L’orque Tilikum en 2015

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Tilly flotte…

L’orque Tilikum en 2015

Tilikum est l’exemple même de ce que la captivité peut faire à une orque sauvage.
Une épave.  De ce genre d’êtres immobiles au regard vide que l’on croise dans les asiles d’aliénés…
Tilikum est l’exemple même de ce que la captivité peut faire d’une orque sauvage.
Une ruine.  De ce genre d’êtres immobiles au regard vide que l’on croise dans les asiles d’aliénés…
En 2009, Tilly était encore vigoureux. On le voit ici avec Dawn Brancheau, qu’il massacra l’année suivante, avalant de grandes goulées de poissons surgelés pour le prix de sa peine.


7 ans plus tard, c’est un zombi.
Un malade mental frappé d’hébéphrénie, assommé de psychotropes et qui flotte en plein show comme une bouée.
Tilly passe l’essentiel de son temps à flotter à la surface de l’eau, dans un bassin arrière du SeaWorld d’Orlando. Il partage parfois sa cellule avec son petit-fils Trua, âgé de 9 ans. Il est isolé des autres orques et en particulier, des femelles dominantes. Parfois, Tillikum et Trua participent au grand splash final du One Ocean Show. Cela ne se passe toujours bien.

En décembre 2014, lors d’un Shamu Show du matin, Tilikum a ignoré tous les ordres et s’est dirigé vers une porte où il s’est balancé dans l’eau pendant plusieurs minutes, en appelant de temps en temps une autre orque de l’autre côté (sa petite-fille Nalani).  Sa nageoire dorsale est si molle qu’elle drape quasiment un côté de son corps.
En 2016, rien n’a changé.


Le 24 février 2014, l’orque Tilikum tuait sa dresseuse, Dawn Brancheau, au SeaWorld d’Orlando.
Entre le moment du drame et l’appel aux services d’urgence, 27 longues minutes s’écoulèrent, durant lesquelles le public fut évacué, les dresseurs éloignés, les caméras coupés. SeaWorld tenta de masquer l’ampleur du drame mais avec un cadavre à la poitrine enfoncée, au crâne scalpé et au bras gauche arraché, il était difficile cette fois d’étouffer l’affaire. On répandit l’idée que Dawn était en faute, que Tilly voulait jouer avec sa queue de cheval.

En vain. L’OSHA commença par interdire tout contact dans l’eau entre les orques et les dresseurs. Puis des questions se posèrent. Pourquoi cette violence ? Le geste de l’orque était-il délibéré ? Ou bien Tilly n’avait-il agi que par instinct, en toute inconscience animale ?  Voilà qui était difficile à croire venant d’un mammifère marin doté de l’un des deux cerveaux le plus puissants au monde, avec celui de l’homme.

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Images volées du corps de Dawn extrait de l’eau. Tilikum tient son bras arraché dans la gueule.

 

Le journaliste David Kirby mena le premier l’enquête.
Dans son livre « Death at SeaWorld », il nous raconte l’histoire de Tilly.
Ce mâle gigantesque était un grand timide mal dans sa peau. Capturé en Islande à l’âge de deux ans, Tilikum fut emmené au Sealand of Pacific. Chaque soir, on l’enfermait dans un hangar avec deux femelles agressives qui le rossait. A bout de nerfs, il avait attrapé la dresseuse Keltie Byrne par le pied, puis l’avait noyé sous les yeux horrifiés des témoins. Un peu plus tard, il avait également noyé et castré un vagabond du nom de Daniel P. Dukes , qui avait imprudemment plongé dans sa piscine la nuit. Tous ces faits furent dissimulés, comme une centaine d’autres agressions d’orques.

La réalisatrice Gabriela Cowperthwaite poursuivit l’enquête de Kirby.
En 2013, son documentaire Blackfish sortait en salle et fit l’effet d’une bombe. Moins d’une heure trente d’images et d’interviews suffirent à renverser l’opinion publique occidentale sur la situation des orques en captivité. Sans cesse de nouveaux témoignages affluent. « Beneath the surface », écrit par John Hargrove, ex-Senior Trainer à SeaWorld, ex-consultant au Marineland d’Antibes, est à cet égard éclairant, en ce qu’il nous montre la relation affective extraordinairement  complexe et malsaine entre le maître dresseur et son esclave épaulard.

C’est donc paradoxalement toute « l’humanité » des orques captives que l’histoire de Tilikum nous révèle.
Toute la souffrance qu’ils ressentent, comme nous le ferions, à vivre en esclavage dans un espace clos et qui les fait basculer parfois, selon le mot de John Hargrove, du « côté obscur  » de la force. Certains sombrent dans le désespoir, d’autres se mettent en rage.
Aujourd’hui, Tilikum n’est plus que l’ombre d’une orque, un zombi assommé de tranquillisants qui flotte immobile face au mur de son bassin. SeaWorld a songé à l’euthanasier mais c’eut été perdre un « taureau » dont la semence congelée vaut cher.

Comme dans le film « Vol au-dessus d’un nid de coucou », Tilikum a été sévèrement puni d’avoir voulu briser ses chaînes.
On l’a placé sous camisole chimique, jusqu’à la fin de sa vie sans doute. Mais sa révolte n’aura pas été vaine : grâce à lui, c’est toutes les orques captives qui profitent aujourd’hui de ce changement de paradigme. L’effet Blackfish continue à ébranler les fondations de SeaWorld et bientôt ce seront toutes les entreprises gardant des orques en bocal qui devront affronter le même rejet du public.

Tilikum est le Spartacus des orques en esclavage.

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Le pays de Tilikum

S’il avait vécu libre, Tilikum serait aujourd’hui l’un des princes des ces paisibles communautés d’orques qui vivent au large de l’Islande.
« Les Fjords de l’Est de l’Islande sont taillés dans les roches les plus robustes de la terre, d’une beauté à couper le souffle. Ici, le long de ce tronçon extrêmement isolé de la côte, aussi loin de Reykjavik qu’il est possible de l’être, une succession de baies en dents de scie et de fjords aux eaux profondes ont été sculptés dans la pierre volcanique par le recul des glaciers, durant la dernière période glaciaire. Chaque année, un grand nombre d’orques islandaises descendent vers cette extrémité de l’île et ses fjords abrités, où se tiennent en hivernage les harengs de l’Atlantique, leur repas préféré ».

Tilikum avait deux ans quand on l’a kidnappé. Les enfants sont précoces chez les cétacés et ils ont bonne mémoire.
A quoi pense Tilikum quand il flotte ?
Où va-t-il quand son esprit quitte ce bassin atroce et ces petits êtres roses qui le nourrissent et le torturent ?


 

http://www.dauphinlibre.be/la-solitude-de-tilikum-6-tonnes-d-energie-en-cage/

http://www.dauphinlibre.be/liberez-tilikum/

 

http://www.dauphinlibre.be/tilikum-ky-et-tant-dautres-encore-les-baleines-tueusespetent-les-plombs-en-bassinla-jeunesse-de-tilikum/