Véronique Servais et le Projet Jonathan

Ici, une autre séance de thérapie dans un autre bassin de contention d'Espagne... 

Véronique Servais et le Projet Jonathan

Sous l’impulsion de Véronique Servais, collaborateur scientifique au FNRS et maître de conférences à l’Université de Liège, diverses recherches ont été menées dès 1991 pour juger de la valeur scientifique réelle de la delphinothérapie – ou Dolphin Assited Therapy – sous l’intitulé de « Projet Auti-dauphin »

Dans la foulée et tout au long des étés 1995, 1996 et 1997, Véronique Servais s’est engagée ensuite dans la conduite du Projet Jonathan, au cours duquel un enfant autiste rencontrait quotidiennement quatre dauphins captifs dans un « lagon de semi-liberté » à Cadaquès, en Espagne.

Toutes ces rencontres furent filmées en vidéo grâce à la collaboration de Jean-Luc Renck, biologiste.
Le travail d’analyse de ces enregistrements vidéo est toujours en cours. Il semble néanmoins que les résultats soient d’ores et déjà très encourageants et que l’état du petit Jonathan se soit amélioré.
Cette étude est donc généralement citée de manière enthousiaste par la plupart des défenseurs des thérapies assistées par l’animal : scientifique, rigoureuse, elle prouverait en effet de manière indubitable l’efficacité de ces techniques. 

Cet avis n’est nullement partagé, empressons-nous de le dire, par les chercheurs eux-mêmes.
Selon eux, les résultats de ces recherches ont été gravement détournés par certains :
« Rares sont ceux qui ont voulu répercuter nos conclusions » nous écrit ainsi en substance Jean Luc Renck,
réagissant à un premier article que nous lui avions consacré, « y compris en diffusant le documentaire de 65 minutes, lequel n’a passé que deux fois en TV, vers minuit ! Nos conclusions étaient pourtant bien différentes de celles que l’on nous prête : pour nous, le rôle des dauphins dans cette thérapie était bien moins effectif que notre propre volonté de considérer Jonathan comme un acteur à part entière d’une aventure plutôt qu’un « esprit défectueux » à réparer d’autorité. Des chiens auraient aussi bien fait l’affaire, et d’ailleurs, c’est avec des canidés que Jonathan poursuit aujourd’hui son chemin« .

Quoiqu’il en soit, aujourd’hui Jonathan va donc mieux, avec ou sans dauphins, et il y a tout lieu de s’en réjouir.

Véronique Servais et un orang-outan anonyme

Quant à Véronique Servais, elle est aujourd’hui psychologue et professeur en anthropologie de la communication à l’Université de Liège.
Après avoir obtenu son diplôme de psychologue, elle est partie se former à la thérapie brève et à l’approche systémique au Mental Research Institute de Palo Alto, en Californie. Elle a ensuite collaboré pendant quelques années avec l’Institut Gregory Bateson de Liège, puis a entamé une recherche de doctorat sur les effets thérapeutiques d’interactions avec des dauphins captifs pour des enfants atteints d’autisme, sous l’égide du Fonds National de la Recherche Scientifique, au sein du Département des Arts et Sciences de la Communication à l’Université de Liège. Elle a poursuivi ses recherches sur la communication et les interactions humains/animaux au sein du Laboratoire d’Anthropologie Sociale du Collège de France, à Paris, puis à nouveau à l’Université de Liège.
Aujourd’hui, elle s’intéresse notamment aux expériences non ordinaires qui surviennent dans certaines rencontres entre humains et dauphins, ainsi qu’au rôle de l’imaginaire dans les rencontres avec les animaux. Elle a publié de nombreux articles sur la communication et les interactions entre humains et non-humains.

En 2017, Mme Servais a également rejoint peu un projet de  centre de réhabilitation pour dauphins, sans doute afin d’y faire un peu de delphinothérapie ?
Ou par réel souci du bien-être des dauphins captifs, dont 4 sont morts dans le cadre de l’une de ses recherches ?


Les dauphins cubains sont encore capturés massivement pour le marché local, les Caraïbes et l’Amérique Centrale. Ici à Cuba.

Mais les dauphins ? Comment vont-ils ?

