Un petit dauphin meurt à New York

25 janvier 2013
Last exit to Brooklyn
Un petit dauphin meurt à New York

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Le petit dauphin perdu dans le Gowanus Canal du quartier de Brooklyn (New York) est mort vendredi soir.

Une partie de la journée, les badauds ont enjambé la balustrade et se sont amusé à le tripoter, à le palper, à toucher son aileron.
Puis la police est arrivée.

Le cétacé, déjà malade, bougeait à peine. Il respirait par à coups, soulevant sa tête hors d’une eau crasseuse, quasiment immobile. Sa nageoire dorsale saignait, écorchée par quelque morceau de métal rouillé.

C’était un dauphin commun à bec court, de ceux qui vivent en bandes immenses et bondissent par-dessus les vagues.
Cette fois les vagues ont été trop fortes.
Son pod a sans doute été disloqué par l’ouragan Sandy en octobre. Le jeune dauphin s’est trouvé projeté loin des siens. Longtemps, il les a cherché.
Il a perdu sa route. Ou bien encore, les métaux lourds ont pourri son corps et l’ont désorienté.

Peu à peu, engourdi par le froid intense, il s’est rapproché des terres, remontant une voie d’eau de plus en plus saumâtre, de plus en plus polluée, puis il s’est retrouvé là, au fin fond d’une canalisation d’égout à ciel ouvert.
Le Gowanus Canal est le plus sale de tout New York.

Pourquoi n’a-t-on pas tenté de le sauver ?
Lui connaît bien les hommes.
Avec ses amis, il se plaisait souvent à jouer devant la lame d’étrave de leurs navires.
Sait-il qu’on pourrait l’aider ? Peut-être.
Pourquoi sinon serait-il venu ici, aussi près de ces personnes étranges qui marchent sur deux pattes et n’ont pas de nageoires, mais des mains ?
Peut-être attend-il, comme cet autre prisonnier d’un hameçon, un secours de ces Animaux qui Pensent ?

Les hommes le connaissent, lui aussi.
Pas vraiment lui, bien sûr, pas cette personne à nageoires qui porte un nom et une histoire, seulement l’espèce dont il provient.

Leurs cerveaux, dotés comme le sien de cellules fusiformes, sont capables de ressentir de la compassion, de pitié, de l’inquiétude et de la tristesse pour lui, au point que tous les réseaux sociaux ont transmis les images de son agonie, partout dans le monde, à grande vitesse.
Mais des spécialistes sont venus.

Robert DiGiovanni, biologiste à la Riverhead Foundation a dit  la presse : « Tout ce que nous pouvons faire, c’est le laisser là, jusqu’à ce que la marée haute le soulève et l’emporte vers le large C’est trop dangereux d’envoyer des gens dans cette soupe toxique ».

Bien sûr, on aurait pu le placer dans un hamac, le transporter
jusqu’aux bassins du New York Aquarium , gravement endommagé lui aussi par la tempête, mais dont les bassins auraient pu l’accueillir, puisqu’ils enferment déjà un morse.
On aurait pu le soigner, le nourrir, le retaper jusqu’à le remettre en mer. Tout seul ?
Oui, tout seul. Il aurait pu se débrouiller. Long de deux mètres cinquante, il n’était plus un juvénile.

Mais non.
Le canal était donc trop sale pour que des hommes osent y plonger.
Et l’eau était glaciale.
On n’allait tout de même pas mettre la vie d’êtres humains en danger pour un simple « animal ». Soyons raisonnable !

Alors, le petit dauphin est resté là jusqu’à ce que le soir commence à tomber et avec lui, un froid de plus en plus terrible.
Respirer le fatiguait trop. Se débarrasser de la vase abjecte qui l’entourait l’épuisait.
Il a cessé de bouger et s’est laissé aller, mollement, au gré du
courant faible, aux alentours de 17 heures 30.
Une toute dernière vision a du surgir dans son esprit : celle de sa mère, de ses soeurs, de ses copains si nombreux filant à toute vitesse au travers des embruns.

Il leur a lancé quelques faibles appels puis son esprit s’est tu. Et son corps a glissé.
Il a dérivé sur une dizaine de mètres, jusqu’à se coincer entre un rocher et un pilier, en aval du pont de la rue de l’Union.

L’autopsie a révélé que la victime était déjà malade et très intoxiquée.
Elle avait du  errer longtemps dans l’Upper New York Bay, où les usines brisées par l’ouragan avaient déversé leurs pires poisons industriels, avant de remonter le canal.

Tu avais déjà échappé à tant de périls, frêle immigrant d’un autre monde.
Mais la malédiction humaine a fini par t’avoir, celle qui dérègle le climat, multiplie les tornades, pêche au filet à senne en tuant les tiens par milliers, prive ton peuple de nourriture et rend toxiques les océans.

Ta fin est indigne et désespérante.
Nous te demandons pardon, petit dauphin empoisonné.

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Selon le rapport d’autopsie, relayé par Réseau Cétacés, ce dauphin était vieux, malade et souffrait de toutes sortes d’ulcères, de vers intestinaux, etc.
Bref, les hommes n’ont rien à voir là-dedans et si ce dauphin est mort, c’est la Nature qui l’a voulu ! Essayer de le sauver n’aurait servi à rien. Comme la science est bien faite pour nous disculper ! On n’oserait pas tenir le même discours si c’était un vieil homme (malade) qui s’était égaré loin de chez lui avant de tomber dans ce canal puant…
http://reseaucetaces.fr/archive/2013/01/29/6840.aspx

Articles de presse
http://www.dailymail.co.uk/news/article-2268462/Gowanus-Canal-Injured-dolphin-dies-New-York-rescuers-refused-help-water-polluted.html#ixzz2JHYbiM1e
https://www.youtube.com/watch?v=EjKQJbaBZ0w&feature=player_detailpage
http://azstarnet.com/news/dolphin-dies-amid-ny-canal-s-industrial-pollution/article_694f34c5-898f-54db-b7ff-c9059381731a.html

http://www.newser.com/article/da41fia01/wayward-7-foot-long-dolphin-makes-a-splash-in-polluted-nyc-canal-police-ponder-rescue-attempt.html

Dauphin commun à bec court : dossier Réseau cétacés

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