avenir ou les concepts abstraits.

Hal Whitehead, le spécialiste des cachalots, dit à ce propos :
«Il semble possible que les sociétés de cétacés et particulièrement celles qui dispose d’un système de groupes matrilinéaires stables, telles que ceux des orques, des cachalot ou des globicéphales, soient dépositaires de cultures qui sont qualitativement plus proches des cultures humaines que ne peuvent l’être celles des mammifères terrestres»

Au terme de travaux scientifiques d’une rigueur remarquable, le chercheur russe Vladimir Markov a effectivement mis à jour les grandes structures d’une syntaxe delphinienne utilisée par les Tursiops en Mer Noire. Les recherches de Paul Spong sur les dialectes des orques, ceux de Denise Herzing sur la communication chez les dauphins tachetés des Bahamas, ceux de Hal Whitehead à propos des «codas » des cachalots, la capacité des dauphins de Louis Herman à user de la grammaire anglaise, semblent à l’évidence confirmer que les cétacés parlent un vrai langage et qu’ils l’enseignent à leurs enfants.
L’individu est parfaitement conscient de lui-même, bien sûr. Il réfléchit, se remémore et manipule avec habilité les éléments de l’espace mental, associant les pensées en chaînes de plus en plus longues grâce à l’outil du langage qui permet cette prouesse. Il cherche aussi à mieux comprendre le fonctionnement du monde et même, selon Roger Payne ou Ken Levasseur,  se met à créer des mythes et des récits sous forme de longues sagas chantées !

Quant au sens de la Mort, de l’au-delà, du Divin, du Juste ou du Beau, il semble bien que tous ces sommets psychiques aient eux aussi été atteint par divers animaux, dès le quatrième stade de conscience et peut-être plus tôt : les cachalots meurent toujours en se tournant vers le soleil, éléphants et dauphins procèdent à de véritables rituels funéraires (ce qui implique nécessairement l’idée que le mort survit quelque part), les chimpanzés se livrent à une « Danse de la Pluie » lors des grands orages, frappant le tronc d’un arbre pour défier le Ciel en colère, tels de nouveaux Nemrod. Le soir, ils se rassemblent en rang sur une colline pour contempler en silence le soleil qui se couche et admirer ses couleurs, hallucinantes en Afrique. Chaque année, les baleines à bosse inventent de nouveaux chants plus subtils et plus beaux, etc.

La mort de ces «animaux» n’est donc jamais anodine et les dresseurs de dauphins savent mieux que personne à quel point la mort d’un captif est un deuil pour chacun, dans le bassin et hors du bassin.

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Une clan de dauphins en déplacement. Celui-ci s’intègre au sein d’une tribu, qui elle-même fait partie d’une nation locale, comme chez les Indiens d’Amérique.

Il s’agit là de peuples et de nations et d’autres modes de contacts que ceux de la dominance doivent être envisagés d’urgence pour traiter avec eux. Un dialogue réel est possible, un échange de cultures mais pour l’heure, peu d’êtres humains sont prêts à l’admettre.


3. L’Homme et la Bête : quelle différence ? 

Ces données sont nouvelles.
Elles représentent pour l’humanisme classique une véritable révolution et suscite, on s’en doute, de violentes résistances.
Jusqu’ici, en effet, les chercheurs se fondaient essentiellement sur le courant de pensée nommé « béhaviorisme » lequel prend pour axiome de ne jamais envisager l’animal –non-humain –comme étant pourvu de conscience ou de libre arbitre.

Cette vision spéciste et anthropocentriste du monde trouve son origine dans la pensée de René Descartes et sa célèbre théorie de l’animal-machine. Selon Descartes, le non-humain agit comme un robot, sans conscience de ses actes et uniquement porté par des instincts pulsionnels immuables. Pour ses continuateurs, – Skinner, Premack, Pinkler – ces instincts seraient en outre transmis génétiquement et ne relèveraient en rien d’une «culture ». Cette disqualification radicale des compétences cognitives non-humaines ne se fonde nullement sur une pensée rationnelle, mais bien plutôt économique.

« En traçant une limite stricte entre l’Homme et la Bête » précise Keith Thomas, « le but principal de nos théoriciens modernes était surtout de justifier la chasse, la domestication, l’ingestion de la chair d’un animal mort, la
vivisection – qui devint une pratique scientifique courante dès le 19e siècle -et l’extermination à large échelle de la vermine et des prédateurs « . 