Ils étaient quatre à soigner le petit Jonathan  : deux mâles et deux femelles, qui furent d’abord sauvagement capturés dans les eaux cubaines  en 1991, puis confinés dans un trou d’eau « semi-naturel » près du village de Cadaquès sur la Costa Brava.
On sait qu’au large de ces côtes ensoleillées, passent fort souvent des tribus de dauphins libres mais ceux-ci, trop fugaces, ne convenaient pas sans doute pas aux activités de delphinothérapie prévues.
Ecoutons une fois encore le récit de Jean Luc Renck à ce propos :

« Pour en revenir à Augusto Barangé, le responsable du lagon de Cadaquès, son installation n’a jamais été le mouroir qu’on a dit.
Ses dauphins ont toujours été excellemment traités, Augusto était un vétérinaire consciencieux, et véritablement amoureux de ses dauphins.  Le seul grief fut ce confinement qui devait être provisoire, et qui a duré jusqu’au terme tragique.

Tout est allé de travers au moment du déménagement, bâclé faute de vrais moyens. 

Brenda a succombé pendant le transport, je crois – c’était une émotive, infiniment touchante, qui avait un petit faible pour moi, et personnellement, c’est un souvenir aujourd’hui douloureux. 

Chiquita est semble-t-il décédée sur place après avoir échappé à toutes les tentatives pour la capturer en vue de la déplacer. Elle a été laissée provisoirement en arrière, seule, elle s’est laissé mourir.

Augusto s’est apparemment fait rouler par des promoteurs: on lui avait promis un beau centre au Costa Rica, il s’est empêtré dans un traquenard touristique. De fait, il s’est fait avoir continuellement, à commencer par la municipalité de Cadaquès , qui lui faisait miroiter une île pour un centre d’éducation à la mer et aux cétacés, où les quatre dauphins libérés seraient venus du large quand il les appelait, pour des séances pédagogiques ou « thérapeutiques » avec des écoles et des institutions. Le tort d’Augusto, pour les politiques, a été de refuser absolument d’en faire des bêtes de show.

Et les associations de protection des cétacés le harcelaient: mais une fois ces dauphins arrivés en Espagne, n’aurait-il pas fallu aider Augusto à mener à terme son projet, pour le bien des dauphins, précisément ? 

Dans ces sphères, s’est-on soucié concrètement des dauphins à ce moment-là, ou juste de prestige activiste, et du nombre de cotisants?
Ayant entendu certaine cétolâtre française hurler à l’idée que ces dauphins cubains puissent un jour librement compromettre la génétique des dauphins de Méditerranée, l’espoir était mince de même pouvoir entamer un dialogue rationnel et pragmatique. 

Pourtant, un happy end après concertation aurait tout aussi bien permis qu’une tragédie de pousser des dispositions légales susceptibles de prévenir d’autres périlleuses naïvetés du genre.  C’est trop tard pour les dauphins, dois-je répéter tristement. »

Les deux mâles survivants furent en effet expédiés vers le Costa Rica, entre 1997 et 1998. 
Ils y moururent l’un après l’autre, au fur et à mesure de leur arrivée sur place…
Rappelons que ces « thérapeutes malgré eux » n’étaient âgés en moyenne que d’une quinzaine d’années. Ils n’étaient même pas encore adultes…

Dauphins cubains fraîchement capturés... En route pour d'autres thérapies !

Ce qui nous paraît choquant, ici, c’est qu’en nul endroit des rapports précédemment cités, en nulle page des sites New Age qui se consacrent à rapporter ces expériences en termes laudateurs, il n’est fait mention de la situation des dauphins eux-mêmes.

D’autres expériences de ce type ont été conduites à Anvers ou à Bruges, d’autres spécialistes et psychologues se sont penchés sur le bien-être des enfants et sur leurs progrès face aux dauphins libres mais il est rare que ces personnes se soucient une seule seconde de ce qui advient au dauphin captif ou en fassent état dans leurs rapports.

Rares sont ceux qui perçoivent le désespoir profond et pourtant évident de ces dauphins privés de liberté et contraints de soigner des enfants presque aussi désemparés qu’eux !

Certes, à lire le récit qui précède, on ne saurait nier que nos deux chercheurs belges se soient souciés du sort des dauphins utilisés dans le cadre de ces thérapies.
Mais qu’en est-il de tous les autres ?


Qu’en est-il de Mr Nathanson et de ses dauphins de Cancun ?

Qu’en est-il de tous « les amis des enfants » qui encouragent aujourd’hui encore ces thérapies cruelles menées en bassin ? Et qu’en est-il enfin de la pureté génétique  réclamée par ces activistes « purs et durs » – sans doute SOS Grand Bleu – que dénonce notre chercheur belge ?

