Toutes les orques de Sea World bientôt livrées à la Chine ?

Toutes les orques de Sea World bientôt livrées à la Chine ?

L’annonce avait été diffusée dans le monde entier comme un gage. Une promesse.
En mars 2016, SeaWorld déclarait qu’il mettrait fin à l’élevage des orques, faisant de cellles qu’il détenait aux États-Unis et à l’étranger l’ultime génération d’épaulards à vivre en captivité.
Dans le courant de la même année, la Californie adoptait une loi qui pérennisait ce changement, en interdisant la reproduction, l’exhibition publique et l’importation de toute nouvelle orque en captivité dans l’état de Californie.

Aujourd’hui, c’est en Floride, où siège la direction mondiale de Sea World, que d’autres défenseurs des cétacés plaident pour les mêmes mesures juridiques. Sachant fort bien, insiste l’avocate de l’Animal Legal Defense Fund, Lindsay Larris, que «les politiques d’entreprise peuvent toujours changer» !
Le député Ben Diamond, du département de St. Petersburg, a rédigé une nouvelle loi intitulée « Floride Orca Protection Act » qui sera présenté avant la session législative de 2018.
Tandis que Sea World tente de se reconstructrice après des années de déclin et d’effondrement de ses chiffres de fréquentation, Mme Larris pense qu’il est urgent de protéger les orques captives en Floride, vu le contexte imprévisible que peut créer une entreprise en grave difficulté.
Et en effet, lors d’une transaction récente qui a eu lieu outre-Atlantique sans tambour ni trompette, il semble bien que Sea World ait déjà agi contre ses propres promesses.

Morgan paniquée se réfugie sur le bord du bassin à Loro Parque


Sur l’île espagnole de Tenerife, le mois dernier, SeaWorld a laissé à Loro Parque les six orques qu’il lui avait prêté, après que Wolfgang Kiessling, le responsable du delphinarium, se soit publiquement opposé à l’interdiction de reproduire des orques
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SeaWorld a vaguement référencé ce transfert dans son rapport financier du 7 novembre dernier.
Le 5 décembre, Loro Parque annonçait pour sa part sur son site Internet que l’une de ses orques, Morgan, était enceinte. La nouvelle était confirmée par une échographie datant « d’il y a quatre semaines ». Javier Almunia, directeur de la Fondation Loro Parque, a confirmé au Times mercredi que Morgan avait été engrossée par l’un des deux mâles originellement importés depuis SeaWorld jusqu’à Ténériffe.
Le porte-parole de SeaWorld, Travis Claytor, a déclaré que la décision de transférer ses orques avait été prise « avant que quiconque sache que Morgan était enceinte », mais il a refusé de préciser les dates de l’un et l’autre évèéement ou si son entreprise soutiendrait le projet de loi de la Floride.

Wayne Pacelle, le président de la Humane Society qui avait négocié l’interdiction de l’élevage d’orques avec SeaWorld, a déclaré lundi que le transfert des orques à Loro Parque était clairement une rupture de l’accord.
SeaWorld s’était engagé de rester responsables de ses orques pour leur vie entière. Les confier à un directeur de zoo «qui a une vision très différente de la manière de prendre soin des animaux», rompt évidemment cet accord.
« C’était la plus grande menace », a déclaré Pacelle. « Je pense que la situation de Loro Parque est une mise en garde, et SeaWorld devrait être à la pointe du soutien à la nouvelle législation en Floride. Il y a là clairement un problème de confiance ».

Depuis la diffusion du film Blackfish, le grand public est de moins en moins prêt à accepter la présence de l’un des animaux parmi les plus intelligents et les plus sensibles en captivité dans des bassins en béton.
En décembre 2014, le cours de l’action de SeaWorld baissait d’un coup de 60%. La société enregistrait une baisse de 84% de ses revenus au deuxième trimestre en 2015. Les revenus de ce trimestre ont chuté à 437 millions de dollars, encore en baisse de 10% par rapport à l’année dernière.
Le PDG de SeaWorld, Joël Manby, a finalement décidé d’un changement d’attitude en 2016, en annonçant la fin des grands shows d’orques et leur remplacement par une «expérience orque» destinée à montrer les animaux sous un aspect supposé plus proche et naturel.

Keto doit se faire vriller la pulpe des dents

Lori Marino, neuroscientifique et fondatrice du Kimmela Center for Animal Advocacy, a déclaré que la captivité, même sans performance, a des effets déprimants sur les orques. Ceux-ci ont besoin de voyager jusqu’à 100 miles par jour et vivent au sein de sociétés vastes et complexes.
En mer, les orques se rassemblent autour de leur matriarche. Sa famille élargie reste près d’elle toute la vie et s’exprime dans un dialecte propre à cette communauté. En captivité, les enfants sont le plus souvent séparés de leur mère très tôt, comme le fut Keto à SeaWorld.
Né au parc d’Orlando, il a été déplacé trois fois avant d’arriver à Loro Parque en 2006 à l’âge très précoce de dix ans.

