Première Commission Dauphins Bruges 2006

20 octobre 2006

Première session de la Commission spéciale Bruges 

Comme annoncé l’an dernier, une Commission spéciale s’est
réunie le 20 octobre 2006 en vue de réviser les normes de détention des dauphins dans les parcs zoologiques belges.
Rappelons ici rapidement les enjeux essentiels de cette Commission spéciale qui n’a, hélas, que trop tardé à se réunir :

Les enjeux

Lors d’’une visite du Dr Toni Frohoff au Sea Park de Bruges en 2005, il est apparu que les conditions de détention des dauphins maintenus sous le chapiteau de béton de cet ultime « cirque aquatique » flamand, ne répondaient en rien aux besoins psychophysiologiques les plus élémentaires de ces mammifères marins dotés de cultures, d’’intelligence et de conscience de soi et dont les déplacements quotidiens s’échelonnent entre 33 et 90 kilomètres en milieu naturel.

Les principaux problèmes que pose le delphinarium de Bruges sont notamment :

* Le manque d’’espace, engendrant des agressions interindividuelles incessantes et un stress permanent. Le Dr Toni Frohof, lors de sa brève visite, a été surprise de constater tant de comportements anormaux et stéréotypés, tels que la nage en cercle, des mouvements corporels subits et répétés en vain, des inspirations profondes et répétées, des comportements de sollicitation (rostre ouvert en direction des visiteurs), des coups de tête brusques, échouages intempestifs, etc.

* Le manque de lumière naturelle : les dauphins ne savent jamais si c’est le printemps, l’été, l’hiver ou l’automne…

* Le manque absolu de tout enrichissement environnemental : le bassin de béton est absolument nu et privé de tout objet, à la différence des fonds marins qui eux, sont d’’une richesse presque infinie en termes de faune, de flore et de sollicitations sonores, tactiles et visuelles de toute nature.
Cette privation sensorielle est exceptionnelle dans le monde des zoos, puisque les delphinariums sont sensé appartenir à cette catégorie plutôt qu’au monde des cirques.
Partout ailleurs, tant pour les éléphants que pour les grands singes, on s’efforce au contraire de leur donner ne serait-ce qu’une illusion de leur milieu d’origine.
Imaginerait-on de voir un gorille ou un chimpanzé assis dans une pièce vide de tout objet, afin de l’obliger à faire des tours pour nous faire rire ?

Au Zoo d’Anvers, on tente, malgré l’exiguïté des cages, de rendre la vie un peu plus supportable aux grands singes en multipliant les agrès, les pneus, les troncs, les cordages, etc.

Ici, l’ennui programmé fait pourtant partie du spectacle, il en constitue l’un des fondements, au même titre que la distribution rationnée de nourriture à la main en échange de l’obéissance des dauphins.

C’est la logique même des delphinariums qui veut que les cétacés
s’ennuient pour qu’ils acceptent de sauter dans leurs cerceaux ou d’envoyer des ballons vers les gradins, ceci non sans risque pour les spectateurs, comme l’a également noté Toni Frohoff…

* L’’aération des locaux et la désinfection de l’’eau à l’’aide de
chlore qui semblent largement inadéquates.

* Le bruit insupportable pour des animaux marins dotés d’une
audition exceptionnellement sensible et sophistiquée
.
Ce tumulte incessant leur est imposé tant durant les shows
(musique tonitruante, applaudissements de la foule) que durant le reste du temps (pompes filtrantes).

* Le danger de certaines installations de contention, telles que
ces portes coulissantes entre le bassin principal et les bassins d’’isolement, susceptibles d’’entraîner des accidents graves, voire mortels.

* Des risques en matière de sécurité pour les visiteurs qui peuvent nourrir les animaux, avec tout ce que cela comporte comme risques de morsures ou de transmission de maladies de l’homme au dauphin ou du dauphin à l’homme.

* Des programmes éducatifs extrêmement sommaires.
Les shows ressemblent davantage à des numéros de cirque qu’à de l’’information pédagogique.

