Pourquoi les zoos et les delphinariums doivent devenir des sanctuaires

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Pourquoi les zoos et les delphinariums doivent devenir des sanctuaires

Emphasizing Animal Well-Being and Choice: Why Zoos and Aquariums Should Become Sanctuaries

Lori Marino, Neurobiologiste

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Un mot court sur toutes les lèvres aujourd’hui, lorsqu’on parle d’animaux en captivité : c’est celui de sanctuaire.
En mai dernier, le Whale Sanctuary Project a été dévoilé au public, avec l’annonce que nous allions construire le premier sanctuaire marin en Amérique du Nord pour les orques et les bélugas anciennement captifs. Dans le même temps, l’Aquarium national de Baltimore révélait son intention d’établir un sanctuaire dans une mer chaude pour les huit dauphins actuellement en sa possession.

Les zoos et les aquariums, qui figuraient autrefois parmi les institutions culturelles les plus chéries et les plus inattaquables, sont maintenant secoués par une « tempête de conscience » de la part du public, soucieux du sort des animaux dans ces établissements. En conséquence, ils doivent désormais faire face à quelques questions très difficiles concernant les affirmations qu’ils tiennent depuis des décennies. Et pour la plupart d’entre eux, ils sont bien en peine d’y répondre.

 

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L’orque Valentin est mort à 19 as au Marineland d’Antibes alors que l’espérance de vie d’une orque mâle dans de bonnes conditions est de 50 ans et plus. Les conditions ne sont-elles pas bonnes au Marineland, qui a perdu toutes ses orques avant 30 ans ?

 

Dans les années 1960 et 70, en réponse aux premières préoccupations concernant les espèces en voie de disparition, les delphinariums et les zoos ont tenté de se réinventer en tant que lieux d’éducation et de protection de la biodiversité.
Mais ils ne l’ont pas fait vraiment. Au lieu de cela, ils se sont contentés de se recouvrir d’une fine patine d’honorabilité, se drapant dans les mots à la mode et des publicités suggérant une action vigoureuse pour la conservation et la pédagogie, alors qu’ils ne font rien. Tout à coup, les bassins de contention sont devenus des « habitats pour les dauphins » et les enclos des ours polaires ont été peints de scènes artistiques représentant l’Arctique. Et c’est à ce stade que ses trouvent à peu près tous les zoos aujourd’hui. Mais ces changements superficiels ont peu à voir avec la science, l’éducation et la conservation authentique.

En 2016, trois évidences sont incontestables : le bien-être des animaux dans les zoos et les aquariums reste faible, l’impact en faveur de la conservation des animaux sauvages est minime, et ces institutions n’influencent guère les préoccupations du public pour la vie sauvage.

Tout d’abord, beaucoup d’animaux souffrent de très mauvaises conditions de vie dans les zoos et aquariums.
A cet égard, le données de la science ne sont pas négociables : de nombreux animaux comme les cétacés, les ours, les éléphants, les primates, les grands félins, certains poissons, et bien d’autres espèces sont incapables de se développer sainement et de prospérer dans un zoo. Ceci n’est plus une question discutable, qui n’est pas non plus fondée sur des opinions. Les faits sont là.

 

 

Deuxièmement, les efforts de conservation de la plupart des zoos sont très limités.
Les résultats nous montrent qu’à l’exception de quelques rares succès comme la réintroduction du condor de Californie, la plupart des zoos et aquariums ne parviennent pas à réintroduire ou à revigorer les espèces en voie de disparition à l’état sauvage. Les éléphants en sont l’exemple le plus évident. On les enferme au zoo depuis des décennies et aucun d’entre eux n’a jamais été remis en liberté dans son milieu naturel pour relever la diminution des populations sauvages en Afrique ou en Asie.

En fait, c’est tout le contraire.
Tout récemment, le Fish and Wildlife Service des Etats-Unis a autorisé trois zoos américains à importer dix-huit éléphants sauvages depuis le Swaziland. Pour les éléphants et beaucoup d’autres animaux, les zoos sont un aller simple pour le show business.
Il en va de même avec les pandas chinois : il y a eu des centaines produits par l’élevage en captivité, mais seulement quelques-uns ont été réintroduits sur leur  terres indigènes.
De ceux-ci, seuls trois ont survécu.

 

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Trois pandas seulement ont été remis en liberté de manière efficace depuis le début des programmes de reproduction. Ce n’est pas ce qu’explique le directeur de Pairi Daiza, Eric Domb, au premier ministre chinois en présence d’Elio Di Rupo et des souverains des Belges.

