Ric O’Barry : un criminel ?

Ric est un ami depuis 1998. Ici, en 2014 pour une Europe sans delphinarium.

Roc est un ami depuis 1998. Ici, en 2014 pour une Europe sans delphinarium.

 

1. LE CRIME (version N.M.M.F.S)

En 1996, le National Marine Mammal Fisheries Service (NMMFS), par le biais de son agence spécialisée, la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), poursuivait en justice Ric O’Barry et cinq de ses associés du Sugar Loaf Dolphin Sanctuary et leur réclamait la somme de 60.000 dollars pour violation de la Loi de Protection
des Mammifères Marins.

Les faits reprochés sont les suivants : avoir libéré en date du 23 mai 1996, au large de Key West les deux dauphins Buck et Luther sans les avoir suffisamment préparé à retrouver la vie sauvage.

Ceux-ci, ainsi que Jake, un troisième captif, étaient d’anciens « systèmes armés biologiques » autrement dit des dauphins combattants au service de la US Navy.
Durant de longues années, plusieurs d’entre eux furent dressés à porter sur le rostre des engins explosifs de petite taille
destinés à tuer les plongeurs ennemis. Jake en avait d’ailleurs gardé des séquelles graves à l’os de la mâchoire.

Lorsqu’une partie de ces programmes de recherches fut arrêtée (sous la pression de vigoureuses manifestations), trois de ces dauphins furent livrés au Sugar Loaf Sanctuary en Floride, afin d’y être confiés – chose exceptionnelle – à la garde d’un activiste notoire, Ric O’Barry.

Selon le NMMFS, ces deux dauphins ont été relâchés sans aucun encadrement scientifique et dans des conditions dangereuses.
La procédure de réhabilitation de Buck et Luther n’était pas conforme aux procédures prévues par la Loi sur la
Protection des Mammifères Marins.

De façon générale, ont conclu les experts, de telles réhabilitations sont à proscrire car elles perturbent tout autant les animaux libérés que le milieu de vie sauvage dans lesquels on les réintègre.

Le NMMFS affirme enfin que Buck et Luther, blessés, erraient à la recherche de nourriture aux alentours des bateaux. Ils furent donc recapturés à grands frais et se retrouvent aujourd’hui en captivité, à supposer qu’ils vivent encore. Le troisième dauphin saisi par la police, Jake, a lui aussi réintégré une piscine en béton.

Notons enfin que c’est l’associé de Ric O’Barry, M.Ric Trout, qui fit appel aux forces de l’ordre au moment de la libération des deux dauphins.

M.Ric Trout est également un ancien dolphin trainer professionnellement lié à la US Navy. Suspecté de violences
antérieures sur des dauphins captifs, M.Trout était devenu depuis quelque mois le concurrent déclaré et l’ennemi de Ric O’Barry, auquel il reprochait ses méthodes « intuitives' » en matière de réhabilitation.
Pour Trout, un strict protocole scientifique se devait d’être suivi de manière systématique, quelque soit le dauphin, et
c’est donc dans le contexte de ce conflit de personnes que la Police a été avertie.

 

 

2. LES FAITS  (Version Ric O’BARRY)

Selon Ric O’Barry, cette condamnation est un sabotage pur et simple, destiné à discréditer de façon radicale toute idée de réhabilitation. Ric rappelle à ce propos que :

– Buck et Luther ont été relâchés après 18 mois de réadaptation progressive, menée de manière attentive et respectueuse de leurs progrès personnels. Si Jake n’était pas encore prêt (ayant été gravement traumatisé par son
séjour dans les laboratoires de la US Navy), Buck et Luther, en revanche, étaient parfaitement capable d’attraper leur
nourriture vivante et avaient été déclarés depuis longtemps libres de tout agent pathogène par les vétérinaires de
l’Université de Miami.
Un document filmé nous le prouve d’ailleurs de manière indubitable (diffusé récemment sur la chaîne ARTE)

S’ils semblaient en effet amaigris, mais non blessés, comme le prétendent les agents de la NOOA, c’est que
leur nouveau régime ne correspondait pas à celui qui avait été le leur durant de longues années et les rendait obèses :
du hareng mort à tous les repas.
Les dauphins étaient parfaitement capables de renouer des liens avec les communautés de résidents libres vivant au large mais le NMMFS ne leur en a pas laissé le temps.

