Un globicéphale s’échoue au SeaWorld d’Orlando

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Un globicéphale s’échoue au SeaWorld d’Orlando

 

Un globicéphale s’échoue au SeaWorld d’Orlando

Le 20 juillet 2013, Carlo De Leonibus et sa femme ont emmené leur fille, Cat, à SeaWorld  pour son 11e anniversaire.
Ils pensaient passer une autre belle après-midi à observer les cétacés. Pour cette famille originaire de la région de Tampa, SeaWorld était en effet jusqu’alors une destination régulière. Cat rêvait même de devenir dresseuse de dauphins un jour !
Mais après ce qui s’est passé ce samedi au parc aquatique, les plans de carrière de Cat ont changé, et sa famille ne retournera plus jamais à SeaWorld.

Le spectacle en cours était une sorte de version «bas de gamme » d’un spectacle du Cirque du Soleil, mettant en scène des dauphins, des globicéphales à nageoires courtes (ou «baleines pilotes», appartenant eux aussi à la famille des delphinidés) et des oiseaux tropicaux. Il y en a 4 aujourd’hui à SeaWorld (2016)
Au milieu du spectacle, l’un des jeunes cétacés a sauté un peu trop loin hors du bassin et s’est échoué sur le bord, incapable de revenir dans l’eau.

Ce n’était pas beau à voir.
Le globicéphale s’agitait et se tordait en tous sens, tentant vainement de retourner dans l’eau. De nombreuses personnes dans le public ont commencé à crier et même à jurer, exigeant que le personnel du parc vienne en aide au pauvre animal, visiblement en détresse.

Ils ont attendu et attendu, mais au grand étonnement de Carlo De Leonibus, personne n’est intervenu.
Carlo se souvient : « Le public était furieux et s’est mis à taper du pied. Tout le monde souhaitait que l’on aide cette petite baleine. Un homme a même dit qu’il allait aller protester à l’extérieur du parc».

En tout cas, Carlo De Leonibus en avait vu assez.
La baleine-pilote se débattait déjà depuis au moins 10 minutes, selon lui – bien que sa femme et sa fille aient plutôt estimé le temps écoulé à 20 minutes.

Ce papa désemparé est alors allé voir un membre du personnel qui était à proximité, qui lui a dit que « tout allait bien, que le globi ne faisait que jouer».
Cet employé de SeaWorld a même ajouté :« Nous leur apprenons à faire ça, à revenir dans l’eau par eux-mêmes ». Mais d’après Carlo De Leonibus, il ne regardait même pas l’animal.
De Leonibus a été surpris par l’attitude désinvolte du personnel. « Ils riaient et répondaient à notre inquiétude par des sourires narquois », se rappelle-t-il. «Ils agissaient comme si c’était une situation normale pour les cétacés ».

C’est alors qu’il a décidé de retourner vers les gradins, de prendre sa caméra et de filmer cette scène pathétique.
Sa vidéo, où l’on entend même les cris d’un public paniqué, est désormais disponible sur YouTube. Elle a déjà été visionnée 18.413 fois, et ce n’est que le début…
«Regardez, la baleine est coincée ! », crie un spectateur. Et, alors que les cris continuent et que le globicéphale rampe et se débat, la vidéo montre une autre baleine-pilote tentant en vain d’aider sa congénère.

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Le second globicéphale tente de venir en aide à son compagnon

Un orage est alors survenu. Le show a été stoppé et postposé.
La foule a attendu que l’averse s’éloigne. 10 minutes se sont encore écoulées avant que deux dresseurs ne viennent finalement repousser la petite baleine dans l’eau. Si l’on en croit donc ce témoignage, l’animal a passé entre 20 et 30 minutes dans une position plus qu’inconfortable.

Pendant tout ce temps, la jeune Cat était de plus en plus bouleversée.
Elle raconte : « Je me suis rapprochée et j’ai commencé à crier en direction d’un dresseur, lui demandant de faire quelque chose. Il a dit qu’ils les laissaient, pour qu’ils apprennent à retourner seuls dans l’eau, mais la baleine était toujours coincée après 30 minutes et les gens dans le public criaient de plus en plus fort. Je me sentais tellement mal pour cette baleine, et je le lui ai dit, mais il n’a pas écouté. Il a dit à mon père qu’il ne pouvait rien y faire ».