N’auraient-ils pas du se soucier – pour une fois ! – du bien-être immédiat des dauphins concernés en les laissant sortir en mer,  plutôt que de défendre à tout crin de grandes théories politiquement correctes destinées à protéger la génétique des espèces locales ?
Y en a t-il un seul parmi ces « défenseurs des dauphins » qui se soient jamais souciés de ce que ces êtres intelligents et sensibles pouvaient ressentir au niveau individuel ?

Y en a t-il un seul à évoquer aujourd’hui sur son site ou dans ses belles brochures, l’image atroce de la petite Chiquita, agonisant de faim et de solitude dans un lagon perdu sur la côte espagnol, alors que par centaines, chaque jour, des dauphins libres nageaient au large de sa prison ?

De manière générale, disons-le tout net : trop de vétérinaires, trop de biologistes, trop de spécialistes des milieux marins ou de chercheurs universitaires imbus d’Anthropocentrisme Cartésien, se rendent complices par leur silence des actes de maltraitance infligés de manière continue par les delphinariums à leurs cétacés.

Trop d’entre eux feignent d’ignorer que les captures pour les bassins  – en pleine expansion du fait même de ces fariboles thérapeutiques – épuisent les populations de dauphins libres à Cuba, au Japon et en Mer Noire.

Trop d’entre d’eux se taisent devant les tentatives désastreuses de reproduction entre dauphins ou orques captives (dont les espèces, rappelons-le, ne sont nullement en voie de disparition ! ) et se gardent de dénoncer cette farce sinistre et cruelle, affirmant au contraire que le problème de la captivité est une affaire mineure, sans importance au regard des vrais problèmes de conservation et ajoutant que, l’un dans l’autre, certaines études menées en delphinarium sont tout de même fort utiles, quelque soit le prix que les dauphins doivent payer…


 

  Véronique Servais et le Projet Auti-Dauphin

(Extrait du site Waterplanet USA)

Il s’est déroulé au delphinarium de Bruges sur une période de quatre années : de 1992 à 1996.
Il se base essentiellement sur les travaux réalisés par Smith et Nathanson, et trouve ses origines dans les demandes répétées de parents d’enfants autistes ayant entendu parler dans la presse des résultats « spectaculaires » des programmes thérapeutiques américains mettant des enfants autistes en contact avec des dauphins…
Ce projet se réalisera sous la forme d’un projet de recherche grâce à l’aide de Véronique Servais, psychologue et membre du Département d’Anthropologie de la Communication à l’Université de Liège, et avec la collaboration active du delphinarium et d’une
institution (internat) hébergeant des enfants et adultes légèrement ou sérieusement handicapés mentaux, dont un certain nombre d’enfants autistes.

Il est important de s’arrêter un moment sur la position du directeur de l’institution par rapport à l’autisme et aux dauphins, et de comprendre dans quel état d’esprit le projet auti-dauphin s’est mis en place. Selon lui, le traitement c’est l’éducation. Ce dont il est question ici, c’est d’apprentissage et d’éducation. Il établit clairement sa non appartenance à l’univers merveilleux qui entoure les dauphins et est d’un scepticisme radical quant à un effet thérapeutique possible des dauphins sur les autistes. Cette position est également partagée par les membres du delphinarium, mais non pas par Véronique Servais pour qui le côté relationnel et communicationnel a
son importance dans le processus « thérapeutique ».
L’état d’esprit général de l’équipe de recherche sera donc caractérisé par une sorte de lutte contre la magie tournant autour du dauphin, et guidera le choix de la méthodologie et le déroulement des séances : tous les efforts de l’équipe seront dirigés vers la rigueur, la rationalité, l’objectivité, au détriment de l’émotion, la communication, la relation…

Nathanson parlant essentiellement de motivation et d’attention, les liens avec la philosophie de travail de l’institution des enfants deviennent donc de l’ordre du possible : la motivation et l’attention étant liés à l’apprentissage d’une part, et représentant deux problèmes caractéristiques des enfants autistes d’autre part. Les idées de Smith, par contre, rencontrent davantage d’opposition avec des concepts tels que interaction, communication, jeu, etc.

