Wade Doak, le grand retour ! 

Wade Doak, le grand retour !

S’il est un homme qui a enchanté nos premiers pas dans la découverte du monde des dauphins, c’est bien Wade Doak.
Ses livres, dont certains ont été traduits en français par Hugo Verlomme, nous racontent les fabuleuses histoires de dauphins solitaires – les « solo dolphins » – que Wade et Jane ont rencontré sur leur voilier mythique, le Project Interlock.
Au travers de ces récits et de ces témoignages directs, recueillis par Wade et son épouse durant des décennies, c’est toute la profondeur du monde mental des cétacés que l’on découvre, toute la merveilleuse intelligence, toute la candeur émouvante de ces êtres qui spontanément, s’adressent à nous pour demander de l’aide ou se joignent aux humains lorsqu’ils se sentent trop seuls.

Pourquoi les dauphins font-ils cela ? Pourquoi ne vont-ils pas se réfugier plutôt chez les pingouins, les otaries ou les thons ? Reconnaissent-ils en nous cette intelligence que nous lisons en eux ? Tentent-ils de nous communiquer avec nous ?
Sommes-nous seulement capables de les entendre ? C’est à toutes ces questions que Wade Doak a consacré une bonne partie de sa vie, au fil d’innombrables ouvrages et de travaux de recherche menés sur le terrain.
Ainsi qu’il nous l’explique dans un message privé :

« Depuis les années soixante-dix, une culture commune des cétacés et de l’homme a commencé à naître et à évoluer au niveau mondial. Dans le cadre de mon travail, j’ai réuni l’histoire de toutes ces rencontres avec des dauphins solitaires et sociables dans l’ouvrage «Lone Dolphins and Us». Les  témoignages de nombreuses personnes dans le monde permettront, je l’espère, à mes lecteurs d’évaluer tout ce qui pourrait être encore appris.
Pour les cétacés, comme pour les humains aveugles, la réalité en cours sous l’eau, de jour comme de nuit, c’est un paysage sonore. J’ai pu observer ainsi des changements dans les méthodes de chasse des dauphins, au fur et à mesure que le soleil se couchait et que les bancs de poissons-proies perdaient de leur cohérence et se fragmentaient.
En tant que créatures terrestres principalement visuelles pour lesquelles la perception sonore sous l’eau est atténuée, les humains doivent faire usage de technologies pour pouvoir partager le monde acoustique des cétacés.
Nous pouvons nager, nous pouvons plonger, nous pouvons isoler notre corps, mais tragiquement, en raison des limites physiques de notre ouïe, nous traitons souvent ces  créatures acoustiques dotées d’un gros cerveau comme si nous étions sourds quand nous les rencontrons ».

Aujourd’hui toujours à l’affût de nouvelles anecdotes et de rencontres avec les dauphins libres, Wade Doak entend reprendre la parole.
Non pas qu’il se soit vraiment tu, car si sa production éditoriale n’a jamais faibli, son intérêt le portait davantage vers la défense de l’environnement dans son pays natal. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il est le plus connu en Nouvelle Zélande, sous le nom de « Kiwi Cousteau » !
Il nous explique ci-dessous comment s’organise désormais son travail éditorial dédié aux cétacés.


Message de Wade Doak

« J’aimerais que tout le monde puisse voir les cinq minutes d’images vidéo que François Sarano, le célèbre caméraman du Capitaine Cousteau, vient de m’envoyer de France.
Elles nous montrent un plongeur en apnée et un cachalot qui dansent ensemble dans un échange élaboré et prolongé de langages corporels. Ils font des gestes en miroir l’un face à l’autre de très près, tournant en spirale, nageant l’un contre l’autre ou se touchant tête contre tête. Pendant tout ce temps, la baleine n’a de cesse que d’émettre des clics de coda puissants et modulés, tout en déféquant fréquemment comme signal olfactif, ainsi que les dauphins le font parfois en guise de salut.

Le cétacé entrouvre parfois sa mâchoire inférieure si mince pour laisser s’échapper des bulles d’air hors de la bouche !
Mes mots ne peuvent pas transcrire ce que ce film grand angle incroyable dépeint. Je n’ai jamais vu un tel comportement de la part d’une baleine, tel que ce ballet océanique interspécifique. Cette vidéo documente un nouveau chapitre dans l’histoire humaine de l’exploration de notre Univers.
Jan et moi avons été très profondément touchés par ces images. Cet échantillon de matériel constitue l’ascension de l’Everest par rapport à la documentation disponible sur la culture émergente cachalot-humaine. A la qualité de ce film haute définition, plein de longues prises sans montages, s’ajoute un contenu comportemental extraordinaire.
Qu’est-ce que le Dr Hal Whitehead et son collègue de recherche sur les codas des cachalots vont bien pouvoir faire des clics sonores codifiés du jeune cachalot qu’Eliot, qu’il émettait de manière fréquente dans un contexte de jeu interspécifique ?