Cette famille n’a pas attendu que la tempête passe.
Elle a quitté le parc, avec l’intention de ne plus jamais y revenir. Cet événement a laissé un souvenir indélébile à la jeune fille. « Je voulais devenir dresseuse de dauphins et travailler avec eux. Ce sont mes animaux préférés. Ils sont intelligents et gentils », explique-t-elle. Mais après cet incident, « Je ne voudrais certainement jamais travailler pour SeaWorld ».

 

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D’autres globicéphales « sauvés » par SeaWorld Sand Diego

D’autres globicéphales « sauvés » par SeaWorld Sand Diego

Des cétacés qui s’échouent hors de l’eau sur le bord des bassins, alors qu’ils n’y ont pas été invités par les dresseurs, ce n’est pas un fait nouveau.
Il existe sur le web de nombreuses vidéos d’animaux qui sont restés coincés de cette façon.

Les dauphins captifs qui s’échouent plus de quelques minutes, et en particulier les femelles enceintes, peuvent développer des problèmes de santé importants en agissant ainsi. J’ai déjà évoqué ce sujet dans « Death at SeaWorld », et vous pouvez voir ici une delphine en période de gestation qui s’échoue volontairement (remarquez aussi la différence entre ce comportement et celui de la baleine-pilote désespérée filmée par Carlo De Leonibus).

« Lorsque je travaillais à SeaWorld, il arrivait que des baleines restent coincées de cette manière, même si c’était relativement rare », raconte Jeff Ventre, un ancien dresseur et personnage important tant du livre Death at SeaWorld que du documentaire Blackfish
« Ces zones au bord des bassins sont toujours un peu glissantes, afin que les animaux n’abîment pas leur surface ventrale, mais cela signifie aussi qu’ils peuvent glisser plus loin et rester coincés », explique Jeff Ventre. « Ce qu’il faut retenir, derrière tout cela, c’est que les petits cétacés en captivité font face à des risques non naturels pour des causes diverses, et notamment en raison de la façon dont sont construits ces aquariums ».

Courtney Vail, de l’association « Whale and Dolphin Conservation » ajoute :
« Il est évident que SeaWorld apprend aux cétacés ce type de comportement, pour plusieurs raisons : les soins, les performances, l’interaction avec le public, etc. On ne peut donc pas dire que c’est un comportement naturel pour ces animaux : soit ils ont été conditionnés à agir de cette façon, soit ils le font de leur plein gré, pour attirer l’attention, parce qu’ils s’ennuient ou peut-être même pour tenter de fuir des congénères agressifs. Dans tous les cas, il s’agit d’une conséquence de la captivité, qui peut potentiellement avoir des implications importantes pour leur santé et leur bien-être. » 

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Fred Jacobs

Lorsqu’il a été interrogé par mail au sujet de la vidéo de Carlo De Leonibus, Fred Jacobs, porte-parole de SeaWorld, a répondu que « les globicéphales sortent de l’aquarium régulièrement et parviennent toujours à retourner dans l’eau sans problème. Les animaux plus jeunes manquent par contre d’expérience et cela prend parfois plus de temps ». 
Jacobs écrit que l’animal filmé était une jeune baleine-pilote, qui a été « sauvée par notre équipe alors qu’elle s’était échouée au sud de la Floride ». Il explique : « Après avoir été secourue et après une période de réhabilitation, elle a été jugée inapte à retourner à la vie sauvage par le gouvernement fédéral et elle est devenue une partie de notre collection ». 

(NOTE : SeaWorld Orlando possède 4 gobicéphales jugés inaptes à la réhabilitation, tous « sauvés » entre 2011 et 2012. Moins de 2 ans plus tard,  ils sont néanmoins jugés aptes à faire des shows. De quel mal mystérieux souffraient-ils donc pour qu’on leur refuse la liberté ?)

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Globis libres

Un commentateur de la vidéo publiée sur YouTube, qui semble bien connaître SeaWorld, indique :
« Je n’ai jamais dit qu’il s’agissait d’un comportement normal mais… Il semble qu’ils aiment faire cela. S’ils n’aimaient pas cela, ils ne le feraient pas autant ». De plus, en cas d’orage,« les dresseurs quittent la scène, ce qui explique pourquoi cela a pris autant de temps », a ajouté cette personne.