Le projet auti-dauphin est composé de deux parties, que nous nommerons « première recherche » et « seconde recherche ».

a) La première recherche : la première session débute en février 1992, au delphinarium de Bruges.
Le groupe de travail se focalise sur deux objectifs : le premier étant de se rendre compte si le dauphin, en tant que facteur de motivation et d’augmentation de la concentration, peut favoriser l’apprentissage chez des enfants autistes. Le second objectif étant d’observer si les interactions avec les dauphins ont un effet positif sur le comportement social et sur les capacités de communication de ces enfants. L’appréciation de ce second objectif étant davantage basée sur l’observation que sur des résultats mesurables, il est donc moins important aux yeux de l’équipe.
L’équipe comparera l’apprentissage d’une tache particulière avec les dauphins à deux autres situations : une situation d’apprentissage à l’ordinateur et une situation d’apprentissage « normale » avec les enfants autistes.
Les enfants sont au nombre de 9, huit garçons et 1 fille, âgés de 7 à 11 ans et tous sont atteints d’autisme. Ils sont répartis en 3 groupes : les groupes « dauphin » et « ordinateur », qui sont les groupes expérimentaux, et le groupe contrôle (apprentissage normal).
Les dauphins sont des dauphins captifs par excellence, au nombre de 8, et ils sont récompensés par du poisson lors de leurs interactions avec les enfants.
Les séances sont individuelles, d’une durée de 15 à 20 minutes, hebdomadaires, et le nombre varie en fonction du groupe considéré (dauphin, ordinateur ou contrôle). Les enfants ne vont pas dans l’eau avec les dauphins. Lors de toute bonne réponse, ils sont encouragés et récompensés en ayant la possibilité de caresser les dauphins ou de leur donner un poisson. Les interactions avec les dauphins sont contrôlées.
En ce qui concerne la tâche à apprendre aux enfants, il s’agit de l’apprentissage de la combinaison de formes et de couleurs, tâche aisément adaptable aux trois situations expérimentales. Sept formes et quatre couleurs sont utilisées. Au delphinarium, l’enfant doit placer au bon endroit des formes colorées en liège apportées par les dauphins dans un tableau à double entrée.
L’équipe est composée de la directrice du delphinarium, de V. Servais, de l’entraîneur des dauphins, et de quatre représentants de l’institution : le directeur, 2 éducateurs, l’orthopédagogue.
Les résultats de cette première recherche vont en faveur du groupe dauphin, les enfants y obtenant des scores plus élevés que dans les deux autres conditions.

b) La deuxième recherche : se déroule en continuation de la première, les objectifs restant les mêmes.
Cependant, le nombre de groupes est ici réduit à deux : le groupe expérimental, (le groupe dauphin), et le groupe contrôle, (le groupe classe).
Les enfants sont au nombre de six, trois d’entre eux ayant participé à la première recherche. Il s’agit de quatre garçons et deux filles, de neuf à treize ans, tous autistes, et atteints d’un retard mental important.
Concernant les dauphins et l’équipe, les mêmes remarques peuvent être faites que lors de l’étude précédente.
La tâche à apprendre est du même niveau de difficulté que celle de la première recherche et fait appel aux mêmes processus de réflexion : les enfants doivent apprendre à reconnaître une combinaison de couleurs différentes, parmi trois combinaisons possibles.

Les séances sont individuelles, hebdomadaires, d’une durée de 15 minutes environs et leur nombre varie selon le groupe. Les enfants ne vont pas dans l’eau avec les dauphins, et comme récompense à toute réponse correcte, ils donnent du poisson aux dauphins. Les interactions sont contrôlées.
Les résultats de cette seconde recherche ne confirment pas ceux de la première, aucune différente marquante entre les deux groupes n’apparaissant. L’équipe en conclut que tous les enfants ont appris quelque chose, aussi peu soit-il.

Conclusion générale du projet : Au terme des quatre années du projet et malgré tous les efforts d’objectivation, les résultats obtenus ne permettent pas de tirer des conclusions scientifiques quant à l’effet positif des dauphins sur l’apprentissage des enfants autistes. Aucun changement notable sur le plan social ou communicatif n’a été constaté non plus, à l’exception du nouveau pôle d’intérêt des enfants (les dauphins) et leur familiarisation avec l’eau. Le groupe de recherche conclut également que l’interaction entre des dauphins et des enfants autistes n’augmente pas l’attention de ceux-ci, les mesures d’attention n’étant pas corrélées avec la présence des dauphins, et les résultats des apprentissages ne sont pas non plus corrélés à l’intérêt porté pour les animaux.

Selon l’équipe, une recherche permettant de « prouver » l’effet des interactions avec des dauphins sur l’apprentissage est par définition irréalisable avec des enfants atteints d’autisme, car ils ont besoin d’une longue période d’adaptation à tout nouvel environnement, et des adaptations aux particularités de chaque enfants seraient nécessaires.

