Tandis que Tilikum se meurt…

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Tilikum avant sa révolte


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12 mars 2016. Presque la fin.. Des dresseurs sont venus apporter à manger à Tilly, enfermé seul dans le bassin D, mais il semble qu’il n’accepte plus rien.


Tandis que Tilikum se meurt…

As Tilikum Ails, Questions for SeaWorld

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SeaWorld vient d’annoncer que Tilikum, l’orque vedette du documentaire « Blackfish », souffrait d’une infection pulmonaire résistante aux médicaments (pneumonie bactérienne probable) et qu’il était proche de la mort.
L’émotion indignée que suscite l’exploitation par SeaWorld de ses orques se justifie pleinement. Mais la mascarade continue tout de même, entretenue par les parcs marins à propos du bien-être des cétacés captifs. Les propos de SeaWorld  exigent une réponse.
Regardons les faits en nous fondant sur la littérature scientifique, évaluée par les pairs dans des revues sérieuses :

 

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Les derniers moments de Tilikum. La tache blanche et noire tout au fond, c’est lui. Il passe ses journées à flotter dans un état semi-comateux en regardant le spectacle auquel on l’a dressé pendant 23 ans. Il n’y participera plus jamais. Les autres orques le soutiennent et l’entourent à travers les barreaux. Toutes comprennent très bien ce qui va se passer, comme avec Unna, la fille de Tilly, morte !l y a peu d’une infection fongique. Les orques savent parfaitement ce que c’est que la mort.


Premièrement:
Tilikum est en train de succomber à la cause la plus fréquente de décès chez les cétacés captifs: la pneumonie.
Sur la vidéo publiée par SeaWorld, le vétérinaire rappelle à juste titre que la pneumonie est également une cause de maladie et de décès chez les cétacés sauvages. Mais si les orques sauvages peuvent mourir de pneumonie, la prévalence de cette maladie chez les cétacés captifs pose question.
Comment peuvent-ils contracter une telle maladie dans l’environnement hyper protégé et médicalisé des bassins ?

Deuxièmement:
Pourquoi, à l’âge de 35 ans, Tilikum est-il considéré comme «vieux» ?
SeaWorld note à juste titre que l’espérance de vie moyenne des orques mâles à l’état sauvage se situe autour de 30 ans (avec un maximum d’environ 60 ans). Mais ils affirment aussi que la captivité est un environnement plus sûr et plus sain que le milieu naturel.
Comment se fait-il dès lors que des orques comme Tilikum ne vivent pas jusqu’à un âge avancé ? Cette question n’a jamais reçu de réponse satisfaisante de la part de l’industrie de la captivité.

Troisièmement :
Les orques captives reçoivent en permanence des antibiotiques pour empêcher les infections.
Ce médicament vise en particulier, à prévenir les infections bactériennes dentaires provoquées par le mâchonnement de pièces métalliques des portes ou de blocs de béton. Les effets immunosuppresseurs des antibiotiques utilisés de manière régulière sont bien établis chez tous les animaux, y compris les humains.
Tilikum est en train de mourir d’une souche résistante aux antibiotiques de bactéries considérées comme «difficiles à traiter» par le vétérinaire filmé dans la vidéo de SeaWorld.
Le personnel vétérinaire sait pourtant très bien que l’administration chronique d’antibiotiques conduit à la résistance aux antibiotiques.
Lorsque SeaWorld soigne les infections de la carie dentaire par l’utilisation continue d’antibiotiques et que dans le même temps, l’utilisation continue d’antibiotiques conduit à des infections résistantes aux  médicaments, alors on peut dire que l’entreprise met ses animaux dans une situation intenable.

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Les dents ravagée des orques captives

Enfin :
Les cétacés captifs succombent régulièrement à des maladies connues pour être associés à l’immunosuppression induite par le stress.
Le mécanisme qui les relie est connu depuis de nombreuses années. Il figure même sur le programme d’études dans le cadre des cours sur la physiologie et l’introduction à la psychologie.
Tous les animaux, y compris les humains, réagissent au stress en activant un large éventail de réponses comportementales et physiologiques qui sont collectivement désignés comme une « réponse au stress ».  Le stress chronique conduit à un dysfonctionnement du système immunitaire et, finalement, à des problèmes de santé graves.
Des preuves nombreuses démontrent qu’il y a augmentation du niveau des hormones de stress chez les cétacés captifs, ce qui apporte une confirmation alarmante à la connexion présumée entre la captivité, le stress chronique et la mortalité.

Dans le serment adopté par l’American Veterinary Medical Association, chaque vétérinaire – y compris, sans doute, les vétérinaires de SeaWorld – prononce cette phrase : « Je jure solennellement d’utiliser mes connaissances scientifiques et mes compétences pour le bénéfice de la société grâce à la protection de la santé et du bien-être animal, la prévention et le soulagement de la souffrance animale, la conservation des ressources animales,  la promotion de la santé publique, et l’avancement des connaissances médicales ».
Mais les faits énoncés ci-dessus racontent une autre histoire, celle d’un engagement solennel trahi pour satisfaire les exigences de l’industrie.

Il est temps que les vétérinaires SeaWorld cessent d’agir comme des « spin doctors » et commencent à agir comme de vrais médecins.

 

Note : Rappelons qu’à Antibes, Kim2 est mort de pneumonie en 2002 à l’âge de 27 ans, et avant lui Betty, morte en 1987 à l’âge de 13 ans d’une pneumonie fulgurante.
Ce fut aussi le cas de Keiko dont les poumons usés et le système immunitaire, rendus déficients par des années de captivité, n’ont pas supporté la vie libre.

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Keiko est la seule orque captive à avoir reçu une sépulture


Citations scientifiques
Voir article original

1 The Merck Veterinary Manual (2015). http://www.merckvetmanual.com/mvm/exotic_and_laboratory_animals/marine_mammals/bacterial_diseases_of_marine_mammals.html

Jett J & Ventre J (2012). Orca (Orcinus orca) captivity and vulnerability to mosquito-transmitted viruses. Journal of Marine Animals and Their Ecology 5(2): 9-16.

Broom DM and Johnson KG (1993). Stress and Animal Welfare. Chapman & Hall: London, UK.

Dohms JE & Metz A (1991). Stress-mechanisms of immunosuppression. Veterinary Immunology and Immunopathology 30(1): 89-109.

5 Sapolsky RM, Romero LM and Munck A (2000). How do glucocorticoids influence stress responses? Integrating permissive, suppressive, stimulatory, and preparative actions. Endocrine Review 21: 55-89.

Clark LS, Cowan DF, Pfeiffer DC (2006). Morphological changes in the Atlantic bottlenose dolphin (Tursiops truncatus) adrenal gland associated with chronic stress. Journal of Comparative Pathology 135: 208-216.

Spoon TR and Romano TA (2012). Neuroimmunological response of beluga whales (Delphinapterus leucas) to translocation and a novel social environment. Brain, Behavior and Immunity 26: 122-131.

Ugaz C, Valdez RA, Romano MC and Galindo F (2013). Behavior and salivary cortisol of captive dolphins (Tursiops truncatus) kept in open and closed facilities. Journal of Veterinary Behavior 8: 285-290.

 

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