Une société de dauphins en Nouvelle-Zélande

The bottlenose dolphin community of Doubtful Sound
a large proportion of long-lasting associations
David Lusseau · Karsten Schneider · Oliver J. Boisseau ·
Patti Haase · Elisabeth Slooten · Steve M. Dawson
Lire l’étude en anglais


Papa et Maman surveillent le petit dernier avec amour.
De leur côté, Grand-maman et Grand-Pa prennent soin des enfants plus âgés tandis qu’un peu plus au large, les adolescents, loin de fuir leur foyer, tentent au contraire de se rendre utiles et d’aider leurs parents de toutes les manières…
De qui parle–ton ici ? Mais de dauphins, bien sûr !

Une douzaine d’études menées sur différentes populations de dauphins Tursiops, depuis les Tropiques jusqu’’aux océans tempérés froids, semble attester que ces espèces vivent typiquement au sein de sociétés favorisant des rapports très fluides entre leurs membres.

Dans la plupart des cas, les dauphins s’’assemblent en petits groupes caractérisés par leurs interactions extrêmement dynamiques et changeantes et par un certain taux de dispersion hors du groupe natal, propre aux deux sexes.

Pourtant, l’article de David Lusseau, un chercheur passionné de l’Université d’Aberdeen, nous décrit ici les moeurs et coutumes d’une petite population isolée de dauphins souffleurs vivant dans les fjords de la Nouvelle Zélande, l’’une des zones les plus méridionales de ‘île, et qui y mènent une existence sociale tout à fait particulière.

Ses membres s’intègrent en effet au sein d’un groupe constitué d’environ 60 dauphins des deux sexes, à partir duquel aucune émigration n’’a été constatée, pas plus que la moindre intégration de nouveaux venus arrivés de l’extérieur, depuis au moins 7 ans.  

Tous les membres de cette communauté sont donc associés de manière très étroite et se connaissent depuis des années. On y retrouve certes les réseaux classiques d’’entraide, associant mâles et mâles ou femelles et femelles, mais aussi des associations durables entre dauphins de sexe opposé.

La structure de cette communauté s’avère étonnamment stable dans le temps, comparée à d’autres populations de Tursiops observées ailleurs, et les compagnonnages de très longue durée semblent prévaloir dans l’’organisation de ce groupe.

Un degré aussi élevé de stabilité est sans équivalent connu dans les études sur les sociétés dauphins.
Il résulte peut-être de contraintes écologiques propres au milieu qu’’ils occupent. 

Les fjords sont, on le sait, des écosystèmes pauvres en ressources énergétiques et la survie dans un tel milieu peut sans doute exiger un niveau supérieur de coopération interindividuelle et par conséquent davantage de stabilité sociale.

 


Nos commentaires :
Chez les humains aussi, des usages sociaux tels que la bigamie, la polyandrie ou la polygamie, le matriarcat ou le patriarcat, le végétarisme ou le cannibalisme, dépendent bien évidemment des conditions propres au milieu où l’’on vit.

Ce qui est intéressant dans cet article, c’’est de découvrir que les dauphins peuvent inventer des modèles de sociétés très variées – leurs modes de chasse en attestent déjà – et ne vivent pas selon le seul et unique canevas «fission-fusion de type chimpanzé » abondamment présenté par l’Industrie des Delphinariums comme le schéma social unique.
Ceci sans doute pour rendre plus « animal » ce non-humain si plein de ressources intellectuelles et minimiser l’’impact affectif provoqué par les séparations des membres d’un même clan et l’envoi des reproducteurs mâles ou d’enfants vers des bassins lointains.

David Lusseau le souligne d’ailleurs lui-même dans d’autres articles : ce type de société a tendance à donner un maximum d’importance au rôle de chaque individu et à son statut social acquis au cours des années.
Qu’un delphinarium décide de capturer au hasard de ses filets criminels tel ou tel individu et c’est tout le clan qui en souffrira, privé d’un ami, d’un expert, d’un leader peut-être dont la disparition déstructure à jamais la subtile organisation sociale élaborée par ce groupe.

La mort de Hiappo, celle de Howard, suggèrent que les mêmes les dauphins captifs peuvent avoir besoin les uns des autres de manière aussi intense que Tristan et Yseult ou Philémon et Baucis….

On peut également supposer que les dauphins des fjords de Nouvelle Zélande ne sont pas les seuls à avoir adopté des organisations familiales bien plus proches des nôtres que nous ne le supposions. Mais faut-il encore rappeler ici à quel point les crédits accordés aux recherches scientifiques non-intrusives en milieu naturel restent embryonnaires, par rapport aux millions de dollars dépensés pour maintenir en vie et faire se reproduire de tristes « clones » de cirque captifs !

Pour en savoir plus sur les sociétés de dauphins « classiques » en Floride
Resighting and association patterns of bottlenose dolphins (Tursiops truncatus) in the Cedar Keys,

Florida: insights into social organization
Ester Quintana-Rizzo and Randall S. Wells

« On connaît peu de choses au sujet de l’organisation sociale des Dauphins a gros nez (Tursiops truncatus) dans les systèmes estuariens ouverts. Nous avons tenté d’’identifier et de quantifier les observations de dauphins déjà vus et leurs associations afin de pouvoir mieux comprendre l’’organisation sociale de cette espèce dans le système estuarien ouvert des Cedar Keys, en Floride.
Nous avons procédé à des inventaires photographiques de dauphins de juin 1996 à mai 1997. Nous avons pu reconnaître au total 233 dauphins dont 217 (93 %) ont été assignés à l’’une de quatre catégories en fonction du nombre de mois où ils ont été vus.
Les animaux «rares» (aperçus 1–2 mois) constituaient plus de la moitié des individus (61 %), suivis des dauphins «occasionnels » (3–5 mois; 20 %), des dauphins « communs» (>8 mois; 12 %), et « fréquents » (5–6 mois; 7 %). Nous avons quantifié les associations des dauphins aperçus 10 fois (26 communs, 12 fréquents et 8 occasionnels) et constaté que des individus dont les repérages suivent des patterns différents s’associent mais à un degré faible.

Le degré d’’association de dauphins communs s’’est avérée plus forte entre individus de même sexe qu’’entre mâles et femelles. Les patterns d’’association à Cedar Keys sont comparables à ceux des dauphins qui habitent les systèmes estuariens clos, ce qui indique que les pressions de sélection qui déclenchent de telles associations sont les mêmes dans ces systèmes aquatiques ».

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