Le projet auti-dauphin se démarque des travaux de Smith et Nathanson à plusieurs égards : le scepticisme marqué par rapport à l’idée que les dauphins puissent être d’une aide thérapeutique auprès d’enfants handicapés, en l’occurrence ici des enfants autistes. Une lutte constante contre l’univers merveilleux du dauphin, et un souci d’objectivation et de rigueur extrême, ne laissant pas de place à des concepts tels que communication, interaction, car se rapprochant de trop près du mythe personnifié de l’animal.

Les membres de l’équipe soulignent de nombreuses limites à cette étude, comme par exemple le fait que l’expérience de la seconde recherche n’est pas une reproduction de la première : l’organisation des séances est modifiée, les groupes dauphins et classe diffèrent à plus d’un titre, chacun des groupes d’enfants a été traité différemment, etc. Ils en concluent donc qu’il ne s’agit pas d’une véritable étude expérimentale répondant aux critères de scientificité.

Le point de vue de Véronique Servais par rapport au processus d’objectivation permet de poser un regard différent sur le projet auti-dauphin. L’idée avancée est que le processus d’objectivation lui-même pourrait bien être responsable de la disparition de l’effet positif de l’animal : l’expérimentation ne serait pas un contexte neutre mais plutôt un contexte défavorable à la mise en évidence de l’effet de l’animal, celui-ci ne pouvant pas apparaître. Et cela en raison de l’instauration brutale de neutralité, objectivité, contrôle, mesures, dans un domaine rempli d’imaginaire, de rêverie, d’illusion… Selon elle, la différence au niveau des résultats d’une année à l’autre est en partie explicable par ce point de vue-la : détendue et amicale la première année car l’équipe ne possède pas encore de point de repère quant à la manière de mettre les enfants en contact avec les dauphins, l’ambiance l’est beaucoup moins la seconde année. Les enfants ne sont plus des partenaires dans l’organisation progressive des séances, et leurs comportements doivent atteindre des critères bien définis. Ils doivent se conformer, les membres de l’équipe ne tiennent plus compte de leurs réponses. L’équipe a atteint la neutralité « nécessaire » et la désimplication émotionnelle totale, sorte d’aveuglement volontaire pour tout ce qui n’est pas compris dans les objectifs, les attentes.

Selon Véronique, il faudrait donc réintroduire des notions de communication, interaction, relation, en acceptant que ces phénomènes « immatériels » font pourtant partie du réel. Ce qui est thérapeutique alors, ce n’est pas le dauphin mais le contexte construit avec le dauphin, autour des comportements de l’enfant, en acceptant de considérer ceux-ci comme des réponses à notre propre comportement à leur égard. La sensibilité à l’émotion et, probablement au plaisir, sont des ingrédients essentiels à la zoothérapie.

En conclusion
Après cet aperçu concernant les recherches sur les thérapies avec les dauphins, il semble que nous ne pouvons pas affirmer qu’il soit prouvé scientifiquement que les dauphins ont un pouvoir spécial de guérison sur des enfants autistes ou atteints d’handicaps, quels qu’ils soient.
En effet, ce qui caractérise les études de B. Smith c’est avant tout le caractère exploratoire de ses recherches. Elles permettent tout au plus de récolter des observations à la suite d’interactions non dirigées entre des enfants autistes mis en contact avec des dauphins, et de servir de base pour des recherches ultérieures. Bien que ne répondant pas aux critères
de scientificité, son travail a joué un rôle non négligeable dans le développement de ce nouveau domaine de recherche.
David Nathanson, quant a lui, a mit sur pied des études plus structurées qui se rapprochent davantage du modèle d’une recherche scientifique. Cependant, l’ensemble des critères scientifiques ne sont pas présents et ne nous permettent pas non plus de conclure scientifiquement à un effet thérapeutique du dauphin.
Le projet auti-dauphin qui s’est distingué par un souci d’objectivité et de rigueur extrême a également des limites concernant sa validité scientifique.

Cependant, même s’il n’est pas prouvé scientifiquement que les dauphins ont un pouvoir thérapeutique, il ne faut pas non plus tomber dans l’excès inverse et condamner d’emblée les programmes qui mettent en contact des enfants et des dauphins. L’important réside sans doute dans la manière dont on aborde ce genre d’expérience, dans sa présentation et dans son déroulement.

La delphinothérapie est à resituer dans le champ de la zoothérapie, secteur qui prend une amplitude de plus en plus étendue, et dont les effets positifs sur la santé physique et morale sont reconnus.

Nathalie Richard – Panama City Octobre 2001

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