J’ai aussi reçu deux chapitres, six mille mots en français, à écrire dans le très récent livre de François Sarano, « Le Retour de Moby Dick » consacré aux rencontres avec les cachalots et les plongeurs de l’île Maurice. Ce sera pour moi un plaisir total. Je garderai à l’esprit mes amis cétacés à chaque mot que j’écrirai.

Comme Wade Doak, François Sarano adopte une nouvelle approche respectueuse à l’écoute des cétacés

Mon projet de livre «Encounters with Whales», enrichi par des contributions de Howard Hall et d’autres grands noms de la caméra sous-marine, a très bien avancé ces jours-ci, alors que ce n’était encore qu’un rêve il y a quelques semaines.
Partager avec l’humanité dans le monde entier, toutes ces cultures humaines et cétacéennes avec de superbes documents visuels, fondés sur une technologie de pointe, constitue l’objectif que mes amis, les amoureux des cétacés, m’ont inspiré. La générosité sans bornes dont ils font preuve à mon égard représente une motivation puissante. Toutes ces personnes ont été énormément touchées par des rencontres avec des cétacés libres sous l’eau et elles veulent communiquer le mieux possible leur nature douce et bonne à notre propre espèce.

François Sarano fut l’un des meilleurs cameraman du Commandant Cousteau et un passionné des cétacés depuis toujours. Il se souvient encore de notre rencontre ici, en Nouvelle Zélande, ce jour de 1987 où la « Calypso » est venu » jeter l’ancre aux Poor Knights Islands. Jane et moi, nous nous tenions alors sur notre catamaran de recherches, le RV ‘Interlock’. Plus tard, j’ai dîné avec Cousteau et notre premier ministre David Lange au neuvième étage de la Beehive (bâtiment du gouvernement) puis le soir, j’ai écrit les objectifs écologiques à long terme pour la protection des océans du Commandant Cousteau.  (…)

Mais venons-en au fait.

Mon nouveau titre: « Encounters with Whales » est en route !
Mon projet : revoir mon livre « Rencontres avec les baleines et les dauphins » publié en 1988 et le décliner comme trois nouveaux titres:

– Le premier est mon livre sur les dauphins solitaires « Lone Dolphins and Us ».
L’ouvrage est terminé et prêt à être publié. Le Dr Ingrid Visser vient de me donner ses archives toutes entières, qui décrivent toutes les interactions superbement dynamiques avec le dauphin solo Moko.
Amy Taylor, une camérawoman sous-marine de Kiwi, a été si généreuse avec les mots et les images, y compris la photo de couverture.

Amy Taylor, qui a consacré un film au dauphin solitaire Moko, est actuellement en train de rénover notre catamaran RV « Interlock » pour lui faire reprendre la mer et nos recherches sur les dauphins.
Vous pouvez d’ailleurs cofinancer son projet !

Je suis également très reconnaissant à mon cher ami belge Gauthier Chapelle, Jan Ploeg, Keith Buchanan et Jeannine Masset à Dingle, en Irlande, pour leur aide inlassable avec de nouvelles histoires de Fungie, Dony et Dusty. Fungie, rappelons-le, est la plus longue interaction dauphin solo/humain au monde.
Merci aussi à Graham Timmins au Royaume-Uni, Martin Jacka et Mike Bossley en Australie et Dean Bernal dans les Caraïbes (l’ami de Jojo le dauphin), ainsi qu’au scientifique Oz Goffman dans la Mer Rouge … Mais il me reste à faire  un sacré boulot d’écriture et d’édition, maintenant !

Jojo et son ami humain

– Pour mon – second – nouveau livre Friendly Fins, Meeting Dolphin Societies, mon amie japonaise Ritsuko Fujimori a décrit ses incroyables rencontres avec les dauphins à long bec et les Tursiops au Japon, à Hawaï et au Mozambique. Elle raconte également ses rencontres avec les dauphins roses d’Amazonie, les Botos.
Enfin, le cinéaste Hardy Jones m’a livré tout le contenu de son journal à propos des dauphins des Bahamas. Et ça continue !

Enfin, Rencontres avec les baleines est sur le point d’être publié, comme celui sur les dauphins.
Je viens également de remettre deux nouveaux livres « terrestres » à des éditeurs, une autobiographie et l’histoire détaillée de la faune de la forêt tropicale de Landcare, que nous avons restaurée. Ces nouveaux titres sont «Anecdokes» et «Riverlands Rambles».
Tous mes livres sont disponibles sur Amazon »

Nous publierons sur d’autre pages quelques nouveaux récits de Wade Doak, mais en voici déjà un, en guise de mise en bouche.

