Taiji : comment meurent les dauphins

Dieter Hagmann peg close-up.jpg Dolphin drive hunts in Taiji Japan - this insane undercover footage shows a fisherman repeatedly ramming a metal rod into the base of the dolphin's head just behind the blow hole. The wound is then plugged with a wooden dowel to prevent bleeding Stephen Fry has also Tweeted about it.

Photo Dieter Hagmann

 

Depuis le film The Cove et d’autres reportages antérieurs de l’association Blue Voice, la mise à mort des dauphins s’est faite aujourd’hui plus discrète.
On pourrait croire qu’elle s’est faite plus humaine, si tant est que tuer un innocent puisse être «humain».
Les égorgements à vif ou les échouages forcés sur une plage brûlante ont pris fin, que nous montraient les anciennes vidéos de Futo ou d’Iki, où des pêcheurs sautaient en riant sur le ventre de cétacés à l’agonie. Mais derrière les bâches de plastique bleu, le cauchemar est peut-être encore pire…

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En avril 2013, Dieter Hagmann, un membre de Blue Voice, a réussi à filmer la nouvelle méthode. 

Il a caché sa caméra dans un recoin rocheux et l’a activée à distance. Sa vidéo a été tournée dans la crique de Taiji. Elle nous montre un pêcheur enfonçant à plusieurs reprises une tige métallique dans la base de la tête d’un dauphin, juste derrière l’évent. Un autre homme enfonce alors un bouchon en bois dans la plaie pour empêcher que le sang ne s’échappe et que la mer ne devienne rouge sous l’oeil des médias occidentaux.
Le Ministère de la Pêche japonais a toujours prétendu que cette façon de tuer était moins cruelle qu’en utilisant des lances, des harpons, des haches ou des couteaux à la manière «traditionnelle». Cependant, humaine ou pas, les pêcheurs de Taiji préfèrent ne pas montrer comment ils procèdent.

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Les outils du pêcheur : pique, flotteur et tige de bois pour arrêter l’hémorragie

 

Avant de conduire les cétacés dans les eaux peu profondes d’une petite anse, les pêcheurs et quelques soigneurs de la Taiji Dolphin Base érigent un échafaudage complexe sur les rives environnantes et y accrochent des bâches afin de dissimuler leurs actes. Ce jour-là, Dieter a pourtant réussi à les filmer de très près pour la toute première fois.
Ces images ont permis à une vétérinaire britannique de rédiger un rapport dévastateur sur ce mode d’abattage, durant lequel, affirme-t-elle, les animaux subissent une mort «profondément pénible, douloureuse et traumatisante ».

Le Dr Andrew Butterworth, de la University of Bristol Veterinary School, s’est chargée d’étudier la vidéo image par image.
Elle estime dans son rapport que la «ponction lombaire» prolonge en fait l’agonie du dauphin de 4 interminables minutes, voire plus. Le Dr Butterworth conclut: «Cette méthode de mise à mort n’est pas conforme à l’exigence reconnue d’une insensibilisation immédiate et ne serait jamais tolérée dans aucun processus d’abattage réglementé dans le monde civilisé ».

Le Dr Butterworth a précisé que la méthode avait été mise en place il y a 13 ans, après que deux scientifiques japonais aient demandé que l’on réduise le temps de mise à mort des dauphins à Taiji. Elle compare dans son étude la réalité des faits avec les assertions des scientifiques japonais quant à la rapidité de cette technique.

En voici  le processus :
Après avoir été conduits dans une zone d’accès restreint et confiné, les animaux sont attachés aux bateaux par leur nageoire caudale et tirés jusqu’à l’endroit de la mise à mort. La vidéo nous montre aussi des dauphins incapables de nager normalement et qui sont engloutis sous l’eau à plusieurs reprises par la traction du bateau et sous la pression des autres animaux attachés à côté d’eux.

Leur incapacité à contrôler le moment de la respiration, en raison de l’immersion forcée, leur cause une vive détresse. Leurs mouvements pour échapper à cette situation nous le montre d’évidence. Certains dauphins connaissent les souffrances d’une asphyxie forcée.

Il faut savoir que les cétacés sont capables de retenir leur souffle longtemps lors d’une plongée prévue par eux.
Ils  disposent d’adaptations physiologiques à cet effet, telles que le stockage de l’oxygène dans le sang et les muscles, la bradycardie (ralentissement cardiaque), et la redistribution du sang oxygéné dans certains organes.

Cependant, dans le cas d’immersions profondes forcées et répétées, (chaque immersion étant d’une durée inconnue et hors du contrôle de l’animal), il est peu probable que les dauphins soient en mesure de déclencher ces mécanismes. Le fait d’être traîné par la caudale provoque chez eux une grande panique.