L’imagerie IRM des cerveaux post-mortem montre que les épaulards disposent d’un lobe supplémentaire dans la zone thalamique associée aux émotions qui n’existe même pas les humains, ce qui suggère une capacité extraordinaire à ressentir les émotions, à penser et à posséder une conscience de soi.,

« Ce sont des animaux dont le niveau de complexité sociale rivalise avec notre propre culture », s’enflamme Lori Marino. « Dans ces cuves en béton, ils n’ont tout simplement pas la capacité d’utiliser pleinement la partie la plus importante de leur cerveau. Dès lors, ils montrent tous les signes classiques du stress, de l’ennui extrême et, fondamentalement, ils deviennent fous ».

60 orques sont actuellement en captivité dans huit pays. SeaWorld en possède 10 à San Diego, 6 à Orlando et 5 à San Antonio, au Texas. La seule autre orque détenue en Amérique est Lolita, née en 1970 qui vit seule à Miami depuis 1980 dans un aquarium large de quatre fois la longueur de son corps.

SeaWorld a envoyé à Loro Parque deux orques mâles de son établissement au Texas et deux femelles depuis celui d’Orlando en Floride en vertu d’un accord de prêt en 2006 pour aider le zoo à lancer son show d’orques. Depuis lors, le zoo espagnol a réussi à faire survivre Adan, né en 2010. Un deuxième delphineau nommé Vicky est morte à 10 mois en juin 2013.

Quant à Morgan l’orque sauvage « sauvée » par les Pays-Bas et envoyée à Loro Parque par le gouvernement néerlandais en 2011, SeaWorld l’a officiellement reconnue comme lui appartenant dans un dépôt SEC d’avril 2013, déclarant que « sept épaulards sont actuellement prêtés » à Loro Parque.

Adan, rejetée par sa mère

 

Alors que SeaWorld continue à se débattre dans les ennuis, la société chinoise d’investissement Zhonghong Zhuoye Group vient d’acquérir une part de 21% dans la société en mars, devenant ainsi son principal actionnaire.
Deux dirigeants chinois siègent désormais au conseil d’administration de SeaWorld, dont un en tant que président !
Et cela au moment même où l’industrie chinoise des aquariums connaît un boom inouï, avec plus de 55 parcs marins en fonction et plus de 27 nouveaux en cours de construction, selon la Chinese Cetacean Alliance

Naomi Rose, cétologue à l’Animal Welfare Institute, estime que cette prise pouvoir chinoise impose d’autant plus que l’interdiction d’élever des orques soit coulée dans la loi. Le projet de loi proposé en Floride interdirait aussi toute exportation de sperme d’orques dans l’État ainsi que toute exportation d’orques vers un autre pays, sauf si la loi fédérale l’autorise formellement.
« Nous allons nous réveiller un beau matin et découvrir que tout est parti en Chine si les gens n’admettent pas que c’est une terrible possibilité », ajoute le Dr Rose. « Si finalement SeaWorld fait faillite et que Zhonghong Zhuoye rachète tous les actifs, rien ne les empêche d’expédier toutes les orques en Chine ».

En Californie, la loi avait été adoptée sans que SeaWorld ne s’y oppose. Mais en Floride, la législation annoncée s’est déjà révélée plus difficile à mettre aux votes. La sénatrice d’état Linda Stewart avait rédigé le projet de loi l’année passée, mais elle ne l’avait pas déposé. L’ancienne députée Alex Miller voulait la déposer en 2016, mais elle a brusquement changé d’avis après avoir rencontré des responsables de Sea World, a-t-elle annoncé.
Diamond, qui a jusqu’au 9 janvier pour déposer le projet, a déclaré que Sea World lui avait fait valoir que, sa politique avait changé, il n’y avait pas besoin d’une loi.
L’Animal Legal Defense Fund estime que cette position soulève des inquiétudes.
« Le fait que SeaWorld est dans un état d’agitation constant et de leadership versatile, le fait de ne pas ne pas vouloir s’engager dans une loi nous indique peut-être qu’ils ne sont pas dans le long terme en ce qui concerne leur politique ».

 

Les sanctuaires marins sont la seule issue morale au drame del’esclavagisme cétacéen


Pendant ce temps, un groupe d’experts internationaux ouvre un nouveau chapitre de l’histoire des cétacés captifs.
Comme la plupart des cétacés captifs ne peuvent être réintroduits en mer, le Whale Sanctuary Project élabore des plans pour construire plusieurs sanctuaires en bord de mer dans les sites de la Nouvelle-Écosse, de l’Etat de Washington et celui de la Colombie-Britannique.
Le concept des sanctuaires marins vastes de plusieurs dizaines d’acres carrés nécessiterait environ 20 millions de dollars, un permis exhaustif et l’adhésion du public. Lori Marino, qui a fondé le projet, pense qu’il sera réalisable avant trois ans.

« C’est une question éthique et c’est une question scientifique », affirme-t-elle. « La question n’est pas : « Voudrais-je voir des animaux dans des bassins ou dans des cages ? ». Ce n’est pas une question de choix personnel. Les données sont là et elles disent toutes la même chose : ces animaux n’on rien à faire en captivité « 

 

Quand donc le Marineland d’Antibes va-t-il se décider à coopérer avec le Whale Sanctuary Project ? C’est la seule solution honorable !

Advocates push orca breeding law as SeaWorld’s policy appears murky
Tracey McManus


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