Réfugiés : les éléphants se pressent au Botswana

Réfugiés : les éléphants se pressent au Botswana

Parlez de « réfugiés » et aussitôt vous vient à l’esprit l’image dramatique d’êtres humains chargés de ballots contraints de quitter leur pays en raison de la guerre, de la persécution ou d’une catastrophe naturelle. Le Botswana, un pays sans littoral en Afrique australe, est confronté à un autre genre de crise de réfugiés – celle causée par les centaines de milliers d’éléphants qui fuient leur patrie pour échapper aux braconniers.

Ce n’est pas la première fois que les pachydermes viennent chercher refuge dans le parc national de Chobe, un sanctuaire naturel de 11.700 kilomètres carrés situé au nord du Botswana. Mais selon Michel Chase, fondateur d’Elephants sans Frontières (EWB), qui suit les éléphants d’Afrique depuis 20 ans, cette fois, cette migration est différente.
Dans le passé, les pachydermes utilisaient le sanctuaire comme lieu de résidence temporaire et retournaient toujours dans leurs pays respectifs après quelques années.

En revanche, depuis 2011, alors que le braconnage atteignait de nouveaux sommets en Namibie, en Zambie et en Angola, les retours vers le territoire d’origine ont cessé.
En Novembre 2016, plus de 130.000 éléphants, soit environ un tiers de toute la population des éléphants d’Afrique, estimée à 350.000 individus, ont décidé de faire du Botswana leur demeure permanente. Selon les chercheurs, les éléphants ont clairement la capacité cognitive de comprendre où ils sont menacés et où ils sont en sécurité. Dès lors, ils cherchent refuge dans le sanctuaire du Botswana, où ils sont bien protégés.

Bien que le pays soit ravi de pouvoir fournir un havre de paix à ces beaux animaux puissants, cela ne va cependant pas sans problèmes. Les éléphants sont des mangeurs voraces, qui peuvent labourer jusqu’à 600 livres de végétation par jour. La sécheresse la plus sévère survenue au Botswana depuis 30 ans n’a pas arrangé les choses. À mesure que la nourriture diminuait, certains pachydermes désespérés ont fini par manger l’écorce indigeste des arbres et ils en sont morts. En outre, comme les puits et les sources s’assèchent, les éléphants assoiffés  sont forcés de quitter la sécurité du sanctuaire pour se diriger vers les rivières voisines où des braconniers sans scrupules les attendent.

Bien que la situation ne soit pas idéale, les éléphants réfugiés sont très intelligents et peuvent distinguer entre les zones sûres et les zones dangereuses, sans qu’aucun marqueur physique ne soit apparent.
George Ittmeyer, un autre observateur de ces éléphants, affirme que leur mémoire spatiale très évoluée leur permet de choisir le chemin le plus sûr vers la rivière, en minimisant le risque de rencontrer des chasseurs en route.
Les éléphants ajustent également leur rythme circadien : ils se reposent pendant la journée et partent à la recherche de l’eau la nuit, quand il y a moins de braconniers. De plus, comme les éléphants perçoivent les fréquences sonores à travers leurs pattes, ils peuvent «entendre» les avertissements envoyés par d’autres éléphants et éviter ainsi les zones les plus dangereuses.

Pendant ce temps, le gouvernement du Botswana continue à plaider auprès des pays voisins pour qu’ils imposent des mesures arrêtant ce carnage, non sans un certain succès. L’Ouganda, la Namibie et le Gabon ont vu leurs populations d’éléphants se stabiliser ou même s’accroître car les fonctionnaires concernés se rendent enfin compte que les revenus de l’écotourisme sont beaucoup plus élevé que ceux de l’ivoire, et plus durable. En juillet 2016, les parcs africains, en collaboration avec le Département des parcs nationaux et de la faune sauvage (DNPW), ont déplacé 250 éléphants et 1 500 autres animaux de différentes espèces dans la réserve de Nkhotakota, au nord du Malawi. Si tout se passe comme prévu, 250 autres éléphants seront déplacés en juillet 2017, complétant l’une des plus importantes initiatives de translocation de l’histoire de la conservation.

 

Bien que ces efforts aideront certainement les éléphants, ce qui emballe le plus les écologistes, c’est que la Chine, qui constitue 70% du commerce de l’ivoire, vient d’interdire toutes les ventes d’ivoire d’ici la fin 2017. Avec ce grand marché disparu, les braconniers auront peu de raison de continuer à tuer les éléphants. Espérons que cela suffira pour relancer la population des éléphants d’Afrique, qui a chuté de façon drastique ces dix dernières années, et à réduire le nombre de leurs «réfugiés».

 


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