 

Troisièmement et enfin, les zoos et aquariums encore soutiennent que le fait de voir des animaux « en vrai » promeut des valeurs et des comportements de conservation dans le public. Aucune preuve n’en a jamais été donnée à ce jour. Nous regardons les éléphants tourner dans leur fosse depuis au moins trois siècles, mais cela n’empêche nullement qu’ils soient aujourd’hui au bord de l’extinction. En fait, une extinction massive est en train d’avoir lieu, malgré le fait que des centaines de millions de personnes ont visité les zoos et aquariums.

Le modèle ne fonctionne tout simplement pas.

 

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Eléphant à Planckendael. Le dernier bébé y est mort d façon tragique. Photo YG

 

Mais alors, quelle est la solution?
Dans un monde idéal, notre espèce cesserait simplement de détruire le reste de la planète et d’exploiter les autres animaux. Un premier pas dans cette direction serait de changer notre concept de ce qui constitue une relation appropriée aux autres êtres vivants avec lesquels notre partageons cette même Terre. Et la première étape, la plus concrète et la plus facile serait de commencer à penser à la restauration, la réconciliation et la restitution sous forme de sanctuaires.

Qu’est-ce qui distingue un sanctuaire d’un zoo?
Les priorités.
Dans un zoo ou un aquarium, la priorité est l’expérience du visiteur, qui, à la fin, se traduit par des revenus versés au zoo.
Dans un sanctuaire, la priorité est la santé et le bien-être des animaux. Et c’est tout.

Et voici une autre différence : les zoos et aquariums veulent continuer à durer aussi longtemps que possible. Mais quiconque a parlé à un concepteur de sanctuaire sait qu’il rêve du jour où il sera sans emploi, quand il n’y aura plus besoin d’aider les animaux sauvetage face aux exploitations et les abus. Dans les réserves, l’éducation réelle et l’information authentique peuvent être mises à la disposition du public parce qu’il n’y a pas d’agenda caché.

Les zoos et aquariums doivent convaincre leurs visiteurs que les animaux qu’ils détiennent en captivité sont « heureux et en bonne santé» afin de maintenir les ventes de billets qui circulent.
Les sanctuaires n’ont pas besoin d’afficher cette prétention et peuvent être complètement transparents quant aux raisons pour lesquels ils existent. Ce sont ces types de différences qui font toute la différence du monde être les deux instituions.

Par exemple, les installations commerciales favorisent les impressions trompeuses à propos du comportement des animaux.
Les shows sont présentés comme la manifestation de comportements naturels», alors que tout au long du spectacle, on en voit que des animaux contraints d’obéir à des ordres et de se déplacer dans un environnement social stressant et confiné.

 


Dans un authentique sanctuaire marin comme celui du Whale Sanctuary Project, la priorité est de fournir un environnement sûr
qui favorise les choix individuels des résidents et fournit des informations scientifiques au public qui découvre pourquoi ces animaux ont besoin de vivre dans les océans, afin de prospérer.

Certains zoos progressistes ont commencé à vouloir cesser d’être des lieux de divertissement et de spectacle pour devenir des centres authentiques de la conservation et de l’éducation.

Parfois, cela consiste à renoncer à exhiber des éléphants, qui ne peuvent prospérer en captivité et dont la détention doit cesser. C’est exactement ce que le zoo de Detroit a fait quand il a déplacé ses deux éléphants à la Performing Animal Sanctuary Welfare Society et fermé son enclos des éléphants en 2005. Et c’est ce que vient de faire l’Aquarium national de Baltimore, en annonçant qu’il allait assurer une retraite dans un sanctuaire marin à ses artistes dauphins.

Ces décisions, qui reflètent l’examen de conscience auquel se sont livrés ces établissements donnent un signal clair : nous ne pouvons qu’aller vers un modèle plus authentique et plus pertinent dans nos rapports avec les autres animaux. Les refuges, sanctuaires, les lieux de restauration, de restitution, de conservation active et d’éducation, sont les zoos et les aquariums de demain. Bientôt, les installations théâtrales des parcs à thème d’aujourd’hui seront inacceptables. Seules les institutions qui consacrent réellement leur mission au bien-être animal survivront.

La communauté des zoos et aquariums est confrontée à un choix critique :
soit s’adapter aux changements culturels qui surviennent et rendre aux animaux ce qu’on leur a pris.
Soit prendre le même chemin que toutes les espèces qu’elle prétend vouloir conserver, celui de la disparition…

 

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Le sanctuaire proposé par Ingrid Visser


Les illustrations choisies sont de la responsabilité de « Dauphins Libres » 

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