Le matériel vidéo disponible ne permet pas de calculer les durées de submersion, mais les réactions comportementales montrent que les dauphins tentent de résister à cette procédure et que certains sont déjà inconscients ou noyés, avec leurs têtes immergées sous l’eau, lorsqu’ils arrivent à destination.

Les dauphins sont placés à proximité les uns des autres au cours de la mise à mort. Ils ne cessent de siffler et de s’appeler tout au long du processus. Ce sont là des mammifères très sociaux qui ont des relations à long terme et vivent en groupes sociaux complexes étroitement liés. Chaque individu possède une signature sifflée qui lui permet de se nommer et de nommer ses compagnons. Ce sont ces appels au secours qu’on entend lors des tueries.

Ces mammifères marins conscients d’eux-mêmes et d’une très haute intelligence subissent une suite de souffrances partagées, incluant  non seulement le rabattage en groupe, le confinement, la détention près de la rive et enfin, la mise à mort des membres de leur famille et de leur pod à côté d’eux. L’ensemble du processus peut durer plusieurs plusieurs jours.

Dans les abattoirs européens et américains, « il est recommandé que la mise à mort soit effectuée d’une manière qui évite la détresse des animaux. Dans certains cas, des cris et le dégagement de certaines phéromones sont émis pendant l’abattage. Pour cette raison, les autres animaux ne devraient pas être présents lorsqu’elle est pratiquée » (AVMA, 2007). Les règlements et directives régissant le traitement humain et l’abattage des animaux aux États-Unis et le Royaume-Uni interdisent l’abattage d’un animal en présence d’autres animaux ( Humane Slaughter Act, 2003 ) . D’un point de vue scientifique, humain et éthique, le traitement des dauphins dans les chasses au rabattage va totalement à l’encontre des normes de protection des animaux utilisés actuellement dans la plupart des sociétés modernes et technologiquement avancées.

En se fondant sur la fin des mouvements de l’animal et son immobilité finale – une estimation déjà contestée en ce qui concerne les baleines – les scientifiques japonais affirment que cette méthode permet de tuer  un dauphin de Risso en 5 secondes, un dauphin tacheté en 8 secondes, un globicéphale en 25 secondes avec un temps moyen estimé pour le dauphin de Risso à 13, 7 secondes. Ces affirmations sont contredites par les images de la vidéo qui nous montrent ici un dauphin qui bouge encore après 7 minutes !

 

Les dommages infligés aux vaisseaux sanguins vertébraux et au réseau vasculaire par l’insertion de la tige métallique entraînent une hémorragie importante. Mais celle-ci ne suffit pas pour produire une mort rapide chez un grand mammifère.
Et ceci d’autant moins qu’une cheville de bois est insérée dans le trou créé par la tige. Ceci empêche que le sang se répande et il est donc possible que la mise en place de ce bouchon allonge encore la durée de l’agonie.  Ce risque est reconnu par Iwasaki et Kai (2010). Cela remet en question l’affirmation que cette nouvelle méthode de mise à mort permettrait un décès plus rapide.

La vidéo nous montre que l’opérateur doit enfoncer la tige métallique à plusieurs reprises dans les tissus situés à proximité de l’arrière du crâne. Elle nous montre que l’animal fait des mouvements vigoureux pendant l’insertion de la tige et continue à s’agiter par à coups après que la tige ait été retirée. Ceci suggère fortement que la méthode est invasive et pénible et n’apporte pas aucune insensibilité immédiate. Le cerveau continue à fonctionner et à ressentir. Une résection complète et rapide du tronc cérébral aurait entraîné la destruction des voies sensorielles et donc de la douleur, mais ce qui est observé chez les dauphins prouve que la mort n’est ni immédiate ni indolore et que le tronc cérébral n’a pas été tranché.

Quand la tige métallique est violemment enfoncée dans les tissus sensibles, le dauphin devient paraplégique.
Son corps se paralyse. Les dommages causés à la moelle épinière et au tronc cérébral entraînent dans un premier temps une immobilisation de l’animal et finalement la mort en raison d’un manque de coordination de la fonction respiratoire et motrice. Le dauphin meurt donc tout à la fois d’asphyxie et  d’hémorragie lente, dans une terreur abominable.

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Malgré la tige de bois, le sang coule

 


A Veterinary and Behavioral Analysis of Dolphin Killing Methods Currently Used in the “Drive Hunt” in Taiji, Japan

Study Confirms Taiji Kills Are Inhumane

Taiji : saison 2013-2014

Taiji : saison 2015-2016

Japon , l’enfer des cétacés

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La cheville de bois est bien enfoncée