Samira perdue pour son peuple 

Samira perdue pour son peuple 

Après dix semaines de réadaptation au Gulf World Marine Park à Panama City en Floride, Samira la petite delphine a été jugée « non réhabilitable» par la NOAA en raison de son très jeune âge et de sa dépendance à sa mère perdue.
Gulf World a donc été choisi pour devenir sa « résidence permanente ».
« L’équipe de soins et de dressage des animaux a mis en place un plan de socialisation afin de la présenter progressivement au reste de notre famille de dauphins. Les dresseurs commencent à établir une relation avec Samira et à la former aux comportements d’élevage. Samira sera placée très prochainement dans l’habitat principal ». Autrement dit, le bassin de spectacle.

L’histoire de Samira a commencé le 8 octobre 2017.
Ce jour-là, le Gulf World Marine Institute est venu prêter main forte à l’équipe de l’Emerald Coast Wildlife Refuge pour sauver le petit Tursiops jeté sur la plage par la violence de l’ouragan Nate.
Le cétacé a été retrouvé échoué sur le sable de l’île d’Okaloosa par deux promeneurs. Ils ont aussitôt appelé le Florida Fish and Wildlife, puis l’animal a été emmené vers les bassins de Gulf World.

La découverte de Samira en octobre dernier


Bien que la cause exacte de l’échouage soit inconnue, la jeune delphine a été probablement séparée de sa mère quelque temps avant son échouage.
Elle semblait en effet fort mal nourrie et privée de force au moment où on l‘a découverte.
Depuis lors, son état de santé s’est constamment amélioré. Son alimentation a été progressivement augmentée et la petite delphine, qui a bon appétit, reprend du poids.
Les résultats sanguins initiaux sont dans les limites normales et aucune trace du morbilli virus n’a été détectée. C’est un virus qui peut être mortel pour les dauphins en affectant les systèmes respiratoire et nerveux. Aucune trace non plus d’une pneumonie, qui aurait pu survenir lorsque le cétacé était couché sur la plage et que les vagues submergeaient son évent.
Le petit dauphin a été affectueusement surnommé Samira, ce qui signifie qu’elle est d’une compagnie agréable.
« Samira sera disponible au public dans un proche avenir » ajoute joyeusement le delphinarium, qui invite le public à soutenir son action en adoptant Samira via des dons en ligne.
La question est donc réglée une fois pour toutes : Samira ne reverra plus jamais l’océan.
Elle est devenue désormais une travailleuse forcée de la machine économique américaine.

Les premier jours de Samira dans sa « nouvelle résidence ». Elle ne reverra plus jamais l’océan


Une fois encore, Gulf World enrichit donc sa collection d’un nouveau spécimen sans bourse délier, avec le formidable apport d’un génotype tout frais.
Depuis des années, ce petit delphinarium de bord de route en a fait sa spécialité.
10 de ses 22 dauphins – un nombre énorme pour la taille réduite des installations – ont été acquis de cette manière.
Parmi les plus connus, Panama, sauvée le 21 octobre 2000 sur la plage publique du même nom.
A 27 ans, sans doute Panama était-elle mère de famille en mer, mais quand elle s’éteignit en 2013, dans les bassins du Clearwater Marine Aquarium en Floride, elle n’avait plus jamais donné d’autres enfants.

Plus récemment, Stan, le dauphin sténo, vivra désormais aux côtés de 5 autres dauphins de sa propre espèce, qui ont également été secourus et jugés non libérables. A savoir : Doris, une femelle échouée au Cap San Blas en septembre 2004, Ivan, échoué au même endroit à la même date, Astro, échoué à Surfside Beach en avril 2005, également sourd (!) et souffrant d’une scoliose, Largo, une femelle échouée en mars 2005 et Kitana, une femelle également échouée au Cap San Blas en août 2009.

Rien ne dit cependant que Stan ou Samira resteront leur vie entière dans les minuscules réservoirs du petit delphinarium.
Depuis 2015, Gulf World appartient désormais à la compagnie Dolphin Discovery, qui dispose d’antennes au Mexique, dans les Caraïbes et jusqu’en Italie. A son instar, d’ailleurs, le delphinarium de Gulf World offre déjà toute la panoplie des attractions du genre « swim with the dolphins ».

Rien n’empêche légalement leur transfert vers les Caraïbes ou l’Europe, à supposer que le nombre des sauvetages augmente encore.
Le fait curieux que TOUS les cétacés qui s’échouent soient jugés «non libérables» est de nature à nous faire douter des intentions réelles des organismes privés qui sont intervenus dans leur sauvetage.

Si seulement le pod de Samira avait été étudié sur le long terme, si seulement on s’était donné la peine de mener une étude longitudinale sérieuse sur les populations de dauphins sauvages dans cette région du Panhandle, comme c’est le cas à Sarasota Bay depuis 1970, il n’aurait pas été bien difficile de ramener simplement Samira à sa famille, après qu’on lui ait rendu force et santé !

A Sarasota Bay, la population de dauphins est suivie depuis 1970

 

Shocking Video Shows Captive Dolphin Escaping Tiny Tank


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