Symphonie marine : la souffrance des bélugas captifs

Photo AP . Copyright acquis de droit par la Nation Cétacé.

Une symphonie marine ? Vraiment ?

 

13 mars 2001

Lettre ouverte au quotidien « La Dernière Heure »

Madame, Monsieur

Je me permets de réagir à la photo que vous venez de publier dans votre édition du 13 mars 2001 (ainsi d’ailleurs que le fit La Lanterne le 3 mars 2001) sous le titre fort plaisant de «Symphonie marine ».

Les deux morses et les trois bélugas représentés sur l’image sont détenus au Yokohama Hakkeijima Sea Paradisel’un des pires et des plus vastes delphinariums du Japon, pays qui ne compte pas moins de 48 établissements de ce genre et n’hésite donc pas à procéder régulièrement à des captures d’une sauvagerie inouïe en milieu naturel.

 

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Pour obtenir cette jolie photo, combien de «baleines blanches», combien de morses ont-ils d’abord été capturés, arrachés à leur famille, portés sur des brancards, transportés en avion et finalement brisés en tant qu’animaux libres au fil d’interminables séances de dressage ?
Combien sont morts à l’arrivée ou au bout de quelques mois ?

Le résultat, une image « drôle » ? Pas vraiment ! Plutôt une parodie tragique d’une attitude humaine – un Jazz Band ! – qui n’apporte évidemment aucune lumière sur les capacités cognitives exceptionnelles de l’un des deux mammifères marins représentés sur la photo, en l’occurrence le béluga.

Sait-on assez que ce cétacé des mers froides dispose d’une vie sociale complexe, de techniques de chasse culturellement transmises et d’une sorte de langage fait de vocalisations sifflées comparables au chant des canaris ? Sait-on aussi que chaque capture s’accompagne de noyades et d’avortements spontanés et que certaines de ces poursuites se prolongent des heures durant, à la
grande panique des animaux concernés ?

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Globicéphales et dauphins proviennent directement des chasses au rabattage à Taiji

La place de ces mammifères marins est définitivement dans la mer et non une piscine. Il est donc infiniment regrettable que des journaux tels que le vôtre – mais de manière générale, toute la presse populaire – qui ont su pourtant défendre à leur heure la cause des dauphins libres, s’obstinent à promouvoir ce genre de spectacles cruels et inutiles, lesquels reprennent hélas de plus belle aux quatre coins du monde.

A l’heure où nous nous battons pour empêcher que ne soit détruit ce merveilleux « peuple de la mer », est-il vraiment opportun de publier ces horribles clichés qui suent la peur et la mort, pour qui connaît les coulisses des delphinariums ?

Quant à l’attitude du Japon à l’égard de ses cétacés, je vous engage à consulter les pages suivantes en vous armant de courage : certaines images n’ont rien à voir avec votre joyeux clichés et pourraient gravement choquer vos lecteurs s’ils vous venaient à l’esprit de jamais les publier….

Bien cordialement

Y.Godefroid
Dauphins Libres

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