– Ric O’Barry affirme que les arguments du NMFS sont choquants et fallacieux.

Cet organisme prétend se soucier tout à coup de la santé de deux dauphins captifs, alors que dans le même
temps :

– Le NMMFS tolère sans réagir le massacre annuel de 20.500 dauphins dans les filets dérivants

– le NMMFS couvre et encourage les expériences criminelles de l’US Navy sur les cétacés captifs

– Le NMMFS ne réclament ni ne donnent jamais les chiffres exacts de transferts de dauphins captifs et ni le
nombre des morts.

– Le NMMFS autorise l’exportation et le transport de milliers de dauphin captifs d’un Zoo à l’autre sans
jamais se soucier de leur bien-être, de leur état de santé, des pertes effrayantes relevées dans tous les delphinariums du
monde, ni encore moins du fait que ces installations soient conformes ou non aux standards minimaux.

– Le NMMFS autorise officiellement le prélèvement régulier de dauphins libres à l’usage de « recherches scientifiques » sans tenir compte des dégâts qu’une telle capture provoque au sein des unités familiales.

– Le NMMFS a également délivré des permis pour la prise et la mise à mort de 10.000 cétacés et pinnipèdes à des fins de « recherche scientifique ».

En vérité, conclut Ric O’Barry, cette opération été montée de toutes pièces afin d’empêcher que d’autres réhabilitations puissent jamais avoir lieu à l’avenir.

Quant au permis nécessaires, à la visite régulière de vétérinaires appointés, Ric souligne qu’il a fait l’objet d’un véritable boycott. Aucun document réclamé ne lui a jamais été envoyé et la plupart des vétérinaires, très liés aux milieu des
delphinariums, ont refusé de visiter Buck et Luther, obligeant Ric à faire appel à d’autres vétérinaires non officiels.
En outre, cerné par la Police d’ores et déjà avertie de son intention de libérer les dauphins (ceux-ci devenaient très
nerveux), Ric a du se résoudre à les relâcher à quelque distance du point initialement prévu et largement peuplé de
dauphins libres.
Les prisonniers n’eurent pas le temps matériel de rejoindre leur futur « pod » d’adoption, puisqu’ils furent aussitôt
repris.

 

3. CONCLUSION

La direction du Zoo d’Anvers a clamé dans la presse que l’expert délégué par les défenseurs des dauphins belges était un criminel. Du coup, le Price Laurent lâcha l’affaire pour ne pas souiller la couronne. Ce fut sans doute le premier exemple de calomnie systématique et infondée, associée à des procès si nécessaires, qui caractérise l’argumentaire de l’Industrie de la Captivité.

Voilà plusieurs années que Ric O’Barry libère des dauphins captifs.
Les deux derniers en date (Joe et Rosie) vivent aujourd’hui libres et heureux, en plein océan.
Lauréat du « United Nations Environmental Achievement Award » en 1991, il est également l’auteur du livre
« Behind the Dolphin Smile »et l’on prétend que le prix du dauphin captif est passé de 350 US $ à plus de $ 25.000 à
cause de sa seule action médiatique !

Le moment était donc venu pour les NMFS (dépendant directement du Département du Commerce des
Etats-Unis) de le faire taire et d’interrompre ces réhabilitations qui nuisent à l’industrie du Dolphin
Entertainment.

Le succès récent de l’opération « Into the Blue » avait porté un rude coup aux arguments des « dolphin-keepers ».

En lui livrant trois dauphins puis en les lui reprenant à grands cris en prétextant d’actes de maltraitance (un comble !), l’US Navy et le NMMFS ont réussi là une remarquable opération de contre-propagande.

Aujourd’hui, M.Fred Daman se fonde sur le fait que M. Ric O’Barry a été condamné par la justice de son pays pour refuser de collaborer avec lui.

Ceci revient, en gros, à reprocher à Nelson Mandela, à Gandhi, à Martin Luther King, à Simon Perez, aux moines tibétains luttant contre l’oppression chinoise, aux dissidents chiliens en lutte contre Pinochet ou à n’importe lequel de nos syndicalistes historiques « d’avoir subi des condamnations » en défendant leur cause contre des
lois iniques. Un tel raisonnement n’est-il pas, très précisément, celui des régimes totalitaires ?

Lire :
http://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/shows/whales/interviews/obarry2.html
http://www.miaminewtimes.com/1997-04-24/news/flipper-s-revenge/full/
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