* Le fait que des dauphins juvéniles nés captifs vont bientôt parvenir à l’’âge adulte et ne pourront pas vivre pleinement leur vie
d’’adulte. Le déplacement de certains individus (Linda et Mateo sont récemment partis en Italie) et l’’arrivée probable de nouveaux détenus constituent un facteur de stress extrême pour les dauphins qui nouent entre eux des liens individuels solides depuis l’enfance.
On se souviendra à ce propos que Play-Boy, le dauphin
dominant de Duisburg
est mort moins d’un an après l’’arrivée d’’Ivo dans son bassin ou que Tex, le père de tous les dauphins nés captifs à Bruges, est mort peu après son arrivée dans le nouveau lagon du Marineland d’’Antibes.

On peut donc craindre que ce « carrousel de la mort » ne se perpétue sans fin dans l’’enceinte obscure du Sea Park de Bruges, dont le propriétaire n’est autre que le puissant holding espagnol Aspro Ocio, spécialisé en roller-coasters, perroquets à vélo et autres loisirs familiaux hautement lucratifs, à défaut d’être éducatifs…
Ce ne sont donc pas les dauphins de rechange qui manqueront à l’avenir pour alimenter sans fin notre ultime delphinarium flamand.

Des pays comme l’’Italie et le Brésil, sans parler du Royaume Uni, ont pris en compte la plupart de ces facteurs de stress dans leurs réglementations, mais pas la Belgique.

La mise en place de la commission spéciale n’’est dès lors pas un luxe mais une urgence. On regrettera le retard qu’’elle a pris à se
constituer car, dans l’’intervalle, la souffrance des dauphins détenus, elle, n’’a jamais cessé.  Est-ce à dire qu’’une solution est possible et que nos dauphins captifs seront un jour heureux ?

Non, bien sûr. Le seul endroit qui convienne à un cétacé est l’’océan, et nulle part ailleurs.  Le piège de cette commission serait justement de faire croire qu’en modifiant l’’un ou l’’autre élément d’un delphinarium, en allongeant de quelques mètres le bassin ou en filtrant son eau à l’ozone plutôt qu’’au chlore, on puisse justifier l’’existence de ce genre de prison animale et la perpétuer.

Il est bien évident que dans la perspective antispéciste
radicale qui est celle de ce site
, tout enfermement d’’un animal conscient de lui-même est par définition un acte cruel et injustifiable, même au nom de la « science ».

A terme, tous les delphinariums doivent disparaître, où que ce soit, sous quelque forme que ce soit.

Mais au moins peut-on tenter, dans l’’immédiat, d’’atténuer certaines souffrances et de rendre un peu plus vivable l’’invivable.
C’’est pourquoi j’ai accepté de participer à ce débat qui risque néanmoins d’être fort technique et d’ergoter sur quelques centimètres de bassin en plus ou en moins.
Et même si par extraordinaire, Aspro Ocio acceptait d’investir dans la construction d’un lagon en plein air, sur le modèle de celui de Harderwijk, ce ne sera pas sans risque pour la santé des dauphins, si l’on en juge par la mort précoce de Tex et d’Aurore à Antibes.

Une règle déontologique propre aux commissions parlementaires
ou ministérielles nous interdit d’en dire plus et de révéler la nature
des débats avant leur conclusion. Dont acte.

Une chose est sûre, cependant : c’est que dès la première séance, le dialogue fut difficile et ce d’autant que la langue officielle de cette
commission est essentiellement le Flamand, sans traducteur invité. Tant pis pour les francophones, c’est la règle aujourd’hui en Belgique Fédérale.

 Lire le rapport de Toni Frohoff

Les normes de détention belges

Loi belge et delphinarium

Les normes minimalistes de l’’EAAM

Les normes de détention au Brésil

Les normes de détention en Italie

Les normes en Angleterre

Interdiction en Australie !

