Tanouk est mort de désespoir

 

Pour soigner une orque, il faut vider le bassin

 24 octobre 2000

Capturée au large de l’Islande en 1989 et importée illégalement au Marineland d’Antibes avec Sharkhane (une jeune femelle capturée en même temps que lui), l’orque Tanouk est morte le 24 octobre 2000 au Izu-Mito Sea Paradise (Japon). On l’y avait rebaptisé Yamato.

Tanouk – un mâle – n’avait que 3 ou 4 ans lorsqu’il fut arraché à ses eaux natales, en Islande.
Il aurait pu vivre 70 ans en liberté. Il aurait pu engendrer une belle descendance.
C’est un jeune adulte qui vient de mourir, en pleine force de l’âge mais brisé par onze années de captivité.

L’importation des orques est interdite en France depuis la mise en œuvre de la CITES dans les législations européennes.  Mais à quoi sert la loi quand on a les moyens d’obtenir une dérogation toute spéciale d’un gouvernement peu soucieux de ce genre de détails ?
Ce fut le cas du Marineland d’Antibes.
Non content de détenir déjà un couple d’orques (Kim II et Freya) qui ne produisait que des enfants morts nés, car ils étaient frères et soeurs, son directeur Mike Riddell commanda la capture d’un jeune couple pour stimuler la fécondité de ses pensionnaires.

Tanouk arriva donc à Antibes avec Sharkhane en 1989 (qui mourut en 2009) alors que les lois CITES étaient déjà d’application. Il y passa six années d’enfer durant lesquelles il fut exclus par les autres orques. Difficile de cohabiter dans un aussi petit bassin lorsqu’on est fait pour vivre dans les océans.
Son comportement dépressif devint inquiétant et une infection se développa sur sa nageoire dorsale. Il devenait agressif. On décida que Tanouk ne pouvait plus rester à Antibes.

Pour beaucoup de protecteurs, il devint alors le candidat numéro 1 à la réhabilitation. Pas pour le Marineland…
Une nuit de novembre 95, secrètement, il fut transferré au Japon dans des conditions probablement très pénibles. Plus de quinze heures d’avion, immobile, pour un orque, c’est dur…

Quelques jours après l’arrivée de Tanouk dans sa nouvelle prison, une jeune étudiante japonaise envoya à Brigitte Sifaoui des photos de l’orque : son ventre était traversé de cinq plaies sanguinolentes et sa nageoire dorsale semblait purulente. L’étudiante disait avoir remarqué les difficultés respiratoires de Tanouk, alors rebaptisé Yamato, qui ne bougeait pas beaucoup, seul dans son enclos.

En 1997, il avait été rejoint par Asuka, une femelle brutalement capturée à Taiji (Japon) avec quatre autres membres de sa famille (ou « pod »). Les deux animaux avaient été séparés cet automne en raison d’une nouvelle infection survenue chez Tanouk. Celui-ci avait cessé de s’alimenter depuis le début du mois d’octobre.

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Captures d’orque à Taiji

Il est désormais bien connu que l’état dépressif affaiblit les défenses immunitaires des animaux captifs. 
Séparé de son milieu, isolé des siens, privé d’espace et de stimulation (Tanouk ne participait à aucun spectacle pouvant l’occuper au moins quelques heures dans la journée), ce jeune mâle a succombé à l’ennui. Quand on sait à quel point les liens sociaux sont importants chez ces animaux – les mâles passent toute leur existence au sein de leur famille et ne quitte jamais leur mère – l’évidence s’impose : la captivité tue les orques, comme les dauphins et tous les grands mammifères évolués.

Grâce au Marineland d’Antibes et à la complaisance du Ministère de l’Environnement qui accorda une dérogation pour l’importation, Tanouk vient de rejoindre les 12 orques captives déjà mortes depuis la sortie du film « Free Willy », dont Vigga, Yaka, Belen, Ruka, Malik, Gudrun, et Finna, tous morts en pleine jeunesse.

Un message de :
Brigitte Sifaoui

France