Si l’orage et les éclairs ont empêché les dresseurs de venir secourir l’animal, il semble alors que SeaWorld traite différemment ses employés et son public, parce que les premières rangées de ce stade en métal sont exposées aux éléments, en ce compris l’endroit où était assise la famille De Leonibus.

Courtney Vail, de la WDC, ne veut pas dramatiser la situation, mais ajoute : « Je suis contente de constater que le public s’inquiète du sort de cet animal. Les gens ont compris que quelque chose n’allait pas. Leur détresse reflète en fait la détresse de la petite baleine, et répond à notre désaveu croissant de la captivité. »

 

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Publicité SeaWorld

Pour Cat et Carlo, le terme « désaveu » n’est pas encore assez fort.
« Jusqu’à cet incident, je n’avais pas conscience de ce que SeaWorld infligeait à ces animaux », dit-il. « Je pensais qu’il s’agissait d’une organisation sauvant les mammifères marins et prenant soin d’eux. Je croyais sincèrement qu’ils renvoyaient ensuite les animaux à leur environnement naturel ».

Après avoir posté cette vidéo, De Leonibus a été contacté par Elizabeth Batt, journaliste du Digital Journal spécialisée dans les questions environnementales.
« Elle m’a bien informé sur la captivité, sur le fait que ces créatures ne sont pas libérées après les spectacles », indique-t-il. « Je ne me rendais pas compte à quel point les employés de SeaWorld se souciaient peu des animaux. Il est effrayant de se dire que ces animaux dépendent de personnes qui ne se soucient pas du tout de leur bien-être et sont capables de ne montrer aucune compassion pour un animal qui se retrouve dans une telle position et qui panique. »

Elizabeth Batt rappelle à TakePart que « SeaWorld se veut une entreprise destinée aux familles. Ce qui s’est passé a de toute évidence bouleversé la jeune Cat, et ils ne s’en sont pas préoccupés. S’ils veulent attirer les enfants, ils devraient au minimum leur répondre ».

De Leonibus aimerait pouvoir récupérer le lourd coût de ses billets d’entrée, « pour le donner en faveur de la cause de ces animaux, pour les sauver et les rendre à leur environnement naturel ».
En attendant, il confirme : « Ma fille ne veut plus être une dresseuse de dauphins à SeaWorld, elle veut désormais travailler avec les animaux dans leur milieu naturel, comme les biologistes marins par exemple ». Ajoutant même : « Si vous avez connaissance de carrières dans lesquelles ma fille pourrait s’épanouir, avec des dauphins libres, j’aimerais les connaître, car après ce que nous avons vu, c’est son but. »

Traduction par Christelle Bornauw de l’article de David Kirby :
SeaWorld shows beached whales


 

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29 avril 2017

Fini les shows pour les globis !


Les quatre globicéphales de SeaWorld Orlando ont une nouvelle « maison » dans le stade Shamu, où les clients pourront bientôt les voir.
SeaWorld a déplacé ses baleines pilotes vendredi depuis le stade Dolphin, où elles avaient participé au spectacle Blue Horizons pendant des années mais qui a récemment pris fin. Le Shamu Stadium leur offrira davantage d’espace, a déclaré la porte-parole de SeaWorld, Aimée Jeansonne-Becka.
Trois de ces globis – Ava, Ace et Piper – faisaient partie d’un échouage massif dans le sud de la Floride en 2012. Fredi a été « sauvé » après avoir s’être échoué dans les Keys de Floride en 2011. La NOAA a jugé les baleines non réhabilitables. Elles ont beaucoup grossi depuis leur arrivée à Sea World.
Les globicéphales seront désormais séparés des orques et ne participeront plus à leurs nouveaux shows pédagogiques (et pour cause, globis et orques nageant rarement côte à côte !).
Une fois que les baleines pilotes seront acclimatées à leur nouvel environnement, les visiteurs devraient pouvoir les regarder à partir de la zone d’observation sous-marine. Un « ambassadeur de l’éducation » (naguère appelé « dresseur ») racontera leur histoire. Il n’y a pas de plans immédiats pour les faire participer à de nouveaux shows.

 

Non réhabilitables… mais assez en forme pour faire des shows.


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