Loi et delphinariums dans le monde

Loi du 14 août 1986, modifiée par les lois du 26 mars 1993 et du 4 mai 1995, relative à la protection et au bien-être des animaux
« Toute personne qui détient un animal,…, doit prendre les mesures nécessaires afin de procurer à l’animal une alimentation, des soins et un logement qui conviennent à sa nature, à ses besoins physiologiques et éthologiques, à son état de santé et à son degré de développement, d’adaptation ou de domestication. »

 

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 Avril mai 2008

A propos de la reprise de la Commission Ministérielle pour l’amélioration des conditions de vie des dauphins de Bruges

On notera que la nouvelle commission 2008 ne démarra en fait qu’en 2011 et accoucha d’une scandaleuse souris. Je me réjouis donc d’avoir refusé d’y prendre part lorsque j’y fus invité en 2008.   Lire : Un bon delphinarium est un delphinarium mort !

YG



Courrier adressé à
: els.vanautryve@health.fgov.be;info@laurette-onkelinx.be; ann.degreef@gaia.be>;joel.loir@health.fgov.be; protectionanimale@health.fgov.be; delegues@spa.asso.fr;
jsauzier@mmcs-ngo.org, MANUEL@ZOO-VET.DE;   T.Jauniaux@ulg.ac.be, bart.dewever@n-va.be


Bonjour

Au terme d’une longue réflexion, et suite à votre invitation de reprendre les « travaux » de la  Commission Ministérielle pour
l’amélioration des conditions de vie des dauphins prisonniers sous le dôme fermé du Sea Park d’Aspro Ocio situé à Bruges, ma décision est prise : je refuse de participer à l’élevage, si « soigneux » soit-il,
de dauphins domestiques qui seront de toutes façons arrachés un jour à leur famille pour se voir expédiés vers dieu sait quelle structure pourrie quelque part en Europe ou ailleurs.

En fermant tous les delphinariums d’’Europe, on cesserait d’un coup de montrer le mauvais exemple aux centaines de pays émergents du tiers-monde qui trouvent chez nous une excellente caution pseudo scientifique et pseudo pédagogique à créer de nouvelles structures de contention encore plus pourries, s’’il est possible.

Même un grand delphinarium modèle comme celui de Valence n’’empêche pas la souffrance des cétacés qui y survivent et qui n’’ont pourtant qu’un besoin, qu’’une envie : vivre selon leurs moeurs, avec leur vraie famille, en exerçant leurs vraies compétences physiques et mentales, et ceci en toute liberté.

Il n’’est de bon delphinarium qu’’un delphinarium mort , une fois pour toutes, et je refuse personnellement de continuer à jouer dans cette comédie aussi grotesque qu’’inutile – Aspro Ocio ne lâchera pas un sous dans cette affaire, tout le monde le sait.

Soyons clair : cette Commission est une farce à forte odeur pré-électorale et je refuse d’y participer. Je le regrette au nom d’Allan, de Kiana, de Jasperina, d’’Oshun, de Kim, de Ringo , de
Thea, de Skippy, de Terry, de Fernando, d’’Iggy,  de Tex, de Linda, de Roxanne, de Mateo, bref, de toutes ces malheureuses victimes passées, présentes et à venir mais ce n’’est pas avec le petit « ravalement de façade », le « petit lagon pour rire et  purement esthétique » que nous pourrions obtenir au terme de débats haineux avec des gardiens de prisons et des exploitants de parcs d’’attractions, qu’’on arrivera jamais à leur rendre la vie plus belle et encore moins à les sauver de la geôle.

Roxanne et l’un de ses innombrables bébés morts depuis ou partis…

En outre :
1. Tout laisse à penser qu’au terme de quelques aménagements mineurs (lagon à l’’air libre, shows plus pédagogiques) et si le vrai patron, Aspro Ocio, le veut bien, le Delphinarium de Bruges n’en fasse aussitôt un argument publicitaire de poids et ne puisse ainsi doubler, voire tripler, son chiffre d’’affaires en se vantant de gâter ses chers petits dauphins et otaries.