Bref, pour beaucoup d’humanistes de la vieille école, tant religieux qu’agnostiques, la prééminence de l’être humain sur le plan de l’intellect est un dogme, une conviction d’ordre affectif presque désespérée, et non pas une certitude scientifique. L’anthropocentrisme nous rend à cet égard particulièrement incapable d’appréhender la possibilité d’une conscience autre, « exotique  » selon le mot du neurologue H.Jerison, mais parfaitement complète et adaptée au besoin du biotope qui l’engendre.

Il n’en demeure pas moins qu’à la lumière des connaissances éthologiques et neurologiques actuelles, il est désormais impossible de nier le fait que les animaux non-humains supérieurs – autrement dit dotés d’un encéphale – sont des êtres sensibles à la souffrance et au bien-être, et non des « choses» inertes comme nos lois le prétendent.

Il est donc invraisemblable qu’au 21e siècle, ils soient toujours envisagés comme des objets alors que nous savons pertinemment qu’il s’agit là d’une vue scientifiquement fausse.
Et puisque tous sont capables d’éprouver de la douleur ou du plaisir en conscience, tous sont en droit de bénéficier d’une protection légale au moins élémentaire, qu’ils soient sauvages, domestiques ou destinés à l’agrément, articulée en six droits de base :

  Le droit pour l’animal d’être à l’abri de l’exploitation de la cruauté, de la négligence et des abus de toutes natures.

Le droit pour l’animal de laboratoire de ne pas faire l’objet d’expériences scientifiques douloureuses et inutiles.

  Le droit pour l’animal d’élevage ou maintenu en captivité de bénéficier d’un environnement qui satisfasse à ses exigences éthologiques et physiologiques élémentaires

  Le droit pour l’animal de compagnie de bénéficier d’une alimentation saine, d’un encadrement protecteur et de soins médicaux appropriés

Le droit pour l’animal sauvage de bénéficier d’un habitat naturel, écologiquement adapté à une existence équilibrée et à une reproduction auto-suffisante de l’espèce

  Le droit pour l’ensemble des animaux précités de voir leurs intérêts représentés par un tiers devant une cour de justice et sous la protection des lois nationales.

Ces revendications n’ont rien de folkloriques : elles constituent le fer de lance du combat de la Ligue Française des Droits de l’Animal – dont Théodore Monod était membre-, elle est au couœur des revendications du Great Ape Project et du Nonhuman Rights Project et ne vise finalement qu’à mettre en phase l’évolution de la morale et les acquis de la science.
Voilà où doit se mener le prochain débat sur la cause animale, voilà le fondement même d’une justice élargie à tous les habitants de cette planète – humains ou non-humains.

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Orques en esclavage


La captivité : une torture atroce et quotidienne 

Chaque espèce vivante, on vient de le voir, est équipée d’un outillage cognitif et sensoriel unique, élaboré au cours de l’évolution pour correspondre au mieux aux contingences d’un biotope précis, avec lequel cette espèce fait corps et dont elle est inséparable.

La souplesse, la vitesse, la vision de nuit et les remarquables facultés de raisonnement de la panthère sont parfaitement profilés pour la chasse en savane. Les yeux frontaux, les mains préhensibles, la perception fine des couleurs et des formes sont nécessaires aux grands singes qui circulent dans les forêts profondes et sautent de
branches en branches.

Le dauphin est équipé à tous niveaux pour parcourir à vive allure l’espace immense et les ailes de l’oiseau sont faites pour l’emmener en plein ciel.

Gorille au Zoo d'Anvers. Photo YG

Gorille au Zoo d’Anvers. Photo YG

 

Retiré de ce milieu pour lequel il est fait et au sein duquel ses compétences trouvent leur plein épanouissement, l’animal n’est plus que l’ombre de lui-même.

On le prive de tout ce qui fait l’essentiel de sa vie : activités autonomes, chasse, pêche, recherche de partenaires, socialisation, vie sexuelle, éducation des petits, exploration de territoires nouveaux, jeux de pouvoirs, conflits, communication, alliances, etc.

A la place, le confinement, l’oisiveté, la dépendance et le climat de tension permanente due à la présence de l’homme infligent donc à l’animal captif une souffrance continue. Celle-ci est attestée de manière objective par les irrépressibles pulsions de fuite et les comportements aberrants (zoopsychose) que l’on observe chez la plupart des animaux maintenus en cage. Bien que psychique et non physique, cette douleur n’en est pas moins réelle puisque elle tue bon nombre d’animaux chaque année. Sous le coup du désespoir, les défenses immunitaires peuvent tomber brusquement.

De bonnes raisons de souffrir ?

