SeaWorld : une maman orque trop déprimée pour nourrir son enfant

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Recent footage taken at SeaWorld appears to show a mother orca who’s too depressed to nurse her calf.

By Ameena Schelling
20 October 2015
The Dodo

Des images récentes prises à SeaWorld nous montre une maman orque trop déprimée pour allaiter son enfant.

Le Dr Ingrid Visser, biologiste marin spécialisé dans les orques, et John Hargrove, ancien dresseur à SeaWorld, ont récemment fait le voyage au SeaWorld San Diego avec une équipe de Superpod, un prochain projet de documentaire sur les orques. Une fois sur place, ils ont immédiatement repéré le comportement de l’orque Kasatka (celle qui manqua noyer Ken Peters). Elle se refuse apparemment à nourrir Makani, son garçon de deux ans.

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Tandis que l’orque nageait vers eux dans son aquarium, l’enfant cognait sa tête contre son ventre
. « Ces coups de tête constituent généralement une demande de soins de la part du petit » explique John Hargrove. Lorsque Kasatka commence à remonter vers la surface, en ignorant le bébé, Visser et Hargrove remarquent un gros hématome sur son ventre, conséquence des coups de tête répétitifs du nourrisson.

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« Cela signifie que l’enfant cherche constamment à obtenir de la nourriture. Il a si désespérément faim et il s’ennuie tellement», commente Ingrid Visser. Elle ajoute que le comportement du bébé pourrait être également un signe de stéréotypie, ces gestes répétitifs et sans signification que les animaux développent parfois en raison du stress de la captivité.
Des signes que Makani a déjà montré auparavant.

Finalement, Kasatka s’installe dans le coin le plus éloigné du bassin, complètement dressée contre un mur avec son ventre face à la paroi de verre.
Makani continue à la pousser, à tourner autour d’elle et lui demander qu’elle s’occupe de lui.
« Malheureusement, les mamans orques ne peuvent pas allaiter dans cette position », continue Hargrove, « et Kasatka refuse de bouger de sa place. Imaginez un bébé en pleurs réclamant des soins de sa mère et celle-ci, si déprimée qu’elle est incapable ».

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Le Dr Naomi Rose, un autre éminent chercheur orque qui travaille avec l’Animal Welfare Institute, a déclaré au « Dodo » qu’elle ne peut pas tirer de conclusions définitives sur la seule base de cette vidéo, mais que le comportement manifesté par la mère semble être anormal.
« Si je voyais un bébé cogner de la tête le ventre de sa mère à plusieurs reprises et que celle-ci ne réagit pas, alors je ne pourrais pas considérer autrement qu’une situation anormale. En temps normal, quand un enfant sollicite des soins de cette façon, sa mère les lui donne aussitôt. Donc, si elle reste ainsi à la verticale sans bouger, oui, c’est un comportement anormal ! »

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Elle a ajouté que, même sans les sollicitations incessantes de Makani, la position de la mère serait déjà préoccupante.

« Elle ne se tient pas là dans une attitude naturelle pour une mère : demeurer ainsi stationnaire pendant des pauses de plus de deux à trois minutes n’est pas normal. Même au repos, les orques libres se déplacent et on ne les voit jamais se tenir ainsi à la verticale en dessous de la surface pendant plus d’une minute. Ce n’est sans doute pas seulement de lait dont cet enfant a besoin » conclut Rose.

SeaWorld affirme que la plupart des jeunes orques sont allaités pendant un an et «occasionnellement» durant deux ans. Mais Makani, qui en est encore à solliciter des soins maternels à plus de 2 ans, montre clairement la faille dans les estimations de sevrage de SeaWorld.
Naomi Rose rappelle que SeaWorld utilise cette fausse assertion pour justifier la séparation des enfants d’avec leur mère bien avant que ce soit sans danger.
« Certaines mères allaitent encore des enfants âgés de 3, 4, 5 ans, voire même plus. Fondamentalement, tant qu’elle peut produire un peu de lait à la demande et qu’elle n’a pas d’autre bébé, l’enfant y aura droit. J’ai vu des enfants d’un an déjà relativement autonomes, mais j’en ai vu aussi tout à fait dépendant jusqu’à l’âge de 3 ans. Il n’y a pas de date fixe pour le moment où la jeune orque cesse de dépendre des soins de sa mère ».

SeaWorld n’a pas répondu à la demande de commentaire du Dodo.

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Dans la vidéo, Ingrid Visser et John Hargrove dénoncent la mentalité non scientifique qui mène le parc à adopter une approche erronée dans l’interprétation du comportement des orques
.
« Si vous allez dans un parc SeaWorld maintenant et que vous leur demandez des explications, je doute qu’aucune des personnes qui vous répondent ait jamais vu une orque dans la nature», insiste John Hargrove. « On y professe une sorte de lavage de cerveau qui vise à faire croire que tous les chercheurs et les scientifiques spécialisés en mammifères marins sont des dingues ! »

Et SeaWorld a certainement une longue histoire dans sa manière d’ignorer les recherches actuelles menées sur les orques.
Le parc a diffusé des publicités mensongères éhontées sur leur comportement naturel, telle cette affirmation fallacieuse que toutes les orques mâles auraient la nageoire dorsale flasque ou que les orques qui flottent en surface des heures durant ne font que « dormir ».

On s’en doute, la vidéo s’achève avec l’intervention du service de sécurité de SeaWorld qui a repéré Visser et Hargrove. On les expulse du parc, malgré le statut de biologiste marin de premier plan d’Ingrid Visser et en déplait du fait que SeaWorld se vend souvent lui-même comme un établissement éducatif.

« SeaWorld ne m’aime pas en tant que scientifique», explique Visser. « Ils détestent le fait que je vois des choses en milieu naturel qui reflètent mal la vie qu’on impose ici aux orques captives. »

«Un grand nombre de ces gens n’ont jamais vu un animal à l’état sauvage, ils ne connaissent que des comportements qu’ils voient complètement hors du contexte, » dit-elle du personnel SeaWorld et dresseurs. « Il n’y a pas à s’y tromper, si vous savez ce que vous cherchez, alors ce que vous découvrez est vraiment pénible à regarder. »

« SeaWorld est juste un endroit toxique», conclut John Hargrove.

Voir la vidéo complète ci-dessous.

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