Bien sûr, rien ne sera dit sur son site ou dans la presse à propos du sort réservé aux dauphins nés captifs ni de la mort des anciens fondateurs, comme le veut la loi du silence de ce type d’’entreprises commerciales. Et puis, un dauphin ressemblant physiquement tellement à un autre, Bruges pourra toujours renouveler son cheptel en douce en utilisant la célèbre technique «Shamu», c’est à dire en donnant le même pseudonyme à des adultes successifs issus d’une fermes d’’élevage hollandaise ou des dauphins en surplus espagnols.

2. De telles améliorations ne résoudront en rien la catastrophe pédagogique que les shows de delphinariums (comme les shows de cirque) constituent pour la petite enfance, principal coeur de cible de ce business, désormais éduquée dans l’’idée que la nature est faite pour être dominée, contrôlée, manipulée.
Elles ne modifieront pas non plus de manière fondamentale le bien-être des dauphins eux-mêmes.

La seule véritable «amélioration» de la vie des dauphins de Bruges serait de fermer l’’établissement et de les déplacer au sein de baies naturelles fermées par des filets, comme à Eilat, et comme il pourrait en exister quantité dans le sud de la France, l’’Espagne, la Croatie ou la Grèce potentiellement disponibles.

Les «vieux dauphins» capturés en Floride y retrouveraient leurs souvenirs d’’enfance et enseigneraient leurs techniques de chasse aux plus jeunes, nés captifs. On pourrait ensuite les libérer tous.
Le nombre de réhabilitations réussies prouve que ce scénario est parfaitement possible, s’il faut en croire le témoignage de nombre de spécialistes tels Ken Levasseur, Ric O’Barry ou Howard Garrett, et ainsi que le démontre, précisément, l’exemple des jeunes dauphins d’Eilat nés captifs mais libérés en Mer Noire.

3. Les capacités cognitives de certains grands cétacés tels que les orques, les bélougas, les grands dauphins, les cachalots…) sont équivalentes à celle de l’Homme. Pas plus qu’on ne peut admettre moralement de mettre un humain en esclavage, on ne saurait tolérer l’existence de prisons pour cétacés, si vastes soient-elles.

 

Pourquoi ? Parce que ces établissements fonctionnent sur deux principes pour faire obéir leurs dauphins domestiques :

– L’ennui programmé : il FAUT que les bassins soient nus, vides de tout objet, sinon le dauphin sortirait rarement hors de l’eau. De toutes façons, rien ne remplace la richesse d’un milieu marin véritable, avec ses algues, son soleil et ses pluies, ses tempêtes, ses courants, ses poissons, ses invertébrés innombrables, ses marées, etc. qui forment la base de l’’éducation d’’un jeune dauphin mais aussi et surtout l’’extrême complexité de la vie sociale, familiale et affective des cétacés libres, regroupés en clans, tribus, nations, et entretenant des relations intenses d’un « village marin» à l’autre et même d’une
espèce de cétacés à une autre.

– La contrainte par la faim. Qui a jamais vu un show ou une séance de cette escroquerie  baptisée «delphinothérapie», sans que le
dresseur n’ait un seau de poissons coupés en petits morceaux à ses côtés) ou par la punition directe des grands mâles indisciplinés (isolement, coups, les exemples récents ne sont pas rares).

Dans ces conditions, on voit mal comment on pourrait « améliorer » un
delphinarium. Même Harderwijk, avec son grand lagon n’est jamais qu’une vaste ferme à dauphins domestiques élevés en batterie comme des poulets, des vaches ou des cochons.

Je resterai néanmoins à la disposition de tous les amis des dauphins de cette Commission (Gaia, Planète Vie, notamment) pour leur fournir les infos techniques si nécessaires, obtenues par le biais du Cetacean Freedom Network.

Mais pour le reste, il m’est ETHIQUEMENT impossible de cautionner cette Commission et d’y associer mon nom.
Je le répète : il n’’est de bon delphinarium qu’’un delphinarium mort.
Vivent les dauphins libres !

Yvon Godefroid
Journaliste.
Gestionnaire du site « Dauphins captifs et dauphins libres » depuis 1997


Pour une Europe Sans Delphinarium