1. Au point de vue scientifique, les informations que peuvent fournir les animaux captifs sont désormais de peu de valeur. A peu près tout a été découvert de leurs fonctionnements physiologiques mais nous ne savons presque toujours rien de leurs comportements, de leurs cultures et de leurs modes de vie en milieu naturel.

Qui étudie aujourd’hui le monde mental de l’oryctérope ou du kinkajou ? Qui observe les relations sociales et de la communication chez le lori lent  ou chez la mangue brune ?
Pas les Zoos, en tous cas, qui en seraient bien incapables mais n’en conservent pas moins ces différentes espèces sous clés.
En aucune manière, l’observation d’un animal captif ne peut nous informer sur ses capacités cognitives et sociales.
Nous n’avons plus devant nous qu’un être malheureux et malade, psychiquement diminué, musculairement affaibli, une enveloppe vide à la ressemblance d’un animal réel, un papillon piqué sur une plaque de liège.
Les zoos ne sont plus pertinents au niveau de la recherche.

2. Au point de vue pédagogique, on sait que le zoo est d’abord un lieu où l’on se divertit et non où l’on apprend.
Ce sont les familles, les enfants, les vieilles dames, les jeunes couples qui viennent s’amuser au parc animalier le dimanche et non les étudiants en biologie ou d’autres scientifiques.
Les zoos sont encore de  simples collections de créatures sensibles arrachées à la vie sauvage et maintenues contre leur  gré dans des enclos artificielles. Leur présence est principalement justifiée par la demande du  public, qui désire observer des « oiseaux rares » en guise de détente dominicale.

En outre, force est de constater que l’information fournie aux visiteurs est minimale. De minuscules étiquettes posées sur un coin de cage, origine, nom latin, courtes explications sur quelques petits panneaux que la plupart des visteurs de lisent même pas.

En sait-on plus sur les cultures animales quand on ressort d’un Zoo ? Cela vaut-il vraiment la peine de maintenir des animaux pour un bilan si maigre, alors que les voyages à bas prix et les médias de toutes natures nous offrent une image autrement plus complète du monde animal ?

3. Au point de vue de la conservation des espèces en danger, enfin, on reconnaît aujourd’hui que les tentatives de réinsertion d’animaux nés captifs se concluent invariablement par d’atroces tragédies. On gardera longtemps en mémoire l’image filmée de cette jeune guenon chimpanzé que l’on venait de relâcher en pleine jungle et qui s’accrochait à sa brosse à cheveux, son dernier jouet, incapable de comprendre ce qui lui arrivait et pleurant pour qu’on la ramène chez ses vrais parents, les humains….

Ceux qui croient ces réinsertions possibles ont tendance à se représenter l’animal comme un être d’instinct, génétiquement programmé et donc capable de retrouver l’essentiel de ses comportements de survie une fois remis en liberté. Ce n’est malheureusement pas le cas. Toutes les cultures trans-générationnelles sont détruites par la captivité et l’animal se révèle donc incapable de se nourrir en milieu sauvage ou même d’élever ses propres petits dans le contexte de la captivité.

Les captifs libérés peuvent en outre introduire des maladies au sein des espèces sauvages et dans le cas des espèces sociales (éléphants, cétacés, singes, etc.) ces enfants étant sans «lignée », sans parent, sans clan d’appartenance, ils s’intègrent difficilement aux communautés existantes, à moins que l’on en retrouve leur famille d’origine.

Enfin, de nombreuses espèces présentes au zoo ou dans les aquariums ne sont nullement des espèces en danger et leur reproduction ne se justifie pas. Les espèces sont en fait choisies en fonction de leur valeur-spectacle.
Un panda importé de Chine ou un koala d’Australie font venir plus de monde au Zoo et permettent de meilleures rentrées qu’un exemplaire rarissime de passereau européen !

La véritable conservation des espèces en danger passent d’abord par la préservation de leur
écosystème, démarche dont les Zoos ne se soucient que fort peu et qu’ils auraient même intérêt – si on suit leur logique – à ne pas encourager.
Leur théorie est en effet celle de l’Arche, celle de Noé, ce qui veut dire en substance :
« Puisque l’Afrique est devenue l’enfer qu’on sait, rapatrions les singes, les impalas et les léopards dans nos cages et attendons que l’orage passe. Dans quelques millénaires, quand la terre sera redevenue un jardin fleuri, nous les libérerons à nouveau et ils repeupleront leurs forêts ! ».
Mensonges !

Si on laisse l’être humain poursuivre son oeuvre de destruction, la Terre ne redeviendra jamais ce qu’elle a été.
C’est maintenant, tout de suite, qu’il faut la protéger.

Orang-outan à Duisburg. Photo JP Vonderbeeke

zoo