 


Dauphin obscur (Lagenorhynchus obscurus) Kaikoura, Nouvelle Zélande

Le Dauphin de Mill Arm

Imaginez l’histoire d’un dauphin solitaire et sociable dans un lieu éloigné sur l’océan, abrité du tourisme, où les habitants ont choisi de vivre tranquilles et de profiter simplement de recevoir des visiteurs. Peu d’entre eux ont entendu parler du  dauphin de Mill Arm, qui arriva un beau jour dans une baie de l’île D’Urville dans le détroit de Cook en  Nouvelle-Zélande à la fin des années 90. On m’a raconté cette histoire, parmi d’autres secrets que je garde dans mes archives.
Bill Webber explique :

«À l’origine, il y avait trois jeunes dauphins qui vivaient à Mill Arm, mais deux d’entre eux sont repartis assez vite et le troisième est resté seul. Il avait tendance à rester toujours au même endroit, mais il se montrait très ludique et il imitait très bien les gens ! Je regardais souvent les nageurs avec lui. Ils l’entouraient de toutes parts et alors il plongeait sous la surface et se promenait tranquillement entre eux. Il s’agissait d’un dauphin obscur ou dauphin de Gray (Lagenorhynchus obscurus) et ce devait être un mâle.
Le dauphin bondissait aussi devant la proue de notre navire, comme la plupart le font.  Il nous suivait partout autour de Arm Mill mais se refusait à nous accompagner plus loin que l’entrée de Greville Harbour».

 

Guy et Gillian King, qui vivaient par là-bas, ont été les premiers à rencontrer les dauphins d’origine. Longtemps, ils se sont tus sur leur présence, sachant les terribles ravages que la commercialisation de ce genre de rencontres peut faire.
Gillian King raconte :

En juillet 1999, ce dauphin devait vivre au Mill Arm depuis près de trois ans. Il était arrivé là avec un petit groupe de cinq ou six dauphins sombres. Ceux-ci sont restés sur place environ trois semaines, ce qui est inhabituel, car lorsque les dauphins visitent les lieux, ils repartent toujours dans la journée.
Ensuite, ils ont tous disparu, sauf un seul, un bébé ou en tous cas un jeune, car il était assez petit. Pendant tout le temps qu’il a vécu ici, il a probablement doublé de taille.
Il se tenait à une courte distance de la côte de Mill Arm, et nous étions presque toujours sûrs de le trouver là-bas, en train de parcourir le rivage de long en large comme un lion en cage. À certains moments, il s’en allait pêcher. Nous l’avons vu un jour en drain de chasser des harengs.

Au début, il a fait mine d’ignorer nos tentatives d’interaction avec lui. Si nous nous mettions sur son chemin, il nous contournait tranquillement et revenait ensuite dans ses « sentiers battus ». Nous étions très inquiets de cela, car sa vie était si solitaire et si peu semblable à celle des dauphins normaux.
Un jour, il a enfin réagi à notre présence. A partir de ce moment-là, nous avons passé plein de bons moments ensemble. Il surfait dans le sillage de notre hors-bord et sur la lame d’étrave. Il nageait avec nous avec grand plaisir, plongeant sous l’eau ou simplement allongé à la surface.
Une chose amusante était de se faire traîner par le bateau au bout d’une corde, face vers le bas avec un tuba et des lunettes, quand le dauphin venait se placer juste à côté ! Magique! Il ne se laissait cependant jamais toucher bien qu’il soit tellement proche, en évitant toutes les mains tendues.

Le Mill Arm est une destination d’été populaire pour les yachts qui s’y arrêtent une nuit.
C’est là que le dauphin choisissait ses compagnons de jeu.  Je me souviens d’une famille disant qu’il les rendait fous en frappant leur coque tôt le matin pour qu’ils se lèvent et jouent ! Un autre propriétaire de yacht a vu son petit chien a réussi à sauter dans l’eau avec le dauphin : ils ont joué ensemble comme des enfants.
Il semblait surtout aimer les kayaks – et les suivait jusqu’à l’embouchure de la Boulder Bank qui sépare l’extérieur du port de Greville de la région de Mill Arm. Cependant, il n’a jamais été au-delà et revenait toujours à la maison à ce moment-là. Je ne l’ai jamais vu bondir entièrement hors de l’eau. A ma connaissance, il n’a pas eu de contact physique avec un humain.

Il se réjouissait tout particulièrement de la présence des enfants. Il s’amusait à imiter les attitudes de notre fils William. Celui-ci flottait en surface comme une étoile de mer, visage tourné vers le fond, à souffler des bulles dans son tuba. Le dauphin faisait la même chose, en soufflant des bulles par l’évent. Il réagissait aux rires des enfants et à leur joie évidente de jouer avec lui.

Je l’ai vu jouer avec un morceau d’algues: il le laissait dériver puis le rattrapait avec son rostre ou son aileron dorsal. Il n’a jamais accepté aucun cadeau de nourriture. Mais il « parlait » beaucoup en soufflant des bulles.

Un beau jour, notre ami dauphin a fini par disparaître. Nous espérons qu’il a simplement grandi et qu’il a surmonté sa peur de la mer ouverte pour partir à la recherche de son propre peuple».



Les cétacés parlent aux humains